Les événenements de ce début d’Automne.

Lundi 27 novembre 2006, par Paul Vaurs // La France

Les événenements de ce début d’Automne.

Chirac, la Chine et l’Afrique.

La visite du président Chirac en Chine lui a permis, de dire la
recommandation donnée aux étudiants de ce pays de venir encore plus
nombreux, et de s’inspirer du siècle des lumières. Le Président Français a
finalisé un certain nombre d’accords commerciaux représentant quelque 5
milliards d’euros à l’avantage de la France, ainsi, Pékin achètera 150
Airbus A320, tout en prenant une option sur 20 A350 - avec, en contrepartie,
la mise en place d’une chaîne d’assemblage sur place dès 2009. Ce qui
signifie un ensemble de sous-traitances échappant à Europe. En outre, des
contrats ont été conclus pour Alstom, notamment 500 locomotives, pour Suez
et pour EDF.

Si on y ajoute le 85° hypermarché ouvert par Carrefour - qui est aussi e 1
000° dans le monde -on conviendra de l’importance de ce débouché pour la
France, même si d’autres pays s’y trouvent mieux lotis.

Mais la Chine ne constitue pas qu’un marché émergent pour les investisseurs.
Elle est également une puissance s’installant un peu partout. A cet égard,
le sommet sino-africain, qui s’est déroulé le premier week-end de novembre,
fait figure de révélateur aux trois niveaux « économique, diplomatique et
politique. » Dans les années 60 et 70, Pékin tentait de s’implanter sur le
continent noir ; mais était freiné par les aléas de sa révolution
culturelle, par la concurrence acharnée que lui faisait Taïwan et par l’hostilité
non déguisée que lui manifestaient l’union soviétique et les Etats-Unis. En
outre, à l’époque, la France se trouvait très présente, débordant même de
son ancienne sphère coloniale, tandis que le Royaume-Uni gardait encore
quelques solides bastions.

Aujourd’hui, la donne a totalement changé. La Chine arrive avec des moyens
colossaux, injectant des capitaux, accordant des facilités de paiement,
construisant à tour de bras et se faisant bien voir non seulement des
décideurs politiques et économiques, mais aussi de la population. Le
pétrole au Congo et en Côte-d’Ivoire, la mine de fer de Belinga au Gabon - 3
milliards de dollars comportant un barrage, un demi-millier de kilomètres
de chemin de fer et un port en eaux profondes -, la médecine et les
télécommunications au Ghana offrent autant d’exemples auxquels il convient
d’ajouter, de façon plus générale, le bois, le coton, le cuivre, le
diamant, le manganèse et le tabac.

La seule contrepartie exigée est la non-reconnaissance de Taïwan. Les
responsables Chinois ne demandent en effet aucune garantie en ce qui
concerne les règles de bonne gouvernance prônées par les Occidentaux.
Respectant la souveraineté et les particularités de chaque Etat, la Chine
se garde de tout ce qui pourrait apparaître comme une ingérence en faveur
des droits de l’homme ou de la lune anti-corruption comme l’affirme le
vice-ministre des Affaires étrangères Zhai Jun, qui a supervisé le sommet
de Pékin. Il n’est pas question d’imposer « une idéologie, des valeurs ou
un mode de développement ». Cela présente, au passage, l’avantage de
dissuader les Africains de toute question sur les exécutions capitales, le
Tibet ou l’omnipotence du Parti...

Religion : l’Eglise vue de Lourde.

Un des avantages du journaliste présent à Lourdes, pour les travaux de l’Assemblée
des évêques de France, consiste dans la proximité amicale des pasteurs de
notre Eglise. Pour qui ne serait pas habitué à de tels contacts, ce serait l’heureuse
découverte d’hommes cordiaux et directs, dont la franchise, -« 
contrairement à une réputation, encore établie défie les langues de bois et
autres doubles langages. Cela dit, sans aucune flagornerie. Toute la presse
est pleine de rumeurs sur un désaccord, - une brouille, même entre notre
épiscopat et Rome.

