Enquête.

Les Français et le roi.

Samedi 19 juin 2010 // La France

La royauté française est, aujourd’hui encore, victime de bien des clichés. Une revue actuellement vendue en kiosques fait le point sur l’histoire de l’institution et donne la parole à ses défenseurs actuels, entre autres les royalistes de la N.A.R.

L’ouvrage est une gageure. Les enquêteurs de l’hebdomadaire Marianne, alliés pour l’occasion aux chercheurs professionnels de la revue L’Histoire font le point sur la figure du roi et son rapport à la nation française. Après l’évocation de la naissance de l’institution, au Moyen Âge, trois parties aux titres évocateurs - Le roi absolu, l’échec au roi, et la monarchie républicaine - rappellent au lecteur que l’aspiration à la royauté est un facteur d’unification, dans notre pays.

Dans l’État moderne, la figure de Louis XIV domine. L’historien Joël Cornette signale que le règne du Roi-Soleil doit être traité avec un regard froid. À l’origine de Versailles, mais aussi, des horreurs de nombreuses guerres le souverain est fascinant, mais aussi l’objet d’un vif rejet. Les questionnements les plus récents touchent à l’ampleur de l’État absolu. Celui-ci ressemble moins à un embryon d’État totalitaire, qu’à une entreprise permanente de compromis avec les diverses forces du pays, notamment l’aristocratie que l’on a longtemps cru emprisonnée à Versailles alors que les importantes clientèles provinciales font d’elle un acteur encore puissant.

On compte dans le royaume, à l’aube du XVIII°siècle, un gendarme pour dix mille habitants. C’est bien peu pour maîtriser la justice, et montrer les dents face au foisonnement des institutions. Dans le domaine des finances, la royauté reste prisonnière de quelques puissants intérêts privés, « les fameux Fermiers généraux », qui avancent au roi, ce dont il a besoin, pour ensuite prélever, dans la nation, le remboursement des sommes engagées, augmentées de quelques intérêts. Toute ressemblance avec le système actuel doit, à cet égard, être médité. La révocation de l’édit de Nantes reste cependant bien la plus grande des folies.

La personnalisation du pouvoir ne peut pas accepter la moindre remise en cause. Ainsi explique-t-on également, les chocs terribles des guerres, qui s’enchaînent à partir des années 1670.

Au XVIII° siècle, l’infléchissement décisif, dans la remise en cause de cet absolutisme, est sans conteste l’apparition d’une opinion publique. Celle-ci, s’en prend particulièrement à la symbolique d’un pouvoir qui s’isole. La presque réclusion du roi, à Versailles, a valeur de symbole. Dans les empires, le souverain peut physiquement être éloigné de ses sujets. C’est même une garantie de sa force. En France, l’isolement du roi est perçu comme une provocation.

Peu importe que quiconque ait le droit d’entrer dans le palais du roi et de parcourir la galerie des Glaces, pour peu qu’il ait loué une épée, une veste et un chapeau devant les grilles du château. L’esprit égalitariste français préférerait que le roi multiplie les visites dans les provinces, comme cela se faisait aux siècles précédents. Ces voyages étaient l’occasion de régler les problèmes locaux, avant qu’ils ne deviennent des enjeux nationaux. Peu à peu, l’absolutisme, qui voulait être l’arbitre suprême, perd toute sa substance.

Après la Révolution française, et les tentatives infructueuses pour instaurer une monarchie constitutionnelle - peut-être, selon Pierre Rosanvallon, à cause d’un déficit libéral des régimes français - l’opinion se détache peu à peu du parti royaliste. À chaque élection, dans les premières décennies de la III° République, les candidats se réclamant du roi ne défendent plus que la tradition, notamment religieuse, tout en agitant la peur du socialisme.

Mais le positionnement est aussi celui des républicains modérés, qui l’emportent. La recherche du point neutre politique qui puisse durablement symboliser l’unité du pays est toujours à trouver. C’est ce qu’expliquent les militants de la N.A.R. interrogés par Daniel Bermond et que précise l’avant-propos de ce numéro hors série. Pour faire le lien avec le débat institutionnel actuel, il précise bien que « l’erreur de Nicolas Sarkozy est d’avoir compté pour rien la solennité de sa fonction dans la monarchie élective ».

David NOVARRO
0 (1) « Les Français et le roi », Hors série Marianne-L’Histoire, mai-juin 2010, vendu en kiosque : 6€.
0 (2) Coauteur d’une « Histoire de France », Belin, 2009-2011, (13 volumes, 8 déjà parus).

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