Cher(e)s ami(e)s internautes.

Merci pour votre fidélité ; les écrits quotidiens seront absents tout le mois de septembre. Vous pouvez cependant parcourir tous les dossiers créés depuis plus de 10 ans et qui figurent sur le site.

Dés le mois d’octobre il vous sera proposé un mensuel auquel vous pourrez participer en me faisant parvenir votre perception des affaires politiques, familiales, sportives ou autres.

Rien ne sera censuré, hormis des articles injurieux et calomnieux.

Je suis attaché aux valeurs chrétiennes, aux valeurs dites républicaines et à une monarchie parlementaire.

Vous pouvez nous contacter en cliquant sur ce lien >>

Affaires en France.

Le péché originel du président.

SODDEUTSCHE ZEITUNG

Lundi 26 juillet 2010 // L’Europe

Munich

Sa première erreur remonte probablement au soir de son triomphe. En mai 2007, Nicolas Sarkozy choisit de fêter sa victoire à l’élection présidentielle au Fouquet’s, sur les Champs-Elysées. Pendant que, sous une coupole dorée, les politiciens, les industriels et les stars du show-biz le courtisent, la masse de ses partisans reste à la porte. Les Français ont alors l’impression d’avoir élu un parvenu à la tête de l’Etat, et se mettent à parler de « président bling-bling ». L’étiquette est restée. Et si Sarkozy est aujourd’hui entraîné dans un tourbillon d’affaires, il s’agit de la tragédie d’un homme qui voulait remettre la France sur le droit chemin mais qui a été trahi par lui-même. « Je veux que vous ayez une confiance totale dans vos élus, dans votre démocratie, car c’est la force des grandes nations », soulignait-il juste avant son élection. Trois ans plus tard, les sondages montrent que les deux tiers des Français ne lui font plus confiance et considèrent les hommes politiques comme « plutôt corrompus ».

La rupture tant promise d’avec les castes et les privilèges de la V° République n’a jamais été menée à son terme bien au contraire, des secrétaires d’Etat [Christian Blanc et Alain Joyandet] ont démissionné pour des histoires de cigares et de jets privés. Sarkozy lui-même est soupçonné mais rien n’est prouvé pour le moment d’avoir illégalement financé sa campagne en acceptant les largesses de la multimilliardaire Liliane Bettencourt. Celui qui voulait bousculer les choses se fait à son tour bousculer.

C’est triste pour Sarkozy et dommage pour la France. Le pays aurait eu besoin d’un réformateur courageux qui transforme la République des élites en un Etat au service de ses citoyens. Le président n’a pas réussi cette révolution. Il doit se demander pourquoi. La première réponse tient à lui-même. Sarkozy prêchait des vertus _ dignes de la Rome antique, comme la transparence, la modestie et le sens de l’intérêt général. Or il s’est comporté comme une créature hybride, un mélange de Roi-Soleil et de Johnny Hallyday. Le président se mêle de tout - de la durée des pauses publicitaires à la télévision au nettoyage de l’équipe nationale de football , tout en alimentant la presse people avec ses vacances sur un yacht et ses minauderies avec Caria Bruni. Certes, il donne depuis peu une image plus sobre de lui-même, mais personne n’y croit.

Deuxièmement, Sarkozy a voulu trop en faire. Au lieu de se concentrer sur des questions importantes, comme la réforme des retraites et la révision de la Constitution, il s’est aussi attaqué à l’éducation, aux médias, à la justice, à la fiscalité et au marché du travail, sans oublier l’Europe et l’économie mondiale. C’était trop, même pour cet Hercule. Aujourd’hui, il doit réduire la voilure, renoncer, et cela le fait paraître plus faible qu’il n’est.

Le président ne peut pas grand-chose à la troisième cause de son échec : la crise financière. Celle-ci l’entrave autant que ses homologues étrangers. Il a cependant fait naître des attentes si grandes que, pour les Français, la déception est immense. Elle est en tout cas plus importante que pour les Allemands, qui n’attendaient pas de miracles de la coalition libérale-conservatrice d’Angela Merkel.

