Les empaillés de la politique.

Samedi 4 septembre 2010 // La France

Alain Juppé, qui laisse son siège de maire à son premier adjoint, Hugues Martin, pendant sa période d’inéligibilité, avant de reprendre son fauteuil quelques mois plus tard. Ségolène Royal qui cède son mandat de député de la deuxième circonscription des Deux-Sèvres (bien loin de sa condition et son statut de candidate à la présidentielle) à une jeune femme novice en politique, Delphine Batho, dans un territoire tout acquis à la candidate. Un sénateur-maire milliardaire, invalidé pour avoir faussé la campagne municipale, qui pousse son directeur de cabinet à se faire élire à sa place. Et ce dernier de reconnaître qu’il laissera l’ancien édile diriger la ville dont il a été juridiquement et judiciairement évincé. Ou encore une personnalité, jeune et inexpérimentée, au nom très connu que l’on veut placer à la tête d’un établissement public, aux fins, non avouées de conserver la main mise sur le département le plus riche de France...

PROMESSE.

Nombreux sont les hommes et femmes politiques qui laissent leur place à un « homme de paille » qui leur doit tout et qui leur est tout dévoué. Derrière cette aura éphémère que l’intéressé(e) inscrira sur une carte de visite (ancien député, ancien maire...), s’affirme un seul mot : celui de la confiance. Celui qui cède son strapontin, son maroquin, son siège ne le fait jamais de bonne grâce mais souhaite que l’impétrant ne vienne pas détruire son oeuvre, parfois l’oeuvre d’une vie, celle d’une ambition autrefois rêvée, un temps réalisée mais aujourd’hui compromise. Il faut donc préserver le siège au chaud en attendant des jours meilleurs.

C’est le calcul que de nombreux politiques ont fait pour des raisons plus ou moins louables : en général une inéligibilité, un mandat de trop, un parachute futur en vue d’une « retraite dorée », la volonté de garder l’emprise sur un territoire. Il importe donc au « sortant » de choisir une personne sûre, dont l’ambition restera limitée et qui sera plus tard récompensée pour son dévouement par un mandat de premier plan. Quitte à ce que certains se sacrifient. « L’affaire Jean Sarkozy » concentre, à bien des égards, toutes ces turpitudes.

L’ancien président de l’Établissement public d’aménagement de la Défense (EPAD), Nicolas Sarkozy, avait, une fois élu à l’Élysée, demandé à son compère Patrick Devedjian de lui succéder. Mais ce dernier arrivant aujourd’hui à la limite d’âge (65 ans) doit céder sa place à une personne tout aussi sûre que lui, sans froisser la présidentielle volonté. Qui mieux que le fils du président peut faire l’affaire ? On sait ce qu’il en est advenu, à cause du scandale ; Mais le conseiller général de Meudon, Hervé Marseille, 55 ans, conseiller d’État, aurait très bien pu briguer se poste. Mais voilà, en échange de la promesse d’un strapontin au Palais du Luxembourg, il a cédé une deuxième fois sa place à Jean Sarkozy. L’homme s’était une première fois effacé devant le rejeton présidentiel pour lui laisser la présidence du groupe au Conseil général des Hauts-de-Seine. Va-t-il garder la place de sénateur au chaud pour les deux décennies à venir ?

DÉMISSION.

En somme, il s’agit pour le titulaire du poste qui doit laisser sa charge, de bien préparer le terrain et de prendre sous son aile une personne sûre, prête à de très nombreux sacrifices. Généralement, en même temps que la perception du poste, le nouvel impétrant signe une lettre de démission non datée. Car, en politique, comme en affaires, il vaut mieux se garder de ses amis que de ses ennemis, les premiers étant plus prompts à trahir que les seconds. Toujours est-il qu’un tel système permet au sortant de tirer ouvertement ou plus subtilement les ficelles du pouvoir. Faut-il se réjouir d’un tel système ou bien le déplorer ? Cette pratique, constitue un dérèglement sinon un dévoiement du système.

Nul doute que les empaillés de la République ont encore de beaux jours devant eux !

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