Les réflexions de l’hiver 2005

Lundi 7 mars 2005, par Paul Vaurs // La France

2005, L’Année de Chirac !

Bien qu’on puisse être assuré que Nicolas Sarkozy saura profiter de toutes les occasions pour se rappeler au bon souve­nir des Français, il n’est pas exagéré d’affirmer que 2005 sera avant tout une année Chirac. D’abord parce que c’est au cours de celle-ci que le pré­sident de la République va devoir, lui-même, décider s’il se représentera dans deux ans. Ensuite parce qu’il va lui falloir continuer à poursuivre les lignes de la politique qu’il a définies depuis sa réélection de 2002. Enfin, parce que sa capacité à réagir aux grandes donnes de la situation natio­nale et internationale le pose­ra ou non en quelqu’un qui conserve la main. Comme l’a dit le fidèle Dominique de Villepin le 2 janvier dans Le Journal du Dimanche, c’est « un tournant dans le quin­quennat ».

On sait que le Chef de l’Etat se comportera toujours autre­ment que comme une potiche. Il n’en est pas moins vrai que, devant envisager ou non de reconquérir les suffrages des électeurs en 2007, il sera forcé­ment amené, à des attitudes différentes, plus impliqué dans le quotidien s’il entend garder la barre et plus détaché, s’il ne songe qu’à se retirer dans l’Histoire. On peut d’ail­leurs supposer que, par tempé­rament toujours tourné vers l’action, son inclination natu­relle le poussera à poursuivre le combat, indépendamment du fait que son retrait le prive­rait de toute immunité judi­ciaire.

On a toujours dit que Jac­ques Chirac n’était jamais aussi bon que lorsqu’il était confronté à des difficultés et que l’imprévu, même hostile, l’atteignait. Lorsqu’il démis­sionna de son poste de Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing en 1976 pour forma­ter le RPR à sa convenance ou lorsque tous le donnaient battu par Edouard Balladur pour la présidentielle de 1995, sa ténacité et sa force de conviction l’ont emporté. Les deux grands événements du mois de décembre l’ont ainsi montré, tel qu’en lui-même, appuyant la candidature de la Turquie à l’Union européenne et obtenant la libération des deux journalistes otages pendant plus de quatre mois en Irak.

Soucieux de profiter de son aura actuelle et d’un début de retournement de l’opinion sur la question turque, 52% d’o­pinions approuvant sa position après l’intervention du 15 décembre, le chef de l’Etat a bousculé le calendrier en annonçant, lors de ses voeux du 31, un référendum sur l’Europe d’ici à six mois. Il s’a­git en effet de bénéficier de la dynamique engendrée par la victoire interne du oui chez les socialistes, tout de suite saluée par la droite parlementaire, et de tenter de déconnecter des incertitudes liées à la question turque, le choix “entre le repli e t l’ouverture ». Il n’est d’ailleurs pas anodin que, tout comme le sauvetage des jour­nalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot, l’avenir de la Turquie se situe dans un domaine particulièrement cher au Président : « Le monde islamique. » Dans le personnel politique français, Jacques Chirac occupe en effet une position originale, qu’il se trouve pratiquement le seul à exprimer. Soucieux d’éviter tout choc des civilisations et considérant comme totalement incongru que les êtres humains puissent s’opposer, sur des questions religieuses, il est convaincu que « nous for­mons une seule et même humanité », qui ne peut que s’exprimer par un harmonieux mélange.

Il applique même cette vision de façon rétrospec­tive, ce qui explique à la fois, son amour des « civilisations premières », autrefois dénommées « primitives », et ses déclarations comme quoi « l’Espagne a d’abord des raci­nes musulmanes » et que, y compris la Turquie, « nous som­mes tous des enfants de Byzance ». Héritier de l’agnos­ticisme » de son maître Georges Pompidou. L’admiration et le respect qu’il porte à Jean Paul Il ne le font absolument pas dévier de la ligne laïque qu’il a définie et qui lui fait écarter toute considération religieuse dans la réflexion comme dans l’action politique.

On peut donc raisonnable­ment s’attendre à voir le prési­dent de la République conti­nuer à faire figure d’anti-Bush, malgré les réconciliations de façade qui interviendront d’autant qu’il est porté par l’immense majorité du monde Arabo musulman, extrême­ment sensible à son opposition à la guerre en Irak et aux ulti­mes attentions prodiguées à Yasser Arafat. Il maintiendra d’autant plus ce cap qu’il espère en récolter des fruits d’apaisement dans les banlieues françaises, bien que cela ait mal commencé lors de la nuit du Nouvel An, avec 333 voitures incendiées et une augmentation de 20% en Ile-de-France. Plus généralement, Jacques Chirac, qui a récem­ment proposé un « moratoire » sur la dette des pays victimes du tsunami et la création d’une « force humanitaire de réaction rapide », s’efforcera d’être le héraut du tiers-mon­de, aux côtés notamment du président brésilien Lula et en soutien du secrétaire général de l’ONU Kofi Annan.

