Les événements de juillet.

Combats entre Tashal et le Parti-Milice Islamiste.

Lundi 21 août 2006, par Paul Vaurs // Le Monde

RMC INFO 103 01 La radio moderne qu’il faut écouter.

Les évènements de juillet 2006 qui ont présidé aux bombardements du Liban par Tsahal suite à la prise en otage de deux soldats de Tsahal puis d’envois de roquettes sur le territoire israélien par le Hezbollah, ont démontré une fois de plus les capacités opérationnelles considérables du Hezbollah libanais. Ce Parti-Milice islamiste chiite a été créé officiellement en 1982 sous prétexte de « réagir à l’invasion israélienne du Liban.

Situé en dehors du monde perse, le « Parti de Dieu » constitue le plus puissant des instruments militaro-politiques extérieurs de l’Iran dans le cadre de sa course au leadership islamiste face au rival sunnite Al Qaïda. Le Hezbollah procure ainsi à Téhéran une profondeur stratégique régionale et internationale et une plate-forme proche-orientale de diffusion de la Révolution chiite et d’appui logistique aux actions terroristes de différents groupes islamistes, chiites comme sunnites (Hamas, Jihad islamique), sans pour autant s’impliquer directement.. A long terme, les révolutionnaires pasdarans au pouvoir à Téhéran entendent profiter des dividendes de l’expansion démographique des Chiites-libanais qui ont déjà dépassé numériquement le noyau libanais historique (Mont Liban) druzo-chrétien

Quant à la Syrie, plus liée à Téhéran que jamais, et par laquelle matériels et émissaires à destination du Hezbollah circulent sans entraves, elle dispose - via le mouvement chiite - d’une force de frappe et de nuisance indirecte précieuse. En laissant le Hezbollah attaquer le territoire israélien (rendant inévitables les réactions israéliennes) malgré le retrait du Sud Liban en 2000 par Tsahal, Damas cherche à démontrer par l’instabilité libanaise que son rôle diplomatique demeure incontournable et que le retrait de l’armée syrienne du Liban a laissé la place au chaos. Damas, qui n’a pas tiré un seul coup de feu contre Israël depuis la défaite de 1973, voit par ailleurs dans le Hezbollah l’instrument capable de faire pression sur Israël qui annexé le Golan. D’où l’opération israélienne de juillet 2006 visant en fait non seulement à répondre aux tirs de roquette hezbollahis mais surtout à faire perdre à la Syrie et à l’Iran cette force de frappe externe et indirecte.

Le Sud Liban, un petit Etat iranien en plain cœur du Moyen Orient

Les liens unissant les Chiites libanais et leurs coreligionnaires perses remontent au XVIème siècle et à la dynastie des Séfévides qui rendit le chiisme officiel en Iran, notamment par l’intermédiaire de religieux chiites issus du Sud Liban souvent invités à la Cour d’Ispahan. Cette tradition s’est maintenue jusqu’à nos jours, et les futurs dignitaires chiites du Sud Liban ont continué à séjourner régulièrement dans les écoles religieuses des Ayatollah iraniens (Qom) tout comme dans celles des lieux-saints chiites d’Irak (Nadjaf et Kerbala), où se réfugièrent nombre d’imams iraniens pourchassés par les Pahlavi avant la révolution islamique de 1979. C’est ainsi que les Cheikh irakiens, libanais et iraniens unirent leurs familles au sein de liens transnationaux très étroits. Le cas des Sadr, l’une des plus prestigieuses familles chiites du Liban est à cet égard exemplaire : né à Qom, centre du chiisme perse, l’ancien leader chiite libano-iranien Moussa Sadr étudia en I rak puis fonda de retour au Liban-sud en 1976 (donc avant la révolution iranienne) le Mouvement des Déshérités, puis AMAL (à ne pas confondre avec le AMAL actuel de Nabih Berri), auquel adhérera à son retour de Nadjaf l’actuel chef du Hezbollah, Nasrallah. L’organisation disparaîtra après la disparition en Libye en 1978 de Sadr, puis alimentera le futur Hezbollah, dont la mission sera dès sa création : « la libération des terres de l’Islam de toute occupation et l’établissement d’un gouvernement islamique, buts identiques à ceux du Hamas palestinien

