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Le fantôme de Poutine restera au Kremlin.

Mardi 8 janvier 2008 // Le Monde

Avec le choix de Dimtri Medvedev le président actuel continuera de peser de façon déterminante sur la politique du pays.

Je rends hommage au Président de la République Française Monsieur Nicolas Sarkozy, doit être félicité pour avoir eu la politesse et le sens de l’état, en félicitant Monsieur Vladimir Poutine à l’issue de son triomphe aux élections législatives dans sa grande et belle Russie.

Les chiens aboient, la caravane passe : le vieux dicton arabe peut aussi se dire en russe comme viennent de le prouver les compatriotes de Vladimir Poutine. Indifférents aux hurlements hystériques du grand bazar médiatique occidental, ils ont réservé un triomphe (64,3 0/o des suffrages) aux listes du parti Russie Unie dont le chef du Kremlin avait pris symboliquement la tête à l’occasion des élections législatives du 2 décembre dernier. Avec le renfort des deux autres grandes formations qui le soutiennent, le parti national libéral démocrate et Russie Juste, ce sont 80 % des électeurs qui ont plébiscité la politique menée par le président russe depuis son accession au pouvoir suprême. Après une telle consécration, qui aurait osé encore lui contester le droit de choisir lui-même son dauphin, ce qu’il s’est empressé de faire le 10 décembre, en proposant à sa succession le jeune vice-premier ministre Dimitri Medvedev.

Une énigme vivante.

Élu en 2000 par 52,4 o/o des voix, réélu quatre ans plus tard avec 71,22 o/o des suffrages, Vladimir Poutine aurait pu sans crainte briguer un troisième mandat consécutif le 14 mars prochain, même si la Constitution le lui interdisait en théorie. Il lui eût suffi d’en demander la révision, répondant ainsi aux voeux d’une large majoritéde l’opinion. Il ne l’a pas voulu, soucieux sans doute d’habituer ses compatriotes une certaine normalité institutionnelle après la longue période d’instabilité et d’incertitudes qui a suivi la fin de l’Union Soviétique.

L’homme est de toute façon une énigme vivante. Il aime à déjouer les prévisions. Obscur lieutenant-colonel du FSB (l’exKGB), propulsé à la tête de l’administration présidentielle puis du gouvernement par les proches de Boris Eltsine qui croyaient en faire leur créature, il s’est tout de suite retourné contre eux. Mis en place pour achever l’abaissement de la Russie et permettre aux « oligarques  », ces vautours de la finance, d’en dépecer les restes, il les a brisés d’une poigne de fer. Ceux-là croyaient avoir installé au Kremlin un docile liquidateur, ils se sont heurtés à un intraitable restaurateur de l’État et de la puissance russes. Ils ont payé cher leur erreur. Les uns, comme Mikhaïl Khodorkovski, qui se vantait d’avoir acheté la moitié des députés de la Douma, croupissent en prison. D’autres, tels Boris Berezovski ou Vladimir Goussinski, ont pris le chemin de l’exil où ils jouent les défenseurs de la démocratie et des droits de l’homme auprès de médias occidentaux bernés ou complices.

Une convalescence spectaculaire.

Cette seule remise en ordre eut suffi pour assurer à Poutine un prestige durable auprès de son peuple. Mais le nouveau président possédait une véritable intelligence politique. Elle l’amena rapidement à comprendre qu’aux maux innombrables hérités du régime soviétique, étaient venus se superposer, ceux provoqués par la politique d’occidentalisation forcenée, de libéralisme politique et économique effréné, mise en œuvre par les gouvernements successifsdc l’ère Eltsine. Politique totalement étrangère à l’histoire, aux traditions et aux mentalités de la Russie et, par là même, aussi inadaptée que nuisible. On jouait à la démocratie quand il y avait le feu à la maison Russie : effondrement économique, misère sociale, délitement des forces armées, menées sécessionnistes meurtrières dans le Caucase, désespérance généralisée...

Dans cette perspective, le renforcement considérable des pouvoirs présidentiels, autant que la foudroyante et brutale reprise en mains du secteur pétrolier et gazier bientôt transformé en arme stratégique et géopolitique, ont très vite témoigné de la pertinence des intuitions et des analyses du nouveau maître du Kremlin. Avec de bons remèdes, la vieille Russie que certains prétendaient agonisante, n’a pas tardé se remettre sur ses pieds. On a rarement connu de convalescence aussi spectaculaire. En moins de cinq ans, son PIB a été multiplié par trois.