Cela aidera peut-être aussi le Président de notre Démocratie , à résoudre des pro­blèmes comme ceux de notre présence en Côte-d’Ivoire ou de l’avenir de la Polynésie.

Le Pen, où le dérapage incontrôlé  !

Faut-il passer sous silence les outrances du président du Front National pour ne pas entrer dans « son jeu » ou faut-il dénoncer ses propos pour ne pas laisser proférer impuné­ment des contres vérités histo­riques ? Le choix de l’attitude à adopter face aux dérapages incontrôlés de Jean-Marie Le Pen n’est évidemment pas aisé et c’est là tout le jeu du leader de l’extrême droite française qui a su, depuis des années, piéger le débat démocratique à son profit et utiliser au mieux les tribunes politiques et mé­diatiques en alternant ses pe­tites phrases sulfureuses et des propos rassurants.

Si l’on excepte son interven­tion discrète au Parlement européen le 26 août 2004, pour protester contre la condamna­tion par les députés européens du député FN Bruno Goll­nisch, cela faisait d’ailleurs un certain temps que Jean-Marie Le Pen n’avait plus pratiqué l’outrance, depuis qu’il s’était offert, en 2002, un costume de respectabilité par lequel il voulait se donner l’image d’un présidentiable crédible. Mais la respectabilité risquait d’entraîner le leader du FN dans l’oubli et il semble logique de penser que Jean-Marie Le Pen avait besoin de commettre à nouveau quelques provoca­tions pour retrouver la une, des médias. Dans un entretien, accordé à l’hebdomadaire d’ex­trême droite Rivarol du 7 janvier, Jean-Marie Le Pen a donc affirmé que « En France, du moins, l’occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine, même s’il y eut des bavures, inévitables dans un pays de 550.000 kilomètres carrés ».

La provocation est tellement énorme qu’elle ne pou­vait pas manquer de provo­quer un tollé. Et c’est évidem­ment sur ce tollé que comptait le président du Front National, pour, exister à nouveau dans le débat politique français. Mais, à qui s’adresse Jean-Marie Le Peu lorsqu’il tient de tels propos ? Fort heureuse­ment, il n’existe dans notre pays qu’une infime minorité de nostalgiques du III° Reich et qu’une infime minorité de fan­taisistes de l’histoire prêts à admettre que « l’occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine ».

Et à l’évidence, les 4 804 713 électeurs qui ont voté pour Jean-Marie Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle de
2002 ne sont ni fascistes, ni néo nazis, ni révisionnistes. Ce n’est donc pas sur le fond
de ses propos que Jean-Marie Le Pen interpelle ses élec­teurs. Mais sur la forme, il
veut rappeler une nouvelle fois à l’ensemble des déçus du sys­tème qu’il est le seul homme
politique à refuser le système, à provoquer le système et à se placer dans une opposition totale par rapport à l’ensemble des élites politiques, mais aus­si intellectuelles et morales du
pays.

Si Jean-Marie Le Peu est animé d’une véritable nostal­gie du III° Reich et du régime de Vichy, comme en témoigne sa condamnation en 1971 pour avoir édité un disque de chants nazis, la plupart de ses provocations ne visent pas à séduire l’électorat sur le fond de ses propos mais sur la manière dont il s’oppose au système. Après avoir affirmé en 1987 que les chambres à gaz sont « un point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale », après son mauvais jeu de mot de 1988 nommant « Durafour crématoire », le Ministre de la Fonction publique Michel Durafour, Le Pen a donc logiquement récidivé. Et puisque sa stratégie est de mieux en mieux connue, on peut supposer qu’il pourrait s’offrir quelques autres provo­cations dans les prochains mois avant de remettre à nou­veau son costume d’homme politique respectable à l’appro­che des présidentielles de 2007. Il appartient maintenant à la Justice de faire son travail puisque le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour délit « d’apo­logie de crimes de guerre » contre Jean-Marie Le Pen.

