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Leçon d’intégration Lyonnaise.

Vendredi 5 novembre 2010 // La France

Leçon d'intégration Lyonnaise

Théâtre de graves émeutes dans les années 1980, Vénissieux a beaucoup fait pour ses quartiers défavorisés. Un gymnase à proximité du stade de Vénissieux, une banlieue aux portes de Lyon. Le chorégraphe Fred Bendongué est entouré de jeunes femmes dont le visage révèle les origines nord-africaines. Il veut plus d’énergie, insiste-t-il. Les danseuses acquiescent d’un hochement de tête. Elles se déplacent tout d’un coup en tous sens, dansent anarchiquement en slalomant, elles crient, protestent, rient, hurlent : "Mangez la vie !"Des mégaphones diffusent des rythmes africains aux accents de carnaval. Les danseuses se rangent sur deux files, elles prennent possession de la rue, le cirque devient manifestation. « Les gens ne se laissent plus opprimer, c’est ça que je veux montrer ; explique Fred Bendongué. Parler debout est le titre de son spectacle. En septembre, il a été présenté à la Biennale de la danse de Lyon, le festival de danse le plus renommé de France.

Si Nicolas Sarkozy ne cite plus Lyon lorsqu’il déclare la guerre à l’insécurité, cela tient non seulement à des artistes comme Fred Bendongué, mais aussi à une politique d’urbanisation modérée et durable. Dans les années 1990, de nombreuses HLM ont été détruites, et leurs occupants défavorisés relogés dans des quartiers moins malfamés, dans le but de renforcer la mixité sociale. Le centre-ville de Lyon et les villes périphériques ont été reliés : Aujourd’hui, Vénissieux est desservi par le métro et le tram. C’est là que Fred Bendongué a grandi, dans une tour. Il est métis : son père est camerounais, sa mère française. La plupart du temps, il traînait au bas des immeubles, en s’essayant à la breakdance et à l’hip-hop. Il débordait de colère et de talent, se souvient le chorégraphe Marcel Notargiacomo. Cet homme sec aux cheveux grisonnants et venus jeter un coup d’œil au travail de son ancien élève.

En 1984, Marcel Notargiacomo a fondé Traction Avant, une compagnie de danse à vocation sociale. C’était sa manière à lui de réagir aux troubles qui avaient éclaté dans la cité des Minguettes à Vénissieux et dans d’autres banlieues lyonnaises. A l’époque, plus de 200 voitures avaient brûlé. Jamais auparavant des affrontements aussi brutaux n’avaient opposé les jeunes aux forces de l’ordre. Le torride été 1981 avait montré pour la première fois que la nation française avait abandonné une partie de ses citoyens. Les lois sur l’immigration étaient devenues plus répressives ;les jeunes Maghrébins des cités-dortoirs se trouvaient de plus en plus régulièrement victimes de violences ; Les peines sanctionnant les meurtres commis pour des motifs racistes étaient souvent insignifiantes.

Un mur en béton, ça se peint

Et Fred Bendongué dansait. Il progressait. Il maîtrisait plusieurs danses africaines, la rumba congolaise. Il est allé à Sào Paulo, puis, au milieu des années 1990, il a fondé sa compagnie. Il est le premier chorégraphe français à avoir reçu une Bessie Award prix américain de danse contemporaine. Il a réussi à sortir de sa cité, puis il y est retourné. Pour travailler avec ceux qui ne sont visibles que, lorsqu’on parle de burqa, de vols ou d’intégration ratée. Nous ne pouvons pas proposer aux gens des emplois ou des formations. Mais nous pouvons leur montrer qu’il est possible d’être pris au sérieux comme personne et comme artiste, explique-t-il. Halim Bensaïd voit les choses de la même façon. Son père, un immigré algérien, distribuait le courrier dans la banlieue lyonnaise ; sa mère cousait des vêtements pour des femmes algériennes.

Au Mexique, il a découvert les fresques populaires des muralistes. « Je voulais rapporter ce style à Lyon », explique-t-il, mais l’espace public était très réglementé. Les seuls endroits où il était possible de créer quelque chose, c’étaient justement les quartiers difficiles. Il a fondé sa coopérative en 1978, et l’a baptisée Cité Création. Puis il est entré en contact avec des habitants de la cité Tony-Garnier, dans le quartier des Etats-Unis VIII° arrondissement de Lyon. Là, entre 1919 et 1933, Tony Garnier, architecte et urbaniste visionnaire lyonnais, a bâti 49 immeubles de logements sociaux qui, à ses yeux, composaient une cité idéale.

Je marche, moi non plus

Dans les années 1980, le quartier menaçait de s’effondrer. Ceux qui le pouvaient partaient. Halim Bensaïdet quelques camarades ont décidé de créer de grandes peintures sur les murs aveugles des immeubles. En 1988, ils ont réuni les résidents du quartier : serveurs, conducteurs, chauffeurs de taxi, vendeurs, chômeurs, migrants. L’intérêt d’un mur en béton, c’est qu’on peut le peindre a déclaré Halim Bensaïd. Aujourd’hui, lorsqu’on visite le quartier, on se promène à travers un musée en plein air ; le Musée urbain Tony-Garnier rassemblant vingt-quatre peintures murales colorées. Un an après la fin des travaux, quelques magasins et boutiques ont ouvert et, peu à peu, une petite économie a été mise sur pied. Depuis, personne ne veut partir d’ici, témoigne une résidente qui vit depuis quarante ans dans le quartier lequel, en 1991,a reçu le label de la Décennie mondiale pour le développement culturel de l’UNESCO.

Lyon est aujourd’hui une métropole exemplaire. La ville est devenue un modèle d’intégration sociale. Près de trente ans après les violentes émeutes, de nouveaux bâtiments ont poussé aux abords du Rhône et de la Saône. Ici, la proportion de logements sociaux est supérieure aux 20% imposés par la loi. Les résultats au baccalauréat comptent parmi les meilleurs de l’Hexagone. Et pourtant, on en revient toujours aux mêmes problèmes, notamment à ceux des réfugiés.

Je marche, moi non plus, tel est le titre du spectacle d’une jeune chorégraphe issue de l’immigration, qui a été également présenté à la Biennale de la danse. C’est un hommage aux grandes marches historiques, celles de Martin Luther King ou du Mahatma Gandhi, ou encore à la marche des Beurs, explique sa conceptrice, Habiba Zaouali-Cherguy. Elle aussi agrandi dans la banlieue lyonnaise. Elle a été chargée par la municipalité de Villeurbanne de faire participer des réfugiés et des migrants à ses projets. En 1983, après de nouvelles émeutes, des immigrés d’origine maghrébine ont entrepris une marche de six semaines ; ils sont partis de Marseille pour se rendre à Paris. Au début, ils étaient 20, à la fin, ils étaient 80 000. Dans la capitale, ils ont même été reçus par le président de la République, François Mitterrand. Malheureusement, la jeune génération ne sait quasiment plus rien de tout ça, regrette Habiba Zaouali-Cherguy.

 Une femme noire rondelette en tee-shirt rouge se tient à côté d’elle. Elle est arrivée à Lyon il y a un an ; elle vient de Kinshasa. Au Congo, elle s’est engagée pour les droits des femmes, mais elle a été trahie. Elle ne veut pas donner son nom, et a toujours peur qu’on la retrouve. Lorsqu’elle danse, confie-t-elle, elle est dans son élément et, pendant quelques instants, elle parvient à tout oublier comme les autres ici. Elle est à sa place, dans une ville qui ne s’arrête pas à ses frontières, mais qui souhaite les estomper, et qui se bat pour tous ses habitants, chaque jour.

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