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Les contradictions de Paris.

Samedi 19 mars 2011 // La France

Non-ingérence ou soutien à la démocratie ? La révolution tunisienne a montré les difficultés de la France à redéfinir ses liens avec ses anciennes colonies.

Surpris en flagrant délit d’indolence par la révolution du jasmin en Tunisie, le gouvernement français a réagi en faisant ce que les Français font de mieux : il a imaginé une théorie pour expliquer sa conduite. Non seulement la France avait été prise de court par les événements mais, contrairement à Washington, elle n’avait pas condamné la violence de la répression contre les manifestants tunisiens. En guise de justification, Paris a alors invoqué le principe de non-ingérence.

Pendant des décennies après l’indépendance des colonies africaines, des représentants français, des compagnies pétrolières et des mercenaires avaient œuvré en coulisse, portant au pouvoir quantité de leaders peu scrupuleux. Le réseau de la Françafrique reliait nombre de chefs d’État africains et leurs pétrodollars aux présidents et partis politiques français, de droite comme de gauche. Après son élection en 2007, Nicolas Sarkozy avait promis de remplacer ces réseaux d’une époque révolue par des liens bilatéraux, responsables et dénués de tout paternalisme postcolonial. Et, en un sens, la France a bien tourné une page. Nicolas Sarkozy a ouvert une nouvelle base militaire au Abou Dhabi, où la France n’a pas de passé colonial, et rendu au Sénégal le commandement de l’une de ses trois bases permanentes en Afrique (demeurent celles du Gabon et de Djibouti). Le président français a également dépoussiéré d’opaques accords de défense bilatéraux et courtisé des leaders en dehors de l’Afrique francophone. Et, depuis que Ben Laden a désigné la France comme cible potentielle après la loi sur l’interdiction de la burga, Sarkozy s’est recentré sur la lutte contre le terrorisme.

La nouvelle approche française relève-t-elle toutefois vraiment de la non-ingérence ? La France avait coutume d’intervenir afin d’exister sur la scène internationale’ ; analyse Dominique Moïsi, responsable de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Nous assistons aujourd’hui à un renversement de tendance, mais ce changement s’opère de manière chaotique, pour ne pas dire contradictoire. Le principe de non-intervention va parfois à l’encontre d’un autre grand principe revendiqué par la diplomatie française, à savoir son soutien à la liberté et à la démocratie.

Observons ce qui se passe dans trois anciens territoires Français : la Côte d’Ivoire, la Tunisie et le Niger. Lorsque le président ivoirien Gbagbo a refusé d’admettre sa défaite lors de la présidentielle du 28 novembre, Nicolas Sarkozy l’a sommé de quitter le pouvoir ou d’en assumer les conséquences. Si cette attitude était partagée par l’ensemble de la communauté internationale, elle a néanmoins été perçue comme impérieuse. La Côte d’ivoire n’est pas une sous-préfecture Française a rétorqué un ministre ivoirien. Aujourd’hui, l’ultimatum de Nicolas Sarkozy a expiré, sans effet. La France a des centaines de soldats présents dans le pays. Envoyés dans le cadre d’opérations de maintien de la paix, ils se sont retrouvés mêlés à de sanglants combats il y a quelques années. Aujourd’hui, personne ne tient à voir l’Histoire se répéter. Mais la France resterait-elle spectatrice si l’Union africaine, qui s’est proposée comme médiatrice, préconisait l’usage de la force pour chasser Gbagbo ?

Si la France est forcément impliquée en Côte d’Ivoire, certains ont dénoncé sa passivité en Tunisie. Les adjectifs scandaleux, honteux et ignoble ne sont que quelques-uns des plus corrects lancés par le Parti socialiste pour qualifier une situation dont ils s’accommodaient parfaitement lorsqu’ils étaient au pouvoir. En réalité, la France n’était pas plus amie du régime tunisien que nombre d’autres pays qui y voyaient un rempart contre l’islamisme. Mais ses liens avec ce pays sont complexes. La France accueille au moins 600 000 Tunisiens, dont un grand nombre d’exilés politiques. Elle est le principal partenaire commercial de la Tunisie. Plusieurs responsables politiques français sont nés ou possèdent une résidence en Tunisie. Cet enchevêtrement de liens explique la confusion du gouvernement français. Après avoir tardé à le condamner, la France a très vite refusé l’asile au président déchu.

Le Niger constitue un cas assez à part, avec la récente exécution de deux jeunes Français enlevés par des hommes de main d’Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). Alors que l’armée nigérienne avait pris en chasse les ravisseurs dans le désert, les forces spéciales françaises ont été appelées en renfort et ont donné l’assaut en hélicoptère. Plusieurs hommes d’Aqmi ont été tués dans la fusillade. De toute évidence, une telle intervention relève d’une forme particulière d’intervention. Elle est aussi le signe que la France essaie de redéfinir son rôle en Afrique. L’année dernière, Nicolas Sarkozy a déclaré que le versement de rançons et la négociation avec les ravisseurs n’aient pas une stratégie pour la France. En revanche, la France aiderait tout pays demandant son aide pour combattre Aqmi. Et c’est la présence des forces spéciales françaises dans le Sahel qui a permis de trouver si rapidement la trace des ravisseurs nigériens. La preuve que, si la France souhaite des relations plus normalisées avec l’Afrique, la réalité est beaucoup plus compliquée.

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