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Le gaz de schiste en France : Une indépendance énergétique au prix d’un désastre écologique ?

Mercredi 23 mars 2011 // La France


Le gaz de schiste en France : Une indépendance énergétique au prix d’un désastre écologique ?

Sans aucune information, ni consultation publique, Jean-Louis Borloo (qui s’était autoproclamé champion des énergies renouvelables) a octroyé au 1er mars 2010 aux pétroliers français Total et Texan Schuepbach (avec comme partenaire GDF-Suez), trois permis de recherche (Permis de Montélimar, Permis de Nant et Permis de Villeneuve de Berg) pour rechercher le gaz de schiste sur une zone de près de 10 000 km2 dans le Sud de la France, touchant les départements de la Drome, Ardèche, Vaucluse, Gard, Hérault, Aveyron et Lozère, allant de Montélimar à Montpellier et remontant à l’ouest le long du parc naturel des Cévennes.

La montée des résistances contre les opérations d’exploration du gaz de schiste dans les départements concernés du Sud de la France s’inscrit dans un front du refus des politiques libérales de l’Union européenne dont les seuls objectifs concernent les intérêts privés et non les intérêts communs sociaux (droit à l’énergie) et environnementaux (protection des milieux et des ressources naturelles comme l’eau).

Des enjeux énormes en contradiction avec les résolutions du Grenelle de l’Environnement.

Discrètement lancée en France, la course aux gaz de schistes pourrait donner au pays une indépendance énergétique mais lui coûter un désastre écologique. Les enjeux sont énormes et pourraient changer la donne géopolitique liée à l’accès aux énergies fossiles. En cas d’exploitation, c’est la possibilité pour l’Occident (Europe, Amérique du nord) de reprendre la main face à la Russie, pays producteur de gaz et aux pays du Sud producteurs de gaz et de pétrole. Un enjeu faramineux conditionné par une technologie brutale et face auquel le souci environnemental et les déclarations gouvernementales pour une énergie décarbonée risquent de faire pâle figure.

Le gaz de schiste est appelé gaz non conventionnel parce qu’il ne peut pas être exploité avec les moyens de forage classiques, du fait de son inclusion fractionnée dans la roche. La technique employée, mise au point et vendue par la société texane Halliburton (la même qui s’est fait tristement connaître au moment de la Guerre en Irak) est particulièrement agressive. Baptisée « fracturation hydraulique » (ou « fracking » en anglais), elle consiste à forer entre 2 000 et 4 000 m sous terre pour récupérer des micro poches de gaz emprisonnées dans le mille-feuilles des roches de schiste. Pour cela, un mélange d’eau, de sable et de produits chimiques est injecté sous pression (jusqu’à 600 bars), fissurant les roches souterraines, libérant le gaz qui peut ensuite être acheminé vers la surface. Pour chaque puits d’extraction, 7 à 15.000 m3 d’eau sont injectés et un puits peut être fracturé plus de 10 fois. Ensuite, on déménage 200 à 500 mètres plus loin pour renouveler l’opération. Pour chaque puits, 200 allers retours de camions sont nécessaires au transport des matériaux, de l’eau et du gaz.

C’est une véritable fuite en avant qui va à l’encontre des nombreux engagements pris lors du Grenelle de l’Environnement par Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Ecologie : transition vers des énergies décarbonées, réduction de la circulation automobile, protection des sources d’eau potable, protection des zones naturelles sensibles…

Pour ce qui est des quantités d’eau à mobiliser, le choix de la région, frappée de sécheresse endémique depuis plusieurs années (notamment en Drôme et en Ardèche), est loin de satisfaire au principe de préservation des ressources en eau énoncé à l’article 27 du Grenelle : «  …. garantir l’approvisionnement durable en eau de bonne qualité propre à satisfaire les besoins essentiels des citoyens... ».

Des expériences catastrophiques, non seulement au niveau local mais également au niveau planétaire

L’expérience aux Etats-Unis indique que le bilan de l’exploitation du gaz de schiste est catastrophique pour l’environnement : pollution des nappes phréatiques, destruction des paysages et des milieux naturels. En France, la Société Total a tout prévu, en cas de nuisances, la notice d’impact propose aux habitants « la possibilité d’introduire un dossier auprès du Mécénat Total pour des actions patrimoniales ou culturelles » !

