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Le ghetto de Varsovie : où les atrocités du Nazisme.

Mercredi 21 novembre 2007 // L’Histoire

Encerclement du ghetto à partir de 3 heures. A 6 heures les Waffen SS au nombre de 16/850
(16 officiers, 850 soldats) effectuent un nettoyage de ce qui reste du ghetto. Les Juifs et les bandits ouvrent un feu nourri et méthodique sur nos unités. Ils arrosent de cocktails Molotov notre tank et les deux engins blindés. Le tank prend feu à deux reprises, sous la pression du feu ennemi, nous effectuons le repli de nos unités engagées.

Nos pertes, en cette première attaque se chiffrent à 12 hommes. C’est ainsi que, dans le rapport qu’il rédige quotidiennement du 20avril au 16mai1943, le général SS Stroop rend compte de l’attaque du ghetto de Varsovie. Les Allemands avaient en effet décidé d’entreprendre la liquidation totale du ghetto le 19 avril 1943, jour de la Pâque juive. Le « nettoyage » dura trois semaines. Car à Varsovie, les nazis rencontrèrent, pour la première fois, une véritable insurrection civile.

En septembre 1939, les troupes allemandes étaient entrées dans la ville, où habitaient quelque 393 000 Juifs - un tiers de la population de la capitale polonaise. Un décret du Gouvernement général, daté du 28 novembre, décide alors de mettre en application les mesures ordonnées par Reinhardt Heydrich, chef du bureau central pour la sécurité du Reich (RSHA), dans une circulaire diffusée une semaine plus tôt. « Aryanisation » des entreprises, concentration des Juifs dans les grandes villes, création de conseils juifs, dont les membres sont soit désignés par les Allemands, soit issus de l’ancienne communauté ( Kelillah). A Varsovie, 24 notables sont chargés d’administrer la communauté juive, présidée par Adam Czerniakow, et d’appliquer les ordres des autorités allemandes qui, d’octobre 1939 à janvier 1940, édictent une série de mesures : port obligatoire, sur la manche droite, d’un brassard blanc marqué d’une étoile de David bleue ; confiscation des biens ; interdiction d’user des transports publics ou de posséder un poste de radio.

Dès octobre 1939, les hommes sont contraints au travail forcé. Les Juifs sans ressources sont désignés par le Judenrat. Mais, fin décembre, le nombre des volontaires étant insuffisant, le Judenrat recrute d’office un certain quota de travailleurs par immeuble. En janvier 1940, enfin, un ordre allemand contraint tous les hommes âgés de 12 à 60 ans à se faire enregistrer. On compte alors quatorze camps de travail dans la seule région de Varsovie, où les Juifs sont occupés à paver des rues, à drainer des marécages, à construire des fortifications. Au mois de mars 1940, le quartier où résident les Juifs de Varsovie est désigné comme « zone d’épidémie ». Le Judenrat a charge d’en barrer les voies d’accès par des murs. En août 1940. la ville est officiellement divisée en trois quartiers : l’allemand, le polonais, le juif Mais c’est le 12octobre 1940, la veille de la fête juive de Yom Kippour (le jour du Grand Pardon), que les Allemands annoncent par haut-parleurs la création, décidée le 2 octobre par Ludwig Fischer, gouverneur du district de Varsovie, de ce qu’ils appellent un « quartier juif ». En fait, il s’agit d’un ghetto, comme ils en ont déjà établi un à Piotrkow en octobre 1939 et à Lodz, rebaptisé Litzmannstadt en février 1940. Dès lors, il sera interdit aux Juifs de résider ailleurs. aux « aryens » d’habiter le ghetto. La décision s’accompagne d’énormes transferts de population : 138 000 Polonais « aryens  » et 138 000 Juifs (selon les statistiques allemandes) doivent rejoindre dans de brefs délais leurs « quartiers  » respectifs. On construit alors de nouveaux murs, hauts de 3 mètres et couronnés de barbelés.

Le 16 novembre, le quartier est bouclé. On y installe les Juifs déportés des bourgades environnantes puis d’Allemagne et d’Autriche. Au total, ce sont 150 000 réfugiés qui affluent. Des milliers d’entre eux errent sans abri ou s’entassent dans les immeubles. Un document allemand de 1941 précise que le quartier Juif couvre 403 hectares, que sa population est de 410 000 personnes, selon un recensement effectué par le Judenrat, de 470 000 à 590 000, selon des estimations allemandes 550 000 semble le chiffre le plus probable. Ainsi, dans chaque appartement vivaient au moins quinze personnes, soit six ou sept, probablement davantage, par pièce.