Les évêques, ici, s’en expliquent, sans forcément vous confier des
secrets, mais en abattant toutes les cartes. Nous avons pu, nous-même,
obtenir du cardinal Ricard des précisions factuelles - sur les négociations
entreprises avec les groupes traditionalistes - qui permettent de mieux
comprendre des difficultés réelles. Sûrement pas aussi grandes qu’on l’affirme
ici ou là, mais assez sérieuses pour qu’on prenne le temps de revenir sur
les développements historiques, les évolutions récentes et la nature exacte
des malentendus ou même des désaccords.

Il y a une petite tension dans l’église de France en ce moment, à propos du
dossier des traditionalistes. Autant la plupart sont disposés à un dialogue
et à un accueil, autant une arrogance, et parfois une violence dans les
paroles publiques - sur les sites Internet notamment - sont mal reçues. Une
réconciliation suppose une volonté réciproque de s’entendre et de vivre la
communion ecclésiale. Donner l’impression de réinvestir la maison avec une
mentalité de vainqueurs n’est pas acceptable. L’obstination à refuser le
contenu de textes aussi importants que Nostra Aetate et la déclaration sur
la liberté religieuse est considérée par les évêques comme un obstacle
radical à une réconciliation. Ne pas admettre la liberté religieuse, c’est
non seulement nier l’exigence de lois positives dans ce domaine mais, plus
encore, méconnaître la liberté de conscience qui fonde la liberté de l’acte
de foi.

On retrouve ainsi une des principales querelles qui avait agité l’opinion
au moment du concile et qui détermina pour une part importante l’attitude d’opposition
de Mgr Marcel Lefebvre. Il n’est pas interdit de reprendre la question,
comme ont su le faire les religieux dominicains de Chémére-le-Roi qui, après
une longue contestation, quasi schimatique, ont reconnu le bien-fondé de la
déclaration conciliaire et ont demandé pardon de leur incompréhension.

Mais on doit se demander aussi dans quelle mesure des blocages
psychologiques et idéologiques n’interviennent pas dans beaucoup de cas
pour empêcher un échange réciproque qui permettrait de mieux cerner l’enseignement
de Vatican Il. Si l’Eglise s’est faite conversation, ainsi que le désirait
ardemment Paul VI, on ne voit pas pourquoi elle refuserait un dialogue
sérieux avec ses enfants en délicatesse avec elle. C’est en tout cas dans
cet esprit que nous avons accepté de participer, à l’invitation de l’abbé
de Tanouärn, à une réunion d’explication réciproque qui doit bientôt se
tenir à la salle de la Mutualité à Paris. Des laïcs, comme Jean-Pierre
Denis, directeur de La Vie et nous-même, parleront sans mandat et n’engageront
que leur seule responsabilité. Est-ce pécher par excès d’optimisme que
penser que ce type d’initiatives peut rendre service à la cause de l’unité
 ? Toujours est-il que l’Assemblée de Lourdes aura donné à beaucoup d’entre
nous le sentiment que nous étions encouragés à sortir d’un climat néfaste de
suspicion pour progresser ensemble dans la communion et la vérité.

Moins de deux mois pour s’inscrire sur les listes électorales.

« L’inscription sur les listes électorales est obligatoire », indique très
clairement l’article L9 du Code électoral français. Et même si aucune
sanction n’est prévue à l’encontre des 3,5 millions d’électeurs potentiels
qui ne daignent pas s’inscrire sur les listes électorales, chacun d’entre
eux, à quelques mois de nouvelles échéances électorales, doit s’interroger
sur le sens et les éventuelles conséquences de cette non-inscription.
Au-delà de la participation aux différents scrutins locaux et nationaux, l’inscription
sur les listes électorales est fondatrice de la citoyenneté active : c’est
par exemple sur les listes électorales que sont choisis les jurés et cette
inscription est encore considérée comme un symbole assez important pour que
la justice prenne soin de priver de droits civiques ceux que la société ne
juge plus dignes d’appartenir à la communauté des électeurs.

