Cher(e)s ami(e)s internautes.

Merci pour votre fidélité ; les écrits quotidiens seront absents tout le mois de septembre. Vous pouvez cependant parcourir tous les dossiers créés depuis plus de 10 ans et qui figurent sur le site.

Dés le mois d’octobre il vous sera proposé un mensuel auquel vous pourrez participer en me faisant parvenir votre perception des affaires politiques, familiales, sportives ou autres.

Rien ne sera censuré, hormis des articles injurieux et calomnieux.

Je suis attaché aux valeurs chrétiennes, aux valeurs dites républicaines et à une monarchie parlementaire.

Vous pouvez nous contacter en cliquant sur ce lien >>

Les questions sociales.

Mercredi 27 janvier 2010 // La France

IL Y A UNE QUESTION sociale. La crise ne fait que la rendre plus aiguë. La croissance reprendrait-elle ? elle serait toujours là, latente. Elle ne se pose pas seulement en matière d’emploi et de prospérité. La justice sociale même — ou ce que l’on met aujourd’hui sous ce mot — ne suffirait pas à la résoudre. C’est qu’elle tient à d’autres causes que les seuls facteurs économiques.

L’homme est un animal social, un animal politique. La très belle définition d’Aristote dit tout. L’homme a besoin de la société, de son environnement harmonieux. Le réduire à des fonctions économiques de producteur consommateur, le considérer comme un chiffre parmi des millions, des milliards d’autres, c’est ne plus voir ce qu’il est.

RAVAGES DE « L’ÉCONOMISME »

Or, ces conceptions sont le tout de « l’économisme » moderne. Non pas de la science économique qui connaît ses limites et qui se contente de rendre compte des phénomènes de production et de consommation, d’offre et de demande, voire de rentabilité et de profits ; Mais de cet insupportable « économisme » qui prétend tout régenter, qui élimine du champ d’analyse et d’intérêt tout autre proposition humaine et sociale, qui s’imagine être la science des sciences et qui s’est imposé aux sociétés et aux hommes politiques comme la règle des règles.

Il y a là une barbarie nouvelle qui n’est rendue possible que par les fausses conceptions qui sont au fondement de l’idéologie démocratique contemporaine dont il n’est pas sûr du tout qu’elle relève de ce qu’on pourrait appeler « une saine démocratie ». Le nombre y est roi, le nombre non spécifié, non déterminé, la quantité brute sans qualité, qui ne saisit l’homme que sous deux aspects, l’individu et la masse. La vision démocratico économiste ne sort pas de ce schéma « simpliste individualisme et collectivisme. » Et cela fait chez nous deux cents ans que ce fléau dure. L’opposition, même violente, des deux concepts crée l’illusion d’une alternative. Ils ne sont que frères ennemis, issus de la même monstruosité conceptuelle, qui ravage les cerveaux, les cours et les sociétés. Des individus qui s’ajoutent, ne font que des conglomérats.

Les théories anglo-saxonnes de l’intérêt, le subjectivisme idéaliste ou matérialiste allemand, le rousseauisme, qualifié, hélas, de français, avec ses « grandes idées abstraites » et qui sont inscrites comme un sceau superbe mais fatal au fronton et au coeur de l’édifice constitutionnel de la France, n’ont cessé de renforcer des schémas intellectuels, prétendument rationnels, dont les conséquences inhumaines allaient sans cesse au rebours des aspirations réelles des peuples.

UNE TECHNOSTRUCTURE SANS ÂME.

Non, le monde n’est pas un grand atelier, pas plus qu’une grande machine financière, pas plus qu’un vaste bazar. La mondialisation de la finance, de l’économie et des échanges, accélérées par l’outil informatique qui a littéralement fait exploser toutes les capacités de chiffrer, de calculer, de communiquer, n’ont pas changé la donne, même si elles ont changé les données. Les peuples ne se repaissent pas de chiffres. C’est l’erreur de vision de l’ensemble, ou presque, de la classe dirigeante des pays dits civilisés, sorte de « technostructure » mondiale, pour reprendre l’expression de Galbraith, qui, sans engagement patrimonial personnel, sans responsabilité sociale effective, pour satisfaire son appétit de puissance théorique et pratique, s’est octroyé le droit de diriger l’économie du monde et, donc, dans son esprit, le monde.

Il ne faut pas s’étonner qu’il n’y ait plus de politique ! Les politiciens poussent des cris d’orfraies, mais ce monde-là, ils l’ont voulu, c’est le leur ; ils ont contribué à le fabriquer ; eux aussi ne connaissent que le nombre ; ils ne jouent qu’avec des chiffres ; ils y puisent leur légitimité. Les voilà par nature complices, malgré leur dénégation : c’est qu’ils partagent le même vice intellectuel. Ils ne sont que des jouets devant des pressions financières qui ne demandent que du chiffre, comme eux ! Le rendement démagogique et la rentabilité financière ont des points communs !

