Le massacre des innocents « celui des Chrétiens d’Orient » d’hier.

À l’intention de ceux qui nous gouvernent.

Lundi 10 janvier 2011 // Le Monde

Nos vœux semblent bien dérisoires, et vos engagements vains, quand je vois sous quels auspices, la nouvelle décennie s’est annoncée ! Les condamnations, les indignations confortablement proclamées de la Maison Blanche, de l’Elysée, du Parlement Européen, de la Présidence Egyptienne ou du Vatican n’effraient plus personne et ne servent à rien.

À Bagdad, Jérusalem ou Alexandrie, jour après jour depuis les illustres guerres du Golfe chères au « Clan Bush » et ses alliés (Saoudiens et Israéliens) se poursuit l’exode inexorable des communautés chrétiennes les plus anciennes du monde, véritables trésors culturels du Patrimoine Mondial. Pour les plus démunis ou pour ceux qui ne peuvent pas ou, ne veulent pas s’exiler, ce témoignage illustre leur sort sur une Terre qui leur appartient depuis 2 000 ans, et ce qui peut advenir encore si rien n’arrête cette spirale de violence.

Alice et Martine, deux jeunes religieuses irakiennes racontent le drame qui vient de frapper leurs compatriotes. J’étais à Beyrouth au Salon International du Livre Français, pour défendre le mien lors de la Semaine de Francophonie, invité par l’UFE (Union des Français à l’étranger) et par l’Ambassade de France, afin de témoigner de la « Paix et de la Justice à travers mon vécu communautaire entre l’Orient et l’Occident » quand le massacre a eu lieu le 31 octobre 2010 à Bagdad.

La capitale libanaise bruissait encore de la visite controversée du président iranien Ahmadinejad. Notre ministre des Affaires Étrangères, M. Kouchner, multipliait les déplacements diplomatiques pour activer la mise en place du Tribunal International censé juger les coupables de l’assassinat de M. Rafic Hariri, Il n’y avait, semble-t-il, rien de plus urgent à traiter ! La presse internationale a immédiatement pointé les coupables, Al Qaïda, mais personne n’a parlé d’éventuel tribunal encore moins international l’extérieur, car pour accéder à la rue qui va vers l’église et atteindre le chemin de la terrasse, en évitant le barrage de police qui se trouve à proximité, il fallait qu’ils bénéficient de la complicité d’une partie des forces de l’ordre. Ensuite, ils ont mitraillé les appareils d’air climatisé pour que le gaz en s’échappant asphyxie les gens les plus proches. Ils s’en sont pris ensuite à la Croix en la mitraillant, en se moquant et en disant aux gens : « Dites-lui de vous sauver ». Ensuite ils ont fait appel à la prière : « Allah Akbar... ». Et à la fin, quand l’armée a été sur le point d’entrer, ils se sont fait exploser. L’armée et les secours ont mis près de deux heures à arriver (les Forces armées américaines sont restées impuissantes devant ce carnage, un hélicoptère qui tourne en rond, et comme seule explication de l’état-major : « Nous ne sommes pas entraînés pour ce genre de situation » !A les entendre, leurs soldats sont venus faire du tourisme à Bagdad.

Tout ce cauchemar s’est terminé vers 11 h dit soir. Cela a duré très longtemps, beaucoup de personnes) sont mortes suite à l’hémorragie de leurs blessures. Les blessés on été emmenés dans différents hôpitaux et les morts vers les morgues. Les familles et les proches venus sur place pour savoir ce qui s’était passé étaient complètement désorientés, car l’église était interdite d’accès. Ils n’avaient qu’une seule alternative, faire tous les hôpitaux à 4h du matin à la recherche de leurs proches pour les découvrir finalement à la morgue. Le lendemain a eu lieu les obsèques dans une église chaldéenne voisine. L’église était bondée. Il y avait 15 cercueils alignés dans le chœur. Les autres victimes ont été enterrées dans leur village : des représentants de toutes les communautés chrétiennes ainsi que du porte-parole du gouvernement, et un seul religieux chef d’un parti islamique.