La quatrième réponse tient au régime. La France est loin de satisfaire ses ambitions d’égalité. Les réseaux, comme ceux que Sarkozy entretenaient à l’époque où il était maire de Neuilly, sont au moins aussi importants que le mérite individuel. De plus, les "grandes écoles" produisent une élite qui se considère très tôt comme destinée aux plus hautes fonctions. Ces "élus" constituent des réseaux solides à l’exclusion de tous les autres. Sarkozy, fils d’immigré, aurait pu contrecarrer ce système. Mais il s’est employé avec gourmandise, voire avidité, à appartenir à cette oligarchie. Les affaires actuelles montrent à quel point l’élite considère ses privilèges, comme allant de soi. Prenons pour exemple Eric Woerth. Ce ministre est déterminé, professionnel, travailleur, modeste, le type d’homme dont rêve tout chef de gouvernement. Et voilà que les Français apprennent qu’en tant que trésorier du parti au pouvoir, il aurait reçu de Mme Bettencourt des dons en liquide ; qu’en tant que ministre du Budget [entre 2007 et, 2010] il avait sous sa responsabilité les impôts de la milliardaire, le tout alors que son épouse gérait la fortune de l’héritière de L’Oréal. Bien entendu, il faut partir du principe que tout s’est passé dans les règles, mais pourquoi Woerth s’est-il de lui-même exposé à de tels conflits d’intérêts ? Peut-être parce qu’il appartient à une élite qui ne se remet jamais en question.

Nicolas Sarkozy [qui s’est exprimé le 12 juillet, en direct sur France 2] a encore le temps de tirer les conclusions de toute cette affaire. Il pourrait remanier son gouvernement et constituer une équipe plus restreinte, plus efficace. Il pourrait promettre aux Français du sang, de la sueur et des larmes. Il faudrait alors qu’il explique les réformes qu’il entend faire passer. Il pourrait promettre, au nom de son gouvernement, de renoncer aux cigares de fonction, aux avions privés, aux dons douteux et à tout le bling bling. Mais les Français ne lui pardonneront vraiment sa fête au Fouquet’s que s’il parvient à transformer cette caste d’aristocrates républicains en véritables serviteurs de l’Etat.

Stefan Ufnch

ANALYSE : Un vaudeville indigne des Français.

Le quotidien conservateur espagnol critique l’attitude des élites dirigeantes, coupables de jouer avec le feu dans l’affaire Bettencourt.

Ce qui a débuté en Fiance comme un frivole épisode d’opérette sur les aventures d’une vieille dame multimilliardaire a fini par se transformer en une formidable tourmente politique dont les retombées menacent jusqu’au président Nicolas Sarkozy. Qui aurait pu prévoir que les teintures pour cheveux à l’origine de la fortune de la femme la plus riche de France, le train de vie luxueux de son ami photographe et les rancoeurs de ses héritiers allaient déboucher sur une affaire aux graves implications politiques ? C’est précisément pour cela qu’il est indispensable que Sarkozy, par le biais d’une opération énergique de transparence, étouffe le début d’incendie le plus vite possible et dissipe tous les malentendus.
Dans un pays comme la France, dont l’importance sur le plan mondial n’est plus à démontrer, il est inconcevable qu’une série d’enregistrements pirates [des conversations téléphoniques entre Liliane Bettencourt et son entourage, captées à son insu], associée à la mesquinerie des divers héritiers, amis et major-domes, conditionne la vie politique. C’est pourquoi l’ouverture d’une enquête judiciaire est une bonne chose. Elle permettra à l’actuel ministre du Travail, Eric Woerth, de s’expliquer et de se défendre face aux graves accusations qui pèsent sur sa fonction de trésorier lors de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy, en 2007 [l’Inspection générale des finances a par ailleurs conclu, le 11 juillet, qu’il n’était pas intervenu pour éviter un contrôle fiscal à Liliane Bettencourt]. Si l’enquête montre qu’il y a bien eu des irrégularités comptables, tant le président que la justice devront prendre les mesures qui s’imposent le plus rapidement possible. Si ce n’est pas le cas, l’opposition socialiste ferait mieux de mettre un terme à son travail de sape perpétré contre les principales institutions du pays, et plus encore de cesser de tirer partie d’une affaire qui, d’après ce que l’on sait, relève plus du mauvais vaudeville que des livres d’Histoire.

ABC, Madrid

Répondre à cet article