Surtout, même s’il peut exister mille raisons d’être déçu ou désabusé par
rapport au fonctionnement des institutions et au rôle des responsables
politiques, être inscrit sur les listes électorales constitue à l’évidence
le niveau minimum d’engagement civique de tous ceux qui croient à la
démocratie. À la suite du 21 avril 2002, on a désigné comme responsables de
la présence de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour les 4,8 millions de
Français ayant voté Front National, les 11,3 millions d’abstentionnistes ou
encore les 660.000 électeurs ayant voté pour Christiane Taubira plutôt que
pour Lionel Jospin. Mais peut-on exonérer de responsabilité les 3,5 millions
de non-inscrits ? Combien parmi eux, auraient souhaité que l’élection
présidentielle se déroule autrement ? Il est donc nécessaire, « comme le
rappellent notamment plusieurs associations nées à la suite du 21 avril
2002, » de faire reculer le nombre des non-inscrits sur les listes
électorales.

C’est particulièrement nécessaire à la veille de deux années qui seront
chargées en rendez-vous électoraux présidentielles en avril et en mai 2007,
législatives en juin 2007, cantonales et municipales en 2008. Même en dehors
des années électorales, posséder une carte d’électeur est un acte civique
essentiel, un référendum, une élection anticipée, peuvent être organisées à
tout moment et ceux qui n’ont pas pris la peine de s’inscrire sur les
listes électorales avant le 31 décembre de l’année précédente ne peuvent
plus le faire. Les non-inscrits et les personnes ayant déménagé récemment
doivent donc effectuer les démarches d’inscription sur les listes
électorales de leur commune avant le 31 décembre 2006.

Et même si le nouveau code électoral prévoit l’inscription d’office sur les
listes électorales des jeunes ayant atteint la majorité, il faut également
inviter ces jeunes majeurs à vérifier leur inscription. Non seulement parce
que cette démarche volontaire marquera leur engagement civique, mais aussi
parce que cette inscription d’office se base sur les informations de l’Insee
et peut utiliser des informations qui ne sont pas à jour. Cette année, sont
concernés les jeunes atteignant l’âge de 18 ans entre le 1er mars 2006 et
le 28 février 2007. Il faut en tout cas garder à l’esprit ces deux chiffres
qui témoignent sans doute d’un véritable malaise de notre démocratie. Au
premier tour de l’élection présidentielle de 2002, Jean-Marie Le Pen a été
qualifié au second tour par 4,8 millions d’électeurs, alors que l’on
comptait 14,8 millions de non-votants (non-inscrits et abstentionnistes).
Ce parti des non-votants arrive très largement en tête de la plupart des
scrutins. Réussira-t-on un jour à le faire battre ?

Esbroufe et jeu de dupe.

Le contrat portant sur le renouvellement des trains de la SNCF en ile de
France a été remporté par le canadien Bombardier. Le montant est à la
hauteur de l’enjeu, considérable, plus de quatre milliards d’euros.

Alors que l’information était connue depuis plusieurs semaines, Alstom a
attendu l’annonce officielle de la victoire de Bombardier pour lancer une
campagne de dénigrement de son concurrent, sur le thème « ils sont moins
chers car le gouvernement canadien les aide à domicile. » L’information a
été reprise par tous, sans être complètement vérifiée, et c’est normal nous
sommes tellement habitués à ce que cela se passe comme cela chez nous, que
nous prêtons nos dérives aux autres. Sans être angélique, zest souvent le
cas.

