Sarkozysme.

Les jeux ne sont pas faits

Samedi 29 octobre 2011 // La France

Dans la grande presse, maints croque-morts préparent le corbillard nommé sarkophage et cherchent déjà celui qui prendra en main les affaires du moribond.

Après tout, composer un bouquet de noces ou tresser une couronne mortuaire, c’est toujours vendre de la fleur. C’est ainsi que la gent médiatique prospère, sans jamais être dégoûtée d’elle-même. On ne s’associera pas à la campagne sur la fin de règne annoncée voici peu par L’Express, Le Point et Le Nouvel Observateur. D’abord parce que la curée est aussi débectante que la lèche. Ensuite parce que les jeux ne sont pas faits. Nicolas Sarkozy sent le vent de la défaite mais son agitation pathologique lui permet de réagir en utilisant au maximum ses capacités : brutalité, cynisme, démagogie. C’est ainsi qu’il faut faire dans le milieu des voyous en cols blancs, des opportunistes à poil ras, des coupe-jarrets et des corrompus haut de gamme qui a pour nom sarkozie.

Vous me direz que la bâtisse craque de toutes parts. L’affaire Takieddine est un énorme coup de boutoir qui commence seulement à produire ses effets tant les documents publiés par Mediapart sont accablants. Les révélations de Pierre Péan ne sont pas moins ravageuses et les démentis n’y feront rien : c’est le premier cercle sarkozien - Claude Guéant, Nicolas Bazire, Brice Hortefeux - qui est atteint par la vague des scandales et le supposé président est lui-même sérieusement ébranlé. Mais regardez comment l’homme traqué lance ses contre-attaques.

Il rachète, en hâte, les seconds couteaux qui prenaient les allures de francs-tireurs : Jean-Louis Borloo qu’on n’a même pas laissé faire son tour de piste et qui a eu le plaisir, après son renoncement, de voir arriver au siège du Parti radical un chèque de 500 000 euros au titre de la dotation annuelle de l’UMP aux valoisiens. Le chèque était resté sous le coude de Jean-François Copé pendant l’échappée centriste du bonhomme. C’est vous dire la marge de manoeuvre dont dispose le pauvre Hervé Morin, patron d’un Nouveau centre qui dépend lui aussi d’une dotation de l’UMP. Dominique de Villepin ayant lui aussi renoncé à la présidentielle, reste Christine Boutin à récupérer pour que l’aile droite de l’oligarchie soit rassemblée.

Tout de même, me direz-vous encore, il y a le retour d’Alain Juppé sur le devant de la scène : fin septembre, une campagne médiatique bien orchestrée le présentait en recours. Bien sûr qu’il aime-fait prendre sa revanche ! Mais si Sarkozy était par pure hypothèse éliminé, les deux candidats pour 2017, François Fillon et Jean-François Copé, auraient les moyens de barrer route à l’homme qui traîne une réputation infamante et les bruyants souvenirs du Juppéthon.

Le terrain étant dégagé, Nicolas Sarkozy est entré en campagne tout en assurant qu’il ne se déclarerait qu’en février prochain. Ce n’est qu’une minuscule hypocrisie, déjà emportée par un torrent de démagogie. Tous les déplacements en province visent une cible socioprofessionnelle ou permettent de rôder les thématiques de campagne : on vise les ouvriers, les vieux (mais on n’oubliera pas leste jeunes), les familles nombreuses, les médecin% et on soigne tous ceux qui sont sensibles au thème sécuritaire... Cela signifie que tous les moyens de l’ État, du préfet au modeste gendarme, sont utilisés à des fins électorales.

Et puis il y a les tournées à l’étranger, qui mobilisent les diplomates pour des démonstrations qui n’ont qu’un très lointain rapport avec la politique étrangère. En Géorgie, où sévit le fils d’André Glucksmann, on flatte les intellectuels français qui donnent dans le néo-conservatisme ; en Arménie, on évoque le génocide afin de capter les voix des descendants de réfugiés arméniens. À l’Élysée, on jurera que c’est par le plus grand des hasards qu’on se penche sur les graves questions caucasiennes à quelques mois de l’élection présidentielle. Dans les publics visés, de nombreux citoyens estimeront à juste titre qu’ils sont pris pour des imbéciles.

Tel est le problème de Nicolas Sarkozy : rouler deux fois les électeurs dans la même farine, tandis que tombent les chiffres du chômage, du déficit du commerce extérieur et de la désindustrialisation.

Annette DELRANCK
 Pierre Péan - « La République des mallettes », Fayard, 2011, prix franco : 23 €

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