Reste à savoir comment les 4.804.713 Français qui ont voté pour Le Pen le 21 avril 2002 jugeront ces propos. Alors, qu’un certain nombre d’évènements et de commémorations ont rappelé le souvenir des victimes du nazisme, à l’occasion du soixantième anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, les électeurs de Le Pen admettront-ils que la seconde guerre mondiale puisse être un sujet de provocation. ? Peut-être, pourront-ils finir par se demander si les très nombreux dérapages verbaux, semés par Le Pen tout au long de sa carrière, ne sont pas avant tout destinés à masquer la terribles vacuité du programme du Front, dit, National, qui n’a jamais été capable d’indiquer comment il pourrait financer et mettre en œuvre les solutions simplistes qu’il propose.

La sécurité routière, les bonnes décisions du Ministre.

C’est l’histoire du verre à moitié plein ou à moitié vide. Des chiffres de la sécurité routière en 2004, on peut évidemment retenir que le gouvernement n’a pas atteint son objectif de passer sous la barre, des 5.000 morts sur les routes. Mais avec 5.217 tués sur les routes de France, en 2004, nous enregistrons une nouvelle baisse de 9 % qui fait suite à une baisse massive et continue depuis plusieurs an­nées. « Il y a trois ans, notre pays avait 50 % de morts en plus sur les routes », soit 7.720 tués en 2001, a rappelé le Premier minis­tre Jean-Pierre Raffarin. Et s’il faut louer avec lui « la compréhension des Français » qui ont largement amélioré leur attention et leur prudence au volant, on devra met­tre ces bons résultats sur le compte du gouvernement qui a fait preuve à ce sujet de « volonté et de ténacité. »

Que l’on se souvienne que nous avons tous grincé des dents à cause de la multi­plication des contrôles routiers, de la mul­tiplication des PV et de l’installation de radars sur les routes de France. En 2003, avant même que le dispositif de radars automatiques ne soit complet, le nombre de contraventions pour excès de vitesse ou alcoolémie au volant avait augmenté de 33 %. Dans certains départements comme le Gard, comme dans beaucoup de zones rurales où la police de proximité a été ren­forcée et la police municipale dotée de pou­voirs de répression nouveaux, le nombre de PV a augmenté de 142 %. Et il faut avouer que nous avons tous plus ou moins mal vécu cette brusque transition entre laxisme et « tolérance zéro ». Habitué à considérer le code de la route comme un vague code de bonne conduite avec lequel on peut librement composer, l’automobiliste fran­çais a dû apprendre en quelques mois, de gré ou de force, à respecter les limitations de vitesse et les autres prescriptions du code de la route.

On a pu, à certains moments, accuser le gouvernement de vouloir renflouer ses caisses en installant partout des « radars machines à sous ». Mais les chiffres sont là pour témoigner de l’éclatant succès de cette politique. 7.221 morts en 2002, 5.731 en 2003 où la baisse était de plus de 20 % et où l’on était passé sous la barre des 6.000 tués, un peu plus de 5.000 aujourd’hui.

Mais Gilles de Robien, ministre des Transports, tout en estimant que « le che­min parcouru est impressionnant » s’est empressé d’ajouter que ce chiffre supé­rieur à 5.000 tués était « encore intoléra­ble », invitant chacun de nous à « accepter en 2005 de nouveaux efforts pour mettre un terme à ces drames inacceptables ». Dès la fin du mois de janvier, un Comité inter­ministériel de sécurité routière se réunira et devra fixer de nouvelles initiatives pour rendre les routes plus sûres en 2005.

Il ne faut d’ailleurs pas oublier un chiffre alarmant qui se cache au milieu de ces bons résultats : pendant que le nombre global de tués baissait de 9%, il augmen­tait de 1,2 % chez les 18-24 ans. On sait déjà que les accidents de la route, représen­tent, la première cause de mortalité chez les 15-24 ans et que 48 % des décès chez les garçons de 15-19 ans ont lieu sur la route. Alors qu’ils ne représentent que 13 % de la population, les 15-24 ans représentaient en 2003 25,8 % des tués sur les routes. Il faudra donc intensifier les efforts à desti­nation des jeunes en prenant sans doute en compte le fait que le goût du risque rend ces jeunes moins sensibles aux cam­pagnes de communication sur les dangers de la route. Mais s’il reste encore des efforts et des progrès à accomplir, il sem­ble bien que nous ayons pris le bon che­min. Plus personne en France ne trouve normal que les routes fassent chaque année plusieurs milliers de morts.

L’Agriculture va-t-elle mal ?

Alors que l’on parle, déjà, de l’intégration de nouveaux membres au sein de l’Union Européenne, la publication des chiffres du revenu agricole marque fortement le débat. Quand le revenu agricole des nouveaux adhérents a aug­menté de 50,3% en 2004, il a progressé de 0,8% dans l’Eu­rope des quinze, a diminué de 11,5% aux Pays Bas et de 3,7% en France.

