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Le jour où les Chinois domineront la science.

Dimanche 25 avril 2010 // Le Monde

Le jour où les Chinois domineront la science.

D’ici dix ans, la Chine devrait supplanter les Etats-Unis sur le front de la R&D. L’analyste Jonathan Adams décrit ce « nouvel ordre mondial ».

Depuis qu’elle a entamé sa transition économique, en 1978, la Chine est passée du statut de pays en voie de développement au rang de deuxième puissance économique mondiale. Le pays est également sorti de son isolement politique pour devenir un acteur important au sein de la communauté internationale. Sa fulgurante ascension constitue donc l’un des principaux bouleversements mondiaux de ces dernières années. Pourtant, quand il s’agit de science et de technologie, la plupart des gens imaginent encore une Chine arriérée, pleine d’usines fumantes et d’entreprises sidérurgiques.

C’était peut-être encore le cas, il y a quelques années, mais ce ne l’est plus aujourd’hui. Sans faire de bruit mais à une vitesse stupéfiante, la Chine est en effet devenue la deuxième puissance mondiale, en terme de production scientifique. Aujourd’hui devancé uniquement par les Etats-Unis, la Chine devrait les dépasser avant 2020 si elle continue à ce rythme-là. La face du monde en sera alors changée. L’Amérique du Nord et l’Europe devront renoncer à leur domination historique pour s’adapter au nouvel ordre mondial.

En Occident, l’essentiel de la recherche s’effectue dans des structures où les budgets, le personnel et la production restent relativement constants d’une année sur l’autre. En Europe et en Amérique du Nord, les dépenses de recherche sont supérieures au taux de croissance économique depuis 1945, mais seulement de peu.

En Chine, la situation est différente. D’après les chiffres de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), la dépense intérieure brute de recherche et développement (DIRD) de la Chine, a augmenté de 18 % par an entre 1995 et 2006. La Chine se place donc troisième en termes de DIRD, juste derrière les Etats-Unis et le Japon, et devant tous les pays européens. Les universités chinoises affichent un rythme de croissance similaire. De seulement 5 millions il y a neuf ans, la population étudiante chinoise serait aujourd’hui passée à 25 millions. La Chine compte désormais 1 700 établissements d’enseignement supérieur, dont une centaine font partie du Projet 211 [qui sélectionne les établissements d’excellence sur le territoire]. Ces écoles d’élite forment quatre cinquièmes des doctorants, deux tiers des étudiants diplômés et un tiers des étudiants non diplômés. Elles abritent 96 % des principaux laboratoires du pays et absorbent 70 % des financements destinés à la recherche.

120 000 ARTICLES, PUBLIÉS L’AN DERNIER

Quel est l’impact de ces récentes évolutions ? J’ai récemment rédigé un rapport sur les points forts de la recherche chinoise et sur ses collaborations internationales. Les données de cette étude proviennent de l’agence Thomson Reuters, qui recense les articles scientifiques parus dans 10 500 revues à travers le monde.

En 1998, la Chine avait publié près de 20 000 articles scientifiques. En 2006, ce chiffre se montait à 83 000, soit plus que les grandes nations scientifiques que sont le Japon, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Avec 120 000 articles publiés l’année dernière, la Chine, arrivait en deuxième position, derrière les Etats-Unis (350 000 publications).

Il suffit de comparer ces chiffres avec ceux des Etats-Unis, où la production scientifique, a augmenté de 30 % au cours des dix dernières années, pour comprendre que la recherche en Chine ne suit pas des règles conventionnelles.

La Chine s’est également appliquée à diversifier ses domaines de recherche. En règle générale, les pays industrialisés se concentrent sur les sciences physiques et l’ingénierie, ce que fait précisément la Chine actuellement. Néanmoins, les chercheurs chinois délaissent de plus en plus ce modèle traditionnel pour explorer de nouveaux domaines.

La Chine produit 10 % des publications mondiales en ingénierie, en informatique et en sciences de la Terre (sciences minérales comprises). Elle représente également 20 % des publications sur les matériaux et se trouve à la pointe de la recherche dans les composites, les céramiques et les polymères, tout en étant fortement présente dans la cristallographie et l’ingénierie métallurgique. Les conséquences de cette tendance sur le développement industriel de la Chine sont loin d’être négligeables, à l’heure où le pays passe d’une économie industrielle, à une économie du savoir, fondée sur les travaux de ses propres instituts de recherche.

La recherche agronomique progresse également, à mesure que la Chine adopte une approche plus scientifique de son vaste marché alimentaire. Enfin, la biologie moléculaire, et les domaines connexes, qui faisaient jusqu’alors figure de parents pauvres de la recherche, avec seulement 5 % des ressources, sont subitement devenus des centres d’investissement. Si le développement des sciences biomédicales est aussi fulgurant que le reste de la recherche, la Chine jouera un rôle considérable dans la recherche génétique.

Un avertissement s’impose toutefois : la quantité ne fait pas la qualité. Mesurer la production de littérature scientifique de la Chine, est certes utile et instructif, mais cela ne nous dit rien de la qualité de ces travaux. Pour en juger, on peut se référer aux collaborations existant entre la Chine et d’autres pays réputés pour le haut niveau de leur recherche. Là encore, le constat est révélateur.

Les chercheurs chinois ne travaillent pas dans l’isolement. Le nombre de collaborations internationales est en progression constante. Près de 9 % des articles, publiés par des instituts chinois sont corédigés par des auteurs américains. La corédaction avec des chercheurs japonais et britanniques est elle aussi en augmentation. Les collaborations avec les scientifiques sud-coréens et singapouriens ont presque triplé entre 2004 et 2008, et les partenariats avec l’Australie ont également progressé. Autant de signes qui indiquent peut-être l’émergence d’un réseau scientifique Asie-Pacifique.

Quelles conclusions tirer de ces évolutions. ? Tout d’abord, l’émergence de la Chine en tant que grande puissance scientifique ne fait plus aucun doute. Il ne s’agit plus de savoir si ce pays deviendra un jour la première nation scientifique du monde, mais quand. Plus important encore, la multiplication des collaborations régionales, montre que les nations d’Asie et du Pacifique ne s’appuient plus sur les partenariats avec les institutions européennes et américaines, traditionnellement à la pointe de la recherche mondiale.

Désormais, pour l’Europe et les Etats-Unis, la question n’est plus de savoir s’ils doivent collaborer avec la Chine, mais d’arriver à convaincre les chercheurs chinois de travailler avec eux.

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