Malgré son indépendance croissante, le Hezbollah continue d’être contrôlé et en grande partie financé par Téhéran, même si l’aide passe par Damas. Concernant le processus de décision au sein du Hezbollah et de sa marge d’autonomie relative, rappelons que les décisions stratégiques du Parti de Dieu sont prises par le cheikh Nasrallah au sein de la plus haute instance décisionnaire du mouvement, la Choura Karar, composée de 7 membres, dont deux citoyens iraniens directement rattachés à l’ambassade d’Iran à Beyrouth et structurellement liés aux services de renseignements iraniens. Rien ne peut être fait au sein du Hezbollah sans que l’Iran ne puisse le savoir et s’y opposer. Les liens entre la République islamique iranienne et le Parti de Dieu libanais passent toujours par l’ambassade d’Iran à Beyrouth, ainsi que par le représentant personnel du Guide de la révolution islamique Ali Khamenei au Liban, le Cheikh Mohamed Yazbek. En clair, le Sud Liban et les quartiers de Ba albek et Beyrouth sous contrôle du Hezbollahi peuvent être comparés, à l’instar des « camps » palestiniens du Liban (qui sont en réalité des villages), à une sorte d’extraterritorialité, un Etat dans l’Etat, fait matérialisé par les milliers fonctionnaires et ressortissants iraniens directement mis à disposition du Parti de Dieu au Liban… Du point de vue de son fonctionnement interne, le Hezbollah possède un noyau dur de 70 personnes rattachés à la Direction religieuse, aux services « militaires » et administratifs. En plus de ce noyau, 80 conseillers militaires iraniens, aussi influents que discrets, veillent au bon grain de l’orthodoxie chiite pro-iranienne du mouvement. Le Hezbollah est divisé en 75 zones « militaires » commandées par des officiers locaux, la plus importante étant basée non loin de la frontière israélienne sous la direction de Cheikh Nabil Kaouk. Mobiles, les bases sont assez atomisées pour échapper en principe à une tentative d’éradication israélienne du type d e l’opération lancée en juillet 2006.

Une véritable armée Irano-Libanaise régionale tournée contre Israël

Même si le Hezbollah dispose d’une marge de manœuvre grandissante, il n’aurait jamais pu relancer la guerre avec Israël sans l’aval du Guide de la Révolution islamique iranienne, l’Ayatollah Ali Khamenei, successeur de Khomeyni. Directement dicté par Téhéran dans le cadre d’une course au leadership panislamiste et d’une concurrence chiito-sunnite, l’agenda du Hezbollah dépasse largement le cadre strictement libanais. Il demeure doté d’une considérable capacité d’action terroriste à l’étranger, du Golfe en Amérique latine en passant par la Turquie et l’Europe. Dans le monde, pas moins d’une vingtaine d’organisations islamistes ultra-radicales et terroristes revendiquent leur affiliation au Hezbollah et sont représentées dans des pays arabes pourtant peu suspects d’amitiés chiites-iraniennes : Arabie Saoudite, Irak, Koweït, sans parler des cellules du Hezbollah implantées en Amérique latine (infra) et en Afrique de l’Ouest. Mais le centre névralgique du Hezbollah demeur e le Liban, en dépit du retrait israélien de mai, 2000, et malgré les bombardements massifs israéliens de juillet 2006.

Largement financé par Téhéran, le Hezbollah a su mettre en place toute une politique sociale et économique clientéliste dans les territoires qu’il contrôle. Grâce à un budget annuel qui frise 35 millions de dollars/an, et à l’entremise du co-parrain syrien, par qui transite toute aide, le Hezbollah gère des banques, des biens immobiliers, des écoles et des hôpitaux, des organismes d’assistance sociale, des stades. Il possède journaux, radios et télévisions, émetteurs téléphoniques, un site internet (www.hezbollah.org), etc. Sa popularité au sein de la société palestinienne et dans tout le monde arabe est mesurable au succès croissant de sa télévision, Al-Manar (“ le Flambeau ”), installée à Beyrouth, près de l’aéroport - puis reconstituée en cellules mobiles ou souterraines après les bombardements israéliens – et dont la diffusion satellite a coïncidé avec le début des violences israélo-palestiniennes de septembre 2000. En fait, la chaîne officielle du “ parti de Dieu ” n’a pas eu de difficultés à étendre son audience au-delà des frontières du Sud-Liban, de l’Algérie - où elle est également devenue très populaire - à la Palestine, où les images de commandos-suicides contre Tsahal ont galvanisé les masses. En plus de nombreux organes de presse : El Sabil, Al Bilad, El Ahed, ou encore Nour El Islam, le Hezbollah contrôle plusieurs radios, telles : la Voix des pauvres, El Salam, La Voix de la Lumière, La Voix de la Foi.