On a beaucoup de catastrophes naturelles dans le monde qui font des victimes bien plus nombreuses que chez nous, mais la cause n’en est pas la haine, c’est ce qui fait toute la différence. Notre Église est habituée aux coups durs, mais c’est la première fois que c’est aussi violent et sauvage et surtout la première fois que cela se passe à l’intérieur de l’église ; d’habitude ils font exploser les bombes dans la cour des églises. L’église Notre-Dame du Salut (curieuse cible) est une des trois églises syriaques catholiques de Bagdad, la plupart des gens qui la fréquentent sont des chrétiens originaires de Mossoul ou des trois villages chrétiens syriaques proches de Mossoul. L’église a été prise d’assaut le dimanche 31 octobre après midi, juste à près le sermon du Père Taher qui célébrait la messe. Le. Père Wassim confessait au fond de l’église près de la porte d’entrée, alors que le Père Raphaël était dans le chœur. Les attaquants étaient de très jeunes gens (14-15 ans) non masqués, armés de mitraillettes, de grenades et ils portaient une ceinture explosive. Ils ont tout de suite ouvert le feu, tuant le Père Wassim qui tentait de fermer la porte de l’église. Puis ils ont tiré aveuglément après avoir ordonné aux gens de se jeter à terre, de ne plus bouger, et de ne pas crier. Certains ont réussi à envoyer des messages par téléphone portable pour donner l’alerte, mais après, les assaillants tiraient sur toute personne qu’ils voyaient utiliser son cellulaire. Le Père Taher, qui continuait à célébrer la messe, a été tué à l’autel dans ses habits sacerdotaux, son frère et sa mère ont été tués également. Le massacre s’est poursuivi, le témoignage des survivants est insoutenable. Les enfants qui criaient étaient immédiatement réduits au silence par une balle dans la tête. Certaines personnes s’étaient réfugiés dans la sacristie en barricadant la porte, mais les jeunes assaillants sont montés sur la terrasse de l’église et ont jeté des grenades par les fenêtres de la sacristie qui se trouvent en hauteur.

La prière a eu lieu dans une grande dignité, sans aucune manifestation bruyante sous l’égide du Père Saad responsable de cette église. Quant aux deux jeunes prêtres, ils ont été enterrés dans leur église dévastée, où il y a un cimetière sous l’église. Au début, nous ne savions rien des victimes, nous ne connaissions personne directement, sauf le Père Raphaël, prêtre très âgé. Nous sommes allés à cet hôpital pour le visiter et visiter les blessés qui y étaient. Ce sont les familles des blessés qui nous conduisaient de chambre en chambre. Toutes les victimes étaient des femmes ou des jeunes filles, toutes blessées par balle, ce n’est pas comme dans une explosion ou on peut se faire arracher un bras ou une jambe. Nous sommes restées à côté d’eux sans parler beaucoup, c’est eux qui parlaient, chacun revivait son histoire en nous la racontant. Comme l’attaque a eu lieu un dimanche à la messe, nous avons été frappées par leur calme et leur foi quand ils racontaient cette tragédie. On avait l’impression de gens revenus d’un autre monde et qu’à ce moment-là, plus rien ne comptait que la rencontre proche avec le Seigneur. Ils ne pensaient plus à rien et priaient seulement. Ce cauchemar a duré 5 heures... Le dimanche suivant, tous les prêtres syriens et chaldéens de Bagdad ont célébré la messe dans cette église dévastée sur une table de fortune, dans un esprit de solidarité et de détermination disant : « Nous sommes là et nous resterons. Ils veulent nous chasser et nous exterminer. Depuis 14 siècles, vous n’avez pas pu en finir avec nous. L’histoire des chrétiens d’Irak est une longue histoire faite de persécutions, de martyrs, de chrétiens chassés ou déplacés. Cela nous rappelle le Psaume 69 : « Plus nombreux que les cheveux de la tête, ceux qui me haïssent sans cause » évocation qui nous rappelle Jésus, haï sans raison, alors qu’il passait en faisant le bien et en répandant la Bonne Nouvelle, Nous terminons cette lettre avec le cri de cet enfant de 3 ans qui a vu tuer son père et qui criait : « Ça suffit, ça suffit », avant d’être tué lui aussi. Oui vraiment avec notre peuple, nous crions aussi : « Ça suffît ». Les faits sont là, Messieurs les gouvernants, dans leur brutalité. Certes, d’autres tueries ont marqué cette Terre, berceau du christianisme mais, prédit un prêtre chaldéen : « Ce traumatisme-là restera ineffaçable. Il y aura un avant et un après. Pour nous cette fois-ci l’espérance est morte ».

