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Le massacre de Mélouza.

Mardi 12 février 2008 // L’Histoire

Il y a un demi-siècle, dans la nuit du 28 au 29 mai 1957, le Front dc Libération nationale algérien perpétrait un massacre qui eût dû demeurer dans I’histoire, tant il était révélateur de ce que fut la guerre d’Algérie. Au contraire, il fut occulté dans des ouvrages récents, comme il le fut quasiment des écrans de télévision en 2003 (année dite de l’Algérie), qui vit pourtant proliférer films, téléfilms et documentaires sur le conflit.
Or, le FLN porte la responsabilité d’avoir commis ce jour-là un carnage, sur de malheureux paysans, « coupables » de ne pas s’être alignés sur sa politique. Il démontra ainsi qu’il était loin de représenter l’ensemble des musulmans algériens. Il est établi aujourd’hui que ses actions terroristes firent plus de victimes parmi ces derniers que parmi les Européens.

L’affaire Bellounis.

Pour comprendre le drame de Mélouza, il faut le rattacher à l’affaire Bellounis, du nom d’un chef de guerre local dont les Français s’efforcèrent de s’assurer l’alliance dans la lutte contre la rébellion FLN. Celle-ci se heurtait chez les musulmans à une double opposition : celle des autochtones partisans de la souveraineté française, et celle des partisans de Messali Hadj. Ce dernier, fondateur de l’Étoile nord-africaine, passait, non sans raison, pour le père du nationalisme algérien. Aussi n’avait-il pas apprécié qu’en 1954 le FLN (alors appelé CRUA) déclenchât l’insurrection, sans lui faire allégeance. Messali avait pourtant gardé de nombreux affiliés, y compris d’ailleurs au coeur même de la rébellion. Il créa donc un mouvement rival le Mouvement national algérien (MNA) que le FLN, fidèle à sa logique d’élimination, entreprit de liquider partout où il le pouvait.

En Kabylie. Belkacem Krim, qui dirigeait le Front, s’efforça dès février 1956 de purger sa région des messalistes. Messali fut présenté comme acquis au « colonialisme » et ses partisans pourchassés et assassinés sans pitié, conformément aux méthodes expéditives de leurs adversaires. Les messalistes disposaient néanmoins de solides appuis en plusieurs zones et d’un certain armement. Ils résistèrent donc. Une guerre dans la guerre d’Algérie débuta. Dans cet affrontement fratricide, l’armée française se contenta au début de compter les points. L’état-major comprit cependant le parti à tirer de ce conflit. Des contacts s’établirent alors avec Bellounis.

Celui-ci était le responsable messaliste de la Kabylie. Il disposa à un moment de plus de 2000 hommes dont une moitié était bien armée. Soumis aux pressions du FLN et pauvre en munitions, il dut quitter les zones montagneuses et se replier dans la région également messaliste des Beni-Ileman. Elle se trouvait au sein d’un triangle formé des agglomérations d’Aumale, de Bordj-Bou-Arréridj et de M’sila. Cette zone d’une grande importance stratégique était placée au carrefour des wilayas 2 (Constantinois) 3 (Kabylie) et 6 (Sahara). Autant dire qu’elle dominait l’accès aux champs pétrolifères du Grand Sud, À plusieurs reprises, le FLN tenta d’en déloger Bellounis et l’Armée nationale populaire algérienne (ANPA) qu’il avait mise sur pied.

L’hécatombe.

Les messalistes abattirent plusieurs agents du FLN et la population de certains douars livra des responsables locaux à l’armée française. Les hommes de Belkacem Krirn (entre-temps remplacé par Mohammedi Saïd) décidèrent alors d’en finir avec Bellounis. Dans la nuit du 28 au 29 mai 1957, une forte bande FLN investit plusieurs (hameaux) situées dans le douar de Benilleman, près de Mélouza. Cette dernière agglomération, la principale du lieu, donna son nom au massacre, bien que la tuerie ait été perpétrée, en fait, à Mechta-Casba à quelques kilomètres. Mechta-Casba était un des PC de Bellounis, lorsqu’il séjournait dans la région, mais il n’était pas là durant l’attaque.

