Le projet d’Angela.

Dimanche 13 mars 2011 // L’Europe

Le « pacte de convergence » qui pourrait être adopté en mars est l’œuvre de la chancelière allemande. Il aura de lourdes conséquences sur la vie quotidienne des citoyens européens.

Le projet était étudié depuis plusieurs semaines et Angela Merkel en avait indiqué la logique lors du forum annuel de Davos où les responsables politiques, économiques et financiers discutent loin des caméras. Ainsi, les représentants des grandes banques européennes et américaines, discrètement réunis, étaient d’accord pour estimer qu’un rebondissement de la crise financière commencée aux Etats-Unis en 2008 était inévitable.

Cette crainte est la toile de fond qui permet de comprendre les déclarations publiques de dirigeants inquiets. Le thème officiel est celui d’une sortie de crise facilitée par la mise en place en 2013, d’un système permanent d’aide financière aux Etats trop endettés. Mais les ressources mobilisées ne seront pas suffisantes pour éviter que plusieurs Etats fragiles (Grèce, Portugal, Espagne, Italie) fassent défaut sur leur dette. Il faut donc apaiser les spéculateurs (qui font monter les taux d’intérêt) par l’annonce d’un durcissement de l’austérité dans toute la zone euro. Cela implique l’harmonisation des politiques économiques et sociales dans - un sens compréhensible par les agences de notation qui, en baissant la note de certains Etats, inquiètent ou affolent les spéculateurs.

Tel est le sens de la phrase lancée par Angela Merkel à Davos : « Vous ne pouvez avoir une monnaie unique et des systèmes sociaux complètement divergents ». La France a immédiatement soutenu le « pacte de compétitivité » présenté par Berlin au sommet européen du 4 février.

Ce pacte est maintenant « de convergence », mais l’intention n’a pas changé : réduire les dépenses publiques. Comment ?

Les Etats de la zone euro inscriront dans leur constitution le principe de l’équilibre budgétaire, fixeront à 67 ans l’âge de la retraite, rendront le travail plus flexible, adopteront une imposition commune (la plus basse possible) pour les sociétés... C’est à ces conditions, dit-on, que la crise de la dette souveraine sera résolue, que les spéculateurs seront découragés et que, si un malheur avive malgré tout, le mécanisme européen de solidarité financière pourra jouer.

Les partenaires de l’Allemagne semblent se résigner à ce plan de sauvetage puisque l’Espagne et le Danemark annoncent leur intention d’imiter l’Allemagne pour la retraite à 67 ans. A l’Élysée on se souvient cependant des manifestations contre la retraite à 62 ans et l’on envisage avec inquiétude l’annonce d’un nouvel allongement de la durée du travail mais le principe d’équilibre budgétaire devrait être inscrit dans la Constitution.

Allons-nous vers une sortie de crise caractérisée par un renforcement de la solidarité européenne ? Rien n’est moins sûr. Le plan de Berlin fait l’impasse sur le risque de récession puisque les Etats investiront moins tandis que les consommateurs freineront leurs dépenses d’autant plus que les taux de chômage restent inquiétants. Par ailleurs, il n’est pas sûr que le « plan de convergence » présenté au Conseil européen de mars prochain soit adopté selon toutes les exigences allemandes : la Belgique ne veut pas abolir le principe de l’indexation des salaires sur les prix, l’Irlande veut conserver le contrôle de son mode d’imposition des sociétés très attractif la Pologne s’indigne de l’autoritarisme franco-allemand, etc.

Enfin, on peut à nouveau se demander comment les pays déficitaires résorberont leur endettement, qui tient pour une bonne part aux conditions générales de la concurrence et au taux de change de l’euro.

Répondre à cet article