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Le destin opaque de Jacques Chirac,

ancien Président de la République, face au défi de Nicolas Sarkozy le « Patron » que les Français attendaient depuis des années.

Mardi 26 juin 2007, par Paul Vaurs // La France

En prélude à ce dossier, je tiens à blâmer les journalistes qui se gaussent de tout savoir, et portent des jugements irresponsables sur la personne du Président Nicolas Sarkozy, dont l’action, est approuvée par près de 70% de la population. Je fais notamment allusion à deux « journalistes » qui jouent aux paons le samedi matin à 07 heures 30 sur I télévision.

La décennie 1995-2005 a été marquée sur le plan institutionnel par le raccourcissement du mandat présidentiel à cinq ans, l’inversion du calendrier électoral et le rejet d’une Constitution européenne. Sur le plan politique, on a assisté à la poursuite des alternances et à des sanctions régulières par les électeurs du pouvoir en place. Élu président en 1995, Jacques Chirac a perdu les législatives de 1997, ce qui a ouvert la voie à une cohabitation de cinq ans entre un président de droite et un Premier ministre de gauche. Le président sortant a été réélu en 2002 pour un second mandat dans des conditions très particulières, la gauche sanctionnée ayant été éliminée du second tour au profit du leader de l’extrême droite. Les élections régionales et européennes de 2004 ont à nouveau été marquées par un désaveu à l’égard de la droite.

Le système politique français a souvent été qualifié de semi-présidentiel. Il se caractérise par la dualité qu’il instaure au sommet de l’État : le pouvoir exécutif est en effet réparti entre un président de la République et un Premier ministre, qui émanent tous deux du suffrage universel et disposent de pouvoirs très importants. Le président est élu par le peuple, mais le Premier ministre qu’il choisit est responsable devant le Parlement, et doit donc y trouver une majorité pour gouverner. Le président a de fait beaucoup de pouvoirs, du moins tant que les majorités présidentielle et parlementaire se confondent. Il est alors le grand inspirateur des politiques, le Premier ministre étant celui qui les met en pratique.

Par contre, dans les périodes de cohabitation, expérimentées en 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002, le gouvernement retrouve un pouvoir fort, le président devenant plutôt une sorte de leader de l’opposition. La politique étrangère, la défense et les questions européennes sont des domaines de « pouvoir partagé » où la coopération des deux têtes de l’exécutif est nécessaire, mais où la concurrence et le conflit peuvent toujours se développer. La longue période de cohabitation que la France a connue de 1997 à 2002 a mieux mis en lumière les risques engendrés par cette situation et favorisée la réduction du mandat présidentiel (2000). Nous traiterons d’abord de celle-ci avant d’aborder les principales élections de la période, en commençant par la présidentielle de 1995.

Durée du mandat et calendrier électoral.  

Depuis le début de la III° République, le mandat présidentiel durait sept ans. Mais jusqu’à l’instauration de la V° République, le président avait très peu de pouvoirs. Le problème de la durée du mandat fut souvent posé depuis les années 1960, beaucoup jugeant celle-ci trop longue : un président doit avoir le temps de mettre en œuvre sa politique mais il doit aussi se soumettre suffisamment souvent au verdict populaire. Georges Pompidou avait fait voter par les deux Assemblées un projet de modification de la Constitution pour réduire le mandat à cinq ans, mais avait ensuite abandonné sa réforme (1973). Cette question avait depuis lors été souvent rediscutée mais jamais mise en œuvre. Lionel Jospin était favorable à une telle réduction de la durée et l’avait dit pendant la campagne pour l’élection présidentielle de 1995 ; Jacques Chirac n’avait pas alors semblé hostile à cette mesure. Cependant, il avait clairement manifesté son opposition le 14 juillet 1999 : « Le quinquennat conduit presque automatiquement au régime présidentiel, et moi je suis hostile au régime présidentiel. » La question fut relancée au printemps 2000 par une proposition de loi constitutionnelle émanant de Valéry Giscard d’Estaing, appuyée ensuite par le Premier ministre, Lionel Jospin. Risquant un désaveu politique à l’Assemblée de la part d’une partie de la droite qui aurait voté la proposition avec la gauche, Jacques Chirac jugea préférable de trouver un accord avec son Premier ministre ; il se rallia à un « quinquennat sec », c’est-à-dire un raccourcissement sans autre modification, par exemple la limitation du nombre des mandats. Un projet, signé par les deux têtes de l’exécutif, fut ainsi voté très largement par les deux Assemblées, puis soumis au référendum, selon le choix du président, en septembre 2000. Organisé dans un quasi-consensus politique mais sans qu’il y ait eu une véritable campagne électorale, le référendum enregistra le taux record d’abstention de 69,81%. Il fut approuvé par 73,21% de suffrages exprimés, qui ne représentaient que 18,55% des électeurs inscrits !
 
