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Les deux faces d’un même mal…

Lundi 31 août 2009, par Emile Beaufort // La France

« Marxisme » ? « Capitalisme » ? Sortir des chemins battus et rebattus, des schémas idéologiques éculés.

Un questionnement essentiel et un une piste.

Retourner à la nature de l’homme…

La crise est-elle soluble dans le marxisme ?

Il serait, parait-il, de bon ton de se proclamer à nouveau marxiste aujourd’hui, tant le philosophe barbu revient en force, icône désormais brandie et arborée par des libéraux en mal de doctrine ou lassés par Smith, Ricardo, Friedman et leurs épigones. Serait-ce là le signe le plus éclatant de la crise actuelle du capitalisme défini comme l’accumulation exponentielle et sans limite de richesses (ou de marchandises, pour reprendre un terme proprement marxien). Redécouvrirait-on, à droite, les vertus de la propriété collective des moyens de production ? Ou est-ce, tout simplement, la manifestation superficielle d’un snobisme, d’un effet de mode, parce que dans une époque de déréliction comme la nôtre, Marx vaut bien n’importe quel saint canonique ou médiatique ?

Karl Marx

Les racines communes du marxisme et du capitalisme.

Si les extrêmes s’attirent, dit-on, ceux qui se ressemblent finissent toujours par s’assembler affirme encore la sagesse populaire. Au fond, Marx ne serait-il pas le continuateur (sous une autre forme c’est-à-dire sous sa forme ultime et eschatologique) du capitalisme, notamment en ce qu’il considère, au prix d’un matérialisme absolu, que la force de travail est d’abord et rien moins qu’une marchandise ? C’est que la marchandise est considérée par Marx comme « la forme élémentaire » de la richesse. L’avènement, suggéré par Marx, d’une société « socialiste » débarrassée des scories de l’idéologie bourgeoise conduisant à l’émancipation du prolétariat débouche nécessairement sur une impasse conceptuelle, ce qui explique certainement les ignominies d’une praxis dévoyée. La valeur travail devenant un bien échangeable comme tout autre bien, il s’ensuit qu’elle ne peut échapper à la logique capitaliste de valorisation du travail conçu comme valeur d’échange ou, si l’on veut, comme possédant un prix. Marx embrasse, ici, la théorie libérale de David Ricardo (1772-1824) selon laquelle c’est le travail humain qui confère sa valeur au produit.

David Ricardo

En réalité, toute la prémisse marxiste de la « marchandisation » du travail se nourrit de la doctrine libérale-capitaliste et les moyens d’y remédier ne peuvent être que révolutionnaires, celle-ci servant de mèche à la révolution. On doit comprendre par là, qu’il s’agit littéralement d’extirper le travail de l’influence du cycle économique (infernal), production, circulation, répartition, consommation (2). Ce cycle est d’ailleurs sans fin, puisque la consommation, qui est une finitude dans l’immédiat, aspire perpétuellement à se renouveler dans des proportions sans cesse croissantes. De ce point de vue, la lecture de Marx, et plus précisément celle de son fondamental Capital, n’est pas dénuée d’intérêt.

La thèse marxienne de la baisse tendancielle du taux de profit, si elle est loin de se vérifier économiquement et même historiquement quant à sa finalité prophétisée par Marx, reste, a minima, un instrument théorique pertinent pour appréhender l’infini de la logique capitaliste, tendue vers la production massive et ascendante des biens de consommation. De ce fait, le prix des biens a tendance à diminuer ce qui entraîne également une baisse du coût de la valeur de la force de travail. Rappelons que Marx définit cette force de travail comme étant « l’ensemble des facultés physiques et intellectuelles qui existent dans le corps d’un homme, dans sa personnalité vivante, et qu’il doit mettre en mouvement pour produire des choses utiles (3) ». En d’autres termes, il s’agit de la capacité réelle de travail, seule quantifiable en économie de marché, non pas tant dans ce qu’elle génère lorsqu’elle est en mouvement, que pour ce qu’elle représente comme valeur marchande. Mais pour autant (et c’est là, que le postulat de Marx est démenti par la réalité capitaliste), le profit n’en continu pas moins d’augmenter. C’est dire, et on peut donner raison à Marx sur ce point, que le capitalisme ne peut reposer sur un autre mode d’organisation que celui de la stricte disjonction entre les moyens de production détenus par un petit nombre sous la forme de trusts ou de holdings et la force de travail, sans cesse dévaluée et en même temps partagée (à défaut d’être véritablement détenue) par l’ensemble des travailleurs. Cette dévaluation tient toute entière, d’une part, dans la banalisation de la force de travail, conçue comme une marchandise interchangeable avec d’autres biens de consommation, d’autre part (conséquence et corollaire de la première proposition), dans la forte technicisation des modes de production. En clair, les biens de consommation prennent le dessus sur la juste appréciation de la force de travail.

