Les fruits de décennies d’efforts…

Lundi 11 octobre 2010 // L’Histoire

Des efforts visant à éradiquer le grec et le latin de nos chères petites têtes…

Des efforts enfin récompensés.

Dès le mois de novembre vous découvrirez, non pas un nouveau « beaujolais », mais le nouveau Capes de lettres classiques…

Un concours sans latin ni grec ! Ou presque…

Il a été dénoncé un 14 juillet 2010…

Les candidats se contenteront de quelques lambeaux de versions et de quelques « semblant » de connaissance des civilisations antiques…

Sommes-nous surpris ? Qu’attendre d’un Etat dont la « tête » clame son mépris pour la princesse de Clèves » ?

Plus que jamais entrer en résistance ! Sur tous les fronts…

Et soutenir tout le corps enseignant qui ne courbe pas l’échine ! La « machine » à fabriquer le meilleur des mondes ne cesse de se perfectionner…

Portemont, le 29 septembre 2010

La stratégie visant à éradiquer le grec et le latin de l’école publique entre aujourd’hui dans sa phase terminale, avec la suppression programmée du Capes de lettres classiques, concours principal pourvoyeur des professeurs de langues anciennes dans les collèges et lycées de France. Membres du jury de ce défunt concours, nous avons devant nous ce qui semble devoir être la dernière génération de professeurs de grec et de latin.
Il y aura dès le mois de novembre un Capes de lettres classiques flambant neuf, sans latin ni grec… Tout au plus, les candidats auront-ils à se fendre de quelques bribes de versions, comme nos collègues de lettres modernes traduisent parfois un peu d’anglais.


Virgile…

Fi des explications de Virgile, Horace, Sénèque, Cicéron, Euripide, Eschyle, Platon…


Platon…

Place au contrôle de l’éthique du fonctionnaire, et à l’épreuve-reine : le commentaire d’une photocopie de manuels scolaires…


Sénèque

Aucune autre discipline n’a eu droit a un traitement aussi privilégié ; partout ailleurs, la réforme des concours a tout de même laissé debout quelques épreuves qui permettent encore de vérifier la compétence des candidats dans la discipline qu’ils s’apprêtent à enseigner ; partout… sauf en langues anciennes. Aucune volonté politique établie, aucune logique de rentabilité, aucun impératif économique… Une commission de réforme des concours se réunit en petit comité ; un Inspecteur général y représente les lettres, négocie les nouvelles épreuves, sans latin ni grec ! Chagrin de notre Inspecteur : “Je fis ce que je pus pour vous pouvoir défendre…” Le ministre valide, pas de risque de professeurs ou de gamins dans la rue pour sauver Homère et Tacite, et d’un trait de plume des disciplines entières disparaissent des écrans de contrôle, sans le début du commencement d’une justification.


Homère

Un peu d’histoire : depuis trente ans, des “hommes de progrès”, plutôt bien représentés au sein du Ministère, et de son Inspection générale des lettres en particulier, luttent contre ces fléaux de l’élitisme, du conservatisme, et de l’inutilité, que constitueraient le grec et le latin. Aucune fracture droite/gauche à chercher : les pragmatiques comme les révolutionnaires y trouvent leur compte.
Ils avaient d’abord voulu agir sur la demande (les élèves et leurs familles), en proposant des horaires stimulants (latin pendant le déjeuner, grec le mercredi après-midi), des innovations audacieuses (seconde, première, et terminale regroupées en une seule classe), la technique dite du “supermarket” (“Alors on vous propose la classe sportive, ou la classe numérique, ou la classe européenne, ou la classe musique, ou la classe d’excellence artistique, ou la classe sciences de l’ingénieur, ou alors du latin…”)

