AFFAIRE FRANCO-FRANÇAISE

Le patriarche Ondimba doit-il rougir du travail de Kouchner au Gabon ?

Dimanche 22 février 2009, par Paul Tedga. // L’Afrique

Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, est sur la sellette en France. Dans son livre « Le monde selon K.  », Pierre Péan lui reproche d’avoir effectué des audits dans le domaine de la santé pour plusieurs pays, notamment, le Gabon. Ses travaux auraient été facturés par des sociétés créées par ses proches pour qui il a continué le travail de lobbying, Quai d’Orsay.

Le patriarche El Hadj Orna, Bongo Ondimba ne connaîtra guère de répit, ce mois de février, son nom et celui de son pays, étant étroitement associés au ciel qui tombe sur la tête du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Une fois de plus, le théâtre des opérations n’est pas le Gabon, ni l’Afrique. Comme ces derniers mois, c’est la France, et singulièrement, la ville de Paris, où se sont concentrées les critiques à peine voilées contre Libreville dans une affaire qui ne regarde en rien le Gabon, et qui demeure suprêmement franco-française.

A qui veut-on faire mal en faisant volontairement cet amalgame ? Car, faut tout de même rappeler que le Gabon est un pays indépendant depuis le 17 août 1960, date depuis laquelle il dispose totalement de lui-même. Ce qui veut dire que ses autorités ne rendent compte qu’au peuple gabonais. On a tendance à trop souvent l’oublier en France où certains continuent de traiter ce pays comme un TOM (Territoire d’outre Mer) français. Si le cordon ombilical entre le Gabon a été coupé le plus naturellement du monde avec accession de ce pays à la souveraineté, le lien privilégié avec l’ancienne puissance coloniale, laisse penser, dans certains cercles parisiens que sans la France, point de salut pour le Gabon. Erreur ! Ce serait méconnaître la complexité de la relation entre les deux Etats.

La générosité du président du Gabon, a dû faire croire que sa vulnérabilité était inversement proportionnelle aux moyens qu’il mettait on oeuvre pour s’entourer les bonnes grâces des responsables de tout bord de l’Hexagone. Là également, erreur Le patriarche Ondimba n’a peur de personne. En dehors du Libyen Mu’ammar al Kadhafi, depuis le départ du pouvoir du Sud-Africain Thabo Mbeki, il est le seul chef d’Etat africain à dire haut et fort ce qu’il pense, quand il le veut et où il le souhaite. Que voudrais-je dire ?

Un livre à charge est sorti, aux éditions Fayard,pour montrer le double visage de Bernard Kouchner dont Afrique Education n’a eu de cesse de faire état depuis son revirement idéologique en mai 2007. Ecrit par Pierre Péan « Le monde selon K.  » dévoile, page après page, une vérité explosive, révélant au grand jour la vile nature de l’emphatique et ultra-médiatique pionnier de Médecins sans frontières « prix nobel de la paix ». Ce livre est un réquisitoire très étayé qui accuse sans ambages le ministre français des Affaires étrangères d’avoir usé de ses prérogatives actuelles pour recouvrir de vieux impayés au Gabon.

Que Bernard Kouchner se soit comporté en affairiste, les 4/5 d’Européens qui disent coopérer en Afrique le sont également. Combien de fois n’a-t-on pas vu un humanitaire faire six mois dans un pays africain où il a installé un petit puits d’eau, et dès son retour en Hexagone, il se tape un appartement haut de gamme ? Avec de l’argent qu’on disait destiné aux Africains. Par conséquent, Kouchner or not Kouchner, on s’en fout au Gabon, du moment où il produit un travail qu’on attend de lui dans un secteur qu’il connaît à peu près correctement.

D’où vient-il donc que le Gabon qui n’en demandait pas tant, devienne, du coup, le centre du scandale dénoncé ? Précisons que le patriarche, pour ceux qui le connaissent, n’a jamais été sectaire en amitié. Dans son volumineux carnet d’adresses sur l’Hexagone, il est en relation avec les hommes de couleurs politiques, idéologiques, religieuses et raciales différentes. Pourquoi Bernard Kouchnerne devait-il faire exception ?