La faim est durement ressentie et le typhus fait rage on compte 61 000 décès entre janvier 1941 et juillet 1942. Une minorité échappe au sort commun ; elle habite dans les quelques rues considérées comme luxueuses et fréquentes certains lieux de distraction. Ce sont les membres du Service juif du maintien de l’ordre, « communément appelé police juive », de riches commerçants ou relations d’affaires avec les Allemands et rois du marché noir.

La vie s’organise. Les militants de diverses associations liées à des partis politiques créent des dispensaires, des orphelinats, des centres pour les réfugiés, des cantines populaires et Sun tout un important réseau de comités d’immeubles - plus de 2000 dès septembre 1940-, qui, lorsque le ghetto sera assiégé, construiront des abris et des écoles. Les offices religieux sont célébrés clandestinement. Des académies talmudiques (yeshivoth) fonctionnent, ainsi que des bibliothèques, des théâtres et même une faculté de médecine clandestine. Surtout, phénomène unique dans l’histoire, le ghetto écrit, le ghetto archive « Tout le monde écrivait. Journalistes et écrivains, cela va de soi ; mas aussi les instituteurs, les travailleurs sociaux, les jeunes et même les enfants »

Chaïm Kaplan, un enseignant d’hébreu, confirme : « Toute personne qui tient un journal met ses jours en danger mais cela ne fait pas peur J’ai le sentiment profond de la grandeur des temps que nous vivons, de ma responsabilité à leur égard, et j’ai la conviction intime que je remplis ainsi un devoir à l’égard de l’histoire, auquel je n’ai pas le droit de me dérober. Je suis convaincu que la providence m’a mis ici pour remplir cette mission. Mon journal sera une source dont se serviront les futurs historiens. »

L’historien et militant sioniste Emmanuel Ringelblum - dont la thèse sur l’histoire des Juifs à Varsovie jusqu’à l’expulsion de 1527 fait encore autorité aujourd’hui mit alors sur pied une véritable entreprise d’archivage de la vie du ghetto. Délégué à la fin d’août 1939 au 21° Congrès sioniste mondial réuni à Genève, il choisit, à l’annonce de l’entrée de la Wehrmacht en Pologne, de rentrer à Varsovie et d’y rester, alors que la plupart des responsables politiques avaient été évacués avant la chute de la ville. Il rédige alors une chronique de la vie des Juifs de Varsovie, puis constitue des équipes chargées de rassembler tout ce qui concerne le ghetto : c’est l’Oneg Shabbat, « l’allégresse du Shabbat », nom qu’il donne à cette organisation de résistance d’un type spécial. Ces archives, placées dans des bidons de lait et autres récipients métalliques avant d’être enterrées, ont été en partie retrouvées, en 1946 et 1950. Le reste est probablement perdu à jamais. Elles constituent une source majeure pour l’histoire du ghetto.

La vie politique s’organise, elle aussi. Mais elle est cruellement affaiblie par l’absence des élites et par la teneur que font régner les nazis. Les groupes les plus actifs sont les groupes sionistes, ceux du Bund et les communistes du parti communiste clandestin le« Parti des travailleurs polonais »>. Cependant, aucun plan de résistance armée n’est élaboré, pas même au sein des mouvements de jeunesse, qui deviendront pourtant les forces vives de la Résistance. Les premiers récits des meurtres de masse perpétrés par les nazis arrivent au ghetto à l’automne 1941. Ils causent un choc, maison n’y voit encore qu’une vague de pogroms particulièrement violente, qui n’a pas nécessairement d’implication pour les Juifs de Varsovie. Le témoignage détaillé fourni en janvier 1942, sous le pseudonyme de Jakuh Grojnowski, par un jeune Juif échappé du Sonderkommando de Chelmno, puis, en avril 1942, celui de deux frères qui ont assisté à la déportation des habitants du ghetto de Lublin, rencontrent encore le scepticisme. Pourtant, ces nouvelles modifient l’attitude des groupes politiques : on parle désormais de les unifier on évoque la possibilité d’une lutte armée.