Oui messieurs les responsables politiques, la paix au Proche-Orient est la priorité absolue si l’on ne veut pas cautionner et encourager « l’épuration religieuse » dont a osé parler le président Sarkozy. Soixante ans de chaos, de crimes, d’humiliations qui faisaient dire à l’un de mes amis français du Tarn (Maurice Dubost) en octobre 2044 ; « En 1945, quand les premières images et actualités cinématographiques sur les camps de concentration sont parvenues auprès du public, j’avais dix ans, j’en ai été horrifié et, en fait des cauchemars pendant des mois. J’étais obsédé par les piles de cadavres desséchés et les rescapés décharnés. Cette obsession est restée en moi pendant un demi-siècle et dès que j’entendais ou lisais le mot « juif », les terribles images me revenaient en mémoire.

Dans les années 50, Israël était presque un mythe pour une grande partie de la jeunesse éprise de liberté, de justice, de démocratie et d’humanisme. Tous les médias de l’époque nous présentaient des reportages sensationnels et édifiants sur la vie des jeunes israéliens et la construction du nouvel Etat. Si bien que je m’étais mis à rêver de partir travailler dans un kibboutz pour quelques mois, afin de contribuer moi-même à cette belle entreprise. Mais je n’ai jamais pu partir, ma mère m’en a empêché, car je n’étais pas majeur. La même image est restée imprégnée dans ma mémoire durant un demi-siècle, dès lors que j’entendais le mot « juif » immédiatement les montagnes de corps martyrisés me remplissaient la tête. Mais, petit à petit, depuis les années 90, une autre image est venue remplacer celle qui m’obsédait, et maintenant quand j’entends le mot Juif » l’image qui s’impose immédiatement à mon esprit, c’est un énorme char d’assaut équipé d’un canon pointé sur des enfants qui lancent des pierres.

Je suis persuadé que des millions de gens sont comme moi, pour qui l’État d’Israël n’évoque plus que des destructions, écrasements, bombardements de civils, démolitions de maisons, humiliations des femmes et d’enfants. Bref, l’image d’une armée d’occupation. Trop, c’est trop ! Depuis des décennies, on voit dés chars envahir des rues, des villes, des villages palestiniens, humilier leurs habitants, et pourquoi, sinon pour assouvir la volonté de quelques extrémistes israéliens avides de construire le « Grand Israël »

L’Etat d’Israël lui-même ne respecte rien, pas même les résolutions de l’Onu lui enjoignant d’évacuer les territoires occupés. Aujourd’hui dans le monde, n’importe quel état belliqueux peut envahir son voisin, surtout s’il est plus faible, simplement en prétextant qu’il’ est menacé et en se cachant derrière l’exemple israélien. Une seule fois les chars russes sont entrés à Prague, une seule fois les chars chinois ont nettoyé la place Tienanmen, cela a provoqué un tollé énorme dans le monde. Aujourd’hui, les chars israéliens font cela tous les jours et personne ne semblé s’en offusquer.

Bush qui les a plongés dans le chaos ; Imposteur de tous les temps et ses indéfectibles alliés au service de l’or noir ! Oui, pour eux aussi, pour ces jeunes adolescents suicidaires, qui ont semé la mort, il y a un avant et un après Bush et pour eux aussi c’est le désespoir. Me reviennent en mémoire quelques lignes qu’un philosophe contemporain inspiré, Richard Millet écrivait en 2004 : « En vérité nous creusons notre propre tombe : le sort des chrétiens d’Orient est exemplaire de ce qui se passe quand on nie la dimension spirituelle du monde. L’invisible n’est pas uniquement une affaire de fantômes, ni l’origine réductible à la seule génétique. Entrez dans une église d’Orient, vous y entendrez ce que les églises d’Occident vous cachent, le bruissement des anges. C’est nous, Européens, qui en ayant refusé d’inscrire dans la constitution de l’Union le caractère chrétien de nos racine, avons rendu possible l’éradication programmée et déjà effective.