La réduction du mandat à cinq ans permettait d’espérer tenir des élections présidentielle et législatives la même année à partir de 2002, réduisant ainsi les « risques » de cohabitation. En effet, si cette dernière garantit une certaine répartition des pouvoirs entre gauche et droite, elle peut aussi conduire à des conflits à la tête de l’exécutif, préjudiciables à la force de la position gouvernementale, notamment dans les affaires européennes ou internationales.
 
Normalement, les élections de 2002 devaient commencer par les législatives en mars et être suivies d’une présidentielle en avril-mai. Un tel calendrier, qui plaçait la seconde dans la dynamique des premières, conduisait à renforcer, au moins symboliquement, l’importance de l’élection d’une majorité parlementaire. On pouvait donc s’attendre à ce que les gaullistes souhaitent modifier le calendrier et que la gauche veuille au contraire le maintenir. Mais tout ce qui touche à l’organisation des élections est souvent moins affaire de principe que de calculs à court terme...
 
Une proposition de loi organique prolongeant le mandat des députés jusqu’à fin juin, ce qui permettait d’organiser les élections législatives juste après la présidentielle, fut adoptée par l’Assemblée nationale avec les voix des socialistes et d’une partie de l’U.D.F., alors que le R.P.R., les Verts et le P.C.F. votaient contre. Cet « arrangement » a conduit à une solution pour 2002 : choix du président d’abord, des députés ensuite. Mais il ne résout rien pour le long terme puisque un président de la République pourra toujours ne pas aller au terme de son mandat (en cas de décès comme ce fut le cas pour Georges Pompidou ou de démission comme le général de Gaulle) ou encore dissoudre l’Assemblée. On reviendrait alors à un calendrier décalé entre les deux scrutins, avec des risques ou des chances fortes de cohabitation.

Jacques Chirac et la conquête du pouvoir présidentiel.  

La conjoncture électorale de 1995 est favorable à la droite puisque les socialistes ont subi des défaites électorales très importantes aux législatives de 1993 et aux européennes de 1994. Ils ont, dans ce contexte, beaucoup de mal à trouver un candidat crédible. Jacques Chirac, bien qu’il préside le parti ayant le plus de députés dans la majorité parlementaire élue en 1993, n’a pas alors souhaité exercer une nouvelle fois la responsabilité de Premier ministre de la cohabitation. Il estime que cela nuirait à sa candidature présidentielle, comme ce fut le cas en 1988. Il préfère donc laisser cette responsabilité à Édouard Balladur, ministre de l’Économie et des Finances de 1986 à 1988 dans son gouvernement, proche conseiller au R.P.R. et « ami de trente ans ». Il n’avait simplement pas prévu que la popularité du Premier ministre dans les sondages ferait de lui un présidentiable. Son style d’homme raisonnable et de dialogue, son profil gestionnaire, sa volonté de faire des réformes sans rien brusquer, ses rapports relativement pacifiés avec le président de la République socialiste, assurent à Édouard Balladur un capital de sympathie. Sa côte de popularité est presque en permanence très élevée jusqu’au début de 1995. Il apparaît comme le meilleur candidat possible de la droite à la fin de 1994 et même jusqu’en février 1995.