Dès lors, Oneg Shabbat se consacra aussi à informer le monde. En mars 1942, un premier rapport contenant une description précise de Chelmno, rédigé sur la base du témoignage de Grojnowski, était envoyé au gouvernement de Londres, suivi de plusieurs autres décrivant l’anéantissement des communautés juives et donnant le chiffre de 700 000 morts en juin 1942. Jusqu’en avril 1942, les Allemands se sont totalement désintéressés de ces groupes clandestins. Tout change dans la « nuit sanglante  » du 17 au 18 avril 1942. Une cinquantaine de militants des mouvements sociaux, mais aussi des Juifs enrichis figurant sur leurs listes, sont fusillés dans la rue par des officiers SS. Dès lors l’idée d’une résistance armée grandit dans l’esprit des dirigeants des mouvements politiques. D’autant que des hommes sont encore abattus au cours des nuits suivantes, victimes choisies au hasard, afin de terroriser la population.

A l’été 1942, Hermann Höfle commandant l’état-major spécial chargé des rafles, arrive à Varsovie, à la tête d’un commando. A l’aube du 22juiliet, veille du 9 AV jour de commémoration de la destruction des deux Temples, les murs du ghetto sont placés sous la garde des « bleus », la police polonaise et de troupe lituaniennes et lettones. Hôfle et ses aides se rendent au siège du Judenrat : « Le Sturmbannfùhrer Hofle et ses compagnons sont arrivés à 10 heures, écrit Adam Czerniakow dans son journal. On a coupé le téléphone. Les enfants ont été éloignés de la cour proche de la communauté On nous a déclaré, que à l’exception de quelques cas, tous les Juifs, sans exception d’âge et de sexe, seraient évacués vers l’Est. Aujourd’hui, nous devons livrer un contingent de 6 000 personnes avant 16 heures. Il en sera de même (sinon plus), chaque jour.

« Le Sturmbannfuhrer Hofle m’a prié de le suivre dans son bureau et m’a déclaré que, pour l’instant, ma femme était libre mais que, si l’évacuation n’était pas couronnée de succès, elle serait la première à être fusillée comme otage. » Le lendemain, Adam Czerniakow se suicide, Il laisse un mot à sa femme : « On veut que je tue de mes propres mains les enfants de mon peuple. » Le rôle du Judenrat a suscité de violentes polémiques. Rendu responsable par les Allemands de l’administration du ghetto, gérant 30 départements (budget, santé, secours, sépultures...), il employait jusqu’à 6 000 personnes. Les jugements très durs concernant Adam Czerniakow sont devenus, après la découverte de son journal, plus nuancés. Czerniakow témoigne d’un grand sens des responsabilités envers son peuple, d’une grande sensibilité à ses souffrances. Eût-il été sans défaut, constitué exclusivement d’hommes dévoués, les efforts du Judenrat étaient voués à l’échec. Il devint, avec la mise en oeuvre de la solution finale par les nazis, un rouage de la déportation. De cela, Czerniakow ne prit conscience que tardivement, lors de la grande déportation dc juillet 1942.

C’est le service d’ordre juif (Ordnungsdienst) qui est chargé de conduire les Juifs sur l’Umschlagplatz , le lieu où ils sont concentrés avant d’être déportés. Au rythme de 5 000 à 7 000 déportés par jour, le ghetto se vide. Une gare a été aménagée sur l’Umschlagplatz, d’où partent les trains pour le centre de mise à mort de Treblinka, à 120 kilomètres de là. La déportation a duré sept semaines. Quand elle se termine, le 12 septembre 1942, il reste 33 400 Juifs dans le ghetto ; 8 000 ont réussi à passer du côté « aryen ». Furent épargnés, en principe, les Juifs travaillant dans l’administration du judenrat (6000 personnes), dans la police juive ou dans les ateliers installés par les firmes allemandes. S’y ajoutent une trentaine de milliers de clandestins. Selon diverses estimations, 265 000 à 310 332 Juifs déportés de Varsovie ont été gazés dès leur arrivée à Treblinka les autres sont morts de faim ou du typhus.

Si l’on en croit l’historien Yisrael Gutman, grand spécialiste des Juifs de Varsovie pendant la Seconde Guerre mondiale, hormis une poignée de militants, la population du ghetto n’a que très tard compris ce que signifiait la « réinstallation  » des Juifs à l’Est. La vérité n’apparaît qu’à la mi-août 1942, après qu’un émissaire du Bund, Zalman Friedrich, envoyé sur les traces des déportés, eut découvert la vraie nature de Treblinka. Aucun acte de résistance violente ne marque la grande déportation. Et ce pour plusieurs raisons l’ignorance et l’incertitude sur le sort des évacués la croyance dans le fait que les Allemands ne déporteront qu’une fraction de la population, renforcée par les rumeurs constantes annonçant la fin de l’opération. Enfin, l’annihilation de toute force chez des hommes et des femmes déjà affaiblis par l’isolement, la faim, les maladies et la mort, qui hantent le ghetto depuis deux ans.

