Immigration.

Les Africains en France.

« Tous les étrangers ne sont pas des barbares et tous nos concitoyens ne sont pas civilisées. (La Bruyère)

Mardi 13 octobre 2009 // La France

François Mitterrand l’a prédit « La France du XXI° siècle sera africaine ». Formule provocatrice tant l’image de l’Afrique est dévalorisée aux yeux de la majorité des Français inquiets, voire totalement opposés à une immigration massive issue de ce continent. En parler, une nécessité, n’est pas sans risque tant ce phénomène, très complexe, relève d’idées toutes faites et de mythes.

Nous connaissons Jean-Paul Gourévitch depuis plusieurs années, nous approuvons sa probité intellectuelle, nous suivons avec intérêt ses travaux de spécialiste de l’Afrique et des migrations. Son dernier livre ne déroge pas à la qualité des précédents. Que se propose-t-il dans ces presque cinq cents pages fort documentées ? Est-il possible qu’une France métisse, soucieuse de ses valeurs et respectueuse des différences naturelles, puisse se constituer ? « C’est toute l’ambition de cet ouvrage qui n’entend pas donner des leçons mais mettre chacun de ses lecteurs en possession des pièces du dossier pour qu’il puisse se forger son opinion et l’étayer sur des arguments fiables. »

Préciser : Afrique et immigré, au-delà des apparences ce n’est pas si simple. Employer des mots justes : un délit n’est pas une bêtise, un refus d’accepter les règles d’une société n’est pas une incivilité... Personne n’est dupe de ce langage vertueux et ces mots matelas finissent par indisposer. Rappeler cela n’est pas joindre sa voix à l’extrême droite, bien que Julien Dray demande de transgresser les tabous. Mais à quel prix ? Combien sont-ils ? Décompter les immigrés africains est un travail très difficile tant les obstacles sont nombreux mais aussi dangereux. Ces recensements sont forcément ethniques, le mot est lâché, il a mauvaise presse, pollué par les sens que certains lui donnent aussi bien à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche car il renvoie à des connotations d’ordre biologique ou génétique.

Jean-Luc Mélenchon considère ces études comme « un enfermement dans de pseudos identités et un encouragement au racisme ». Il pratique le terrorisme à l’ethnicité. « Cependant si l’on veut combattre la discrimination à l’école, dans la recherche d’un logement ou dans le travail, défendre ou promouvoir des minorités ethniques ou simplement s’interroger sur leurs besoins spécifiques, il faut bien s’appuyer sur des informations quantitatives à caractère ethnique. » Une estimation raisonnée conduit à fixer actuellement le nombre d’immigrés tant maghrébins que subsahariens vivant en métropole à 5,8 millions. Pourquoi viennent-ils ? À la trilogie classique - migration politique, de main d’œuvre et familiale - s’ajoutent diverses causes : explosion démographique de l’Afrique, pauvreté, désertification et urbanisation démente, développement de certaines pandémies et insécurité de régions entières.

Ils sont arrivés et arrivent encore en France en raison de son passé colonial. Après-guerre l’immigration maghrébine est sollicitée. Les pouvoirs publics ne restent pas indifférents aux détresses humaines, quelques décisions généreuses sont prises tel le regroupement familial, Chirac étant Premier ministre ; puis la régularisation massive de clandestins sous Jospin, mesures qui sont de puissants appels d’air pour de nombreux migrants. En fait, aucune politique d’accueil suivi et cohérente n’est mise en place aussi bien par la droite que par la gauche. On assiste simplement à une variation erratique du droit des étrangers. L’immigré est mal reçu, mal établi, il éprouve alors un sentiment de victimisation qui renvoie au passé : nous avons été victimes de la France, au présent : nous sommes mal considérés par la société française, au futur : nous ne serons jamais à égalité des chances. L’étranger voit poindre la xénophobie qui se double de racisme anti-noir, anti-maghrébin, et par réaction anti-blanc.

Deux communautés progressivement se font face. L’une établie dans son histoire multiséculaire, l’autre qui se développe de façon anarchique dans un cadre souvent défavorable, c’est la ghettoïsation, la précarité, la formation des communautarismes. Une partie de plus en plus grande du territoire national échappe à l’autorité, de zones de non droit, il se multiplient dans les cités où se développe une importante économie informelle, source de délinquance. Le bilan est affligeant. Peut-on alors s’étonner de l’influence grandissante d’un islamisme fort peu ouvert à l’Occident, qui réussi à réislamiser une jeunesse sans repère.

Il y a quelques années nous recevions un Africain Jean-Paul Ngoupandé, ancien Premier ministre de Centrafrique, il nous disait que quelles que soient les dispositions prises, l’immigration africaine est inévitable. Jean-Paul Gourévitch le confirme. Que peut-il alors se passer.? Pour l’auteur, compte tenu de ce qu’il faut bien appeler l’échec de l’intégration, six scénarios sont possibles, lequel s’appliquera ?

Peut-être un septième inattendu ?

Les Africains en France n’est pas un livre de recettes pour préparer un avenir radieux, c’est avant tout un livre de combat contre la désinformation d’où qu’elle vienne — et il faut du courage — le non dit, le vite dit, le mal dit et le trop dit ne trouvent pas leur place dans cet excellent ouvrage.

Au lecteur - qu’y est invité - de conclure. Que la France ne renonce jamais — quelles qu’en soient les raisons — à ses grands principes : laïcité (ouverte), démocratie, lutte antiraciste, droits de l’homme et surtout de la femme trop souvent bafoués : burga, polygamie (entre 30 et 40 % des familles africaines du Val Fourré pratiquent cette horreur), mutilations sexuelles, mariages forcés. Mais aussi que la France puisse aider l’Afrique à faire en sorte qu’elle s’organise afin que ses habitants aient envie d’y rester au lieu de courir après un Occident séducteur qui se révèle trop souvent un triste miroir aux alouettes.

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