Le sacrifice de nos soldats.

Dimanche 14 septembre 2008, par Gérard Lecler // La France

Dix jeunes soldats tués en Afghanistan, après avoir été pris dans un piège redoutable, la nouvelle ne pouvait que bouleverser l’opinion française en cette fin d’été. Les images ont forcément marqué les esprits : Nicolas Sarkozy rejoignant sur le champ notre armée éprouvée, la poignante cérémonie aux Invalides, Mgr Patrick Le Gal accueillant dans la cathédrale Saint-Louis des Invalides les familles autour des dix cercueils. Alexis Breizet a très justement souligné pourquoi ce drame national constituait pour Nicolas Sarkozy « la véritable entrée dans sa mission de chef d’État qui implique la direction des Armées et la responsabilité suprême qui suppose d’envoyer à la mort des jeunes gens d’à peine vingt ans » (Figaro Magazine, 30 août).

Car la politique, ce n’est pas seulement la griserie des victoires électorales, la captation habile des moyens de communication ou même la difficile conduite de l’économie en période de récession internationale. C’est la direction d’un pays dans les incertitudes d’un monde violent, où la France a des engagements extra européens. Nous voilà bien hors de la mythologie de la fin de l’histoire. La paix universelle demeure un rêve lointain, et bien des conflits possibles nous menacent. On l’a bien vu aussi ces dernières semaines avec l’intervention Russe en Géorgie, qui signifie le retour offensif de la Russie post soviétique sur des zones d’influence qu’elle n’acceptera jamais de céder à la puissance américaine agissant à travers cet instrument que constitue l’OTAN. La situation critique qui est celle des forces alliées en Afghanistan montre à quel point il faut se déprendre de tout optimisme pour l’avenir proche. Depuis des mois, les troupes américaines, notamment, sont défiées par une rébellion inférieure en arme et en logistique mais ne cessant de regagner du terrain.

La France, qui se veut solidaire de la lutte contre les Talibans et le terrorisme international, se trouve ainsi entraînée dans un combat incertain. C’est à un tel point que nos responsables militaires se sont montrés très réticents lorsque le président a voulu amplifier notre puissance auprès des Américains. L’opinion afghane se détourne des alliés au fur et à mesure qu’elle voit des militaires passer dans ses villages, sans résultat tangible depuis 7 ans. Les soviétiques s’étaient déjà cassés les dents dans la dernière de leur guerre au sein de ce pays hostile. Le sacrifice de nos soldats exige un réexamen de notre stratégie afghane avec nos alliés. Nous ne pouvons nous enfermer dans une impasse toujours plus coûteuse en vies humaines et en désillusion dangereuse pour le moral de nos Armées.

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