Après les déportations, le ghetto est réduit à quatre enclaves, séparées par des no man’s land :

  1. Le ghetto central, dans la ville juive traditionnelle, où résident les employés du Judenrat et ce qui reste de la police juive - il abrite aussi plusieurs ateliers et les logements de ceux qui travaillent hors du ghetto.
  2. L’enclave des grands ateliers (Tœbbens et Schultz), où résident une vingtaine de milliers de Juifs logeant dans des dortoirs.
  3. L’usine de brosses et ses ouvriers
  4. Le petit ghetto, enfin.

Ce qui reste du ghetto est en fait devenu un camp de travail.

L’état d’esprit y a bien changé. Pendant la déportation, chacun était uniquement préoccupé de sa propre survie et de celle de ses proches. Mais à l’automne 1942 tout le monde a compris la terrible réalité. L’idée d’une résistance armée a pris forme. Elle se concrétise en octobre1942, lorsque naît l’Organisation juive de combat (OJC). A sa tête, un responsable de l’Hashomer Hatzaïras Mordekhaï Anielewiez. âgé de 24 ans. « Il mesurait exactement les chances de ce combat inégal, écrit Emmanuel Ringelblum. Il prévoyait la destruction du ghetto et des échoppes. Il était certain que ni lui ni ses combattants ne survivraient à la liquidation du ghetto, qu’ils périraient comme des chiens, sans feu ni lieu, et que nul ne connaîtrait même l’emplacement de leur tombe. Son principal souci est de se procurer des armes. Il demanda de façon pressante à l’organisation de Résistance polonaise de lui en fournir. Avec beaucoup « de méfiance et de réserve », elle lui fit parvenir dix revolvers.

On connaît moins bien l’histoire d’une autre organisation militaire, qui comptait environ 300 membres à la fin de l’année 1942.

Le baptême du feu du 18 janvier 1943 marque une rupture. Si les pertes sont lourdes (les quatre cinquièmes des 600 membres de l’OJC disparaissent), l’Aktion n’en a pas moins été stoppée. Surtout, l’attitude des habitants a changé. L’idée que toute résistance entraîne la liquidation du ghetto a disparu, une partie de la presse clandestine de la Résistance polonaise décrit les combats et exprime son admiration pour les combattants juifs. L’OJC reçoit 49 nouveaux revolvers et décide de fabriquer des cocktails Molotov.

Contraints d’abandonner le système des rafles, les Allemands le remplacent par des convocations. Mais quand les ouvriers des ateliers de menuiserie ou les brossiers sont convoqués pour être déportés, ils ne se présentent pas. L’OJC est désormais soutenue par tout le ghetto. Chacun lui paie l’impôt, y compris le Judenrat. Pour les Allemands, il est clair que les Juifs ne quitteront plus de leur plein gré le ghetto de Varsovie. Pendant les quatre-vingt-sept jours qui séparent les premières actions armées de l’insurrection, la résistance s’organise. Elle répartit les groupes de combattants entre les différentes enclaves, les entraîne, rassemble de l’argent pour acheter des armes du côté « aryen » et les passer en contrebande. Elle purge aussi le ghetto d’une douzaine de collaborateurs. La population civile, quant à elle, parfait l’aménagement des abris et installe des bunkers, parfois très sophistiqués.

Le 19 avril 1943. à 2 heures du matin, les premiers rapports des postes de guet installés par I’OJC indiquent que des gendarmes allemands et des policiers encerclent le ghetto. C’est l’alerte pour tous les groupes de combat. La population civile se cache dans les bunkers, les caves, les souterrains aménagés à cet effet, les caves, les souterrains aménagés à cet effet. A 5 heures  les Allemands pénètrent, par petits groupes, sur les terrains vagues qui entourent le ghetto. A 7heures, ils avancent en deux colonnes serrées et au pas cadencé, dans les apparemment désertes du ghetto central. La première colonne, qui marche en chantant, est attaquée et obligée de battre en retraite en abandonnant des blessés. La seconde tente de prendre position au croisement des rues Mila et Zumenhof. C’est alors que les groupes de combat, ceux de l’organisation juive de combat comme ceux de l’Alliance militaire juive, ouvrent le feu. Cette première attaque fera 12 morts et blessés dans le camp allemand. A 14 heures, il n’y a plus un seul Allemand dans le ghetto.

