Les chrétiens d’Orient entre deux feux.

Lundi 17 janvier 2011 // La Religion

L’attentat sanglant d’Alexandrie du 31 décembre dernier, après celui de Bagdad le 31 octobre, pose avec cuité la question des chrétiens au Moyen-Orient. C’est une question essentielle non seulement pour les fidèles de telle ou telle Eglise, mais aussi pour les chrétiens en général. Cette question est cruciale parce qu’elle concerne les fondements de la civilisation dans cette région. Il s’agit de savoir si les efforts des deux derniers siècles pour apporter à cette région quelques éléments de progrès et de modernité ne se sont pas soldés, en fin de compte, par un échec historique. Autrement dit, n’assistons-nous pas à un reflux général s’exprimant par différentes formes de terrorisme et manifestations de haine ?

Il est lourd de sens que le "11 septembre du Moyen-Orient" ait pris pour cible une église à Bagdad et une autre à Alexandrie, deux villes symboles. Alexandrie était un haut lieu de culture où les civilisations dialoguaient à l’époque hellénistique, tout comme Bagdad a rayonné à l’époque abbasside. Face à ces attentats, une cruelle réalité s’impose. Dans cette région, l’Histoire ne progresse plus et les efforts des générations passées n’ont pas porté leurs fruits. La question des chrétiens d’Orient ne se limite plus seulement à la protection physique de ces communautés ou au lancement d’un dialogue efficace entre les religions. La question véritable est celle du progrès dans cette partie du monde.

Afin d’être à la hauteur du défi existentiel et civilisationnel auquel les chrétiens sont confrontés, il faut prôner une sorte de théologie du progrès, par opposition à la théologie de la libération [tous unis contre l’oppresseur occidental] dans laquelle on veut les noyer et qui voudrait les réunir derrière le "discours de la résistance", peu différent fondamentalement de celui qui légitime la violence, voire pousse à son utilisation de Bagdad à Alexandrie. Les chrétiens doivent au contraire développer une conscience qui les remettra au diapason du reste du monde et les ramènera sur la voie du progrès.

La question des chrétiens d’Orient met à nu un certain discours. Tantôt au nom des rancunes contre l’orientalisme, tantôt parce qu’il voit du colonialisme partout, ce discours se gargarise de l’idée selon laquelle il faut défendre, dans toutes les anciennes colonies du monde, les autochtones et leurs valeurs. Mais, paradoxalement, cela exclut les chrétiens d’Orient, qu’on considère comme une communauté étrangère. Il est aussi temps d’en finir avec cet autre discours qui consiste à réclamer aux chrétiens d’Orient la preuve qu’ils ne sont pas des étrangers. Cela amène nombre d’entre eux à adopter le discours creux du nationalisme. Pourtant, parmi les tenants de ce discours figurent ceux qui promettent de les égorger en passant parfois à l’acte et ceux qui s’inquiètent pour eux s’ils devaient s’émanciper.

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