Les banlieues à feu en France ; la révolte des exclus

Le Québec observe et craint

Mardi 29 novembre 2005, par PpP // La France

Le désengagement des fonctions régaliennes de la sécurité et de la justice par les états, inquiète le citoyen. C’est toute la vie en société qui s’en trouve menacée. L’absence de vision des dirigeants de partout dans le monde les fait reculer sur tous les fronts sauf pour se subordonner aux lobbies et d’adhérer aux seules lois du marché.

Nous voulons moins d’état mais un état responsable et imputable par la rédition de comptes aux citoyens pour contrer au manque de transparrence. Du déficit démocratique, le repli et le désaveu des citoyens s’ensuit et qu’ils compensent en créant des communautés, notamment par le biais d’Internet. Hystérie et Écho populaire font partie d’un collectif sur nos rives de la grande mare.

Les banlieues à feu en France ; la révolte des exclus

L’émoi soulevé par les émeutes des banlieues pauvres outre-frontières a atteint nos rives. On veut saisir pourquoi des jeunes périssent et qu’ils sentent un tel climat d’indifférence qu’ils aient à recourrir au terrorisme, qu’ils l’utilisent pour crier leur existence. Le terrorisme est l’arme des pauvres. Sont-ils les délaissés qu’ils disent être ? Il faut, dès l’amorce de cette analyse, établir des balises. D’où essaime la principale ?... De la polarisation de nos sociétés occidentales ! Des leçons sont à tirer de là-bas pour éviter des dérives ici s’il est encore temps.

On conviendra que les divisions entre les groupes n’ont pas atteint ici les écarts qu’on note en Europe. Le mot maudit apartheid y a même été mentionné. Des banlieues, somme toute assez bien planifiées, certaines par des architectes tels LeCorbusier, sont devenues des endroits de derniers recours surtout pour des immigrants, chassés loin des beaux quartiers.

C’est plus d’un millier de voitures qui sont brûlées certains soirs. Des écoles, des industries sont aussi tombées sous l’action des pyromanes. Des provocations ont été lancées, la plus immonde, par le ministre de l’Intérieur, Sacorzy, décriant les émeutiers de « racaille ». Ses ambitions présidentielles le motivent, disant vouloir protéger le citoyen en jetant de l’excitant.

France, terre d’acceuil ? La tradition a déjà existé mais les limites ont été dépassées. On parle jusqu’à huit millions d’immigrants que la France a reçu, surtout d’origine maghrébinne et sub-saharienne. Ils sont entassés et ils crient à l’exploitation, au rejet. Mais que dire des bagnoles qui se font démolir ? Il y a un mal-être, un trop-plein de frustrations de chaque coté.

Les vieux démons
Qu’est que d’être Français aujourd’hui ? Quand on l’abordera, on découvrira des blessures vives. La France n’a pas tourné la page de son passé colonial, n’a pas clairement reconnu tout ce qui a été fait au nom de la colonisation, n’a pas avoué la subversion de la dignité humaine des conquis. Les débordements émanent aussi de cet abrutissement refoulé. Les cités d’aujourd’hui sont par extension la répétition par les Français bien-nés de l’exclusion par apartheid dans les ex-colonies. Ce non-dit continue à sévir en France, en Occident, et le responsable au premier chef de cet état, les États-Unis d’Amérique d’aujourd’hui.

Un pays en a le plus souffert. Au nom de la guerre d’Algérie, les pires sévices furent subis. On brûlait les gens, on fracassait les bébés, c’était un système, une politique d’État. Des émeutes ont aussi eu lieu à Paris en 1961 et les violentes représailles militaires toujours occultées. Les brutalités ont laissé des écorchures, des cicatrices non lissées, les bavures policières et leurs plaies toujours balayées par les autorités et donc, elles-mêmes entachées.

Un important exercice de mémoire est à faire pour chasser la rancoeur du déni d’injustice. Il y a encore aujourd’hui un vieux sentiment gauliste avec la droite au pouvoir qui empèche de dénoncer les pires atrocités pour raison d’état. La déresponsabilisation de l’action du poli­tique nie la nécessité d’adresser les problèmes qui viennent à affecter toute la communauté.

Le discours de droite s’exprime très librement, sur toutes les tibunes. Outre Sacorzy, le ministre délégué à l’emploi français Gérard Larcher identifie la polygamie comme une source des émeutes ; elle « serait aussi l’une des causes de la discrimination raciale sur le marché du travail. Conjuguée à une famille nombreuse, elle entraînerait parfois des conduites antisociales chez les jeunes, » Le monde, 16 nov. 05. Dans la même édition, on y rapporte ;

« La secrétaire perpétuelle de l’Académie française a estimé que la polygamie était l’une des causes des troubles... Hélène Carrère d’Encausse affirme que "ces gens, viennent directement de leurs villages africains. Or la ville de Paris et les autres villes d’Europe, ce ne sont pas des villages africains".... elle a notamment déclaré : "Par exemple, tout le monde s’étonne : pourquoi les enfants africains sont dans la rue et pas à l’école ? Pourquoi leurs parents ne peuvent pas acheter un appartement ? C’est clair, pourquoi : beaucoup de ces Africains, je vous le dis, sont polygames. Dans un appartement, il y a trois ou quatre femmes et 25 enfants. Ils sont tellement bondés que ce ne sont plus des appartements, mais Dieu sait quoi ! On comprend pourquoi ces enfants courent dans les rues." (Libération.) »