Outre la « force de frappe culturelle », les armes et les fonds ne manquent pas pour les 20000 miliciens potentiels du mouvement. L’Association de secours mutuel pour les blessés et les mutilés de guerre et la Fondation des martyrs sont jumelées avec les homonymes et richissimes associations iraniennes. Chaque année, le mouvement organise un impressionnant défilé militaire à Baalbeck (Est du pays). L’arsenal du Parti de Dieu est composé de missiles anti-tank à haute précision (les Tow américains hérités de l’affaire Iran-Contras), de mortiers de 120 millimètres, de mines télécommandées à visées laser et à cellule photoélectrique, de blindés lourds, de plus de 12 000 roquettes sol-sol, de missiles iraniens Al Fajr 3 et 5 de 75 km de portée, de Katioucha de 29 km de portée, d’obusiers autotractés, de missiles antiaériens SAM 7, et même de missiles iraniens Zelsal-1 d’une portée de 150 km en mesure de frapper Israël, etc. Le Hezbollah dispose aussi d’une école d’entraîn ement militaire pour ses jeunes recrues, située à Kabrikha, dans le Liban Sud, ainsi que d’un centre de convalescence près de Ciudad del Este... Depuis le retrait de Tsahal du Liban en mai 2000, il a redéployé ses milliers d’hommes dans le Sud du pays, d’où il continue autour des fermes de Chebaa « occupées », en réalité situées en Syrie, sa « guerre de libération » contre Israël.

L’ancien groupuscule chiite créé dans les années 80 par les services iraniens et qui a su se rallier d’autres mouvances chiites libanaises antérieures à la Révolution khomeyniste est devenu aujourd’hui une véritable force politico-militaire et idéologique régionale disposant d’une légitimité de “ résistance ” y compris auprès des non-musulmans (chrétiens, druzes, etc). D’où l’alliance électorale contractée au printemps 2006 par l’ex-Premier Ministre chrétien maronite Michel (général) Aoun avec le Hezbollah dans la perspective d’élections présidentielles nécessitant les voix de la première force démographique (chiite) du pays…

Aussi le Hezbollah a-t-il esquissé une mutation rhétorique dans le cadre d’un front de « résistance » anti-israélien le plus large possible : d’où la renonciation tactique (takiyya) à instaurer une République islamique (la « déconfessionnalisation »), les tentatives de séduction des non-chiites, et d’où aussi la popularité du Parti de Dieu auprès des masses comme de la bourgeoisie chrétienne, nombreux étant ceux qui conditionnent le désarmement de la milice-parti à la « libération » des prisonniers libanais et des fermes de Chebaa.
Pour le Hezbollah, le maintien de forces armées est aussi un moyen de pression interne vis-à-vis d’un pouvoir central libanais sunnito-maronite accusé d’avoir abandonné les déshérités (« Musthadafin ») chiites. Les leaders du Hezbollah voient dans leur milice le contrepoids militaire à leur sous-représentation au sein des institutions libanaises : la présidence du Parlement, réservée aux Chiites, étant assurée non pas par le Hezbollah mais par le parti chiite concurrent laïc - Amal - de Nebih Berri... Enfin, le Gouvernement de Beyrouth du sunnite Fouad Siniora n’a pas les moyens politiques et militaires de contraindre le Hezbollah à désarmer, le prix à payer étant d’associer plus largement les Chiites au pouvoir, prix loin d’être accepté par les Maronites, à qui est réservée la Présidence et de la direction de l’armée ; les Druzes (5%) sur-représentés, et surtout les Sunnites.