Dominique Bussereau, qui vient de succéder à Hervé Gaymard, a eu beau jeu de demander à son prédécesseur, lors de la passation de pouvoir, » beaucoup d’argent », alors que ce dernier vient de prendre les rênes du ministère des Finan­ces. Les agriculteurs vont vraisemblablement appuyer leurs revendications sur ces chiffres. Cette baisse des revenus est d’autant plus mal perçue que les récoltes de 2004 ont été bien meilleures que celles des années précédentes. Le prix du pétrole n’est plus une explica­tion suffisante. La baisse des subventions européennes, le jeu du marché et le cours de l’Euro apportent des explica­tions plus convaincantes à l’ap­pauvrissement des agricul­teurs.

Le récent débat, qui n’est tou­jours pas clos, sur la baisse des prix dans la grande distribu­tion accroît l’inquiétude des agriculteurs. Dans le débat de géant qui oppose ministre, dis­tributeurs et multinationale, ils se sentent bien démunis et craignent de se voir imposer une nouvelle réduction de leurs marges. C’est ainsi que, tous alignés, les syndicats agricoles ont rap­pelé, immédiatement après la publication des chiffres de l’INSEE et d’Eurostat, que la baisse des prix ne pourrait plus avoir lieu qu’en aval de la filière, et non en amont. En clair, la réduction des prix pas­sera par la baisse des marges des distributeurs, pas, des pro­ducteurs agricoles.

Tous attendent beaucoup de la future loi de modernisation agricole qui sera présentée en 2005 et entrera en application l’année suivante. Ils espèrent y trouver les protections qui aujourd’hui leur font défaut. Les juristes, eux, s’interro­gent quelles protections spéci­fiques à l’agriculture française pourraient être consacrées par la loi française sans entrer en conflit avec les règles commu­nautaires et internationales. Le nouveau ministre de l’Agriculture, qui est réputé être l’un des plus fidèles amis de Jean-Pierre Raffarin, aura probablement besoin de tout le soutien du Premier ministre pour faire face aux crispations du milieu agricole, au dogme de la rigueur budgétaire et aux exigences communautaires.

Il y aura-t-il une baisse des tarifs de France télécom.  ?

Société de droit privé avec une partie de son capital tou­jours détenu par la puissance publique, France Telecom est soumise au jeu de la concur­rence. Et dans l’univers des télécommunications, ce der­nier est particulièrement vif. C’est à la suite des plaintes déposées par les associations de consommateurs que cette baisse a lieu. En effet, la tarifi­cation des appels depuis un téléphone fixe vers, un télé­phone mobile était plus élevée que vers un autre fixe, quel que soit l’opérateur. Doréna­vant, cela coûte toujours plus cher d’appeler un portable, mais un peu moins...

Le principe de facturation change. Le Crédit temps n’est plus, vive la mise en relation. Auparavant, la première mi­nute de communication était facturée, même quand l’appel durait moins longtemps. Lais­ser un message sur une mes­sagerie peut être très rapide. Dorénavant, le fait d’appeler un mobile à un prix, la durée de la conversation, évaluée en secondes, en a un autre. Faisant ainsi, France Tele­com prend acte de la décision de l’Autorité de Régulation des Télécommunications (ART) et de la pratique des opérateurs concurrents qui bien souvent avaient déjà abandonné la pre­mière minute indivisible. L’opérateur historique est fier d’annoncer une baisse (de 14% à 15%) supérieure à ce que demandait l’ART (13%). Ses concurrents, qui affi­chaient souvent des coûts infé­rieurs, ont déjà annoncé qu’ils allaient revoir leurs tarifs. Si la minute de communica­tion vers un téléphone Bouy­gues demeure plus onéreuse, celle vers un mobile Orange ou SFR passe de 21 à 15,2 centi­mes d’euro en heure pleine, et de 10 à 7,9 centimes en heure creuse.Les forfaits « heures vers les mobiles » baissent éga­lement, de 16 à 21%. Bénéficiant d’une position toujours proche du monopole, France Télécom arrive sans trop de difficulté à faire re­layer ses annonces commercia­les par l’ensemble des médias français. Certains y verront probablement une distorsion anormale de la concurrence. D’autres en profitent pour faire remarquer que le coût mensuel de l’abonnement, hors communication, demeure toujours relativement élevé...

Avec les Verts, le feuilleton est permanent.

