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Les Fètes Musulmane.

Mercredi 24 août 2011, par Louis Gardet // La Religion

Le neuvième mois lunaire du calendrier hégirien est ramadan. Mois sacré par excellence. « Le Coran a été révélé [m. à m. « est descendu »] durant le mois de ramadan » dit le Livre (Coran, II, 185). Chaque jour du mois, depuis la venue de la nouvelle lune, doit être marqué par un jeûne strict (sawm, parfois siyam). Le jeûne cesse quand l’apparition du premier quartier de la lune suivante est dûment constaté. Ramadan est donc à la fois fête du Coran et jeûne prescrit.

Ce dernier est un jeûne diurne qui doit être absolu depuis que l’aube permet de distinguer « le fil blanc du fil noir » et jusqu’à la nuit (Coran, II, 187). Toute une casuistique extrêmement précise a été mise en place par la tradition et les écoles juridiques : conditions, exigences et limites du jeûne. Il serait trop long d’en énumérer les règles et d’évoquer les divergences selon les écoles. L’enseignement commun peut être résumé ainsi : pour que le jeûne soit valide, il faut en formuler l’intention (niyya), et s’abstenir avec soin de tout ce qui pourrait le rompre (al-muftirat). Des cas de conscience ont été posés presque à l’infini pour déterminer ces muftirat qui « briseraient » le jeûne. Le Coran prescrit l’absence totale de nourriture, de boisson et de relations sexuelles. Les traditions y joignirent toute entrée volontaire de substance étrangère dans le corps et toute évacuation de semen ou de sang. Aucune interdiction légale ne concerne les nuits de ramadan.

Une fois atteinte la puberté, nul n’est totalement dispensé du jeûne, obligation personnelle (fard al-‘ayn) pour tout croyant sain d’esprit. Seuls sont prévus des « allégements » : les malades en danger de mort sont dispensés ; peuvent l’être de même les personnes âgées. Mais ces malades, s’ils guérissent, et les vieillards doivent compenser le jeûne par des aumônes. La femme enceinte ou la nourrice, les malades qui ne sont pas en danger de mort, le voyageur (surtout si le voyage présente quelque difficulté), ceux enfin qui sont astreints à un travail pénible ont le droit de rompre le jeûne, mais ils sont tenus ensuite de remplacer scrupuleusement les jours omis, dès qu’ils le peuvent.

Le jeûne du ramadan est l’un des cinq « piliers » (arkan) de l’islam. Il engage la communauté. Tout au long du mois, la vie sociale revêt une note spécifique qui fait du jeûne un témoignage de la cité elle-même. Des musulmans qui ne pratiquent plus guère les prières quotidiennes continuent de jeûner. Des incroyants déclarés ne rompront pas le jeûne en public. De l’aube au coucher du soleil, la vie sociale est comme suspendue ; et, quand l’islam est religion d’État, il appartient à la police des mœurs (hisba) et même à la police gouvernementale (shurta) d’empêcher que l’on ne mange, ou ne boive, ou ne fume en public. Les conditions de vie du monde moderne, certains travaux industriels notamment, ne sont pas sans poser des questions nouvelles. Mais aucun consensus n’est intervenu pour modifier vraiment les pratiques traditionnelles.

Cette rigueur et cette unanimité, cette valeur sociale du jeûne ne contredisent pas la portée proprement ascétique et purificatrice, quasi sacrificielle, qu’aime à lui reconnaître, à la suite du Coran, la spiritualité musulmane. Sans doute les nuits de ramadan sont parfois l’occasion de réjouissances, voire de licences, dès lors qu’ont été remplies les strictes conditions du jeûne diurne. Mais les auteurs spirituels enseignent qu’il ne faut point passer tout le jour à dormir, qu’il faut rester sobre la nuit, qu’il ne faut point manger ou boire avec avidité dès le coucher du soleil, si l’on veut que le jeûne garde son vrai sens qui est de combattre les passions et de rapprocher l’âme de Dieu.