Nous récoltons en Irak et dans tous les pays arabes ce que nous avons semé en Palestine. Pour Israël, nous ne comptons pas, nous n’existons même pas, disent les 35.000 chrétiens des territoires occupés qui meurent par asphyxie. Et de l’autre côté du mur de la honte 150.000 chrétiens sont considérés comme des arabes non juifs auxquels il est interdit de vendre ou de louer un appartement. Toutes ces images familières et horribles nourrissent les populations proche-orientales chaque jour. Le sentiment d’impuissance et d’injustice les submerge et fait le lit de tous les extrémismes. Le monde est devenu complexe car qui peut comprendre qu’au nom de la démocratie des chars écrasent, des hommes tuent et violent.

La coalition judéo-chrétienne incarne désormais pour un grand nombre de musulmans, la barbarie. On rêve d’une communauté juive en France, pesant de tout son poids, avec les pays de l’Union Européenne pour contraindre Israël à reconnaître le droit à un état palestinien viable. On rêve aussi de voir des images fortes_ comme celles du Grand Mufti de Syrie Badr Al-Din Hassoun et de l’évêque chaldéen d’Alep, Mgr Audo, côte à côte à Strasbourg au Parlement Européen où ils étaient invités en 2008 pour représenter leur pays la Syrie. C’est le Grand Mufti de Syrie qui fut autorisé le premier à inaugurer le débat : « Nous sommes tous issus d’une même origine et d’une même terre. Nous sommes tous enfants de Dieu et frères dans l’humanisme. Je vous salue M. Hands président du Parlement Européen, ainsi que tous les députés européens. Je viens d’un pays que je n’ai pas choisi pour y vivre, mais c’est le ciel qui en a décidé ainsi. Cette terre que nous appelons « Terre Sainte » ou (Bilad El-Cham) s’étend de la Palestine au Liban, à la Syrie, à Israël et à la Jordanie. Cette terre qui a reçu tout ce qui est spirituel vient du ciel. C’est sur notre terre, mes chers députés, qu’Abraham a posé ses premiers pas, c’est aussi sur notre terre que Moïse a vécu, et qu’Issa (Jésus) et Mohammad notre prophète ont accompli leur mission. J’attire votre attention, afin que vous réalisiez que cette lumière qui a éclairé votre morale, provient bien de cette terre qui est la nôtre. Que nous soyons chrétiens, ibrahimiens, moïsiens, juifs ou musulmans, nous avons apporté au monde entier cette nouvelle chargée de paix et de lumière ».

M. le Président du Parlement Européen, vous m’accordez l’honneur d’inaugurer l’ouverture de l’année culturelle en Europe, je vous remercie de tout mon cœur au nom du président Bachar- El-Assad et des 22 millions de Syriens que je représente et dont j’assume l’entière protection, sans aucune discrimination, de religion ou de race, car pour moi il n’y a pas d’une part des chrétiens, et d’autre part des musulmans, il n’y a que des Syriens qui sont tous égaux devant les droits et les devoirs. S’il est vrai qu’il existe plusieurs cultures qui ont marqué et enrichi notre société, en revanche il ne saurait y avoir qu’une seule civilisation, celle-là même que nous devons construire tous ensemble. Ce parlement, mesdames et messieurs les députés, n’a pas été bâti par les seules communautés chrétiennes, mais aussi par des hommes, par des scientifiques qui appartiennent à différentes cultures. En un mot, c’est vous tous qui avez contribué à la création de cet espace de liberté et de démocratie que constitue l’Europe. Chez nous, nous ne croyons pas à la lutte des civilisations, car il ne peut y avoir qu’une seule et unique civilisation aux visages culturels certes différents. Les obstacles qui s’y opposent sont l’ignorance terrorisme et les divergences politiques. Quant à l’homme civilisé, quelle que soit sa religion ou sa culture, c’est celui qui me tend la main pour qu’ensemble nous bâtissions la civilisation humaine. Quand l’homme a réussi à marcher le premier sur la lune, j’ai voulu chercher les noms de ceux qui ont été les pionniers de l’espace. Je n’ai pas trouvé qu’ils étaient exclusivement Russes ou Américains, j’ai découvert des Européens, des Italiens, des Allemands, des Français, des Belges et des Arabes.

