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Le yuan n’est pas près de détrôner le dollar.

Lundi 3 août 2009 // Le Monde

Les pays émergents, Chine en tête, contestent la suprématie de la devise américaine. Mais, tant que Pékin ne laissera pas sa monnaie s’apprécier, le billet vert dominera les échanges mondiaux.

Les Chinois ont coutume d’appeler le dollar mei jin, « or américain ». En acheter au marché noir est considéré comme le meilleur moyen de protéger ses économies. Mais en juin, quand le ministre des Finances américain Timothy Geithner a affirmé devant des étudiants de l’université de Pékin que les avoirs chinois en bon du Trésor américain étaient sûrs, l’assistance a éclaté de rire. La foi dans le billet vert s’émousse.

En juillet, la Chine, l’Inde et la Russie ont plaidé pour la fin de sa domination dans le système monétaire international. Dans ce débat, la voix de Pékin pèse particulièrement lourd. Le dollar représente 65 % des réserves de change mondiales, et les trois quarts de ces réserves sont entre les mains de pays émergents. À elle seule, la Chine en détient le tiers.

Dans ces conditions, Pékin a de bonnes raisons de craindre que Washington, en faisant marcher allègrement la planche à billets pour combattre la crise financière, ne finisse par saper la valeur de son magot. L’État aimerait diversifier ses avoirs, mais toute tentative de se débarrasser de son stock de dollars risquerait de provoquer une dégringolade de la monnaie américaine. C’est pourquoi il explore deux pistes pour se sortir du « piège du dollar » : persuader la planète d’adopter une nouvelle devise mondiale et encourager l’utilisation internationale du yuan.

En mars, Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la Banque populaire de Chine, la banque centrale du pays, a affirmé qu’un système financier international fondé sur une monnaie nationale ne pouvait qu’accentuer les déséquilibres mondiaux. Le statut de monnaie de réserve du dollar a permis aux Etats-Unis d’emprunter à bon compte, retardant l’explosion des bulles du crédit et de l’immobilier. M. Zhou propose de s’appuyer plutôt sur les droits de tirage spéciaux (DTS), créés par le Fonds monétaire international (FMI) en 1969 et aujourd’hui basés sur la moyenne pondérée du dollar, de l’euro, du yen et de la livre sterling.

Destiné à servir de monnaie de réserve, cet instrument n’a jamais décollé.

Selon le raisonnement de M. Zhou, le volume de DTS augmenterait massivement et le panier de référence des DTS serait élargi à d’autres devises, notamment le yuan. Zhou plaide également pour la création d’un fonds libellé en DTS, géré par le FMI, dans lequel les réserves en dollars pourraient être échangées contre des DTS. Les États pourraient ainsi réduire leur exposition au billet vert sans provoquer sa chute (reste à savoir qui supporterait les éventuelles pertes de change).

Le Brésil, l’Inde et la Russie soutiennent cette proposition. Pour autant, les DTS ne sont pas près de devenir une monnaie de réserve. Il faudrait des années pour développer des marchés suffisamment liquides. Même si, le 1er juillet, le conseil d’administration du FMI, en quête de nouvelles ressources, a approuvé, pour la première fois de son histoire, l’émission d’obligations en DTS, celles-ci ne pourront être achetées et échangées que par des banques centrales, à l’exclusion de tout investisseur privé.

L’autre stratagème chinois consiste à promouvoir l’utilisation du yuan dans la finance internationales. Depuis installées dans cinq villes chinoises, sont autorisées à commercer en yuans avec Hong Kong, Macao et les États membres de l’association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). Les banques étrangères pourront acheter ou emprunter des yuans auprès d’établissements de Chine continentale pour financer ces opérations. En juin, Moscou et Pékin sont convenus d’employer davantage leurs monnaies nationales dans leurs échanges bilatéraux. La Chine et le Brésil ont engagé des discussions dans le même sens.

PÉKIN DEVRAIT ASSOUPLIR LE CONTRÔLE DES CAPITAUX.

La banque centrale chinoise a également conclu des accords d’échange de devises avec l’Argentine, la Biélorussie, Hong Kong, l’Indonésie, la Malaisie et la Corée du Sud. En cas de besoin, elle mettra à la disposition de ses partenaires les yuans nécessaires au paiement de leurs importations. Par ailleurs, les banques de Hong Kong ont désormais le droit d’émettre des obligations en yuans, ce qui représente un pas de plus vers la mise en place d’un marché international pour cette monnaie.

D’ici à 2012, prédit la banque HSBC, l’équivalent de 2 000 milliards de dollars d’échanges commerciaux (soit 40 % des échanges de la Chine) seront réglés chaque année en yuans, ce qui en fera l’une des trois premières devises du commerce international. D’aucuns jugent cette prévision trop optimiste. Car, si les entreprises chinoises ne demandent qu’à établir leurs factures dans leur monnaie nationale, leurs, partenaires sont moins enthousiastes. Il n’existe pas vraiment de marché à terme pour le yuan, ce qui rend difficile la couverture du risque, et cette devise n’est pas acceptée par la plupart des pays. L’utilisation du yuan va certes se développer dans les dix années à venir, estime Arthur Kroeber, du cabinet de conseil Dragonomics de Pékin, mais il est ridicule d’affirmer qu’il accédera au statut de monnaie de réserve dans un avenir proche : il n’est même pas totalement convertible. Il faudrait, pour commencer, que les autorités assouplissent le contrôle des capitaux afin que les étrangers puissent investir dans des actifs en yuans, puis rapatrier à leur guise capitaux et revenus. Et, même à supposer qu’elles le fassent immédiatement, le yuan ne serait probablement pas en mesure de contester la suprématie du dollar avant longtemps. Il a fallu attendre un demi-siècle après que l’économie américaine eut supplanté celle du Royaume-Uni pour que le billet vert évince finalement la livre. Or le PIB américain est environ trois fois supérieur à celui de la Chine.

Contrairement à ce que pourrait laisser croire la stratégie chinoise, le problème de Pékin n’est pas simplement la part excessive du dollar dans ses réserves ; c’est surtout l’excédent de ses paiements courants. [La balance des paiements courants mesure la différence entre les dépenses et les revenus, et donc les besoins ou capacités de financement. Le taux de change est l’une des variables d’ajustement.] Pour maintenir l’alignement du yuan sur le billet vert [le yuan est indexé sur un panier de monnaies dans lequel le dollar est très majoritaire], Pékin est obligé d’acheter toujours plus d’actifs en dollars. Si le pays veut vraiment réduire son exposition à la monnaie américaine, il doit laisser la sienne s’apprécier. Ses réserves actuelles en pâtiraient, mais il limiterait les pertes à venir. Tant que la Chine ne modifiera pas sa politique de taux de change, elle perpétuera la domination du dollar.

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