Le mois de ramadan possède en outre une valeur commémorative, puisqu’il est celui où « le Coran descendit comme direction pour les hommes » (II, 185). C’est donc bien la fête du Coran qui est célébrée au cours de ces vingt-huit ou vingt-neuf jours de jeûne, qui deviennent une longue commémoration de la « descente » du Livre. La date culminante est l’une des nuits de la dernière décade, de préférence la nuit du vingt-sixième au vingt-septième jour. C’est laylat al-qadr, « la nuit du Destin », qui est chantée par la surate XCVII et qui est une « Nuit bénie » (Coran, XLIV, 3). Les musulmans pieux la solennisent en la passant à la mosquée, et en célébrant un office où le texte coranique doit être psalmodié en son entier.

En divers autres jours de ramadan sont fêtés des anniversaires mémorables : le 6, la naissance de Husayn, petit-fils du Prophète, le martyr de Kerbela ; le 10, la mort de Khadija, première épouse de Muhammad ; le 17, la bataille victorieuse de Badr ; le 19, la prise de La Mekke par les premiers musulmans ; le 21, la mort de ‘Ali, assassiné à Kufa, et le 22, sa naissance.

Les jours et les nuits de ramadan se succèdent ainsi, voués au culte du Coran, au jeûne purificateur et à la célébration des grandes dates de l’islam naissant.

Louis GARDET

Les célébrations qui rythment la vie musulmane se répartissent suivant plusieurs cycles, journalier, hebdomadaire, annuel. Il existe aussi des célébrations exceptionnelles, comme celles qui ont été prévues pour l’an 1400 de l’hégire (1980 de notre calendrier), qui soulignent l’entrée dans un nouveau siècle. La plupart des fêtes sont déterminées par la loi religieuse, d’autres relèvent de dévotions privées, régionales ou locales.

La principale manifestation publique de la foi musulmane est l’appel à la prière ou adhan. Cinq fois par jour, du haut des minarets (ou par des haut-parleurs), la voix du muezzin retentit, proclamant à quatre reprises, puis à deux : « Dieu seul est grand » (Allahu akbar), récitant deux fois entre-temps la formule de la shahada (attestation que Dieu est unique et que Mohammad est son envoyé) et invitant de façon pressante à la prière.

La loi musulmane ne prévoit aucun jour de repos hebdomadaire, mais elle demande à tous les hommes de se libérer chaque vendredi pour assister à la prière publique de midi à la mosquée. Précédée par une récitation rituelle du Coran et un sermon, cette prière est l’occasion d’un rassemblement général des hommes, mettant en relief la fraternité, l’égalité en face de Dieu, sans prêtres ni sacrements. L’obéissance à Dieu et la reconnaissance de sa grandeur sont exprimées autant par la parole (nombreux Allahu akbar) que par les gestes (prosternations répétées). C’est l’acte du serviteur qui se présente devant son seigneur, qu’il aime servir ; c’est aussi vis-à-vis des autres un acte de solidarité. La dimension politique y apparaît par le biais de la mention, jadis du calife régnant, aujourd’hui du souverain officiel.

Des réunions plus particulières rassemblent aussi chaque semaine des membres des confréries (sans aucun caractère obligatoire), dans des mosquées ou des lieux de prière : la récitation du Coran y est suivie par la lente psalmodie, avec de longs silences, d’un poème religieux. Le rituel varie selon les groupes. Dans beaucoup d’entre eux, pendant la psalmodie, les confrères, debout sur deux ou plusieurs rangs, balancent le haut du corps en scandant leur mouvement par une invocation, la même, indéfiniment répétée, par exemple Al-lah (Dieu), hayy (vivant), howwa (lui). Mentionnons enfin les prières spéciales prévues par la loi, ou les chants du Coran lors d’un décès, d’une calamité publique, etc.

