Les armes de Kadhafi vont lui survivre.

Samedi 22 octobre 2011 // Le Monde

En bon dictateur, le colonel Kadhafi disposait d’un arsenal militaire imposant. Il avait ainsi acquis quelque 20.000 missiles sol-air, le gros étant constitué d’engins de courte portée S-7, de fabrication russe ou bulgare. Ce sont des armes très légères, grâce auxquelles, par exemple, un homme seul peut atteindre un avion à basse altitude. Le problème est de savoir ce qui va advenir de ce matériel, que beaucoup voudraient évidemment récupérer, depuis les islamistes en quête d’opérations spectaculaires jusqu’aux trafiquants toujours heureux de renforcer leurs stocks ; on pense en particulier à des groupes comme Aqmi [Al Qaida au Maghreb islamique] ou à tous ceux qui interfèrent dans les conflits en cours au Sahel, qu’il s’agisse de buts militaires, idéologiques ou mafieux ,on ne peut même pas exclure que des Etats voisins ne cherchent à en profiter.

Certes, le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, a déclaré que les nouvelles autorités libyennes devaient « sécuriser », « contrôler » et éventuellement « détruire » les armes de l’ancien régime. Cette préoccupation ne relève pas du virtuel, même s’il s’est refusé à commenter les informations parlant de la disparition de plusieurs milliers de missiles SAM-7. Mais on sait qu’un général libyen a évalué ceux qui manquent à quelque 5.000, tandis que l’amiral Giampaolo Di Paola, de l’Otan, pense qu’il y en a au moins 10.000.

Or, le responsable de l’armement du nouveau pouvoir a fait savoir qu’on avait procédé à la destruction de 180 SAM-7 à coups de marteau. Ces indications montrent qu’il reste encore beaucoup à faire avant que les armes du Guide de la Révolution ne représentent plus un danger non seulement pour son peuple mais encore pour l’ensemble dé la région - un peu à la manière des stocks d’armes de la défunte Union soviétique.

Par ailleurs, de durs combats restent à mener contre les troupes encore fidèles au colonel Kadhafi. La prise hautement symbolique de Qasr Abou Hadi, son village natal, ne semble guère avoir entamé le moral de ses combattants. De toute manière, juste à côté, à Syrte, ravagée par d’âpres combats urbains et où semblent enfin s’imposer les nouvelles autorités libyennes, la situation de la population est « dramatique », selon le terme employé par le vicaire apostolique du Vatican en Libye, Mgr Martinelli, et « désespérée », d’après la Croix-Rouge. Il en est de même dans I’autre bastion kadhafiste constitué par la vaste oasis de Bani Walid, au sud-est de Tripoli.

Sur le plan politique, le Conseil national de transition a annoncé qu’il comptait dirigér le pays jusqu’à l’élection d’une Assemblée constituante. Mais l’un des responsables militaires, Abdullah Ahmed Naker, chef révolutionnaire venu de Zintan, a annoncé la sécession de ses 73 brigades car il s’oppose à l’autorité d’un « djihadiste repenti » ; Abdelhakim Belhaj, propulsé sur le devant de la scène lors de la prise de la capitale.

Répondre à cet article