Cher(e)s ami(e)s internautes.

Merci pour votre fidélité ; les écrits quotidiens seront absents tout le mois de septembre. Vous pouvez cependant parcourir tous les dossiers créés depuis plus de 10 ans et qui figurent sur le site.

Dés le mois d’octobre il vous sera proposé un mensuel auquel vous pourrez participer en me faisant parvenir votre perception des affaires politiques, familiales, sportives ou autres.

Rien ne sera censuré, hormis des articles injurieux et calomnieux.

Je suis attaché aux valeurs chrétiennes, aux valeurs dites républicaines et à une monarchie parlementaire.

Vous pouvez nous contacter en cliquant sur ce lien >>

Le tonneau des Danaïdes.

Jeudi 25 mars 2010 // Le Monde

La sourde inquiétude qui a gagné ces derniers temps les marchés financiers mondiaux, démontre à l’évidence que, de l’Acropole au Capitole, les investisseurs sont tétanisés par la montée des risques.

Comment s’en étonner, alors que ce ne sont pas moins de 4000 milliards de dollars qui ont été injectés en peu de temps dans le circuit économique mondial sous forme de plan de relance, ce qui a eu pour effet de substituer un abyssal endettement public à un catastrophique endettement privé ? Les marchés, auprès desquels les États ont emprunté, présentent aujourd’hui l’addition. Et ils commencent à le faire auprès des pays les plus fragiles : la Grèce, l’Espagne, le Portugal - demain la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis ?

Avec cette circonstance aggravante que les fameux hedge funds - 1600 milliards de dollars d’actifs sous gestion - amoindris par la crise financière et n’ayant pas retrouvé leur puissance d’antan, en jouent d’autant plus les trublions sur les marchés en spéculant sur les emprunts d’État grecs, espagnols ou portugais, à travers eux sur l’euro.

De manière générale, les marchés, devenus craintifs à l’égard des dettes souveraines, préfèrent dorénavant souscrire à des emprunts d’entreprises gérées convenablement plutôt qu’aux bons du Trésor d’États prodigues.

Et il ne sert à rien de stigmatiser la « dictature des marchés » et de vouer les spéculateurs aux gémonies. L’unique critère en la matière, c’est la confiance. Ce qui impliquerait que les débiteurs jouent franc jeu et mettent à profit l’embellie économique pour réduire les dépenses publiques et combler les déficits galopants créés par la crise. On ne saurait se passer des marchés puisqu’ils sont le seul endroit où les États, les entreprises et les banques peuvent se procurer des capitaux. Il faut donc bien en passer par là en respectant la loi d’airain du genre.

En attendant, le taux d’endettement public des vingt principaux pays développés a bondi de 25 points de PIB en moyenne pendant la crise. Ce qui représente une hausse de plus de 50 % du volume de la dette. Si bien que, si tous les États ne sont pas soupçonnés de faire faillite, aucun n’est épargné. Au final, l’arbitrage, classique, entre le contribuable et l’épargnant, les salariés et les fonds de pension qui détiennent la majorité des titres financiers dans le monde, n’a jamais été aussi délicat : la tâche des responsables de la politique économique n’en est que plus ardue.

Quant à la France, la conférence sur le déficit, convoquée à l’Élysée par le chef de l’État, Nicolas Sarkozy, a au moins eu pour mérite de souligner les faiblesses structurelles qui plombent nos dépenses. Il aurait été souhaitable en la matière que s’établissent un diagnostic partagé et un consensus au-delà des clivages partisans. Fidèle à son irréalisme démagogique habituel, la gauche, qui dirige régions et départements où le taux de progression des dépenses est le plus élevé, n’a même pas daigné se déplacer. Bel exemple d’incivisme et d’irresponsabilité !

Car, enfin, ce qui explique notre déficit chronique - le dernier excédent remonte à 1980 -, c’est bien ce talon d’Achille français de l’envolée des dépenses publiques. Avec un déficit public passé de 3,4 % à près de 8,2 % du PIB entre 2008 et 2009. Chaque Français se voyant d’ores et déjà condamné à rembourser 23 000 euros d’emprunts d’État. Certes, le gouvernement Fillon n’est pas resté inactif et poursuit la nécessaire réforme de l’Etat, en réduisant ses effectifs et le périmètre de ses interventions. Si le chef de l’Etat entend respecter toutefois sa promesse de ne pas augmenter les impôts, ne faudra-t-il pas à terme convertir la France à la rigueur, mot encore tabou, qu’aucun ministre n’ose utiliser ?

Réduire les déficits en augmentant brutalement le taux des prélèvements obligatoires provoquerait une récession. Alors, comment stabiliser l’endettement public en maîtrisant les dépenses, et ce sans dommages sur la croissance ? La France n’a pas su faire les réformes avant la crise. Elle va le payer après. Si la spéculation contre l’euro se poursuit, que se passe-t-il ?

Il n’est pas douteux qu’une heure de vérité va sonner. Tout n’est pas perdu. Le pessimisme français, le manque de confiance en l’avenir, distillés par trop d’esprits faux et chagrins, constituent pour notre pays - qui détient le taux d’épargne le plus élevé du monde - un handicap certain. La sous-culture française en matière d’économie de marché et la crainte face à l’investissement sont tout aussi nocives que cet État français dispendieux peu soucieux de rendre des comptes et de faire preuve de sa valeur ajoutée. Il est des leçons politiques qui vont s’imposer d’elles-mêmes.

Répondre à cet article