Notre psyco-pop doc Mailloux ne pouvait s’empêcher de sauter avec la même hargne « Primitifs qui migrent, fourrent à tour de rôle et qui ne fouent rien d’autres. Les amis, si vous arrivez ici avec 12 enfants, y’a pas de place pour vous ici, c’est pas des huttes qu’on a ici ; les amis quand vous immigrez ici, vos pratiques, vous allez les mettre de coté. Mais ce n’est pas la faute de la polygamie, c’est un problème de culture, d’us et coutumes tribales importées, qu’on doit identifier clairement ; bien identifier un problème, c’est déjà voir la solution se profiler » Un précepte de psychologie qui n’en cache pas moins un racisme bien latent et très répandu.

Responsabilités partagées
On peut avancer que les récriminations sont également distribuées de parts et d’autres :

  • Les actes de barbarie urbaine sont les faits de désoeuvrés qui n’ont pas su mettre à profit les quelques considérations qu’une société occidentale a quand même mises à leur disposition. La prise en charge par l’état providence des plus démunis n’a pas eu d’emprise ici. C’est l’échec des programmes trop généreux qui n’aiguillonnent pas vers une responsabilisation individuelle.
  • Sans vouloir attribuer une importance trop grande au manque d’adaptation des immigrés, des groupes ethniques ont des difficultés plus grandes d’adaptation que d’autres. C’est la situation qu’on peut observer en France et ils forment des groupes composés de millions d’individus, creusant le refermement ; autre exemple, l’immigration illégale des latinos aux É.-U.
  • La rigidité des lois françaises du travail ont été largement pointées du doigt. Des documents officiels sont nécessaires pour postuler un emploi, des lois en révision exigent une période d’embauche minimale de deux ans, la semaine de 35 heures, toutes des lois des gouvernements qui sapent les initiatives et sont des freins au libre arbitre des citoyens.
  • La responsabilité des agents à l’immigration privés et gouvernementaux est aussi à relever par le peu de discernement qu’ils appliquent dans leurs sélections. Ils nous disent qu’ils ne font qu’appliquer les directives mais des scandales ont révélé qu’elles sont davantage reliées aux capacités financières des immigrants-appliquants auxquelles des agents exigeront des frais s’apparentant plus à des pots-de-vin quand ce n’est tout simplement ce qu’ils sont, crûment.
  • Nos sociétés au prise avec des taux de natalité en chute libre continuent de permettre des taux élevés d’immigration qui stressent nos capacités d’acceuil. C’est encore le monstre de la consommation qu’il faut continuer à nourrir par tous les moyens. Les nouveaux arrivants bigarrés deviennent des consommateurs qui maintiennent nos taux de croissance.

Toute la machine est rodée pour nous diriger droit sur le mur des banlieues de la France. Et ce n’est pas la récente course à la Mairie « mairie à vendre ! » de Montréal qui va corriger le tir.

Tel qu’écrit en introduction, nous ne sommes pas rendu à la situation de crise de la France. Il faut faire pleine confiance dans sa mentalité républicaine pour inclure tous les intervenants et trouver les solutions dont rouvrir des vieilles plaies. Au Québec, tout comme en France, le désaveu sciant des « politi­calleux peu­reux/politi­cards couards » crée des replis qui font aussi crain­dre des débordements ; tout pour eux, pas de prix ; mieux, la plupart, en tirent profits.

DE MAL EN PIS
En France, partout en Occidentla démonisation des leaders
la polarisation des belligérantsdivise et imprègne les peurs
vise les bas fonds, l’abattementattise le règne des seigneurs
ils disent, se dédisent, louvoyantexquise, la sujétion des leurs
se contredisent tout en bonimentsflagornant hochets et leurres
« La désise » de propos lénifiantsdégoûtant noirs, blancs, beurs
non à l’aveuglement des battantsà la cave des quarante voleurs
et peu importe les débordementsils auront toujours le meilleur.

Leçon de vie
Jamais ce seront les Mercedes d’Outremont,
ou les Land Rover de « ouestmont » qui brûleront.
Nonobstant les débordements,
sciemment, les écoeurements,
tout nous mène au soulèvement.
Des bagnoles d’horreurs, pleine vapeur,
droit devant et plein vent, ces viles laideurs,
« ces monstres du toc roulent vite dit Petit Trot,
comme les gangsters, sur les chapeaux de roue.
Par monts et vallons, les piétons, ils s’en fouent !
Par vaux et chevaux, ils se défilent, garde aux loups.
 »
« Chassez le naturel... et les loups... hors de la bergerie. »
que, tambours battants, Grand Galop
lui répondit.

Paul p. Pluteau/PpP

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