L’essentiel du débat n’est pas là. Depuis que ce sont les régions qui ont en
charge le transport régional, un grand nombre d’entre elles a renouvelé e
matériel roulant. Et c’est Bombardier qui est le leader de ce secteur et qui
a remporté le plus grand nombre d’appels. En la matière, la sélection ne se
fait pas uniquement en fonction du prix. Et pourtant, sur la première
tranche (2,7 milliards d’euros), la différence était de 9%, soit 243
millions d’euros. Cette différence représente prés de la moitié des
recettes fiscales prévues par la région Iles de France en 2006 (632,4
millions d’euros).

Dès le départ, il était prévu, dans a proposition Bombardier, qu’Alstom
serait un des sous-traitants à qui serait confiée une parte du marché. Dans
la proposition Alstom, c’était également le cas dans le sens inverse. Et
cela est une pratique courante dans ce type de marché. Aussi l’annonce
victorieuse d’Alstom précisant qu’ils retirent leurs recours car ils ont
obtenu une part significative du marché est de l’esbroufe.

Il est urgent que nous cessions cette hypocrisie qui consiste à refuser à d’autres
ce que nous faisons, et à crier au loup quand enfin nous nous décidons à
appliquer des règles cohérentes et justes. La SNCF a mené son appel d’offres
dans les règles de l’art, privilégiant sa mission et le service à ses
usagers. Et on ne peut qu’en attendre autant de tous les délégataires de
service public.

Ségolène Royal : « N’ayons pas peur des idées neuves »

Chers camarades, je vous remercie d’être venus voter en masse et d’avoir
donné ainsi à toutes celles et tous ceux qui veulent que ça change l’extraordinaire
force d’y croire. Le Parti socialiste en sort renforcé et rassemblé derrière
le Premier secrétaire François Hollande, qui a initié cet évènement
démocratique dont nous sommes tous fiers.

Je ne tire de ce résultat aucune gloire personnelle : cette victoire est
collective et je mesure l’immense responsabilité de ne pas décevoir toutes
celles et ceux qui espèrent. L’élection présidentielle va à l’essentiel : la
possibilité pour chacun de choisir son destin et de le maîtriser dans les
turbulences du monde d’aujourd’hui.

Oui, la France peut reprendre la main. Oui, elle peut croire suffisamment en
elle, renouer avec le meilleur de son histoire, se projeter à nouveau dans l’avenir
pour construire un destin commun. Car les questions que se posent les
Français, nous les connaissons : la pauvreté et la précarité sont-elles une
fatalité ? Ces risques inédits, ces inégalités qui se creusent, ces
fragilités qui déstabilisent même ceux qui se croyaient à l’abri, est-ce là
le visage inéluctable de la modernité ? Assurément pas.

Ces jeunes qui désespèrent de pouvoir vivre un jour de leur travail, ces
salariés qu’on pousse vers la sortie bien avant l’âge de la retraite, ces
familles qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts, à se loger
correctement, à élever leurs enfants, et qui s’endettent pour faire face aux
dépenses courantes, est-ce cela la condition promise aux millions d’ouvriers,
d’employés, de salariés mais aussi d’artisans, de commerçants, de petits
agriculteurs et de retraités qui forment l’immense majorité du peuple
français ? Je ne le crois pas et je ne le veux plus.

Être socialiste, c’est garder au coeur une révolte intacte. Le socialisme, c’est
mettre le progrès social au coeur de toutes les décisions politiques - le
progrès social pour tous et le respect pour chacun. C’est l’éducation au
coeur de tout, encore l’éducation, toujours l’éducation.

Le monde a changé, la France a bougé, alors la politique doit changer. Je
veux non seulement incarner ce changement profond mais le construire avec
tous. La politique doit partir de la réalité de la vie, être attentive aux
leçons que le peuple donne, comprendre que le citoyen est le mieux placé
pour faire le diagnostic et pour dire ce qu’il attend de ceux qui vont agir
en son nom. La France doit donner à chacun les moyens de prendre
effectivement son existence en main. Voilà pourquoi les libertés
individuelles appellent des solidarités à construire.