Le lendemain, les combats reprennent. Le général Stroop a changé de tactique et veut prendre les maisons une par une. Mais les combattants juifs tirent des toits ou des abris, si bien que trois officiers allemands, armes pointées vers le sol, cocarde blanche à la boutonnière, tentent de négocier un cessez-le-feu pour évacuer leurs deux morts et huit blessés. Le troisième jour, les Allemands s’infiltrent dans le ghetto par petits groupes, et incendient systématiquement les maisons. Les combats se poursuivront pendant quinze jours.

Le 8 mai 1943 le commandement de l’OJC, siégeant dans unbunker du 18 rue Mila, est encerclé par les Allemands. Aucun de ses membres ne veut se rendre vivant. La plupart se suicident parmi eux, Mordekhaï Anielewicz. Le 10 mai, il ne reste plus que deux groupes de combat dans le ghetto, soit une centaine de personnes selon certains témoignages. Leur trace se perd à la mi-juin. Le 16mai1943, le général SS Stroop détruit e la plus grande synagogue de Varsovie, située en dehors du ghetto, et annonce la fin du quartier juif de Varsovie. En juillet 1943 les Allemands installent dans le ghetto un petit camp de concentration, ils transfèrent environ 3 000 détenus d’Auschwitz, pour récupérer les biens des Juifs et déblayer les ruines. Car nulletrace du ghetto ne doit subsister. -Trois semaines durant, les combattants de l’OJC et ceux de l’Union militaire juive - 750 en tout -, armés de pistolets, de grenades et de cocktails Molotov, ont donc tenu tête à quelque 2 000 soldats allemands, entraînés à la guerre et munis de chars, de canons, de lance-flammes.

Côté allemand, le nombre des victimes est peu élevé ; dans son rapport, le général Stroop fait état de 16 morts, et il n’y a pas de raison de contester les chiffres de celui qui s’enorgueillissait de savictoire. Parmi les combattants juifs, 80 survécurent à l’insurrection. Certains d’entre eux trouvèrent plus tard la mort dans des unités de partisans, d’autres périrent dans les combats de l’insurrection de Varsovie, à l’été 1944. A la Libération, il ne restait qu’une douzaine d’acteurs du soulèvement du ghetto.

Très vite, l’insurrection du ghetto de Varsovie fut choisie comme date de commémoration du sort des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Un Monument au peuple juif ses héros et ses martyrs, réalisé par le sculpteur Nathan Rapoport, a été installé pour le cinquième anniversaire de l’insurrection, le 19 avril 1948, à l’emplacement du ghetto. Sur le mur occidental, ouvert sur la grande place, sept figures de héros ont été sculptées. L’autre face est celle des martyrs. Douze figures courbées - les douze tribus d’Israël représentant les Juifs de l’Exil, résignés à leur destin. Cette représentation de l’insurrection illustre bien ce qui s’est passe dans le monde juif de l’après-guerre, en Pologne, en France comme en Israël, et ce, jusqu’aux années 1980, avant que le culte des victimes ne prenne le pas sur celui des héros. Le souvenir des résistants permet de réintégrer les Juifs dans l’humanité combattante, et par là même dans l’humanité dont le nazisme avait voulu les retrancher. Les héros de Varsovie ont, selon leur propre formule, « sauvé l’honneur juif » comme s’il y avait un déshonneur à être victime d’un assassinat de masse.

Dans le même temps, cette vision efface ce que fut la tragédie des ghettos et permet de négliger l’angoissante réalité. Car le soulèvement du ghetto n’est pas une bataille opposant deux années, comme celle de Stalingrad à laquelle il fut souvent comparé, notamment dans le monde communiste. Ce n’est pas non plus une insurrection visant à renverser un pouvoir établi.

Au-delà de l’admiration, du respect qu’inspirent cette poignée de combattants, il reste que le choix devant lequel fut placée l’OJC fut simplement celui de sa mort. Mourir à Treblinka ou les armes à la main. « Peut-on même parler d’insurrection ? se demande Marek Edelman, le seul survivant des chefs de l’OJC. Ne s’agissait-il pas plutôt de ne pas les laisser venir nous égorger ? Au fond, il s’agissait seulement de choisir sa façon de mourir. »

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