Héritiers de la vieille devise anarchiste « ni Dieu ni maître », ils ont con­servé de l’époque soixante ­huitarde le goût du happening permanent : tout peut arriver, le pire n’étant jamais prévisi­ble. Au contraire des autres partis écologistes européens, ils adorent se définir par des contraires inconciliables. Situés « ailleurs » mais résolu­ment à gauche, gardant leur liberté de parole mais prêts à participer à une coalition dans les municipalités, dans les régions ou au gouvernement ; régulièrement en panne d’une personnalité-phare, ils élimi­nent consciencieusement quiconque se forge une aura mé­diatique. Ils ont même inventé des règles qu’ils ne respectent plus guère, telle celle du tourniquet qui les oblige théoriquement à ne pas aller jusqu’au bout de leurs mandats afin de laisser la place à d’autres... Qu’ils aient réussi, le 16 jan­vier, à se donner un nouveau secrétaire national relève donc de l’exploit. Certes, Yann Wehrling, jeune homme à l’apparence sage et rangée, a dû reconnaître qu’il n’était que « le plus petit dénomina­teur commun », mais même arriver à incarner cette posi­tion minimale chez les tenants de « l’écologie poli­tique » doit être salué comme une extraordinaire réussite. Cela dit, le nouveau promu malgré ses 33 ans, a déjà, plus de quinze ans de vie politique derrière lui, quoiqu’il n’ait encore exercé aucun mandat électif et se plaise à insister sur ses activités autres que militantes.

Il n’en devra que plus pren­dre garde. Issu du courant dit « environnementaliste », ils ne le sont pas tous ? il a dû composer avec la gauche du RDV et les petits nouveaux de l’AOC tout en donnant des gages à Rassembler, partisan de l’alliance avec le PS. D’ailleurs, on lui a adjoint une représentante de ce dernier groupe, Mireille Ferri pour laquelle a été créé le poste de secrétaire national adjoint. Nul doute que cette active et expérimentée voynettiste sau­ra tirer profit de sa position, pour elle comme pour l’an­cienne ministre de Lionel Jospin. Un des premiers tests de la nouvelle volonté des Verts réside dans la réforme du fonctionnement interne, caractérisé par une complica­tion paralysante. Noël Mamère, jamais en reste d’une provocation même dans son camp, » Mamère le fouille merde de la politique », n’hésite en effet pas à affirmer : les statuts « ne sont que les reflets de nos tur­pitudes et de nos hypocrisies ». Le feuilleton n’est donc pas terminé et l’hiver des verts peut-être pas fini.

Le football a-t-il des effets néfastes sur l’intellect ?

On peut le croire après avoir vu les images de supporters dé­chaînés lors du match oppo­sant le PSG à Metz. Même les très sages Nantais se sont laissé gagner par la folie lors du match qui opposait leur équipe à Sochaux. Aujourd’hui, il suffit qu’une équipe ne soit pas totalement au meilleur de sa forme, que le terrain soit trop lourd ou que la malchance s’en mêle pour que nos sympathiques suppor­ters se transforment en bêtes malfaisantes cumulant les pires tares. Il suffira de la fatale conjonction de la bière et des cartons jaunes ou rou­ges pour que les comporte­ments les plus vils et les inju­res les plus basses s’épanouis­sent sur les bancs des stades. Le plus doux des hommes, vêtu de l’écharpe de son club, parfois même maquillé aux couleurs d’icelui, se livrera dans le stade ou à ses abords à des manifestations qui le feront rougir quand il rentrera chez lui. L’animalité primitive, qui avait un instant repris le dessus, retournera, quelques heures plus tard dans les cavernes de l’inconscient.

Certains moralistes pourraient voir là une résurgence des comportements liés à l’an­tique jeu de soule. En ces temps-là, la compétition oppo­sait les hommes de deux villa­ges. Le jeu consistait à rame­ner au centre de son village la « soule », sorte de poche de cuir remplie d’étoupe, de paille ou de chiffons. Les règles étaient relativement floues et tous les coups à peu près permis. C’est dire qu’après une journée, les contusions, dents cassées et coquards ne se comptaient plus. Plus tard, la soule céda la place à des jeux plus policés, tels que le rugby ou le football association devenu football tout court. Nous les considé­rons comme plus policés parce que les violences des joueurs moins nombreux, y sont plus encadrées, mieux enca­drées en tout cas que les mani­festations de mauvaise humeur des spectateurs. Il faudra bien que les anthro­pologues se penchent sur cette étrange régression qui fait d’un homo sapiens un homo supportans, quelque part en­tre l’australopithèque et l’homme de Neandertal.

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