N’ayons pas peur des idées neuves. La France doit saisir toutes ses chances
et se redresser. Je veux lui donner cette fierté, sans prétention inutile,
qui l’aidera à rassembler ses forces et à écrire, avec tous les siens, une
nouvelle page de son histoire. Je la vois créative, innovante, mais bridée
de trop de lourdeurs et de méfiances, fragilisée par un État qui se
désengage et qui devra demain assumer toutes ses responsabilités dans le
cadre d’une autorité juste. Je la sens, cette France, en avance sur ceux qui
la gouvernent et qui se plaignent de son immobilisme. Les Français sont
prêts aux réformes, mais ils ne veulent pas consentir aux décisions qu’on
leur impose sans y être associées ; ils ne sont pas partants pour des
efforts qui, toujours pèsent sur les mêmes.

Etre socialiste, c’est apporter la garantie permanente du recul des
inégalités, des précarités et des insécurités. C’est ainsi que le pays sera
plus fort dans la compétition internationale. On nous répète que le pouvoir
échappe à la nation, que la volonté politique peut de moins en moins, que ce
n’est plus l’État providence mais l’État minimal, faiblement protecteur, qui
serait dans le sens de l’histoire. Je crois tout le contraire. La politique
peut beaucoup à la condition de prouver jour après jour son efficacité. On
nous dit que la mondialisation a disqualifié le collectif. Je crois tout le
contraire ; ce sont les solidarités qui nous rendront plus fort.

Imaginer la France, c’est la tâche nouvelle que je propose aux Français. Car
ne lui renvoyer que l’image de son déclin et la sommer sans cesse de
renoncer à son exception, de se banaliser et de s’aligner sur les pays où,
paraît-il, le marché sans entrave pourvoirait au bonheur de tous, faire
cela, c’est rendre à la France un bien mauvais service et attiser l’exaspération
des Français. Nous devons incarner l’ambition d’une France économiquement
dynamique et socialement plus solidaire.

Oui, imaginer la France, car elle s’est beaucoup transformée, diversifiée et
colorée sans encore admettre ce qu’elle est devenue. Et pour en tirer parti
et fierté, la France doit achever de reconnaître comme ses enfants légitimes
tous ces jeunes dont les familles sont venues d’ailleurs et qui sont aujourd’hui
des Français à part entière, quoique toujours exposés aux discriminations. C’est
cela notre tâche : aider la France non seulement à s’accepter telle qu’elle
est mais à voir dans sa diversité une formidable énergie. Une nouvelle donne
avec tous les jeunes, dans la multiplicité de leurs talents, est à bâtir. L’honneur
de la République et la fidélité de la France à ses idéaux, c’est la lucidité
d’une histoire partagée dans une France respectueuse de toutes les mémoires
et accueillante à tous les siens, nés ici ou ailleurs. C’est en étant fidèle
à ses valeurs que la France peut parler de l’Europe et à l’Europe, et du
monde et au monde. Car la nation, pour la gauche, est indissociable d’une
perspective plus large. C’est en donnant aux peuples l’exemple de la justice
et de l’humanité que la France se ressemble et se rassemble.

Regardez l’histoire de France : c’est toujours quand le peuple s’y met que
la France avance. Et je sens que le peuple s’y est mis et que ce mouvement
va continuer.

Nous allons aller ensemble jusqu’à la victoire. Aujourd’hui, c’est un beau
jour pour partir au combat car nous sommes portés par un mouvement populaire
généreux, qui sent que nous sommes soutenus par une cause qui est plus
grande que nous. Je lance un appel à tous les Français, hommes et femmes de
notre pays. Imaginons ensemble une France qui aura le courage d’affronter
les mutations sans renoncer à son idéal de liberté, d’égalité et de
fraternité. Pour un ordre juste, contre tous les désordres injustes qui
frappent les plus faibles.

Mettons-nous en mouvement pendant six mois au cours desquels il nous faudra
investir toute notre énergie et tout le fruit de nos échanges avec les
Français. Avec toute la force de nos convictions socialistes pour unir toute
la gauche dans sa diversité puis rassembler une majorité de Français dans un
même désir d’avenir. Pour que la France réalise le progrès pour tous et le
respect pour chacun.