Le plus surprenant, c’est que les milieux français qui ont cherché à dévier la polémique sur le Gabon, sont aussi les mêmes qui disent qu’en 40 ans de pouvoir, le patriarche n’aurait rien fait, sinon, s’enrichir lui-même. Qu’on m’explique comment quelqu’un qui n’a rien fait pendant d’aussi longues années, et qui ne pense pas au bien-être de ses populations, va subitement avoir la présence d’esprit de confier une étude aussi lourde devant déboucher sur des propositions concrètes de mise à niveau du système de santé du pays selon les standards européens ? Pour quelqu’un qui ne fait rien pour son peuple sinon s’en mettre plein les poches, comme soutiennent certains milieux parisiens, n’est-il pas curieux que, d’un seul coup, il veuille penser à instaurer un système de sécurité sociale devant permettre la couverture maladie de toute la population de son pays ? Précisons que le Gabon est le seul pays du continent africain à avoir initié la mise en place d’un système d’assurance-maladie, comme il fonctionne en France. Le coût de son fonctionnement est énorme mais cela n’a pas effrayé le patriarche. Justement parce que son rôle est d’assurer le bien-être de son peuple.

 L’une des premières étapes de cette gigantesque entreprise, a consisté à assainir la CNSS (Caisse nationale de sécurité sociale) jadis déficitaire, cette institution qui gère un important parc d’hôpitaux dans le pays, venait de connaître une grève du personnel de plusieurs jours, laquelle grève, conjuguée à celle des personnels du ministère de la Santé, a complètement paralysé le secteur, Le service minimum ayant tout simplement disparu dans les hôpitaux.

En Afrique, la sécurité sociale ou si l’on veut l’assurance-maladie, n’existe pas. Dans ce domaine, le Gabon va faire office de pionnier. C’est aussi le cas dans l’enseignement où, d’ici deux à trois ans, au plus tard, on comptera six universités publiques pour, à peine, un petit million et demi d’habitants. En effet, le Gabon finance actuellement trois coûteuses universités auxquelles s’ajoutent sept grandes écoles l’université Omar Bongo de Libreville, dans la province de l’Estuaire ; l’université des sciences et techniques de Masuku, dans la province du Haut Ogooué, et l’Université des sciences de la santé de Libreville, les sept grandes écoles dont l’institut de gestion qui propose un DESS Diplôme d’études supérieures spécialisées) d’administration des entreprises depuis 1996 ; l’Ecole nationale supérieure de secrétariat, l’Institut supérieur de technologie, l’Ecole nationale de l’enseignement technique, L’Ecole normale supérieure, l’Ecole nationale d’agronomie et de biologie et l’Ecole polytechnique. Les sacrifices sont donc à la hauteur des objectifs que le Président Bongo assigne à la jeunesse gabonaise.

Rien que les bourses des étudiants avaient coûter en 2005 la bagatelle de 39 milliards de f cfa (59,45 millions d’euros). En Afrique, seule la Jamahiriya libyenne arabe socialiste soutient la comparaison. Toutes proportions gardées.

En dehors de la médecine, le Gabon forme des docteurs à l’UOB qui dispense des enseignements au niveau de deux DEA (Diplôme d’études approfondies) en anthropologie et en sciences économiques. Il a été également ouvert un DESS de tourisme il y a une dizaine d’années, le seul de l’Afrique centrale, dans le but de fournir les pays de la sous-région en cadres touristiques adaptés aux réalités de l’environnement.
Il y a un an, le patriarche avait procédé à la pose de la première pierre pour la construction de trois nouvel les universités à l’intérieur du pays. Ces trois nouvelles entités, répétons-nous, doivent porter à six, le nombre d’universités appartenant à l’Etat, sachant qu’il en existe qui relèvent aussi de la gestion privée.

Il s’agit de l’université de Mouila dans la province de la Ngounié qui dispensera des enseignements scientifiques, culturels, technologiques et professionnels. La ville de Mouila accueillera notamment l’institut supérieur des métiers de l’hôtellerie et du tourisme (ISMHT), l’Institut supérieur des arts des métiers et du patrimoine (ISAMP), l’Ecole d’architecture et d’urbanisme (EAU), ainsi que des laboratoires.

