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Les raisons politiques d’une crise.

Mercredi 10 septembre 2008, par Pierre-Marie Gallois // La France

Les raisons politiques d'une crise

Nul ne conteste le bon sens dont font preuve, en général, les Français. Mais il est normal que leurs préoccupations individuelles intéressent l’immédiat ou le très court terme. Or, c’est sur le long terme que se gouverne un pays. Surtout quand il s’agit de défense nationale. Les institutions de la V° République, dévoyées en 1962 par l’élection présidentielle au suffrage universel, sont telles, que les autorités en place ou désireuses d’y être ne connaissent que les sondages hebdomadaires, reflets des humeurs du moment car il s’agit, pour elles, en permanence, de racoler des voix, si pernicieux que soit ce racolage.

Ainsi, en moins de quarante ans, les gouvernements successifs ont modifié la Constitution pour plaire à l’opinion et jusqu’à ce désastreux quinquennat, désindustrialisé le pays qui, de producteur, est réduit au rôle d’acquéreur de biens d’équipement conçus et construits hors de France. Et le pays s’appauvrit d’autant, délocalise le travail, entretenant le chômage local et la baisse du niveau de vie. En quelques années, il a renoncé l’industrie de l’aluminium, (au profit du Canada), de l’acier (Inde), de l’électronique industrielle et ménagère ; Chine, Suède, Allemagne, Finlande, de la machine-outil (Allemagne, Suisse), des constructions navales (Norvège et maintenant Corée du Sud), tandis qu’il perdait le marché mondial des avions de combat qu’il avait gagné sous la IV°République, puis perdu, au profit de l’Allemagne, la famille des Airbus que nos ingénieurs avaient développée. La moitié des entreprises cotées en bourse sont passées sous contrôle de l’étranger.

La politique étrangère et les armées de la nation témoignent de la nocivité du système électoral de la V° République. En effet, il y a peu, un sondage général avait montré que 6% des Français s’intéressaient encore à la politique étrangère de leur pays et 1%seulement à ses armes et à son appareil militaire. Les politiques en ont conclu que cette minime portion de l’électorat ne présentait pas d’intérêt. On s’en est remis à une politique étrangère européenne inexistante et à une défense européenne qui n’arrive pas à sortir des limbes.

D’où le délabrement de notre appareil militaire, victime de plus de la « notion de suffisance » qui n’est qu’un mot qui rassure, un cache-misère, car il n’y a pas de « suffisance » lorsqu’il s’agit de la grandeur d’une nation, ses armes en étant une spectaculaire matérialisation. Les carences de l’Union européenne ont transformé ces échecs nationaux en catastrophes collectives. Voici les Faits.

Renseignement, guidage, contrôle à partir de l’espace

Au début des années 80, le président Reagan avait lancé le projet G.P.S. Il a fallu une quinzaine d’années pour que les Européens s’en soucient. Inutile et coûteux, estimaient les Britanniques. Oui, peut-être, mais pas d’utilisation militaire, disaient Londres et Berlin, pour plaire à Washington ; pas de financement privé. Alors querelles d’intérêts entre les firmes enfin associées pour réaliser le projet Alcatel-Lucent-Thales-EADS, Finmecania, Aena et Hispasat (Espagne), Tele Op (Allemagne), Inmarsal (Grande- Bretagne) enfin querelles nationales Berlin veut le QG à Munich et Paris, à Toulouse l’Espagne entend avoir des centres de contrôle, mais les Tchèques aussi ; les charges de travail ne conviennent ni aux uns, ni aux autres. Le temps passe. La Chine se désiste au profit de son Beidou.

L’Europe ne lance qu’en 2005 le premier des 30 satellites nécessaires, et encore ce sont les Russes et leurs fusées qui ont mené l’opération. En Europe, lancé en 1994, le projet ne verra peut-être sa première utilisation qu’en 2012 ou 2015, soit 30 ans après la décision américaine…Au moins un demi-fiasco européen.

Aviation militaire ou fiasco total.

Avec deux entreprises à haut rendement, la Société nationale Aérospatiale et les Avions Dassault, la France détenait le marché mondial. L’Aérospatiale était l’héritière des bureaux d’étude qui avaient conçu et construit les Nord-Atlas, les Caravelle, Concorde, Airbus, des hélicoptères mondialement utilisés, des missiles stratégiques et tactiques des satellites,.. Quant à Dassault, avec ses Mirage, Alpha-jet et Atlantique, il équipait une cinquantaine de pays, et non des moindres. Ce gigantesque marché est définitivement perdu au profit des constructeurs anglo-saxons. Perdu par d’absurdes décisions du gouvernement français privant de travail des centaines de milliers de spécialistes français contraints à d’obscures reconversions.

A des fins de politique électorale, le gouvernement Jospin-Strauss-Khan a cru bon de privatiser Aérospatiale et, avec les Allemands, de créer une société nouvelle, EADS, siégeant en Hollande et groupant les activités militaires et civiles de l’ex-Aérospatiale, y compris Airbus, Paris ne conservant que 15% du capital et se préparant d’ailleurs à les brader. EADS cherche à vendre l’Eurofighter anglo-allemand, concurrent du Rafale français. Comble de l’irrationnel, voici que le contribuable français finance l’Eurofighter anglo-saxon par le biais d’EADS dans le même temps qu’il a investi des milliards dans le programme Rafale, celui-ci, lancé au début des années 80 devant être un « avion européen  » selon Charles Hernu !