L’homme est un bien de consommation comme un autre

L’homme devient ainsi aliéné non plus à son travail (qui, selon la rhétorique marxiste, ne lui appartient pas puisque le capitalisme l’en rend dépendant) mais aux biens de production qu’il se réapproprie (de façon symbolique et éphémère) sous la forme addictive (et donc forcément aliénante) de biens de consommation. Or, là se situe la pire des« catastrophes anthropologiques », selon le mot de Marx lui-même, car l’homme se dépossède de lui-même. Perdant sa conscience (notamment sa conscience de classe d’après Marx), il se réifie, devient une chose, le caillou « en-soi » sartrien (4) en quelque sorte.

Cette référence à Jean-Paul n’est d’ailleurs pas gratuite car son existentialisme conduit précisément à dépouiller l’homme de sa substance première (son fameux « l’existence précède l’essence » est lourd de conséquences sur le plan métaphysique). Son adhésion au marxisme, pour ne pas dire son attachement indéfectible en témoigne.

La philosophie marxienne est pourtant une aporie avant que d’être une utopie. Aporétique, le matérialisme dialectique (inspiré de la méthode rationaliste et tout aussi progressiste, bien qu’idéaliste, de Hegel), fondé sur un hypothétique sens de l’Histoire laquelle aboutirait, sous les auspices d’un Progrès personnifié, à l’émancipation du prolétariat et donc à la fin de la lutte des classes. Marx avait, en effet, une conception à la fois mécaniciste et antagoniste de l’Histoire. « L’histoire de toute société humaine, affirmait-il, c’est l’histoire de la lutte des classes », préjugeant ainsi de la nature et de l’identité de l’hostis politique : le bourgeois, le maître, le patron, le possédant… Or, comment expliquer qu’au cours de l’Histoire, le progrès, au lieu de déboucher sur le nirvana socialiste, a plutôt confirmé et conforté l’enracinement du capitalisme ? Ici, le bât blesse et tout montre que l’aporie marxienne réside principalement dans le primat donné à l’économique et à la vision forcément erronée et déformée qu’il présente des sociétés humaines et de leurs évolutions.

Cette vision froide et désincarnée de l’Histoire des faits et institutions humains amènera d’ailleurs les marxistes à des culs-de-sac politiques et idéologiques. Là, commencera et finira aussitôt l’utopie appendue à la multiplicité des contradictions sociales et sociétales, lesquelles ne peuvent être abusivement et fallacieusement réduites à une simpliste et manichéenne lutte des classes. De ce point de vue, Marx et ses épigones ont littéralement fait preuve de négationnisme en refusant, par idéologie (qui confine étonnamment au sectarisme), l’insondable complexité de la nature humaine. Les prolétaires marxiens ne peuvent vivre que dans une société de dieux, pour paraphraser une formule célèbre (une fois n’est pas coutume) de Jean-Jacques Rousseau.

En bref, si la grille de lecture marxienne offre des clés non négligeables de compréhension de la superstructure capitaliste (sa définition de la force de travail est, faut-il le reconnaître, des plus séduisantes), il reste que sa vision progressiste de l’Histoire se heurte de plein fouet au réel. Pour reprendre une célèbre distinction de Marx, l’économie formelle marxienne (ou formalisée c’est-à-dire structurée selon un déterminisme historique emprunté au matérialisme dialectique hégélien) serait irréductible à l’économie réelle a-idéologique.