Ce sont eux qui ont permis la conquête de l’espace. C’est pourquoi je vous invite à réexaminer votre vision dans ce qu’on appelle dangereusement « le choc des cultures », pour ne pas dire « la guerre de cultures ». On ne peut réserver l’exclusivité de la civilisation à une seule Nation, fut-elle la plus puissante du monde. Il me suffit de vous rappeler que ce sont nos ancêtres qui ont construit les pyramides d’Egypte et même celles du Chili. Le premier alphabet qui a donné naissance à l’écriture latine et arabe provient d’Ugarit (littoral syrien). Il fut découvert par des archéologues français...

Dans nos régions, nous ne croyons pas à la multitude des religions, car Abraham, Moussa (Moïse) Issa (Jésus) et Mohammad ont été issus et ont parlé d’une seule religion, basée sur la Sainteté de Dieu et la dignité de l’homme. Quant aux traditions et aux lois, elles fluctuent en fonction des temps. Les traditions peuvent varier, mais la religion demeure immuable. Votre Dieu, notre Dieu, est un seul et même Dieu. Nous les musulmans, nous y sommes attachés à ce Dieu. C’est pourquoi il ne peut y avoir de guerres le religion, ni même de guerre sainte. Personnellement, je ne crois pas à la guerre sainte, d’ailleurs une guerre ne peut être sainte, seule la paix peut être sainte. Si nous voulons gagner le pari d’une véritable civilisation de l’amour, nous devons éduquer nos enfants dans les écoles, les églises, les synagogues et les mosquées à comprendre que ce qui est sacré sur terre, c’est avant tout l’être humain. Et ce n’est pas seulement la Mecque, la mosquée des esplanades, l’église de la nativité ou les murs des lamentations qui sont sacrés.

Pour moi, un enfant est bien plus sacré que tous vos symboles réunis. Pourquoi je vous tiens ces propos ? La Mecque a été construite par l’homme du temps d’Abraham, les murs par les Juifs, l’église du St-Sépulcre par des chrétiens, mais dans tous les cas par des hommes. L’homme est l’œuvre de Dieu et malheur à celui qui détruit l’ouvre de Dieu. Car qui tue un enfant palestinien, israélien, libanais ou irakien devra rendre compte devant le tribunal du ciel. Les enfants représentent ce que Dieu a créé comme symbole et nous détruisons ces symboles. Mesdames et messieurs les députés Européens, peut-on ramener à la vie ces symboles qui sont des créatures vivantes ? La Mecque si elle est détruite, le Mur des Lamentations ou l’église du St-Sépulcre peuvent être détruits, nos enfants ou petits-enfants pourront les reconstruire. Mais je vous en conjure, si un enfant meurt, qui peut lui rendre la vie ?

Moi je rends hommage à l’Europe qui m’a permis de venir jusqu’en ces lieux pour lancer à travers vous un appel afin que toutes les cultures soient désormais sans frontières, pour que les nations établissent une civilisation sur des bases humaines et non religieuses, où la liberté de croire ou non ne soit plus un obstacle à la liberté de penser. Si nous voulons rétablir la paix sur cette terre, commençons par la paix sur cette terre sainte qu’est la Palestine et celle d’Israël. C’est le Saint-Père Jean-Paul II qui rappelait à ce sujet : « Au lieu de bâtir des barrages, bâtissons les ponts de l’amour ». L’année dernière, notre président syrien, Ba-char El Assad à tendu la main au monde entier en proclamant : « Je veux vivre une paix véritable, je n’utiliserai plus les armes à partir d’aujourd’hui et désormais j’utiliserai le langage de la paix, car le triomphe par les armes est voué à l’échec, quand il s’agit de tuer l’homme, qui, lui, est sacré... ».