Les fêtes officielles du cycle annuel sont, chez les sunnites, les suivantes :

Le 1er moharram (premier mois de l’année). On y célèbre le souvenir de l’hégire, cet exode qui, en 622, conduisit Mohammad et ses compagnons de La Mekke à Médine, marquant une rupture dans l’histoire de la première communauté et le commencement de son orientation politique. Chômée à cause du début de l’année de l’hégire, cette fête ne comporte pas de prières rituelles obligatoires : elle est célébrée par des veillées particulières dans les mosquées. On dessine ici ou là, à cette occasion, la colombe qui fit son nid et l’araignée qui tissa sa toile à l’entrée de la caverne dans laquelle le Prophète fugitif s’était caché, l’un et l’autre ayant dérouté ainsi les poursuivants.

Le mouled en-nabi (mawlid al-nabi ; mouloud dans les dialectes maghrébins), fête de la naissance du Prophète. Cette fête, extrêmement populaire (elle est marquée par des réjouissances publiques, avec vente de douceurs pour les enfants, notamment, en Égypte, de poupées en sucre engoncées dans des robes de papier coloré), se célèbre durant les dix ou quinze soirs précédant l’anniversaire proprement dit, qui tombe le 12 rabi‘ Ier (troisième mois de l’année). Elle comporte veillées de prière, chants du Coran, réunions et cortèges de confréries avec leurs drapeaux, louanges du Prophète par des spécialistes (maddahun), célébrations et discours dans les écoles, etc. À la manière dont les médias se font l’écho de ces cérémonies qui se terminent par un jour de congé, on mesure la place capitale que tient la dévotion au Prophète dans le cœur des musulmans.

Deux autres fêtes, plus particulières, ne donnent lieu qu’à des veillées commémoratives dans les mosquées, sans congés : le 27 rajab (septième mois), où l’on évoque le voyage nocturne au cours duquel, suivant la tradition, l’ange Gabriel mena Mohammad, sur une monture ailée, de La Mekke à Jérusalem, puis de là au septième ciel (ce passage du Prophète par Jérusalem est une des raisons de l’attachement des musulmans à cette ville) ; le 15 sha‘ban (huitième mois), qui rappelle le changement de direction de la prière intervenu quelques mois après l’hégire, véritable renversement politique de la communauté (désormais, l’on priera tourné vers la Kaaba de La Mekke, et non plus vers Jérusalem, comme au temps où Mohammad espérait encore le ralliement des juifs).

Pèlerinage de La Mecque

Pèlerins accomplissant le tawaf, le tour sept fois répété de la Kaaba. L’édifice, dont l’un des angles conserve la Pierre noire, symbole d’une ancienne divinité lunaire, constitue une étape obligée du pèlerinage mecquois.

Les deux plus grandes célébrations, qui constituent les deux observances essentielles de l’islam (les quatrième et cinquième piliers), sont le ramadan et le pèlerinage de La Mekke. Elles sont l’occasion de trois ou quatre jours de congé.

Le ramadan (neuvième mois de l’année) est le mois du Coran et de l’enseignement religieux, des tarawih, ou prières spéciales à la mosquée, le soir ; le mois du jeûne envisagé comme maîtrise de soi et des passions, comme acceptation de la faim en union avec les pauvres ; le mois des relations sociales et des repas chez des parents et des amis le soir. Vers la fin du mois, on offre la zaka ou aumône de ramadan pour que tous puissent être heureux à l’occasion de cette fête. Le premier jour du dixième mois, c’est la fin ou rupture du jeûne (‘id al-fita ; au Maghreb : ‘aïd es-sghir, « petite fête « ). Tous mettent de nouveaux habits et se réjouissent. Rassemblés en quasi-totalité et tournés vers le lever du soleil (à la mosquée ou sur des esplanades en plein air), les hommes répètent des centaines de fois, en chœurs puissants, Allahu akbar, proclament l’unicité de Dieu et prient pour « monseigneur Mohammad, les compagnons de monseigneur Mohammad, les épouses de monseigneur Mohammad ». La réunion se termine par la prière de la fête après le lever du soleil. Dans beaucoup de pays, les fidèles vont visiter au cimetière les tombes de leur famille. Les prédicateurs insistent sur le pardon mutuel des torts et la réconciliation.

