Les présidentiables se livrent.

Dimanche 30 octobre 2011 // La France

C’est devenu une règle d’or : pas de présidentielle sans que les candidats y aillent de leur portrait, de leur série d’entretiens, d’un recueil de discours et de textes... Il faut s’affirmer dans l’imaginaire collectif comme une personne qui est capable d’écrire, de comprendre les souffrances des autres, de formuler des propositions... Il faut montrer et prouver que l’on est capable ! Tous, à de rares exceptions, s’y essaient, avec plus ou moins de bonheur. Et quand les politiques ne le font pas eux-mêmes, d’autres auteurs se chargent de les mettre en scène.

C’est François Bayrou qui a ouvert le bal des écrivains politiques à l’été 2011. Dans son 2012 État d’Urgence (Pion, 160 pages, 15 euros), il passe la France au scanner : institutions, économie, éducation, social, environnement... Pour lui, la situation est dégradée mais pas désespérée. C’est pourquoi il s’inscrit comme le recours dans une troisième voie qu’il a incarnée (avec un certain succès) en 2007. Habilement, il ne pointe les dysfonctionnements que de ces dix dernières années de gouvernement, évitant ainsi de dresser un bilan de sa propre action de ministre et de paraître complice du désastre annoncé !

Dominique de Villepin lui a emboîté le pas avec un livre de réflexion (Notre vieux pays, Plon, 230 pages, 17 euros) sur les ressorts du pessimisme qui a conduit au déclin actuel de la France : mêmes causes, mêmes effets que François Bayrou. L’envie est grande de dire à l’ancien chef du Gouvernement : « Aujourd’hui vous dénoncez. Pourquoi n avez vous pas agi à l’époque ? »…

LIVRES-PROGRAMME

L’ancien hôte de Matignon ne se reconnaît plus dans ce vieux pays. A croire qu’un quinquennat aurait chamboulé tous les repères de nos compatriotes, aurait causé plus de dégâts que 200 ans de République et/ou trente ans de dictature ! Villepin grossit le trait pour mieux faire passer son message. Car lui aussi écrit un livre de sortie de crise et se pose, comme François Bayrou, en recours contre Nicolas Sarkozy.

L’approche est moins réfléchie pour François Hollande (Le rêve français, Privat, 290 pages, 9,80 euros) qui se contente, après un entretien convenu, d’aligner (presque chronologiquement) des discours et des textes. Mêmes constats, mêmes causes et quasiment mêmes remèdes, c’est-à-dire une suite de belles promesses et de voeux pieux, la dimension idéologique socialiste en plus.

Une pointe de nostalgie est prégnante et présente chez les deux anciens ministres et l’ancien Premier secrétaire du PS, au point de faire renaître deux mythes chers à Raoul Girardet : celui d’un âge d’or révolu et celui d’un homme providentiel. Eux bien sûr ! Pour ces trois dirigeants politiques, les mauvais jours finiront. Mais aucun ne dit, dans son livre-programme, comment et avec quelles conséquences pour la France et les Français.

Finalement, pour prendre plaisir à lire et comprendre ce qui se passera vraiment avant et après le 6 mai 2012, il est utile (et salvateur ?) de plonger dans le registre de la fiction. Frédéric Des lauriers (Les deux cents jours de Marine Le Pen, Plon, 180 pages, 16 euros) imagine que Marine Le Pen gagne les élections présidentielles. Est-ce d’ailleurs de la fiction tant les sondages minimisent la vague FN, tant la droite et la gauche partent divisés ? Elle forme un gouvernement inédit avec quelques têtes d’affiche, doit déjà déjouer quelques complots politico-économiques, rassurer et s’imposer sur la scène internationale... Le pays reste calme. Pour combien de temps ? Les petites combines reprennent vite... Dans un registre tout aussi crédible, mais plus primesautier, l’ancien présentateur Bruno Masure s’est mis dans la peau de Nicolas Sarkozy (Journal d’une curée de campagne, Chiflet & Cie, 240 pages, 17,95 euros). Jour après jour, du 6 juillet 2010 au 5 juillet 2011, il imagine toutes les réactions que le chef de l’État a pu avoir face aux événements : les vacances de MAM, les frasques de DSK, les remaniements ministériels, la corvée des voeux, la guerre en Libye, Clearstream... Un ouvrage distrayant qui souligne, comme les autres, le peu d’assurance de nos élites politiques, la versatilité des Français et l’incertitude des scrutins...

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