Ségolène Royal

L’énigme Le Pen.

Jean-Marie Le Pen obtiendra-t-il les 500 signatures d’élus Qui lui
permettront de se présenter à l’élection présidentielle ? La question
demeure l’une des grandes énigmes des quelques mois qui précèdent la
campagne.

L’absence de Jean-Marie Le Pen au scrutin de 2007 constituerait au moins une
anomalie. Après tout, le président du Front National était présent lors des
trois dernières élections présidentielles. Surtout, en 2002, Le Pen a
rassemblé plus de 5 millions et demi de voix au second tour. On doit,
certes, le déplorer, mais on ne peut se satisfaire d’une simple disposition
législative pour escamoter un problème, encore moins pour conjurer le
spectre d’un deuxième 21 avril.

Le Pen absent de la compétition de 2007, c’est d’abord le problème du
parti socialiste qui verra une partie non négligeable de l’électorat
frontiste se tourner vers Sarkozy, tandis que le reste des voix s’éparpillera
dans un vote protestataire aux effets ravageurs pour lui.

Pour la droite, le problème n’est pas moins délicat. Nicolas Sarkozy craint
les conséquences de cet éparpillement dans l’optique du second tour, et le
pouvoir de nuisance bien réel d’un Le Pen frustré de sa bataille. A l’inverse
de ses rivaux de L’UMP, principalement autour de Dominique de Villepin,
certains voient dans la disqualification de Le Pen l’ouverture d’un nouvel
espace, ainsi qu’une « droitisation » du ministre de l’Intérieur.. qui ne
peut que les réjouir.

Au-delà des simples calculs politiciens demeure la question de fond :
Faut-il interdire à Jean-Marie Le Pen de se présenter à l’élection
présidentielle ? L’homme politique est bien sûr détestable et ses idées
dangereuses. On l’a vu lors de la fête de son parti, ce démagogue au verbe
redoutable ne propose aucun programme sérieux.. Il se contente d’en
appeler à des peurs et à des mécontentements souvent contradictoires, voire
incohérents. En dehors d’un noyau dur d’extrême droite, ultra-minoritaire,
son électorat paraît extraordinairement composite.

Mais cet électorat existe et pèse lourd dans les urnes. Exclure Le Pen, par
un simple artifice législatif, c’est le conforter dans sa posture de
victime du « système », c’est aussi lui donner la stature de porte-parole
des sans-voix.

Le vote Le Pen est un vrai problème politique, et ce problème ne pourra être
résolu que politiquement.

Une semaine pour l’emploi des handicapés.

Vous avez a chance d’avoir une bonne formation, des compétences, un
emploi. Et si demain, à la suite d’un accident, votre employeur se mettait
à regarder votre handicap plutôt que vos compétences ? Si les entreprises
se refusaient à reconnaître que votre handicap n’a pas de conséquence sur
votre travail ? Si en plus de l’accident et du handicap, vous étiez privé de
travail.. C’est ce que vit aujourd’hui, en France, un handicapé sur trois,
privé d’emploi. Et pourtant, les statistiques de l’Association pour l’Insertion
sociale et professionnelle des Personnes handicapées (ADAPT) sont claires.
Dans 90% des cas, l’embauche des travailleurs handicapés ne nécessite aucun
aménagement particulier et 93% des entreprises avant su regarder les
compétences plutôt que le handicap sont, a posteriori, satisfaites de leur
choix. Et chacun d’entre nous peut être, du jour au lendemain, victime de
cette discrimination liée au handicap. 80% Des personnes reconnues
handicaper le sont à la suite d’un accident ou d’une maladie.