Ainsi la France détruisait elle-même ce qu’elle avait conçu et construit. Autre échec, le retard d’EADS dans la fabrication de l’avion de transport militaire A 400M. Déclaré nécessaire au début des années 90, en 2008, près de 30 ans plus tard, EADS a été incapable de lui faire exécuter son premier vol comme prototype. Mais quelque six Etats européens devaient collaborer ; d’où négociations, discussions, renoncements, cafouillages européens devenus classiques, blocage des Allemands, rejet italien, ainsi que portugais. Bref autre fiasco.

La Société EADS-Airbus a été une absurde construction industrielle et commerciale, avec de multiples niveaux administratifs, bi-nationaux, sinon tri-nationaux avec l’Espagne. Le résultat est désastreux pour la Société et pour la France. Celle-ci a remis son industrie aérospatiale à l’Allemagne dont les représentants occupent tous les postes importants, éliminant peu à peu les activités françaises. Faute de compétences, tous les programmes sont en retard, et l’aventure Airbus risque de tourner au plus mal. Le tandem Chirac-Jospin a ainsi mis un terme aux aides françaises et compromis les réalisations prétendument européennes.

États-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne en tirent parti. Entre temps, ces atermoiements ont ouvert le marché aux États-Unis. L’avion F 16 équipe le Danemark, la Finlande, la Grèce, les Pays-Bas, le Portugal, l’Espagne, la Turquie la Pologne, tandis que la Grande-Bretagne, par la suite, a investi 2 milliards de dollars dans le F. 35 américain, l’Italie 1 milliard, les Pays-Bas 800 millions, le Danemark 125 et aussi la Norvège. Et le Canada et la Turquie avec l’Australie veulent coopérer et aussi utiliser cet appareil. Pour le siècle, le marché est acquis aux Etats-Unis, avec une modeste part à l’Eurofighter anglo-allemand. La France ayant tout perdu. Et définitivement.

Matériel militaire terrestre.

Même faillite en ce qui concerne le matériel terrestre de combat. Faute de commandes de l’État et de l’étranger, Giat industries qui fabrique le char Leclerc entre autres équipements de nos forces terrestres, a fermé nombre d’établissements et ramené son personnel de 13 000 à 3 000 personnes. Il a pris un autre nom (Nexter) afin d’effacer un passé peu glorieux et renoncé aux chars lourds pour la suite de l’AMX-1O à roues et au canon de 155 m/m. Mais la place est prise ; la Grande-Bretagne avec BAE Systems a acquis Armor Holdings aux États-Unis, tandis que la puissante firme américaine General Dynamic qui construit les chars d’assaut Abrams a acheté, à Vienne, les usines Steir et une entreprise similaire en Espagne, s’ouvrant par ce biais le marché européen.

Ainsi, pour « construire » l’Europe, il a fallu déconstruire ses États-membres, créant sur le Vieux Continent un vide stratégique total et un état de dépendance absolu.

Carences Sur mer

La France a fermé les uns après les autres ses chantiers navals. Les prestigieux Chantiers de l’Atlantique qui ont produit tant de bateaux recherchés dans le monde, sont passés sous contrôle norvégien, puis, maintenant s’accommodent d’une minorité de blocage sud-coréenne, l’Asie cherchant à bénéficier de notre ex-savoir faire. Paris s’en émeut, et met « un pied », petit, dans l’entreprise.

S’ajoutent à ces renoncement la pitoyable gestion de la fin du Clemenceau et surtout l’affaire du second porte-avions. Un jour il est déclaré « indispensable  » par le futur président en campagne électorale mais, peu après, la mise en chantier est repoussée à la prochaine échéance électorale présidentielle. Pourtant, le candidat l’Élysée avait déclaré : « Nous refuser d’avoir les moyens d’intervenir au loin ce serait implicitement laisser à d’autres la gestion des affaires mondiales  ».

C’est bien ce que cette politique incohérente impose au pays. Depuis 1994, il n’est question, dans les projets officiels que d’intervenir à distance  », avec des dizaines de milliers d’hommes à des milliers de kilomètres. Or, nous n’en avons pas les moyens. Pas d’avions cargos lourds. Paris s’en sort en louant aux Russes leurs gros avions de transport de troupes et de fret. Les Russes avec lesquels on risque de se fâcher ! Pas de chasseurs à long rayon d’action pour protéger les points d’intervention lointains, il existe un seul prototype, le MD. 4000, mais il est au musée de l’Air !

Pas d’engins à courte portée pour défendre localement le petit corps expéditionnaire Français : le Hadès, à charge classique, aurait pu servir il a été à la casse. Peu ou pas de bâtiments de débarquement et un seul porte-avions jouant les intermittents. On voit mal comment, avec de telles carences la France pourrait intervenir à distance de manière indépendante et en fonction de ses intérêts. La tragi-comédie du deuxième porte-avions est, hélas, significative. Quant aux pays européens, en grande majorité, ils ont choisi I’OTAN et l’éventuelle intervention américaine â leur profit. Aussi font-ils l’économie d’un effort militaire national.

En conclusion, dire que les États-Unis admettent maintenant un système militaire européen indépendant n’est qu’une expression dépourvue de sens. Que signifie-t-elle alors que tout le matériel de cette Europe sera fourni, entretenu, renouvelé par les États-Unis ? Évidemment en fonction de leur intérêt. Les Français ayant admis leur plongée dans l’abîme avec la perte de leur souveraineté et de leur indépendance, la réalité s’adapte à leur idéologie. Comme les civilisations, les nations sont mortelles. Sauf à résister contre ce déclin et à rompre avec de faux principes.

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