L’individualisme, pire que le nucléaire…

Donc, la crise économique et financière que nous traversons ne trouvera pas son remède dans un néo-marxisme dernière tendance et encore moins dans un capitalisme moralisé ou à visage humain, selon la logorrhée « sarkozyenne ». La crise actuelle est d’abord et avant tout une crise de l’homme. Si Rousseau déplorait que l’homme, bien que né libre, était partout entravé, c’est parce que celui-ci est fondamentalement un maillon de solidarité humaine. Dissoudre la chaîne, détruire le maillage et il ne reste plus que l’ombre de l’homme au milieu des ruines de lui-même.

Au lieu de raffermir l’inclination (instinctive) holistique de la société, on a encouragé la dérive individualiste et donc suicidaire des peuples.

A l’inverse de ce que prônait René de La Tour du Pin, le travail n’a ainsi plus pour finalité la sustentation de l’homme mais la production effrénée des richesses.

On est passé de « l’idéologie du travail (5) » à l’idolâtrie de l’argent, sans parler des conséquences funestes et néfastes de cette vénération du dantesque Veau d’or sur l’environnement (6).

S’il est illusoire et même périlleux de se référer à un hypothétique Age d’or des sociétés humaines, force est de constater que loin de s’être améliorées, ces dernières connaissent une accélération involutive. On veut dire, par là, que si la technique a bien évidemment émancipé l’homme, sa substance première/primitive n’en a pas pour autant été transfigurée. Bien au contraire, son âme s’est abîmée dans la dénégation systématique de toute transcendance, y compris et surtout (pour ce qui nous intéresse hic et nunc) politique. Julius Evola ne disait-il pas que « le fondement de tout Etat c’est la transcendance de son principe (7) » ?

Julius Evola

En refusant l’aspiration transcendante à l’être, l’individu-consommateur s’avachi résolument à la satisfaction immanente et insatiable de l’avoir. Sur le plan juridique cela se manifeste par la multiplication des « droits à », autant de droits-créances qu’il est demandé au juge de concilier, souvent au prix d’absurdités juridiques et défiant, en permanence, le sens commun.

Mais il n’y a plus d’Etat et la pandémie individualiste, égotiste s’est transmise aux grandes entreprises qui, de multinationales, sont devenues transnationales et apatrides, agissant désormais à l’échelle du monde (et non plus dans le seul cadre national voire, éventuellement, européen) comme un seul homme, sans autre contrainte que celle dictée par le cours du jour, licenciant à tour de bras au gré des délocalisations. Agir politiquement (et donc nationalement) sur Continental, Renault ou Saint-Gobain, est une gageure, les conseils d’administration de ces entreprises étant composés de titulaires de fonds de pension étrangers, eux-mêmes détenus par d’autres entreprises étrangères. Les peuples et leurs dirigeants n’ont qu’à subir, le capitalisme accomplissant inéluctablement le vieux rêve marxiste de l’internationalisme prolétarien, la spéculation boursière tenant lieu de lendemains qui chantent.

La mondialisation, champ de ruine du capitalo-marxisme

Sauf que l’Homme nouveau, capitaliste ou marxiste, est une utopie et que la collectivisation forcée des moyens de production comme le libertarisme concurrentiel mènent nécessairement aux pires tragédies humaines. Le monde est en train de devenir un immense goulag avec son cortège de chômeurs, de surendettés, et de travailleurs sous-payés (en Chine, en Inde et ailleurs).

On le voit, Marx n’a pas seulement engendré le marxisme (dévoiement en « isme » d’un essai philosophique de compréhension du monde, dont on ne peut tenir Marx pour seul responsable), mais a fait de sa théorie un vecteur essentiel de légitimation du capitalisme. Pis, il a fait le jeu de ce même capitalisme en « aidant à la ruse du capital, [c’est-à-dire] en persuadant les hommes qu’ils sont aliénés par la vente de leur force de travail, censurant ainsi l’hypothèse bien plus radicale qu’ils pourraient l’être en tant que force de travail, en tant que force inaliénable de créer de la valeur par leur travail ». « L’homo consommatus » en lieu et place de « l’homo faber », en quelque sorte, l’homme se transmuant en objet de sa propre exploitation.