Mais l’impact de l’exploitation du gaz de schiste ne reste pas cantonné seulement à l’échelle locale. Les climatologues britanniques du Tyndall Centre for Climate Change Research viennent de publier un rapport indiquant que la planète ne sera pas non plus épargnée par le gaz de schiste. Loin de se substituer au charbon, le gaz de schiste va alimenter une demande mondiale d’énergie croissante. La consommation des gaz non conventionnels va accroître la concentration de CO2 dans l’atmosphère (de 3 à 11 ppm), réduisant de ce seul fait tout espoir de maintenir le système climatique en-deçà d’un seuil jugé dangereux (1,5 °C ou 2°C).

Le tollé intervenu en apprenant l’octroi par Jean-Louis Borloo de ces permis d’exploration dans le Sud de la France, et ceci dans la plus grande opacité, a contraint la ministre chargé de l’Environnement, Nathalie Kosciusko-Morizet, à faire machine arrière lors des questions à l’Assemblée nationale le 2 février, déclarant deux jours plus tard à La Tribune que « le sujet a été insuffisamment exploré au moment où ces permis ont été attribués… ». Mais comment porter un crédit à la déclaration suivante : « l’exploitation n’est cependant pas autorisée, rien ne nous y oblige, et si on ne veut pas l’autoriser, on ne le fera pas », comme si nous ne savions pas que la valeur d’une telle déclaration n’engage que celles et ceux qui y croient !

Est-il besoin de le démontrer à nouveau, la confusion la plus totale est la règle pour ce gouvernement qui prend dans la plus grande opacité des décisions stratégiques à l’opposé de ses propres déclarations en matière de politique énergétique. A titre d’exemple, Jean Louis Borloo préface en juillet 2009 un Dossier spécial du Brgm (Bureau de recherches géologiques et minières) sur les « 10 enjeux des géosciences » à l’occasion de l’année internationale de la planète Terre « …construire un nouveau modèle de croissance, sobre en carbone et en énergie, respectueux de l’environnement et des générations futures ». En même temps, ce Dossier n’évoque nulle part les enjeux de l’exploration du gaz de schiste bien qu’un article de synthèse soit présenté par Total, intitulé « Pétrole, gaz : pic ou plateau » !!! On croit rêver. C’est une stratégie qui jette aux orties le combat écologique au profit des opérateurs privés que sont Total, GDF-Suez.

La plus grande confusion au niveau de l’Union européenne

La plus grande confusion règne tout autant au niveau de la Commission européenne. Le Commissaire européen à l’énergie, Gunther Oettinger, membre de la CDU en Allemagne, déclarait le 30 novembre 2010 au journal polonais « Gazeta Wyborcza » qu’il était nécessaire que les Etats-membres de l’Union européenne exploitent le gaz de schiste, déclaration stupéfiante au vu des graves effets constatés sur l’environnement et en contradiction flagrante avec les orientations du Plan climat énergie de 2008 et la politique énergétique européenne affichée à l’horizon 2050. L’orientation majeure déclarée est une décarbonisation majeure de l’économie européenne avec un objectif de réduction des émissions des gaz à effet de serre de 80% pour les 27 Etats-membres, avec des objectifs intermédiaires qui suppose des émissions de 40% vers 2030 et de 60% en 2040.

Plusieurs questions ont été posées à la Commission européenne depuis mars 2010, date à laquelle Jean-Louis Borloo octroyait généreusement les permis d’exploration dans le sud de la France :

  1. La Commission a-t-elle réalisé des études sur les différents aspects du gaz de schiste (l’environnement, la sécurité énergétique et le changement climatique) ?
  2. La Commission dispose-t-elle de chiffres sur les émissions tout au long du cycle de vie du gaz naturel produit à partir du schiste ? Quel rapport entretiennent-elles avec les émissions d’autres sources énergétiques ?
  3. Dans quelle mesure la Commission a-t-elle intégré les gisements potentiels de gaz de schiste de l’Union européenne dans ses travaux sur la sécurité énergétique, par exemple dans sa seconde analyse stratégique de la politique énergétique ?
  4. La Commission a-t-elle abordé la question du gaz naturel non conventionnel avec d’autres acteurs internationaux, notamment les États-Unis, d’où nous viennent ces derniers développements ?
  5. Des règlements européens régissent-ils les gisements de gaz non conventionnel, afin de garantir que les activités liées au gaz de schiste ne mettent pas en danger les ressources en eau ?