Adoptée le 11 février 2005, la nouvelle loi Handicap a renforcé les
obligations qu’une Loi de 1987 avait données aux employeurs pour favoriser l’insertion
professionnelle et la maintien dans l’emploi. Les entreprises employant plus
de 20 personnes doivent obligatoirement employer 6 % au moins de
travailleurs handicapés. Et en cas de non-respect de cette obligation les
sanctions ont été alourdies : Amende qui était fixée à 500 fois le SMIC
horaire par emploi manquant, passe à 600 fois le SMIC et pourra être
triplée si, dans les trois ans, l’entreprise n’a toujours rien entrepris.

Mais évidemment, si cette loi réaffirme clairement que la discrimination
liée au handicap n’est pas acceptable, personne ne s’attendait à ce que la
loi suffise à modifier de façon conséquente la situation des 5 millions de
personnes reconnues handicapées en France L’amélioration attendue devra
nécessairement passer par un changement culturel de chacun d’entre nous,
pour combattre préjugés et stéréotypes.

C’est tout le sens de la 10° Semaine pour l’Emploi des personnes Handicapées
qui, du 13 au 19 novembre, est l’occasion de 150 manifestations dans toute
la France autour du slogan « Ouvrons la porte à toutes les compétences ».
Des opérations, permettant 60.000 rencontres de personnes handicapées
avec 2.000 recruteurs dans 12 villes de France, sont notamment organisées.
Pour casser les préjugés, des associations ont également demandé à une
centaine d’entreprises d’accueillir le temps d’une journée une personne
handicapée travaillant an binôme avec un salarié de l’entreprise.

Car pour mettre fin à cette « double peine » qui ajoute le chômage au
handicap, il faut, au-de là de l’engagement des entreprises, que chacun
soit prêt à regarder les compétences plutôt que les différences de son
collègue de travail.

Noir c’est noir.

Samedi 4 novembre, à 22 heures, 10 millions d’Européens ont célébré,
ensemble et sans le savoir, les prodiges conjugués de la fée électricité et
du développement européen. Ils ont été victimes, et parmi eux 5 millions de
Français, d’une coupure de courant de grande ampleur, qui est partie d’Allemagne
et s’est propagée dans les pays interconnectés et en déficit de production
(Belgique, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Portugal, Suisse).

Une coupure de courant au nord de l’Allemagne a fait supporter au réseau
ouest du pays une charge trop importante, et les sécurités se sont
déclenchées. Les pays voisins ont perdu, en approvisionnement, l’équivalent
de 10 centrales nucléaires (10.000 mégawatts, dont 5.200 pour la France).
Face à cet événement, RTE, filiale d’EDF qui gère les lignes à haute
tension, a choisi de pratiquer des délestages sélectifs. Cela signifie qu’ils
ont coupé le courant chez certains clients pour continuer à fournir l’ensemble.
S’ils ne l’avaient fait, c’est l’ensemble du réseau qui risquait de tomber
en panne, comme c’est arrivé récemment en Italie, aux USA et au Canada. Au
bout d’une heure, la situation était rétablie.

La CGT, syndicat majoritaire chez EDF, y voit une conséquence de la « 
déréglementation de l’énergie » et la nécessité d’arrêter la « 
libéralisation » du secteur. Le principe est simple : si nos réseaux n’étaient
pas interconnectés, la France n’aurait pas connu de panne.

C’est faire fi de la réalité et des règles de solidarité. Sans « autoroutes
de l’énergie », il ne serait pas possible que les pays déficitaires
bénéficient de l’aide des pays excédentaires. La consommation varie
considérablement avec la météo, il y a peu de pays structurellement
déficitaires.

Alors que s’ouvre le sommet de Nairobi sur le réchauffement climatique,
cette panne est peut-être l’occasion pour chacun d’entre nous de réfléchir
à sa consommation d’énergie. Plutôt que de chercher des capacités de
production toujours supérieures, pourrait-on réduire notre consommation ?
RTE considère qu’une baisse d’un degré Celsius nécessite la production d’un
réacteur nucléaire supplémentaire.

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