A Port-Gentil, dans la province de l’Ogooué maritime, le patriarche a décidé de créer un pôle d’établissements ayant une vocation économique et industrielle. La ville recevra l’institut supérieur du pétrole et de chimie (ISPCH) l’institut national des sciences de gestion ( INSG) et l’Ecole supérieure de commerce (ESC).
A Oyem, en plein pays fang dans la province du Woleu Ntem, le patriarche construira un établissement public d’enseignement supérieur à caractère scientifique, technologique, culturel et professionnel.
Ces trois nouvelles universités seront opérationnelles, au plus tard, en 2011. Après leur mise en service, le Gabon comptera six universités publiques pour moins d’un million et demi d’habitants, soit la plus grande densité d’universités par tête d’habitant dans le monde. A titre de comparaison, le Gabon disposera d’une université publique pour 250.000 habitants contre une université publique pour 600.000 habitants en France. Sans compter les universités privées qui sont aussi nombreuses. Qui dit mieux ? 

En confiant un rapport chèrement payé à Bernard Kouchner et assimilés, le patriarche avait pour souci principal de mettre le Gabon à niveau sur le plan de la santé, comme il est en train de le faire sur le plan de l’éducation et de la formation. La grève qui a paralysé les hôpitaux en janvier et février 2009 est la preuve par neuf, que le système de santé au Gabon a besoin d’un remède de cheval. De quoi s’agit-il ?Les syndicats hospitaliers réclament notamment la régulation des actes administratifs, la promulgation du projet de loi portant fonction publique et hospitalière, l’élaboration des textes organisant les centres hospitaliers régionaux ainsi que la réforme de l’Enaps en institut supérieur de formation sanitaire. La moyenne des salaires étant selon le SYNAPS (Syndicat national des personnels de santé) de 150.000 f cfa (229 euros), par mois, la revendication des grévistes porte sur une prime mensuelle hospitalisation » de 200.000 f cfa (300 euros) et une prime mensuelle de motivation de 60.000 à 80.000 f cfa (100 à 130 euros). Ça, c’est au niveau du portefeuille. La remise du système de santé sur le plan des infrastructures, peut se résumer, quant à elle, par ce médecin gréviste gabonais qui avait déclaré ceci pour justifier le refus du service minimum dans les hôpitaux.

On a laissé tout le secteur de la santé s’écrouler. Dire qu’il y a 15 ou 20 ans, on avait des hôpitaux réputés en Afrique. Aujourd’hui les plateaux techniques sont vétustes 20 ans on avait des hôpitaux réputés en Afrique. Aujourd’hui, les plateaux techniques sont vétustes. On manque de matériel même pour des actes les plus simples. Des gens meurent aujourd’hui parce que l’hôpital n’a plus les moyens de les soigner, note le Docteur Sylvie Nkogue Mbot du Syndicat Hippocrate et médecin à l’hôpital pédiatrique d’Owendo, banlieue de Libreville qui abrite un des importants ports en eau profonde du pays.

Après avoir donc eu les meilleurs hôpitaux de la sous-région, le Gabon n’est plus bien loti dans le domaine pour ce qui est des hôpitaux publics. En ce qui concerne les cliniques privées, si ! D’où l’étude commandée à Bernard Kouchner pour la remise à niveau du système. Preuve que contrairement à ce qui est dit, le patriarche Ondimba n’est pas insensible aux problèmes de santé des Gabonais. Comme il ne l’a pas été dans le domaine de l’enseignement. Car même si les moyens investis localement dans la construction des universités sont conséquents, le patriarche est conscient que le troisième cycle des trois universités publiques existantes (bientôt six) n’est pas très bien étoffé (au regard du nombre d’étudiants et du coût d’implantation très élevé de nouvelles spécialités). Voilà pourquoi il envoie ses jeunes compatriotes se faire former dans certains pays occidentaux, notamment, en France, en Espagne, au Canada, aux Etats-Unis et en Angleterre.