Dès lors, le marxisme, même repensé, renouvelé, refondé par ATTAC, le NPA de Besancenot ou le Parti de gauche de Mélenchon, même exonéré par expiation à la façon d’un Badiou, ne peut constituer une alternative crédible et durable à la crise économique et financière actuelle. Quant à l’employer comme levier éventuel de moralisation du capitalisme, c’est encore une fois persévérer diaboliquement dans l’erreur, sauf à considérer, avec Jacques Bainville, que la justification morale du capitalisme tient dans l’épargne, entendue comme « une privation, un effort et même un sacrifice, [donc] le renoncement à un plaisir immédiat » au bénéfice de tous et en particulier des générations futures. Mais l’épargne est une vertu presque théologale en ce sens que qu’elle se situe au confluent de l’espérance (par la foi en le salut de l’humanité) et de la charité (qui postule le don raisonné de soi). Impensable dans nos sociétés déchristianisées...

Il convient de tenir pour une absolue certitude que le capitalisme n’est pas moralisable, parce qu’il est tout simplement amoral dès lors qu’il « dégage de la valeur mais pas de valeurs (9) ». La seule morale du capitalisme « se résume à produire en permanence une éthique d’autojustification provisoire ». De ce point de vue, le marxisme lui ressemble étrangement en ce qu’il s’autojustifie également par le dogme sans cesse répété de l’improbable émancipation du prolétariat par le recours à la révolution.

L’économique doit être subordonné au politique

Quoi qu’il en soit, marxisme et capitalisme, sont consubstantiels l’un à l’autre. Tous deux, hantés par les notions de travail et de productivité, accordent à l’économique un rôle de première importance au détriment du politique. Ce faisant, ils ont renversé le bon ordre des choses. Postulant de folles chimères comme autant d’axiomes (l’un, pour le capitalisme, que la main invisible du marché pouvait réguler la concurrence, l’autre, pour le marxisme, que la libération du prolétariat mettrait fin à l’exploitation bourgeoise), ces idéologies ont en commun de nier radicalement la place première du politique dans le gouvernement des affaires de la Cité. L’un comme l’autre ne voient pas que l’économie étant la science et l’art de nourrir les citoyens et les familles, de les convier au banquet d’une vie prospère et féconde, est une des fins nécessaires de toute politique. Elle est plus importante que la politique. Elle doit donc venir après la politique, comme la fin vient après le moyen, comme le terme est placé au bout du chemin, car, encore une fois, c’est le chemin que l’on prend si l’on veut atteindre le terme ».

Assurément, les oligarques qui nous gouvernent seraient bien inspirés de faire de ces propos la maxime de leur action.

A l’évidence, et nous nous sommes efforcés de le démontrer, capitalisme et marxisme se sont révélés incapables, à la fois d’assurer la justice sociale, d’autre part, de prévenir les crises structurelles provoquées par les dérives et abus de leurs propres institutions (l’Etat bureaucratique chez les marxistes, le système bancaire dans le capitalisme).

Après les échecs répétés et lourds de conséquences de ces derniers, que reste-t-il ? La panacée ? Non point et l’on sait bien que ce qui est humain est seulement perfectible.

Corporatisme versus syndicalisme

L’expérience corporatiste mériterait alors d’être explorée en tant que voie médiane entre l’étatisation et la libre initiative. C’est à la condition, pourtant de rompre avec le syndicalisme comme conception primaire de la lutte des classes. Arquebouté sur la défense obsessionnelle d’intérêts catégoriels revendiqués sous le masque fallacieux et hypocrite de l’intérêt général, le syndicalisme diminue nécessairement l’autorité de l’Etat en empruntant des voies autoritaires, parfois révolutionnaires, de règlement des conflits. Exacerbant les antagonismes de classes, le syndicalisme perd de vue la souhaitable complémentarité des acteurs (employeurs et salariés) en vue de parvenir à un accord consensuel. D’autre part, « on sait que dans chaque régime non intégralement socialiste, dans chaque régime où le capitalisme et l’initiative privée ne sont pas abolis, le syndicalisme provoque une situation chaotique, inorganique et instable », notamment par l’arme redoutable de la grève. « On ne peut donc concevoir que dans une société où l’Etat a cédé toujours plus devant le syndicalisme comme force auto-organisée, l’économie puisse suivre un cours normal ».

