Le président des riches.

Jeudi 24 février 2011 // Le Monde

La guerre des classes fait rage : depuis son élection et tout au long de la bataille sur les retraites, Nicolas Sarkozy a agi comme chef d’une classe mobilisée pour assurer sa propre domination. Dans l’affaire, le supposé président n’est que le fondé de pouvoir de l’oligarchie.

Dans un livre qui a connu un succès immédiat, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot replacent le Président des riches dans la logique d’un système qui est à détruire. Mais comment ?

Chère Monique, cher Michel : Eh bien ! C’est fait : voici Nicolas Sarkozy habillé pour l’hiver -le long hiver d’un homme qui avait réussi à bluffer une partie du pays et qui se trouve rejeté par une très large majorité de citoyens. Il a voulu se placer en permanence sur le devant de la scène. Il est devenu la cible de millions de manifestants qui le conspuent parce qu’il est depuis son élection le président des riches, tel que vous le désignez dans votre livre.

Je ne reprendrai pas les discours et les actes de l’autocrate, ni les lois qu’il a dictées sous l’influence de ses ans et commanditaires : je renvoie nos lecteurs aux relevés minutieux, aux explications pertinentes que vous avez consignés jour après jour. Chacun pourra utilement se rafraîchir la mémoire et compléter son information sur le bouclier fiscal, les charmes de Neuilly, le réseau des amis (fonctions, propriétés, loisirs, jetons de présence), l’installation du tout-à-l’égout dans la fameuse villa du Cap Nègre et sur bien d’autres détails d’une vie privée insolemment mêlée à l’exercice de la plus haute fonction politique.

Misère de la communication : ce spectacle complaisamment orchestré a vite cessé d’attirer les foules. L’antisarkozysme est devenu une passion nationale clairement exprimé par des millions de manifestants en septembre et en octobre. Mais I’éviction du supposé président en 2012 ne saurait résoudre le problème politique français : telle est bien votre conviction, et la nôtre. Nicolas Sarkozy n’est qu’un cas, outrageusement significatif, que vous avez rencontré au cours de cette enquête sur l’oligarchie qui est la raison de votre livre.

À la Nouvelle Action Démocratique et Royale, cela fait bien des années que nous utilisons le concept d’oligarchie, aussi vieux que la philosophie politique, pour qualifier le groupe qui a usurpé la réalité du pouvoir. Nous sommes heureux d’en retrouver une définition précise dans votre livre : « Lorsque tous les pouvoirs sont entre les mains de personnes qui entretiennent des liens étroits et forment un groupe de fait on peut parler d’oligarchie. La politique, les entreprises, la finance, les médias, le marché de l’art sont contrôlés par des agents sociaux qui se connaissent et se reconnaissent, au sens où ils se cooptent mutuellement dans les instances où ils se retrouvent. » Pour se convaincre de la réalité de l’oligarchie, il suffit de consulter la liste des invités aux dîners d’Anne Méaux, conseillère en communication, les fonctions exercées par Michel Pébereau, président de BNP Paribas, le rôle de Stéphane Fouks, président exécutif d’Euro RSCG Worldwide, classé à gauche et de tant d’autres personnages plus ou moins connus.

L’oligarchie est aujourd’hui la seule classe sociale effectivement mobilisée pour la défense de ses intérêts, qui sont tout à fait compatibles avec l’idéologie ultra-libérale : « ses membres peuvent vivre et agir quasi instinctivement dans la mesure où leur représentation du monde est adaptée à leur position : le libéralisme et son adoration pour la concurrence et la lutte de tous contre tous est une idéologie plus pratique que théorique... ». L’efficacité de l’oligarchie est d’autant plus redoutable qu’elle réunit toute la droite et une grande partie des dirigeants de gauche : Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius, Martine Aubry, Jacques Attali sont du même monde que François Pinault et Vincent Bolloré.

En adoptant une attitude décomplexée, Nicolas Sarkozy a révélé et glorifié des relations qui restaient discrètes au temps de Jacques Chirac. Mais les provocations et les échecs du supposé président peuvent conduire l’oligarchie à choisir un autre fondé de pouvoir : un Fillon peut faire l’affaire, mais aussi un dirigeant socialiste : n’oublions pas que ce sont des socialistes qui ont nationalisé le système bancaire dans les années 1980 et d’autres socialistes qui l’ont reprivatisé quelques temps après. »

Il y a, chère Monique, cher Michel, plein accord sur le constat. Ce qui n’a, pour nous, rien d’une évidence ! Dans les années soixante-dix, les conflits sociaux

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