Un officier de l’ALN (armée du FLN) dirigeait la meurtrière opération. Réunissant les habitants mâles des Beni-lleman, il les conduisit dans une salle de prières du hameau et après avoir expliqué que les messalistes étaient à la solde des Français, il somma les villageois de se rallier au FLN. Selon un des très rares rescapés du massacre, la réponse donnée par un vieillard, chef du village, fut : « plutôt mourir. »

Un ordre écrit de liquider le bastion bellouniste et portant la signature de Mohammedi Saïd existerait dans les archives de la rébellion. Le responsable FLN voulait montrer à ses supérieurs qu’il était un chef actif, Car il avait essuyé quelques reproches à ce sujet. Le capitaine Arab, responsable de la région sud de Kabylie, organisa une expédition de 350 hommes armés qui encercla Mechta-Casba. Les villageois messalistes furent enfermés dans les différentes masures qui constituaient le hameau. Sur leur refus réitéré de se soumettre, ils firent assassinés, « au fusil, au couteau, à coups de pioche », précise Yves Courrière. Cet auteur, journaliste de terrain à l’époque, donne le chiffre de 304 tués, qu’il porte à 315, car selon lui, onze hommes supplémentaires furent rencontrés sur place et assassinés. La plupart des ouvrages évoquent le chiffre de 301 tués.

Le capitaine Combette, responsable du sous-secteur français, fut vite alerté et se transporta sur les lieux le lendemain. Les autorités civiles et militaires d’Alger informées, ne saisirent pas instantanément la gravité du forfait. La presse du monde entier ne fût convoquée et ne se rendit sur place que deux jours plus tard. Les cadavres avaient déjà été enterrés (pour des motifs religieux autant qu’en raison de la chaleur), mais les traces du massacre étaient visibles partout et les récits des villageois accablants. Le carnage fit la une des journaux du monde entier. La comparaison avec Lidice et Oradour était sous toutes les plumes.

En France le journal socialiste « Le Populaire » écrivit le 3 juin 1957 : « Autant il est faux que la France fasse la guerre à l’Algérie, autant il est tristement établi que le FLN fait la plus farouche des guerres a la population musulmane réfractaire à sa dictature. »

Le 1er juin, dans un éditorial titré « L’Oradour algérien », Combat avait écrit : « L’odieux massacre de Mélouza fait frémir d’horreur. » De son côté, Le Monde affirmait qu’il « laissait loin derrière lui les tueries antérieurement commises par les hors-la—loi ».

Seule la presse communiste refusa de condamner le FLN et se contenta de reproduire les communiqués embarrassés que les rebelles publiaient à Tunis.

Parlant de la « prétendue rivalité entre le FLN et le MNA », L’humanité du 4 juin affirma, à la suite de ses inspirateurs, que Mélouza était un village FLN et que toute la région était sous l’emprise des frontistes. Le journal suggéra que la tuerie était le fait des militaires fiançais.

Ce que révèle le massacre.

Nous avons réservé pour la fin l’indication, très importante, que Mechta-Casba était un hameau arabophone, dans un environnement mixte où villages kabyles et arabes se succédaient en alternance. Les troupes du FLN impliquées dans les assassinats étaient kabyles. Mélouza souligne donc le poids des clivages ethniques, culturels et régionaux au sein de la population musulmane d’Algérie. Constamment niés parle FLN, ces clivages démentent l’unanimité des Algériens à suivre le FLN, comme leur prétendue « unité nationale ». Ce mensonge devenu dogme d’état dans l’Algérie d’aujourd’hui remonte à l’origine même du FLN.

Dans la proclamation qu’elle diffusa le 1er novembre 1954, la rébellion se fixait pour but « l’indépendance nationale par la restauration de l’État algérien, souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques ». La « restauration » souhaitée d’un État algérien était un non-sens historique.

Aucun historien ne peut soutenir qu’un tel État existait avant 1830. Il n’empêche que ce dogme fut invoqué en 1963 pour dénier aux Français vivant en Algérie l’accès à la nationalité algérienne. Les nouveaux maîtres affirmèrent le principe du droit du sang comme fondement du code de la nationalité. La proclamation du 1er novembre 1954 indiquait aussi que des négociations devraient s’ouvrir entre la France et les « porte-parole autorisés du peuple algérien sur les bases de la reconnaissance de la souveraineté algérienne, une et indivisible ». Le choix dans ce texte du mot « autorisés » est hautement révélateur. Pour sa part, le FLN s’employa à supprimer tous ceux qui ne partageaient pas ses points de vue. Messalistes, musulmans pro-Français, communistes même ne furent autorisés ni à s’exprimer, ni parfois à vivre. Mélouza en fût l’une des tragiques illustrations.

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