Les maîtres chanteurs.

Samedi 9 janvier 2010 // La France

Périodiquement, et de préférence à la veille des grandes fêtes ou des départs en vacances, syndicats et agents des services publics multiplient les appels à la grève ou menacent d’y recourir, en vue d’obtenir des revalorisations salariales ou statutaires, voire des primes diverses et variées. Alors que toute période de crise, et donc de chômage, se traduit par une modération des revendications, on s’aperçoit que les mouvements sociaux actuels sont le fait, une fois de plus, de secteurs d’activités bien précis, qui disposent d’un pouvoir de blocage et de nuisance important, routiers, dabistes, agents de la SNCF ou de la RATP, employés des musées d’État, postiers et autres.

Des épisodes d’une certaine vie syndicale qui attestent d’un manque de maturité sociale, indigne d’un grand pays moderne du XXI° siècle.

Des méthodes qui n’honorent aucunement les représentants de professions souvent privilégiées, disposant de la sécurité de l’emploi, qui, par leur égoïsme purement corporatif, montrent clairement qu’ils ne s’intéressent pas au Bien commun et ne montrent pas cet esprit de responsabilité que l’on est en droit d’attendre d’organisations syndicales professionnelles évoluées.

La corde éculée de la prise en otage des citoyens passagers consommateurs au nom de revendications, toujours réputées légitimes par définition et par principe, inacceptable. Le pseudo combat de ces salariés, souligne l’archaïsme syndical français.

La grève qui a pénalisé gravement les usagers du RER A est typique à cet égard. Alors que cette ligne qui traverse le bassin Parisien, d’est en ouest, est vitale pour l’économie et indispensable au million et demi de voyageurs qui la fréquentent quotidiennement, on ne voit aucune justification sérieuse à une grève si dure, alors que le différend porte sur une simple prime supplémentaire de prétendue « pénibilité ». Rémunérés de 2 200 à 2 700 euros par mois selon leur ancienneté, jouissant de la garantie de l’emploi, les agents de conduite sur cette ligne ne conduisent que 2 h 50 par jour, partent en retraite pour la plupart à 50 ans, car ils gagnent une année de cotisation tous les cinq ans du fait de la « pénibilité de leur travail ». On a vu pire.

Ce conflit sur une ligne stratégique ne pouvait manquer de perturber aussi la SNCF, qui partage l’exploitation du RER avec la RATP. Didier Le Reste, dur des durs de la CGT cheminots, en profite pour demander l’arrêt des restructurations et avance plusieurs revendications, notamment statutaires pour les conducteurs.

En définitive, moins de 600 personnes peuvent dans ce pays pénaliser près de 1,5 million de Franciliens. Alors même qu’une fois de plus, le service minimum est resté à quai. Et que dire des grèves intempestives à Orsay, au Louvre et à Versailles ? Et du capharnaüm de Beaubourg où, après un mois de grève, on évalue les pertes à plus d’un million d’euros (billets d’entrée, produits dérivés et redevances). Alors même que Paris attendait des dizaines de milliers de touristes pour les fêtes de fin d’année !

Là encore, la note est d’autant plus salée qu’elle est le fait d’un petit nombre de grévistes dans les corps de la sécurité et des pompiers.

Et, pour faire bonne mesure, ne voilà-t-il pas que les dabistes, personnels chargés d’alimenter les distributeurs automatiques de billets, ont entamé une grève illimitée en vue d’obtenir une prime de risque de 230 euros, identique à celle des convoyeurs de fonds. De qui se moque-t-on ?

Comme souvent dans ce pays, « le service public » s’agite dans un contexte politique difficile alors que se profilent à l’horizon les élections régionales. Le droit de grève, « droit sacré » s’il en est, ne pourra indéfiniment être dévié de son sens et de sa finalité et être utilisé à tort et à travers pour seulement défendre des privilèges d’un autre temps. Il serait sage que le gouvernement reconsidère sa notion même de service public.

N’y aurait-il donc pas d’autres moyens que cette grève à tout bout de champ pour s’exprimer aujourd’hui dans une société moderne ? Encore faudrait-il que nos institutions fussent vraiment représentatives. La preuve est donnée une fois de plus qu’elles ne le sont pas.

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