Le grand pèlerinage à La Mekke (ou hajj) marque surtout la vie musulmane par la fête des Sacrifices, le 10 du mois de dhul-hijja (douzième mois). Ce jour-là (‘id al-adha ; ou aïd el-kebir au Maghreb - « grande fête » - ; tabaski en Afrique occidentale ; plus justement ‘id al-qurban, « fête de l’offrande »), en union avec les sacrifices qu’offrent les pèlerins à Mina (6 à 8 km de La Mekke), des centaines de milliers d’animaux (moutons surtout) sont immolés dans tout le monde musulman et la viande est partagée en famille ou avec les pauvres. Le don que l’on fait ainsi à ces derniers remplace l’aumône de fin de ramadan. Pour le reste, la célébration se déroule de la même façon que pour la fête de la rupture du jeûne.

Ceux qui participent au pèlerinage proprement dit (leur nombre aurait largement dépassé le million depuis 1975) vivent, en ces jours-là, une célébration inoubliable. Obligatoire une fois dans la vie pour le musulman adulte qui est libre et en a les moyens, le grand pèlerinage ou hajj est le cinquième pilier de l’islam. Après avoir revêtu un habit sacré (l’ihram), le pèlerin (homme ou femme) entre dans le territoire sacré de La Mekke, interdit aux non-musulmans. L’invocation s’élève dès lors de partout : « Nous voici, ô Dieu, nous voici... », suivie d’une proclamation de l’unité et de la gloire de Dieu. Une première série de cérémonies, héritées des Arabes antéislamiques mais purifiées de tout paganisme, se déroulent individuellement : chacun fait sept fois le tour de la Kaaba (bâtie par Abraham, selon le Coran) et effectue sept courses entre deux buttes sacrées en souvenir de la course d’Agar, affolée à la perspective de mourir de soif, avec son fils Ismaël. Une seconde série de cérémonies, collectives, se déroulent à date fixe et comportent une station dans la plaine de Arafat, entourée de montagnes, à 25 km à l’est de La Mekke, le 9 dhul-hijja, de midi au coucher du soleil. C’est le grand « pardon » de tous les péchés, l’évocation du rassemblement du Jugement dernier, la prière pour tous, l’affirmation de la solidarité dans la même tenue et de l’égalité sans aucun sacerdoce. On commémore dans l’émotion la victoire de Mohammad qui, en reprenant La Mekke en 630, a ouvert aux musulmans la route du pèlerinage. Le 10, sur la voie du retour à La Mekke, s’accomplissent les sacrifices en souvenir (pour la plupart des musulmans mais pas absolument pour tous) du sacrifice d’Abraham. On jette des pierres sur des piliers qui symbolisent Satan, ces lapidations étant reprises les 11 et 12. De ce rassemblement colossal se dégagent le sens de l’universalité de l’islam et de sa force, le sens d’une présence spéciale de Dieu.

À ces grandes célébrations s’ajoutent les fêtes ou mouleds qui se déroulent auprès des mausolées des saints et qui rassemblent souvent des foules immenses venues, dans le dénuement, visiter le tombeau de serviteurs ou de servantes de Dieu : membres de la famille du Prophète (spécialement les imams du shi‘isme à Kerbela, Qom, Meched), docteurs de la loi (comme l’imam al-Shafi‘i au Caire), fondateurs de confréries (comme Abd al-Qader al-Jilani, à Bagdad).

Il convient de mentionner spécialement les célébrations shi‘ites de l’ashoura (10 du mois de moharram) qui commémorent la passion de Hosayn, le petit-fils du Prophète, massacré par le parti adverse, et qui comportent des flagellations et des jeux liturgiques s’étendant souvent sur plusieurs jours et inconnus dans les autres parties de l’islam.

On notera que la plupart des fêtes musulmanes suivent le calendrier lunaire et peuvent donc tomber à tous les moments de l’année. Seuls quelques rares mouleds sont célébrés à des dates fixes de l’année agricole, par exemple, le Sayyid Badawi à Tantah en Égypte, en octobre.

Jacques JOMIER

Fêtes musulmanes
Rites religieux 

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