Il recourt aussi aux structures de formation de pays africains comme le Sénégal, la Côte d’ivoire avant la guerre civile, le Bénin, le Maroc, la Tunisie et l’Afrique du Sud. Les pays d’Asie, notamment, la Chine, commencent aussi à être sollicités. Justement, lors de son séjour en Chine début septembre 2004 pendant lequel il avait été fait professeur honoraire de l’Université de Beijing, il avait dit que son « souhait était de voir les universités et grandes écoles Chinoises accueillir davantage de jeunes Gabonais ». Ça, c’est sur le plan académique.

Sur un plan bassement matériel, (sans doute les lobbys Parisiens détracteurs du régime gabonais ne le savent-ils pas encore), les étudiants gabonais savent que leur chef d’Etat leur donne ce qu’aucun autre chef d’Etat africain n’alloue à ses étudiants. La chambre à la Cité-U revient, par exemple, en moyenne, a environ 6 000 f cfa (9,15 euros) par mois pour l’étudiant boursier et à 80.000 f cfa (121,96 euros) par an pour celui qui ne l’est pas. Dans les capitales où le niveau de vie est comparable comme Dakar ou Abidjan, par exemple, les prix de chambre sont nettement plus élevés.

Quant au repas complet (entrée, plat et dessert) servi au resto-U, il coûte 150 f cfa (0,23 euro) alors qu’un simple pot de yaourt au supermarché Jylbolo de Libreville coûte 400 f cfa 0,60 euros). Autrement dit, l’étudiant gabonais ne paie que le vingtième du prix de revient de son plat de nourriture, le reste est financé par l’Etat. C’est la raison pour laquelle dans des pays où les étudiants donnent de la voix, il existe des projets visant à privatiser le Centre des œuvres universitaires qui gère entre autres le resto-U. Certaines grandes universités comme Dakar ont carrément privatisé leurs œuvres universitaires car trop chères pour l’État.

Le Gabon offre les taux de bourse parmi les plus élevés du continent 66.000 f cfa (100,62 euros) de la première année à la maîtrise pour les boursiers D tous les mois, 100.000 francs cfa (152,45 euros) pour la bourse E du troisième cycle et entre 100.000 francs cfa et 150 000 francs cfa (228.67 euros) pour les étudiants en spécialité, communément, appelés boursiers F.

A titre de comparaison, 150.000 francs cfa est le salaire d’un chef de service dans l’administration centrale Camerounaise, pays où le niveau de vie est comparable à celui du Gabon. Quant aux bourses, elles ont été supprimées dans les six universités publiques camerounaises (sept depuis l’ouverture en janvier 2009 de celle de Maroua dans l’Extrême-Nord du pays) depuis 1993. On n’imagine pas le patriarche Ondimba prenant un décret pour supprimer la bourse dans l’enseignement supérieur gabonais. Dans le primaire public, la scolarité est gratuite ainsi que les livres tandis que dans le secondaire, de la sixième en terminale, les meilleurs élèves sont titulaires d’une bourse. Bref, on a, ici, la preuve des « Actes pour le Gabon » dans les domaines sociaux de l’éducation et les projets à réaliser à moyen terme dans le secteur de la santé publique.

Le Gabon est le pays où l’on vit les mieux en Afrique. Ce n’est pas l’Afrique du Sud où l’on ramasse une cinquante de personnes tuées par balle chaque jour. Ce n’est pas la Libye ni la Tunisie où il est interdit de créer un parti politique ou un journal dans lequel on dit ce qu’on pense. Bref, au Gabon, on vit bien, on est libre de faire ce qu’on veut à condition de savoir que la liberté de chacun s’arrête là où celle du voisin commence, et on peut même se permettre d’insulter le patriarche tous les jours, ce qui n’est possible ni en Libye, ni en Tunisie, ni au Maroc. Le patriarche s’occupe tellement bien des Gabonais que cela va jusqu’à déstabiliser les ministres du gouvernement français. Qui pouvait croire que cela puisse arriver un jour.?