Qu’ils se qualifient de libéraux ou de socialistes, ou par on ne sait quel centre dont la gravité est incertaine, n’apporte pas de réelle distinction. Quelle différence, s’il vous plaît, entre un Strauss-Kahn, un Pascal Lamy ou un Jean-Claude Trichet, pour ne citer que des Français ? Ces messieurs raisonnent tous sur les mêmes schémas.

LA VRAIE VIE.

Tout ce monde-là passe à côté de l’essentiel. La vie se transmet, se donne ; Elle est histoire, héritage, patrimoine, famille et nation ; Elle est culture et civilisation. Les économies comme les politiques sont ou doivent être incarnées dans des réalités humaines, sous peine de devenir, comme les idéologies, des totalitarismes. Car il y a un totalitarisme de la finance et de l’économisme qui peut être abominable. De ce point de vue le XIX° siècle n’a rien à nous envier. L’argent est ce qui se compte le mieux et, tant qu’à faire du chiffre, c’est là que se trouvent les meilleures unités de compte. Les courbes n’ont plus qu’à monter et malheur si elles se rabattent !

Si la société n’est faite que de nombre, il n’est pas difficile de comprendre que l’argent y est naturellement roi. Si le chiffre est l’unique absolu, alors l’argent est Dieu. Autant dire qu’il n’y a plus de société, plus de politique, plus de religion. Mammon règne. Et ceux qui viennent brûler leur bâtonnet d’encens devant déesse Démocratie, celle du Nombre, sont, quoi qu’ils en disent, les premiers artisans de ce règne. Les peuples se souviendront, peut-être, qu’il est des royaume heureux, et plus réellement prospères que celui de la Ploutocratie. Encore faudrait-il informer notre peuple. Il a un besoin urgent de vérité. Et c’est ce que l’on dit et de toutes les manières : idéologie oblige. On préférera le livrer aux démagogies les plus outrancières plutôt que de le considérer la vérité en face.

Voilà qu’aujourd’hui il est de mode de parler d’écologie. Le mot se transforme en tremplin électoral. C’est un moyen de gagner les élections. Pourquoi remettre à l’éphémère et à l’inconsistant ce qui exige la durée et la réflexion ? Il n’est pas douteux que l’écologie va tomber à son tour dans les pattes de « l’économisme » et de la surenchère démagogique : c’est, pour ainsi dire déjà fait. Et c’est pitoyable.

Le rapport Stiglitz, demandé en 2008, par Nicolas Sarkozy, attire l’attention sur les insuffisances des comptabilités nationales et des calculs des PIB. Des économistes renommés, quatre prix Nobel, contribué à cette réflexion dont Jean-Paul Fitoussi a été le coordinateur général. D’autres indicateurs économiques et sociaux, déjà connus d’ailleurs, sont mis en avant, qui prennent en compte la qualité de vie, au-delà des seules croissances chiffrées des productions et des consommations. Il s’agit de cerner bien-être, la santé, l’environnement, sécurité, la vie... Soit ! Mais gare aux pièges de « l’économisme » individualiste et massificateur, donc réducteur, qui ne manquera pas d’avaler ces belles intentions. Voulez-vous faire des courbes du bonheur ? Quel bonheur ? Celui de Sade ou celui de Jean-Marie Vianney ? Ce sont de questions.

Il y a beaucoup de prétention dans toutes ces volontés, ou ces velléités de sortir de l’impasse où se fourvoient nos sociétés d’aujourd’hui. C’est que la question sociale n’a pas été examinée en elle-même. Qu’est l’homme ? Qu’est-ce que la société ? Il est probable qu’à défaut d’aller au fond du problème politique, on va se contenter aussi, de faire du chiffre. Et rien ne serait pire. Construire des milliers d’éoliennes qui auront des milliards d’inconvénients et qui enlaidiront le monde, sous le prétexte d’écologie ou de conception meilleure de l’énergie, loin d’être une solution, serait une catastrophe supplémentaire. Il faudrait, surtout, sortir de la sottise de quelques idées vaines.

Ces questions ne sont pas agitées d’aujourd’hui. Dans les années 60, des scientifiques des professeurs responsables, les abordaient dans leur cours d’économie et de philosophie politiques : Ces éminents professeurs, d’une immense culture et surtout, d’un solide bon sens Français, « Catholique de conviction profonde et donc des catholiques sociaux », étaient effrayés des conséquences qu’ils voyaient poindre, sur le plan social, des conceptions purement comptables d’un « économisme » prépotent qui voulait déjà régner en maître, en économie comme en politique.