Mais tous ces efforts se révélèrent peine perdue. Il restait à la rentrée 2009 un demi-million de petits néo-réactionnaires qui s’entêtaient à vouloir étudier le grec et le latin dans les collèges et lycées de France. Plus grave : dans un contexte où les supposées élites se détournent massivement de l’étude des langues anciennes au profit d’options jugées plus modernes (classe européenne, cinéma, chinois…), le grec et le latin sont en train de devenir l’un des rares endroits où les élèves les plus fragiles peuvent bénéficier de ce grand luxe dans l’école d’aujourd’hui : du temps. Du temps pour comprendre l’orthographe des mots, la grammaire d’une langue, l’évolution d’une écriture, du temps pour l’essentiel. La diminution drastique des horaires de français dans le secondaire rend ces matières indispensables, du moins pour ceux qui ne peuvent apprendre le français là où on l’apprend désormais : non plus dans une classe, mais dans sa famille. Dans cette étoffe d’incohérence que constitue une journée de cours pour un lycéen d’aujourd’hui, le grec et le latin confèrent une unité à cet ensemble, notamment pour ceux qui n’ont personne autour d’eux pour les aider à s’orienter dans le dédale des filières et des options. Pouvoir retrouver l’étymologie de tel nouveau terme scientifique, tel symbole mathématique familier, tel mythe revu et corrigé par un auteur du XXème, telle racine indo-européenne commune à l’allemand et à l’espagnol : ou comment une journée de cours s’ordonne autour d’une langue ancienne.

Le grec et le latin, instruments de l’égalité des chances, vecteurs de réussite scolaire pour les plus démunis ! Il fallait agir ! Supprimer les élèves prendrait du temps, le plus simple est qu’ils n’aient plus de professeurs. Cette décision devenait d’autant plus urgente que commence à se dessiner aujourd’hui le bilan des “hommes de progrès” qui ont, depuis quelques décennies, la haute main sur l’enseignement des lettres : un bac français où a désormais cours la notion de “compréhension phonétique” de la copie, des professeurs de langues vivantes, de sciences bloqués dans leur progression par les lacunes abyssales des élèves en français, des universités instituant un peu partout des modules de rattrapage accéléré en grammaire et en orthographe pour les jeunes bacheliers, des élèves incapables de trouver les mots, prisonniers de codes langagiers qui font peut-être les délices des scénaristes et des publicitaires, mais s’avèrent assez discriminants dans les entretiens d’embauche. Effectivement, mieux vaut que les élèves n’entendent pas trop parler de l’Athènes antique, où les hauts fonctionnaires étaient astreints à rendre compte de leur gestion, au sortir de leur charge…


Tacite

C’est dire la responsabilité qui échoira à ces derniers jeunes professeurs de lettres classiques, qui, dans un mois à peine, seront projetés dans les eaux troubles des classes de collèges, avec la lourde charge d’y faire exister le grec et le latin. C’est là-bas plus qu’ailleurs que ces matières devront apporter la preuve de leur légitimité et de leur nécessité. Ils nous trouveront à leurs côtés dans cette entreprise. Universitaires, formateurs, professeurs, c’est à ce combat-là que nous allons désormais consacrer toutes nos forces, loin des jurys de concours où nous laisserons à d’autres la délicate besogne d’abandonner l’étude des “poètes impeccables”, pour le contrôle, plus inattendu, des “collègues impeccables”.

Car nous sommes convaincus qu’il y a plus que jamais en France une demande d’école, une demande d’exigence, d’ambition, et de dépaysement, et que le grec et le latin sont les mieux placés pour y répondre. Dans un système qui ne fait qu’accroître les inégalités entre les familles, où l’on explique aux élèves boursiers « on va vous faire passer des concours différents parce que vous êtes pauvres », dans un système qui abandonne, sans combattre, ses principes fondateurs aux établissements privés, nous ne comptons pas vraiment abdiquer « l’honneur d’être une cible ».

Pascale Barillot, professeur de lettres classiques (Versailles)
Malika Bastin-Hammou, maître de conférences (Grenoble)
Emanuèle Caire, professeur des Universités (Aix-Marseille)
Anne de Crémoux, maître de conférences (Lille)
Bénédicte Delignon, maître de conférences à l’ENS (Lyon)
Laure Echalier, maître de conférences (Montpellier)
Anne-Marie Favreau-Linder, maître de conférences (Clermont-Ferrand)
Michèle Gally, professeur des Universités (Aix-Marseille)
Thomas Guard, maître de conférences (Besançon)
Michèle Gueret-Laferte, maître de conférences (Rouen)
Augustin d’Humières, professeur de lettres classiques (Créteil)
Sabine Luciani, professeur des Universités (Grenoble)
Danièle Sabbah, professeur des Universités (Bordeaux)
Anne Vialle, professeur en classe préparatoire (Bordeaux)

http://www.fabula.org/actualites/article39072.php

« Compte tenu du fait que nos demandes réitérées de concertation sont demeurées sans réponse, compte tenu du fait que nos suggestions et notre avis ont été totalement ignorés des autorités compétentes, nous, soussignés, parce que nous ne souhaitons pas participer à un concours dont nous réprouvons le contenu, avons décidé, au nom de toute une discipline sérieusement menacée, de vous présenter collectivement notre démission du jury du Capes de Lettres Classiques à l’issue de la session 2009-2010. »

http://www.auboutduweb.com/poolp/index.php?post/2010/07/16/Demission-du-jury-du-CAPES-de-Lettres-classiques