A ceux qui entretiennent la haine et la violence de part et d’autre, à ceux qui ont le pouvoir de les arrêter, mais qui se contentent de pieuses indignations, je dis qu’il est grand temps de faire preuve de courage et de lucidité. Une telle perspective nous impose de revenir encore à notre identité, si nous n’avons pas peur du ridicule. Le spectacle du monde tel qu’il est devenu a ruiné nos illusions. Ce qui explique peut-être que nous soyons le peuple le plus dépressif du monde. Mais si, comme le constate Christophe Barbier, « La chrétienté traverse des mers d’inquiétude sur un esquif plus fragile que l’Arche de Noé », ce n’est que sur une eau calme qu’on pourra ensemble la barrer.

Et quand j’entends aujourd’hui même, à la veille du 20’ anniversaire de la Guerre du Golfe où rien n’a été résolu, Hilary Clinton déclarer que la paix est compromise au Proche-Orient » suite à un attentat à Jérusalem-Est, alors que depuis 60 ans Israël occupe et colonise, faisant fi de toutes les résolutions internationales, il existe manifestement une volonté dangereuse et permanente des Etats Unis d’Amérique, de maintenir cet état de tension, générateur de guerres sans fin.

Monsieur le Président, la paix en France passe aussi par la paix au Proche-Orient. Tant que tous les dirigeants du monde n’auront pas pris en considération les revendications légitimes du peuple palestinien, ceux des chrétiens d’Orient, et des musulmans de la région, le monde ne connaîtra aucun répit.

La communauté internationale accepterait-elle aujourd’hui, l’idée de la création d’un état chrétien indépendant qui s’étendrait historiquement d’Antioche (d’où sont, partis les premiers disciples du Christ, pour fonder la première église en Syrie) à la Mésopotamie (l’Irak actuel), au Liban en passant par la Jordanie, Israël et l’Egypte, précisément à Alexandrie (lieu du dernier massacre des chrétiens Coptes) lieu ô combien symbolique où confluèrent au début de notre ère toutes les traditions juives, chrétiennes et grecques pour engendrer cette civilisation dont nous sommes les héritiers. Car c’est à Alexandrie que la Bible fut traduite en grec, et c’est le judaïsme alexandrin qui forma le maillon fort entre l’Ancien et le Nouveau Testament, entre la Torah et l’évangile. En un mot, suivre l’itinéraire historique de nos ancêtres (qui furent les pionniers du christianisme) pour donner naissance à un état sécuritaire où tous les chrétiens pourraient vivre enfin, en paix. Cette idée à elle seule ne risque-t-elle pas de déclencher un cataclysme médiatique, sinon l’amorce d’une nouvelle guerre mondiale. Pourtant, c’est bien ce qui s’est produit il y a 62 ans, quand les Nations Unies ont validé la création de l’Etat d’Israël le 15 mai 1948, pour les mêmes causes historiques.

A ce sujet, allez-vous monsieur le Président, comme le fait l’Amérique depuis fort longtemps, poursuivre cette politique suicidaire de « deux poids deux mesures » avec toutes les conséquences que l’on connaît.

Une fois de plus j’accomplis cette démarche difficile, avec la conviction naïve de servir la paix et la France, dans un monde qui devient à mes yeux dangereux et ingouvernable. Je me permets de transmettre une copie de cette lettre à votre Premier Ministre, ainsi qu’à vos homologues le président Barack Obama, le président du Parlement Européen et au Saint-Père Benoît XVI.

Monsieur le Président, en cette nouvelle année qui s’ouvre sur tant de catastrophes, j’ose espérer que vous contribuerez à la rendre meilleure, afin que les générations à venir se voient davantage en acteurs économiques et humains, qu’en juges de nos erreurs historiques. Je vous assure de toute ma considération.

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