Alors que les opérations d’exploration ont déjà été mises en œuvre en Allemagne, Grande- Bretagne, Pologne, la Commission reconnaît que les études sur les conséquences environnementales de l’exploitation du gaz de schiste n’ont pas été entreprises. Le seul aspect mentionné par la Commission sur une telle exploitation est de renvoyer cette question stratégique au niveau du dialogue Union européenne–Etats-Unis sur les questions énergétiques, suggérant que ce type de dialogue soit la plate-forme tout à fait adaptée pour les échanges de vues sur les « meilleures pratiques d’exploitation ».

Un dialogue stratégique Europe – Etats-Unis ou comment l’élite du gaz de schiste se retrouve en conférence à Paris

Les points de vue américains et européens étaient donnés comme totalement différents sur les gaz de schiste. Mais du 31 janvier au 2 février, les ministres de l’Energie, représentant les poids lourds du secteur du gaz, se sont retrouvés à Paris pour trouver des positions communes lors de la conférence European Unconventional Gas Summit (2 800 € le ticket d’entrée pour les journalistes qui souhaitaient couvrir une telle rencontre !). L’objectif de la rencontre était de permettre aux industriels de rencontrer des décideurs politiques afin qu’ils puissent acquérir les connaissances sur les décisions politiques et le développement des réglementations qui les aideront à mieux redéfinir leur stratégie sur les gaz non conventionnels de leurs pays. L’objectif final est bien de voir comment faire accepter par le public les risques de la technique nord-américaine de la fracturation hydraulique, de bénéficier de l’expérience américaine en la matière, de mesurer l’influence de cette nouvelle manne sur les politiques publiques et environnementales de chaque pays.

D’autres perspectives pour une réelle transition énergétique

La montée des résistances contre les opérations d’exploration du gaz de schiste dans les départements concernés du Sud de la France s’inscrit dans un front du refus des politiques libérales de l’Union européenne dont les seuls objectifs concernent les intérêts privés et non les intérêts communs sociaux (droit à l’énergie) et environnementaux (protection des milieux et des ressources naturelles comme l’eau).

Aux orientations que ne manqueront pas de faire prévaloir auprès de la Commission Européenne les prospecteurs de gaz de schiste et les opérateurs financiers internationaux soucieux avant tout de leurs intérêts propres, nous devons opposer une autre orientation fondée sur un engagement résolu, celui d’une politique de transformation énergétique prenant en compte les enjeux climatiques, l’intérêt commun à travers une politique publique de l’énergie, et non sa privatisation au seul profit des opérateurs européens et américains.

Les décisions de prospection prises aujourd’hui, et bientôt sans doute, si on laisse faire, d’exploitation, illustrent les risques que fait courir à nos sociétés la libéralisation du marché de l’énergie et la nécessité impérieuse d’une régulation que ne permet pas le Traité de Lisbonne. On voit mal d’ailleurs comment les formations politiques qui appuient la construction européenne sur la base de ce traité, peuvent s’opposer à l’exploration des gaz de schiste et répondre en même temps aux questionnements légitimes des citoyens qu’ils prétendent représenter et défendre.

Face à des décisions stratégiques qui touchent l’avenir énergétique du pays, la vie des populations locales, la préservation des milieux et des ressources naturelles vitales, telles que l’eau par exemple, le manque de transparence, le déni de démocratie à tous les niveaux – européen, national, local – caractérisent le comportement des acteurs politiques acquis aux thèses libérales et aux principes de la gouvernance (la démocratie sans le peuple) inscrites dans la démarche de l’Union européenne et de la Commission.

C’est bien à une refondation de la politique énergétique nationale que le M’PEP appelle les partenaires du Front de gauche et toutes les forces de la gauche antilibérale, dans le cadre d’un programme partagé visant à une transition écologique et énergétique démocratique.

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