Le vrai visage de Staline.

Mardi 30 octobre 2007, par Paul Vaurs // L’Histoire

« J’ai peur que nous ayons tué le mauvais cochon. » En parlant de Hitler, Churchill pensait à Staline. Cinquante-quatre ans après la mort de Iossif Visssarionovitch Djougachvili, alias Staline, « l’homme d’acier », son fantôme plane toujours sur l’actualité. Pas seulement parce que la Russie s’apprête à célébrer, dans quelques semaines, les 90 ans de la révolution d’Octobre. Mais aussi en raison d’une exploitation politique sournoise alors que se profilent d’importantes élections : en Ukraine le 30 septembre et en Russie le 3 décembre. Sans parler de l’échéance présidentielle russe, prévue pour le mois de mars 2008. Signe d’un sursaut farouche, le culte du dictateur connaît un regain alors même que l’année 2007 marque le 70e anniversaire de la directive « Prikaz 00447 », qui ordonnait les répressions de masse de 1937. Semblant oublier le mal considérable que Staline fit à tout un peuple, Moscou en use comme d’un viatique. Recette classique, déjà prisée par Staline. Et pourtant, qui peut honnêtement ignorer que le séminariste géorgien devenu le « petit père des peuples » à la force du poignet fut un criminel sanguinaire, un paranoïaque délirant, un pervers hors du commun ?

De sa jeunesse tumultueuse il tire une énergie incroyable, qui lui permet d’entrer au Politburo en 1917 et de devenir commissaire du peuple aux nationalités. Lénine le trouve « merveilleux » ! Quelques années après, il dira : « Staline est trop brutal. » Trop tard. Le féroce bureaucrate évince le cruel Trotski (ce qui suffira à héroïser – à tort- ce dernier), élimine l’opposition de gauche, et aussi celle de droite. En 1929, pour l’anniversaire de se 50 ans, il règne en maître. C’est le début du culte de la personnalité, l’arbitraire absolu, la collectivisation forcée des terres, la chasse aux koulaks, soit la dernière guerre paysanne d’Europe : plus de 5 millions de morts et un exode rural de 25 millions de personnes. Viennent ensuite les grands travaux, le stakhanovisme, la vodka en vente libre et l’abaissement de l’âge plancher pour la condamnation à mort à 12 ans. La violence d’Etat culmine ; la plupart des intellectuels occidentaux n’en font aucun cas. Roulé par Hitler à l’occasion du pacte germano-soviétique, Staline est paralysé par l’invasion allemande. Il se révèle pitoyable comme chef militaire, mais, au prix de pertes humaines colossales, il remporte la victoire décisive de Stalingrad, en 1943. Il déporte dix peuples entiers de l’URSS, fait tomber un rideau de fer sur l’est de l’Europe, triomphe à Yalta et impose la guerre froide, dont nous sommes sortis à la fin des années 1980. Il y a vingt ans déjà.

Mais la main de Staline est toujours là.

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