 Ses réserves de change, devenues les troisièmes du monde, sont passées de 12 milliards de dollars à la fin de 1999 à 304 milliards en janvier 2007. Sa capitalisation boursière augmente de 50 à 100% chaque année. Et les experts de l’OCDE eux-mêmes sont contraints de reconnaître que le décuplement des prix du pétrole ne suffit pas expliquer pareil miracle. De leur propre aveu, la part de l’or noir ne participe que pour 1% au rythme de croissance annuel proche des 7%, le reste « devant être attribué aux succès des réformes structurelles, aux gains de productivité et à l’augmentation de la demande intérieure ». Une façon toute technocratique d’admettre que le niveau de vie de la population s’est, lui aussi, sensiblement amélioré.

La rage impuissante du camp « démocrate »

Un État rétabli dans ses prérogatives à l’intérieur et dans son prestige à l’extérieur ; une armée revivifiée et rassérénée, dont le budget a quadruplé en sept ans ; une économie régénérée une démographie renaissante grâce à de puissantes incitations financières à la natalité : pareil bilan permet de comprendre l’espèce de vénération dont les « Larges masses  », comme l’on disait sous le défunt régime soviétique, entourent aujourd’hui le chef du Kremlin. Il explique aussi la rage dont témoignent les diverses sectes de la religion démocratique et humanitaire. Ce succès constitue pour elles un insupportable défi. Crime inexpiable le médecin Poutine a certes guéri le malade, mais c’est avec de mauvaises pilules Il faut brûler ce sorcier, cet infime rebouteux politique qui refuse de s’incliner devant les idoles contemporaines.

Et voilà comment un orthodoxe pratiquant qu’on rencontre chaque dimanche à la messe, un dirigeant qui n’a pas craint de rendre à leur terre natale les restes glorieux des anciens généraux de l’Armée blanche ; un chef d’État qui a supprimé d’un trait de plume les célébrations de la Révolution d’Octobre pour transférer la fête nationale au 4 novembre, date de la grande insurrection nationale de 1612 contre les occupants polonais et lituaniens, se trouve accuse par un Gary Kasparov de vouloir rétablir insidieusement le système soviétique ! En Occident, mille langues de vipères nous le répètent jour après jour et sur tous les tons : cet homme-là est dangereux. N’est-il pas uniquement entouré de gens de sac et de corde, ces horribles siloviki, tous issus des services de sécurité et du complexe militaro-industriel ?

Quel rôle après mars 2008 ?

Pas de chance ! Voilà que Vladimir Poutine vient de se choisir pour successeur le jeune Dimitri Medvedev (42 ans) qui passe pour être la bête noire des principaux dirigeants des organes de sécurité et de leur chef de file, l’ancien ministre de la Défense Sergueï Ivanov lequel avait mis en place un puissant réseau de soutien en vue de sa propre candidature au Kremlin. L’affaire est d’autant plus piquante qu’elle contraint les commentateurs à le rappeler : Poutine et Medvedev sont des intimes depuis 17 ans, c’est-à-dire depuis l’époque où ils comptèrent l’un et l’autre parmi les proches conseillers du maire de Saint-Pétersbourg, le très libéral Anatoli Sobtchak. Alors, après avoir évoqué un prétendu retour au système soviétique, va-t-il falloir parler maintenant d’un « tournant libéral  » en Russie.

La vérité est qu’on attraperait facilement le tournis à suivre les analyses embrouillées de nos experts médiatiques dont tout l’art consiste à tenter de plaquer en vain des schémas de compréhension occidentaux sur des réalités qui relèvent de logiques bien différentes. Les Russes, eux, n’ont qu’un souci, c’est de savoir comment leur cher Poutine va trouver le moyen de continuer à mener le redressement du pays après son départ du Kremlin. Acceptera-t-il le poste de Premier ministre, avec pouvoirs renforcés, que lui propose déjà Medvedev ? A-t-il une autre solution en tête ? Signe des temps dans Moscou enneigée, les foules se pressent devant les salles de cinéma pour assister à la dernière superproduction à succès. Celle-ci évoque avec somptuosité la période historique dite de « la fin des troubles », quand une assemblée de boyards, de dignitaires du clergé orthodoxe et de bourgeois fit allégeance au jeune Mikhaïl Fiodorovitch, le premier des Romanov à monter sur le trône de Russie. Le réalisateur du film, Vladimir Khotinenko, répète dans d’innombrables interviews que Poutine pourrait être aussi, s’il le voulait un jour, un faiseur de roi. « Au plus profond de leur coeur ce que veulent aujourd’hui les Russes, dit-il, c’est l’avènement d’un Tsar ».

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