Le va-tout de Ségolène Royal.

Lundi 22 mars 2010 // La France

L’avenir présidentiel de Ségolène Royal passe par sa réélection à la tête de la région Poitou-Charentes. En mal de soutien politique, elle inscrit son agitation, et non son action, dans le champ médiatique. Une stratégie utile et efficace ?

ÊTRE RÉÉLUE à tout prix. Tel est l’objectif que Ségolène Royal s’est fixé. Conserver son fief local, lui permettrait de détenir la légitimité suffisante pour briguer une nouvelle fois la candidature à la présidentielle de 2012. Une défaite, sans signer la fin de sa carrière, entamerait considérablement son crédit politique. En effet, elle ne dispose plus que de son mandat de présidente de la région Poitou-Charentes pour faire entendre sa voix. Seulement, « l’illuminée du Poitou », ainsi que la qualifient ses adversaires, se sent aujourd’hui isolée. Elle sait ne pouvoir compter que sur une poignée de fidèles.

CLOUÉE AU PILORI

Car, depuis 2007, ils sont nombreux à avoir pris des distances avec l’ancienne compagne de François Hollande : Arnaud Montebourg, Manuel Valls, Aurélie Filippetti, David Assouline, l’avocat Jean-Pierre Mignard, Dominique Besnehard... Après son coup d’éclat à Dijon où elle s’est incrustée, au mépris de toutes les règles de bienséance politique, elle a été purement et simplement flinguée par Vincent Peillon puis lâchée par Pierre Bergé. Le premier l’a proprement clouée au pilori : « Royal ne pourra pas nous faire gagner en 2012. Elle s’est disqualifiée », a-t-il souligné. Quant au second, il est resté étrangement sibyllin : « Elle est là, c’est bien. Elle n’est pas là, c’est pareil. Moi, je suis venu pour Peillon. » Le patron de la Fondation Yves Saint-Laurent a refusé de financer les 42 000 euros de la conception, peu esthétique à son goût, du site Désirs d’Avenir. Il faut dire qu’il continue à prendre en charge le loyer des locaux de Ségolène Royal à Paris : 8 000 euros par mois jusqu’au printemps 2011 ! Trop c’est trop ? Décriée au plan national, Ségolène Royal est aussi chahutée au plan local. Elle est lâchée par le PCF et les Verts qui ne lui ont pas renouvelé sa confiance pour l’échéance de mars prochain. Les premiers estiment ne plus rien à voir avec elle parce qu’elle « brouille les repères entre la gauche et la droite » quand les seconds ont rejeté de faire liste commune « parce qu’elle est restée dans la logique productiviste ». Perte sèche : près de 15% des voix. Aux abois, elle cherche maintenant des appuis auprès du MoDem lui aussi en manque de tribune. Mais, peut-être plus finaud qu’on ne le pense, François Bayrou a rejeté l’alliance. Au moins pour le premier tour, celui-ci devant s’inscrire dans une logique « pluraliste ». Ce qui n’interdit rien pour le second et lui laisse un (maigre) espoir.

« JEANNE D’ARC »

Reste que la stratégie de « dépassement » de Ségolène Royal reste difficilement compréhensible. Pour sauver sa légitimité politique et pour masquer ses carences, elle s’agite, s’excite, verse dans l’affichage et l’excessif faisant du battage médiatique un principe de gouvernement. Son chèque contraception ? Il est, au mieux, considéré comme une manière de se substituer au planning familial au pire comme une incitation à la débauche. Dans les deux cas, elle se met de nombreuses personnes à dos. Après le lycée écolo et les panneaux solaires, la présidente de la région Poitou-Charentes a lancé le « bonus vert ». Soit un chèque de 40 à 60 euros pour l’achat d’appareils électroménagers économes en énergie. Sans grand succès. Elle essaie également de récupérer d’une main ce qu’elle prend de l’autre. Est-ce un hasard si elle tente de vendre un bien immobilier d’une valeur équivalente au financement direct que la région a accordé, pour 5,4 millions d’euros au constructeur/carrossier Heuliez en entrant directement dans son capital, et le tout avant la date fatidique du 15 février, régionales obligent ? Pour Ségolène Royal, « Heuliez est sauvé ». « Elle se prend pour Jeanne d’Arc », a riposté l’UMP. La multiplication de ses apparitions médiatiques et ses déclarations excessives semblent résonner comme le chant du cygne. Or, « tout ce qui est excessif est insignifiant » disait Talleyrand... Il n’est donc pas sûr que la stratégie de Ségolène Royal soit réellement payante, à court ou long terme.

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