La « hezbollahization « du palestinisme et de l’Intifada

Depuis les années 90, les forces islamo-terroristes comme le Hamas ou le Jihad islamique prennent comme référence suprême le Hezbollah libanais, dont la stratégie est perçue comme seule susceptible de vaincre les “ Judéo-Croisés ”. Jadis incarnée par le Groupe Amal de l’Imam Sadr, cette connexion libano-irano-palestinienne est aujourd’hui assurée en partie par le réseau tentaculaire d’Imad Moughnyeh, auteur notamment d’une série d’enlèvements d’Occidentaux durant les années 80 et recherché par les Etats-Unis depuis le 11 septembre entre autres pour son rôle d’intermédiaire entre le Hezbollah et Al Qaïda. Comme le rappelle le spécialiste du Hezbollah Magnus Ranstorp, Moughnyeh, « joue un rôle très important, il fait la navette entre Téhéran et Beyrouth, via l’aéroport de Damas, avant d’emprunter les routes militaires de la plaine de la Beka. A travers Moughnieh, le Hezbollah et l’Iran se sont impliqués dans l’Intifada palestinienne depuis 2000. Moughnieh est notamment chargé du recrutement d’étrangers pour des opérations de reconnaissance en Israël » .

Bien qu’étant sunnite, le mouvement politico-terroriste Hamas, qui est à la tète de l’Autorité palestinienne et qui a acquis comme le Hezbollah une légitimité démocratique (victoire électorale de 2006), est également financé et contrôlé par Téhéran. Depuis le début des années 90 en effet, ce dernier reçoit un budget oscillant entre 10 et 20 millions de dollars de la part de l’Iran qui a réussi son opération de « hezbollahisation » de la « résistance palestinienne ». Les recrues du Hamas sont entraînées dans le camp-école de l’Imam Ali, de Karandji (près de Qom), ainsi que dans le complexe de Beït al Makder (également situé près de Qom). Plus que jamais depuis l’Intifada Al Aqsa, et a fortiori depuis le déclenchement de la nouvelle « guerre de résistance contre Israël » en juillet 2006, les drapeaux du Hezbollah sont exhibés autour de la Coupole du Rocher et de la Mosquée Al-Aqsa, phénomène quasi inexistant jusqu’en septembre 2000. Ainsi, outre les shebab, nombre d’étudiants, d’intellectuels et de militants, y compris ceux qui n’ont jamais eu de sympathie pour l’islamisme, exhortent les dirigeants palestiniens à imiter le Hezbollah, vainqueur du “ Goliath israélien ”. La symbiose entre le Hezbollah, le Hamas et l’Iran d’Ahmadinéjad se manifeste aussi par le rôle stratégique à Beyrouth du représentant du Hamas, Oussama Hamdane. Ancien représentant du Hamas à Téhéran, l’homme demeure un pion essentiel dans l’implication de Téhéran en Palestine et dans les liens unissant Hamas et Hezbollah.

Nasrallah concurrent chiite pro-iranien d’Al Qaïda ?

Nasrallah, qui parle couramment persan et a séjourné régulièrement en Iran, n’a jamais caché ses liens étroits avec le régime et les services spéciaux de Téhéran, pas plus que sa vénération pour l’Imam Khomeyni, qu’il rencontra en 1978 lorsque ce dernier était encore en exil en Irak à Nadjaf alors que Nasrallah y étudiait la théologie. Très impressionné par Khomeyni, Nasrallah n’est toutefois pas un religieux, à la différence de l’autre leader du Hezbollah Fadlallah, et son domaine de prédilection demeure la lutte contre le sionisme et pour le leadership chiite du Liban. Hassan Nasrallah doit son irrésistible ascension à la tête du Hezbollah à son charisme, son sens certain de l’ironie et de l’humour et ses talents d’organisateur. Auréolé de la victoire qu’il s’est attribué face à Israël à l’occasion du retrait de Tsahal du Liban Sud, Nasrallah est devenu un acteur clef de la scène politique libanaise respecté de la majorité des palestiniens et des Syriens et de mil lions d’Arabes et de Musulmans qui captent la télévision du Hezbollah Al Mannar, véritable concurrente d’Al Jazeera et l’une des chaînes arabes les plus populaires dans le monde.