Critiquant la législation sociale mussolinienne, Julius Evola remarquait qu’elle ne pouvait être efficace dans la mesure où n’avait pas été éradiquée la racine du mal : le syndicalisme. Evola, méditant les leçons de l’échec corporatiste de l’Italie fasciste évoquait la condition sine qua non d’une action décisive sur les mentalités : « d’un côté, il fallait déprolétariser l’ouvrier et l’arracher au marxisme ; de l’autre, il fallait détruire la mentalité purement capitaliste du chef d’entreprise ». Le chantre de la Tradition conclut à la nécessité pratique de dégager toute expérience corporatiste « de tout ce qu’on peut appeler légitimement socialisme  » ou de tout ce qui s’apparenterait au capitalisme, ce, afin d’élever le fascisme au rang de « troisième force ».

L’Histoire, ne repassant pas les plats, a pris date du fascisme, notamment celui de la République de Salò. Il n’empêche, nonobstant, que l’exégèse critique du fascisme corporatiste italien demeure pertinente, car elle s’inscrit dans une analyse plus profonde des dysfonctionnements de l’Etat fasciste, dus, pour l’essentiel, au centralisme inhérent à cette organisation politique et administrative de l’Italie d’alors. Or, le jacobinisme qui caractérise le paradigme constitutionnel français, emprunte au modèle ultramontain... qu’il a inspiré, tout au moins dans ses soubassements idéologiques.

La dynamique intrinsèque du corporatisme

Néanmoins, le corporatisme comme troisième voie économique connaît un regain d’intérêt, voire d’actualité. L’articulation de la question des corps intermédiaires (piliers du corporatisme) avec la problématique globale de la démocratie, interroge sur la liberté, en général et donc sur la philosophie libérale ayant présidé à l’édification du modèle politique, économique et social français, depuis 1789 (12). Plus précisément, il confronte ce modèle au miroir de ses propres contradictions.

Sur le plan juridique, le corporatisme se manifeste en tant que volonté normative, fidèle, en cela, à l’idée chère à Maurice Hauriou de la réalisation de l’idée d’oeuvre de l’institution, cette dernière étant conçue comme un pouvoir organisé, doté d’organes réglés par des procédures et composé de membres tendus vers la réalisation de l’idée d’oeuvre (13).

Le néo-corporatisme marquerait également un renouvellement du droit du travail autant qu’une redéfinition du paysage syndical français et de ses doléances historiques.

Mais, pour ne pas rester sur le seuil du simple constat critique ou de la percée timorée d’un concept plutôt résiduel et encore très marginal tant au sein du patronat que chez les syndicats, il importe d’affirmer la nature réelle du corporatisme. Davantage qu’un mode d’organisation économique centré sur la production de biens et services, le corporatisme est un puissant frein au désordre social qui accorde la primauté à la solidarité nationale grâce à une planification économique décentralisée. En d’autres termes, le corporatisme ou néo-corporatisme est d’abord un moyen de gouverner, un arbitrage politique constant entre interventionnisme et liberté d’entreprendre. De ce fait, à la lutte des classes, le corporatisme substitue la coopération, à l’individualisme, le bien commun, à la dictature du capital, la planification et au totalitarisme, la subsidiarité.

Sans prétendre se réclamer de la panacée universelle, le corporatisme a vocation à respecter la nature de l’homme, ô combien vulnérable, au lieu de l’instrumentaliser et de le précipiter dans une course prométhéenne, mortifère pour lui-même et pour la civilisation..

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