Les grandes écoles : Quotas ou pas ?

Lundi 1er février 2010 // La France

La question du recrutement des grandes écoles provoque une polémique où « patriotique » et « communautaristes » s’affrontent stérilement.

Tout est parti d’une lettre de la Conférence des Grandes écoles (CGE) concernant le quota d’étudiants boursiers (30%) que le gouvernement veut établir au nom de l’égalité des chances : cette exigence « ferait baisser le niveau moyen » selon la citation reproduite dans toute la presse.

Ces quelques mots ont déclenché de vives réactions. Commissaire à la Diversité et à l’Egalité des chances, Yazid Sabeg a dénoncé un avis « scandaleux » et rappelé que les grandes écoles étaient tenues de respecter la ligne politique fixée par le gouvernement : « Faire de l’ouverture sociale un enjeu ». Directeur de l’institut d’Etudes de Paris, Richard Descoing est allé dans le même sens, dénonçant « la remise en cause de 150 ans d’histoire de transformation sociale par l’école » et l’égalité illusoire des concours : « Les concours sont organisés pour que ceux qui réussissent soient ceux qui depuis dix ans sont formatés pour réussir ».

L’UNEF a fustigé « la réaction d’une élite sociale qui refuse de s’ouvrir » et Alain Minc, qui a pourtant récemment tenu maints propos élitistes, a lui aussi plaidé pour l’égalité des chances.

À droite comme chez les étudiants de gauche, le rappel à l’ordre de la CGE s’est fait au nom des principes de la République, brandi contre la caste des « héritiers » dénoncés par les sociologues Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron... en 1964.

Début janvier, la cause paraissait entendue. Elle ne l’était pas. Une contre-offensive a lieu, mais ce ne sont pas des « réactionnaires », défenseurs d’une caste privilégiée, qui la lancent. Au contraire, c’est au nom du principe républicain d’égalité que la position des grandes écoles est défendue. Ainsi Jean-Paul Brighelli, professeur de Lettres ex-gauchiste, qui dénonce depuis des années les carences de l’Éducation nationale.

La fabrique du crétin, souligne une étrangeté : Richard Descoing, Alain Minc et Yazid Sabeg mènent campagne depuis des années pour la discrimination positive tout en s’affichant comme démocrate. Le débat semble donc opposer les patriotes, partisans de l’égalité, et les communautaristes qui veulent rétablir l’égalité par la promotion de la- « diversité » — autrement dit l’imposition de quotas en faveur de certaines « minorités ethniques ». Mais cette polémique est demeurée confuse car, au fil des proclamations, on ne sait jamais si les quotas seront imposés dans les classes préparatoires ou dans les grandes écoles.

En fait, après avoir fixé un quota de 30% dans les classes préparatoires, on voudrait se donner comme objectif (et non pas imposer) une proportion de 30% de boursiers parmi les élèves admis aux concours d’entrée des grandes écoles. À cet égard, la CQE rejette l’accusation d’élitisme : répondant aux questions du Nouvel Observateur, Pierre Aliphat, délégué général de la CGE, juge que « les grandes écoles et le ministère de l’Enseignement supérieur sont exactement sur la même longueur d’onde. L’objectif de 30% d’élèves boursiers est partagé, le taux de boursiers augmente d’ailleurs régulièrement ». Mais les grandes écoles cherchent depuis des années à diversifier leur recrutement, ce qui rejoint les ambitions de Valérie Pécresse.

Le Ministre de l’Enseignement Supérieur, Valérie Pécresse, se refuse à parier de quotas et veut associer les grandes écoles au projet de gratuité de l’inscription aux concours, l’objectif étant déjà partiellement atteint. Il est par ailleurs évoqué que certaines questions de culture générale posées à l’oral puissent être discriminantes sur le plan social. Travail utile, concret, qui ne valait sans doute pas une polémique biaisée sur nos principes fondamentaux.

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