Lettre de démission du jury du Capes de lettres classiques  :

Paris, le 14 juillet 2010

Les membres soussignés du jury du Capes de Lettres Classiques
à
Monsieur le Ministre de l’Éducation Nationale


S/C Monsieur le Président du jury du Capes de Lettres Classiques

Nous, soussignés membres du jury du Capes de Lettres Classiques, avons fait savoir et tenons à faire de nouveau savoir notre franche et ferme opposition à la réforme présentée par l’Arrêté du 28 décembre 2009 fixant les sections et les modalités d’organisation des concours du certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré, publié au Journal Officiel du 6 janvier 2010. Nous avons demandé à plusieurs reprises l’ouverture de la concertation qui avait été promise par le Ministère comme préalable à la publication des arrêtés, et qui n’a pas eu lieu. Nous tenons à rappeler ici les principaux points de contestation qui relèvent directement de notre compétence :

  • Concernant les épreuves écrites, nous déplorons le passage de 3 à 2 épreuves d’admissibilité, qui représente pour notre Capes pluridisciplinaire un préjudice considérable dans l’évaluation équitable de la triple compétence, en français et en langues anciennes, des futurs professeurs de collèges et lycées. La solution adoptée pour maintenir le grec et le latin à l’écrit du concours (à savoir une épreuve « fourre-tout » comportant une brève version latine, une brève version grecque et une question de civilisation) étant à la fois peu sérieuse et d’une invraisemblable complication, nous avons demandé instamment, au nom de la sauvegarde des humanités, la restauration de deux épreuves de version (latine et grecque).
  • Concernant l’oral, nous estimons que la disparition de l’épreuve d’explication de texte latin ou grec, qui n’est nullement compensée par la question de culture antique intégrée à l’épreuve écrite de langues anciennes, est extrêmement dommageable à la formation des enseignants de lettres.

Dans la mesure où un concours de recrutement de professeurs ne peut se dispenser de vérifier leur aptitude scientifique dans toutes les matières qu’ils auront à enseigner, nous avons demandé soit la restauration de l’épreuve orale d’explication de texte en langues anciennes soit, à défaut, l’instauration d’un tirage au sort entre français et langues anciennes pour la « leçon ». Cette dernière solution nous semble un pis-aller acceptable dans la mesure où elle garantit la présence des langues anciennes à l’oral tout en s’inscrivant dans le nouveau cadrage.

  • Nous pensons en effet que l’épreuve de didactique ne saurait suffire à vérifier les capacités des candidats à traduire et expliquer un texte en langues anciennes. Il est en effet déraisonnable de croire qu’il serait possible au cours d’une seule et même épreuve portant prioritairement sur l’étude critique d’un dossier pédagogique et sur « l’éthique du fonctionnaire », d’évaluer par surcroît, de façon sérieuse et approfondie, le savoir et les compétences disciplinaires en langues anciennes.

Compte tenu du fait que nos demandes réitérées de concertation sont demeurées sans réponse, compte tenu du fait que nos suggestions et notre avis ont été totalement ignorés des autorités compétentes, nous, soussignés, parce que nous ne souhaitons pas participer à un concours dont nous réprouvons le contenu, avons décidé, au nom de toute une discipline sérieusement menacée, de vous présenter collectivement notre démission du jury du Capes de Lettres Classiques à l’issue de la session 2009-2010.

Nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de nos respectueuses salutations.

http://www.neoprofs.org/actualites-f5/demission-du-jury-de-capes-lettres-classiques-t22475.htm

Réflexions d’une jeune enseignante… Une « prof heureuse » ? Soit ! Las ! « professeure » nous peine…

http://www.rue89.com/2010/09/06/reforme-du-capes-je-suis-prof-de-lettres-classiques-et-jadore-ca-165458


Jacqueline de Romilly et son « Cher Thucydide »


Thucydide


Fin des « Humanités » ?

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