Cher(e)s ami(e)s internautes.

Merci pour votre fidélité ; les écrits quotidiens seront absents tout le mois de septembre. Vous pouvez cependant parcourir tous les dossiers créés depuis plus de 10 ans et qui figurent sur le site.

Dés le mois d’octobre il vous sera proposé un mensuel auquel vous pourrez participer en me faisant parvenir votre perception des affaires politiques, familiales, sportives ou autres.

Rien ne sera censuré, hormis des articles injurieux et calomnieux.

Je suis attaché aux valeurs chrétiennes, aux valeurs dites républicaines et à une monarchie parlementaire.

Vous pouvez nous contacter en cliquant sur ce lien >>

Les « mutineries » de 1917.

Anniversaire tragique, prétexte à toutes les déformations. Mise au point par un excellent historien de la Première Guerre mondiale.

Mardi 14 août 2007, par Philippe CONRAD // L’Histoire

Concernant le 90° anniversaire de la crise du printemps de 1917, on a entretenu la confusion entre les exécutions intervenues dans les années 1914 et 1915 et celles qui ont suivi les « mutineries » de 1917, alors qu’elles correspondent à des situations bien différentes.

La situation qui prévaut en 1917 a laissé des traces précises dans les archives. Par comparaison, sur la trentaine de peines de mort prononcées chaque mois depuis le début de la guerre par la justice militaire, celle-ci a fait procéder à sept ou huit exécutions. À cette époque, la guerre tue en moyenne quotidiennement plus de neuf cents hommes. Cette répression d’actes, généralement isolés, mais aussi, parfois, de crimes de droit commun, recouvre des cas extrêmement divers. Il est établi que plusieurs injustices flagrantes et scandaleuses ont été commises, que n’ont pu compenser les réhabilitations survenues après guerre.

Les cours martiales instituées en 1914 ont été supprimées au début de 1916. Les garanties données aux accusés qui comparaissent devant les conseils de guerre sont importante& Le sursis et le recours en grâce sont possibles, ce qui n’existe pas, par exemple, dans l’armée anglaise. La crise de la discipline, qui éclate en mai et juin 1917, connaît son maximum d’intensité durant la première semaine de juin. Elle résulte directement de l’échec de l’offensive, lancée le 16 avril, sur le front du Chemin des Dames et à hauteur des monts de Champagne. Les succès obtenus à Verdun, sur un front restreint, ont encouragé le général Nivelle, successeur de Joffre, à engager l’attaque sur un front large de soixante-dix kilomètres. Près de cent quarante mille hommes sont ainsi mis hors de combat en l’espace de quelques jours. Une saignée que les combattants ont perçue comme un gâchis suicidaire. C’est dans ce contexte que, dans le secteur concerné par l’offensive Nivelle, vont se multiplier les actes de désobéissance. Dans la plupart des cas, il s’agit du refus de remonter en ligne, alors que les hommes continuent de tenir leurs tranchées. Mais ils refusent de lancer des assauts les vouant à une mort certaine.

À côté de cette « grève sur le tas », et des manifestations que l’on peut observer dans les gares de l’arrière, il faut également mentionner l’augmentation des « désertions à l’intérieur » : des permissionnaires ne réapparaissent pas dans leurs unités. Enfin, dans certains cas bien précis, des rassemblements de soldats débouchent, à l’arrière, sur des troubles plus graves. Des rixes opposent des « mutins » aux soldats demeurés dans le devoir, des officiers sont malmenés, des coups de feu sont tirés. À Ceuvres et à Soissons, des unités menacent de marcher sur Paris.

Si 8 % des divisions sont sérieusement touchées et des incidents significatifs sont recensés dans 20%, quarante-quatre divisions sur cent dix ne sont affectées par aucun trouble. C’est en mai-juin, dans la partie centrale du front, que la crise a connu sa plus forte intensité, là où la troupe avait payé au prix fort l’offensive voulue par Nivelle.

Le 15 mai, en pleine crise, le général Pétain est promu au commandement en chef. Il va limiter la répression contre l’avis de la plupart de ses grands subordonnés. Ces derniers sont convaincus qu’il y a derrière ce mouvement l’influence de l’agitation socialiste et pacifiste, qui s’exprime à l’arrière dans les grèves survenues au cours du printemps. Le bilan de la répression s’établit à 629 condamnations à mort dont quarante-neuf ont été exécutées. Ce chiffre, donné par Guy Pedroncini, est revu à la baisse par le général Bach qui — après ses Fusillés pour l’exemple paru chez Tallandier et traitant de la période 1914-1915 —prépare un ouvrage exhaustif sur la question et pense pouvoir conclure sur le chiffre de vingt-six exécutions, une fois écartés les condamnés pour des crimes de droit commun. Il faut ajouter 2 873 condamnations à la prison ou aux travaux forcés, dont 1 381 supérieures à une durée de cinq ans.

Le Général Pétain sait que la répression ne peut suffire et diverses mesures viennent améliorer la vie des soldats. L’essentiel demeure cependant la volonté de mettre en oeuvre de nouveaux choix stratégiques et tactiques. Philippe Pétain le vainqueur de Verdun « attend les Américains et les tanks » et un meilleur rapport des forces avant de reprendre des initiatives d’envergure. En octobre, le succès tactique de la reprise du fort de la Malmaison apparaît comme une revanche sur l’échec subi en avril. En apportant à la crise du moral des remèdes adaptés, Pétain va rétablir rapidement une armée française cruellement éprouvée. Il va forger l’outil qui permettra, l’année suivante, de contenir les offensives de Ludendorff, puis de remporter la bataille de Champagne de juillet 1918, prélude à la victoire finale.

Répondre à cet article