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Les Frères musulmans ne font plus recette.

Le déclin des islamistes.

Jeudi 24 mars 2011 // La Religion

Le mouvement islamiste égyptien ne bénéficie pas du soutien de ceux qui ont contraint Moubarak à quitter le pouvoir.

Cinq jours avant le départ du président Hosni Moubarak, le 11 février, le vice-président Omar Souleiman a invité la vieille garde des Frères musulmans à une réunion solennelle dans le cabinet en bois de rose du palais présidentiel du raïs. L’objectif de cette réunion était de discuter d’un éventuel accord susceptible de mettre fin au soulèvement national. Dès qu’elle a été connue, la tenue de cette réunion a déclenché dans la blogosphère des réactions, où se mêlaient enthousiasme et terreur. Souleiman, considéré comme le fantoche des Etats-Unis et d’Israël, allait-il sceller une alliance entre son appareil milltaro-policier et la branche conservatrice du vieux mouvement social islamiste ? En apprenant la nouvelle, le guide suprême iranien Khamenei a aussitôt félicité Souleiman, tandis qu’aux Etats-Unis les républicains redoutaient l’émergence d’un califat planétaire.

Le même jour, un responsable anonyme de la Maison-Blanche a déclaré que tout "bel esprit universitaire" qui ne prenait pas la mesure de l’influence des Frères musulmans et ne voyait pas qu’ils étaient le principal acteur de ce drame avait "de la merde dans les yeux". En réalité, la petite rencontre entre Souleiman et les Frères s’est avérée n’être rien d’autre qu’une nouvelle supercherie de la chaîne de télé Nile News. Cette chaîne câblée s’est transformée vers la mi-février en une unité de propagande digne de Murdoch, dont les productions sont concoctées par le génie artistique de la garde présidentielle de Moubarak. Les commentateurs, obsédés par les Frères musulmans, sont passés à côté de la principale nouvelle : le mouvement de la jeunesse des Frères musulmans et leur aile féminine s’étaient séparés de l’organisation principale pour se rallier au Mouvement du 6 avril, marqué à gauche.

Les hommes rassemblés autour de la table de Souleiman ne pouvaient donc pratiquement plus revendiquer le moindre appui organisationnel.

Les Frères musulmans ne sont pas une force marginale en Egypte. Ils sont extrêmement bien représentés dans chaque ville et on doit porter à leur crédit la fourniture d’une aide médicale, éducative et juridique aux citoyens négligés par l’État. Mais ils ne sont en aucun cas l’équivalent égyptien du Hezbollah libanais ou du Ramas palestinien. Ils ont opéré une rupture radicale dans les années 1990, abandonnant leur forme d’organisation secrète ; hiérarchique et orientée vers l’application de la charia.

Aujourd’hui, il s’agit d’un parti politique bien organisé, officiellement interdit, mais parfois toléré. Au cours des vingt dernières années, il a fait son entrée au Parlement en s’alliant avec d’autres partis et en présentant des candidats indépendants. Les Frères sont désormais favorables au pluralisme politique et à la participation des femmes à la vie politique ; ils considèrent les chrétiens et les communistes comme des citoyens de plein droit. Cependant, avec l’émergence en Egypte, dans les années 2000, de mouvements ouvriers, libéraux ou de défense des droits de l’homme qui se sont mis à les concurrencer directement, ce que l’on peut appeler la "nouvelle vieille garde" des Frères musulmans défend un conservatisme moral et culturel. Rejetée par les jeunes et les femmes du mouvement, cette inclination conservatrice a ainsi contribué à rapprocher la nouvelle vieille garde du paternalisme ir raliste du gouvernement Moubarak.

Au cours des dix dernières années, la force politique représentée par cette aile des Frères a été, adoubée par le gouvernement Moubarak de deux façons. Tout d’abord, les Frères ont été autorisés à entrer au Parlement en tant que candidats indépendants et à profiter du récent boom économique. De hauts responsables des Frères sont aujourd’hui propriétaires d’entreprises de téléphonie mobile ou d’ensembles immobiliers, et ont été intégrés depuis des années à la machine du PND [le parti de Moubarak] et à l’establishment des classes moyennes supérieures. En second lieu, le gouvernement de Moubarak s’est approprié le discours moral des Frères, s’en prenant tour à tour aux femmes célibataires qui travaillent, aux homosexuels, aux internautes, accusés d’être des adorateurs de Satan, aux éleveurs de porcs pratiquant le recyclage des déchets, sans oublier les minorités bahaïe, chrétienne et chiite.

A l’occasion de ses croisades de moralité, le gouvernement Moubarak a brûlé des livres, harcelé les femmes et excommunié des professeurs d’université. Ainsi, on peut dire que l’Egypte a déjà fait l’expérience d’un Etat islamique étroit d’esprit : celui de Moubarak ! Les Egyptiens ont déjà goûté à ce genre de régime. Et ils l’ont détesté. Les Egyptiens se sont mis à revendiquer un islam qui soit un projet personnel de conduite de sa vie, de piété éthique et de solidarité sociale. Il est essentiel de garder à l’esprit qu’en Egypte le soulevement n’a pas été déclenché par les Frères musulmans ni par des hommes d’affaires nationalistes. Cette révolte est née de la convergence de deux courants : le mouvement pour les droits des travailleurs dans les villes manufacturières et les micro-ateliers égyptiens, qui a connu, au cours des deux dernières années notamment, un regain d’activité, et le mouvement contre la brutalité policière et la torture, qui mobilisait depuis trois ans l’ensemble des communautés du pays.

Ces deux mouvements avaient pour caractéristiques d’être constitués pour une grande part de femmes de tous âges et de jeunes des deux sexes.

Durant la révolution iranienne des années 1970, les commerçants du bazar de Téhéran ont joué un rôle déterminant en faisant pencher la balance de la révolution de la gauche vers la droite, ce qui a conduit un soulèvement socialisant â basculervers la création d’une République islamique. Dans le cas de l’Egypte, la force politique et sociale des jeunes et des femmes responsables de micro-entreprises entraînera l’Histoire dans la direction opposée. Ces groupes ne se font aucune illusion surales postures moralisantes de certains islamistes et ont à l’esprit un agenda socio-économique très clair qui séduit l’aile jeune dynamique des Frères musulmans. Ils sont prêts à tout pour empêcher le retour de la brutalité policière et de l’hypocrisie moralisatrice qu’ils ont subies durant une génération.

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