Désigné à la tête du Hezbollah en 1992, lors de la mort de son prédécesseur Abbas Moussaoui, liquidé par Tsahal, le cheikh Hassan Nasrallah, né en 1960 dans une famille modeste du Sud Liban mais « descendant du Prophète » (seyyed), est le principal artisan de la métamorphose du mouvement terroriste clandestin en parti politique de rayonnement international. Représenté au Parlement de Beyrouth par un puissant groupe politique, le Hezbollah s’estime un jour promis aux fonctions suprêmes, dès lors que la démographie chiite se traduira par des élections démocratiques et une révision de la Constitution libanaise. Le parti de Dieu jouit d’une assise sociale réelle dans la Bekaa, à Beyrouth ouest (1,1 millions de Chiites y vivent) et dans le Liban Sud, théâtre d’opérations contre Israël

Or le Gouvernement libanais, qui comprend depuis juillet 2005 deux Ministres du Hezbollah, peut difficilement se plaindre des représailles israéliennes dès lors qu’il n’a jamais exigé des ministres chiites l’abandon de l’action guerrière, à l’instar du Hamas, et qu’il a officialisé le rôle de « résistance du Hezbollah » donc les attaques contre Israël. Baptisée « parole tenue », l’opération du Hezbollah qui a provoqué les foudres de Tel-Aviv consistait à forcer Israël à relâcher des prisonniers libanais en échange des deux soldats israéliens pris en otage, comme cela s’était déjà passé en 2004. Ceci avec l’aval de Téhéran et Damas, dans un contexte général de relance de la révolution khomeyniste par Ahmadinéjad, de course au nucléaire, et de réaction à la politique américaine d’endiguement l’Iran et de la Syrie. Mais il est loin d’être sûr que Nasrallah avait envisagé une réaction israélienne aussi ferme.

Bien que nombre de Libanais artisans de la Révolution des Cèdres avortée regrettent que le retrait syrien ne se soit pas traduit par le désarmement du Hezbollah, Nasrallah, qui demeure l’un des hommes les plus recherchés par Israël, a tout fait ces derniers temps pour apparaître comme un martyr capable de rivaliser avec cheikh Yassine et Ben Laden puis victime héroïque du Satan Israël, Etat dont la dénonciation suffit à elle seule, avec la détestation de l’Amérique, à gagner les faveurs de la « rue arabe ». Réapparaissant tel Fantomas sur Al Mannar ou Al Jazeera, ironisant sur ses « morts » successives et l’inefficacité des raids israéliens, Nasrallah promet à Israël une guerre dont l’issue ne peut être que la victoire des Forces du Bien islamo-« résistantes » contre le Mal sioniste.

Gare au piège tendu par le Hezbollah aux Chrétiens du Liban

Malgré cela, et en dépit de la dénonciation unanime dans le monde de la réaction « disproportionnée » de Tsahal, il serait hâtif de conclure que le Gouvernement d’Ehoud Olmert a eu tort d’en découdre avec le Hezbollah et de tenir le Gouvernement de Beyrouth pour responsable de la geste terroriste du Parti de Dieu. Car dans les médias internationaux et les chancelleries du monde entier, on n’a jamais autant répété que le Hezbollah devait être désarmé et que Beyrouth devait appliquer la Résolution 1559 de l’ONU. Bien que révoltés par la « violence israélienne », le Gouvernement de Beyrouth lui-même et les capitales arabes et européennes ont compris que la paix passe autant par la démilitarisation du Hezbollah que par l’arrêt des frappes de Tsahal qui ne sont qu’une réaction à la Terreur islamiste. Tout comme celle du Hamas, la respectabilisation du Hezbollah comme parti politique demeurant en même temps une « force de Résistance », qui a été consacrée à l’issue d’une interprétation fallacieuse des accords de Taëf de 1989, semble compromise. A l’instar du Hamas ou de l’OLP de Yasser Arafat, la raison d’être guerrière et terroriste du Hezbollah aura pesé en fin de compte plus lourd que la « tentation institutionnelle ».

Gageons seulement que les Libanais ne tomberont pas dans le piège consistant à privilégier « l’ennemi sioniste » et que la stratégie d’alliance avec le Hezbollah amorcée par le Général Michel Aoun (qui avait déjà recruté chez les Chiites en 1990 lorsqu’il avait attaqué les Forces libanaises chrétiennes de Samir Geagea) ne fera pas en fin de compte le jeu de ceux qui veulent en finir avec toute présence chrétienne au Liban. Car sous prétexte de fuir les bombardements israéliens, des milliers de réfugiés chiites liés au Hezbollah prennent déjà place dans les quartiers chrétiens de Baabda et d’ailleurs. Or si le général Aoun n’avait pas divisé le camp chrétien entre 1989 et 1990 puis exigé le désarmement des Forces libanaises créées par Béchir Gemayel, les Chrétiens, cibles privilégiées d’une série d’attentats meurtriers depuis le retrait syrien, seraient aujourd’hui capables de se défendre…

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