Non, ce n’est pas d’aujourd’hui que l’on découvre que les embouteillages de voitures ont beau augmenter le PIB par l’accroissement de la consommation et de la production d’essence, il n’en résulte pas pour autant un meilleur bien-être ni une qualité environnementale supérieure. Ils le disaient déjà ; mais ils le disaient mieux parce qu’ils savaient ce qu’était l’homme. Ils appartenaient, à leur manière propre, à cette tradition qui, de Albert de Mun et La Tour du Pin, a su poser dès le XIX° siècle la question sociale dans toute son acuité, telle que l’individualisme et le collectivisme issus de la Révolution française l’avaient cruellement façonné.

Les enquêtes d’un Alban de Villeneuve Bargemont sous la Restauration, plus tard celles d’un Frédéric Le Play sur les ouvriers européens avaient cette caractéristique d’être totalement humaines : elles pointaient donc les cruelles insuffisances des institutions. Et c’est ce qui manque aujourd’hui, mutatis mutandis.

Le puissant génie de Balzac avait déjà tout vu de son temps : « Le mal vient, chez nous, de la loi politique. La Charte a proclamé le règne de l’argent, le succès devient alors la raison suprême d’une époque athée. Aussi la corruption des sphères élevées, malgré des résultats éblouissants d’or et leurs raisons spécieuses,-est-elle infiniment plus hideuse que les corruptions ignobles et quasi personnelles des sphères inférieures...

La Bourgeoisie, moins libérale que Louis XIV, tremble de voir venir son Mariage de Figaro, défend de jouer le Tartufe politique et, certes, ne laissera pas jouer Turcaret aujourd’hui, car Turcaret est devenu le souverain ».

Voilà ce qu’écrivait, en passant, dans Splendeurs et misères des courtisanes celui qui dans l’avant-propos de sa Comédie humaine disait  : « J’écris à la lueur de deux vérités éternelles la Religion, la Monarchie », deux nécessités que les évènements contemporains proclament, et vers lesquelles tout écrivain de bon sens doit essayer de ramener son pays... L’Élection, étendue à tout, nous donne le gouvernement par les masses, le seul qui ne soit point responsable, et où la tyrannie est sans bornes, car elle s’appelle la loi. Aussi regardé-je la Famille et non l’Individu comme le véritable élément social... ».

Quel est l’homme politique français qui a médité ces fortes paroles ? Elles sont plus actuelles que jamais. Elles rejoindraient, d’ailleurs, les analyses plus contemporaines d’un Schumpeter et d’un Keynes, pourvu, comme le dit le professeur Frédéric Poulon, qu’on n’en déforme pas le message.

C’est pourquoi il n’y a pas grand-chose à attendre des réunions du G20 ni des suites du sommet de Pittsburgh. Comment responsabiliser ce qui est par nature irresponsable ? Comment moraliser des mécaniques capitalistiques ? On ne moralise que des hommes. Les mécaniques sont là pour rendre des services. On confond les moyens et les fins et dans cette confusion chacun ne cherchera que son avantage. Au mieux, il y aura des accommodements.

LA DOCTRINE SOCIALE, HUMANISTE.

S’il n’y a point de charité, il n’y aura point de charité sociale, y compris et surtout celle qui est exprimée par des hommes humanistes et réalistes. Il n’y a point de justice sociale sans le préalable obligé du don, de la gratuité du don, de la relation humaine gratuite. La marchandisation ne vient qu’après : Voilà le fondement de la véritable écologie et la réalité des relations humaines. Les rapports économiques dans leur nécessité, et souvent leur implacable nécessité, s’inscrivent naturellement, pour trouver leur sens humain, dans la logique du bien commun où la société, la nation ont toute leur finalité et l’État, son sens précis de serviteur public. La mondialisation ne saurait être une réduction des cultures au plus petit dénominateur commun, mais exige un juste équilibre dont aucun des organismes internationaux actuels, dans leur philosophie, leur structure et leur fonctionnement, ne peut assumer la responsabilité : Il y faudrait une autorité, et non un pouvoir, qui soit le garant de l’avenir de la civilisation humaine. Bref, pour résoudre la question sociale, se pose à tous les niveaux une plus grave question, celle de la légitimité.

Au fond, si cette crise perpétuelle dans laquelle nous vivons depuis quelques années, et qui n’a pu que s’ accentuer encore avec la récente crise financière, économique et sociale, pouvait aidait à résoudre la question de la légitimité politique, elle n’aurait pas servi à rien !

Répondre à cet article