Aucun des deux hommes ne renonçant à se présenter, l’élection présidentielle de 1995 va voir pour la première fois deux candidats de premier plan du même parti gaulliste s’affronter dans les urnes. Chacun cherche à mobiliser ses soutiens, Édouard Balladur ayant l’appui d’une large partie de l’U.D.F. et Jacques Chirac pouvant compter sur la machine électorale R.P.R., même si certains dirigeants comme Nicolas Sarkozy ou Charles Pasqua préfèrent soutenir le Premier ministre sortant. Les deux candidats R.P.R. ont des images et des styles politiques très différents, que leur concurrence les amène à accentuer. Jacques Chirac s’est construit une image d’homme proche du peuple, qui sait être convivial et à l’écoute des problèmes des Français. Il va se montrer le plus convaincant sur le versant du diagnostic. La France est en crise et ne parvient plus à se montrer solidaire. La désespérance et le chômage frappent notre société. La « fracture sociale », selon l’expression qu’il popularise alors, se développe, la politique est trop affaire d’élites et de technocrates, adeptes de la « pensée unique ». Jacques Chirac souhaite une meilleure répartition des fruits de la croissance et propose un programme social de créations d’emplois, de lutte contre l’exclusion et d’augmentation des salaires. Tout se passe comme si Édouard Balladur, populaire comme Premier ministre, n’avait pas su, ou pas pu du fait de sa position de chef du gouvernement sortant - se transformer en candidat crédible. Il apparaît de plus en plus comme un conservateur face à celui qui, à droite, incarne le changement. Les courbes des intentions de vote des instituts de sondage vont s’inverser à partir de début mars. Jacques Chirac va alors devancer nettement Édouard Balladur dans les prévisions.
 
Jacques Chirac obtient 20,84% des suffrages exprimés et Édouard Balladur 18,58%. Le premier tour a donc constitué une sorte de primaire entre les deux candidats du R.P.R., à l’avantage de celui qui était au départ largement considéré comme déjà vaincu. Bien que le résultat du leader du R.P.R. constitue une base électorale faible pour rassembler une majorité au second tour et gagner l’élection, tout sera plus simple dans la bataille finale. La droite modérée soutient massivement Jacques Chirac et les reports de voix seront bons, malgré la division du premier tour. Jacques Chirac l’emporte donc assez facilement avec 52,64% des suffrages contre Lionel Jospin, qui est ainsi placé en position de leader de l’opposition et de possible rassembleur de la gauche.

Un vote-sanction lors des législatives anticipées de 1997. 

Jacques Chirac choisit comme Premier ministre un de ses proches, Alain Juppé, secrétaire général du R.P.R., ministre des Affaires étrangères de 1993 à 1995. Les fortes attentes générées par le discours sur la fracture sociale et la volonté de changement vont laisser place rapidement à l’amertume et à l’insatisfaction. Il n’y aura pas d’état de grâce. Les deux têtes de l’exécutif mènent, il est vrai, une politique de rigueur économique : hausse de la T.V.A. (de 18,6 à 20,6%) et de certaines cotisations sociales, pas de réduction d’impôt, gel du traitement des fonctionnaires... À l’automne, six mois après sa nomination, le Premier ministre doit faire face à un vigoureux et populaire mouvement social (avec de grandes grèves et des manifestations puissantes) pour la défense de la Sécurité sociale. Beaucoup de Français sont très attachés à ce qu’ils considèrent comme des acquis sociaux et acceptent donc très difficilement tout ce qui leur semble les remettre en cause. Une partie de l’opinion, ne voyant pas se réaliser les promesses de réduction de la fracture sociale, manifeste de plus en plus son mécontentement et sa déception à l’égard du pouvoir. Les cotes de popularité du président et de son Premier ministre s’effondrent entre mai et novembre 1995 et resteront durablement négatives.

Le mécontentement ayant peu de chances de faiblir avant le renouvellement normal de l’Assemblée nationale en mars 1998, le président préféra dissoudre le Parlement en avril 1997 et procéder à des élections législatives anticipées. Pour la première fois sous la V° République, une dissolution intervient sans qu’un événement particulier ne semble la justifier (comme la censure du gouvernement en 1962, les événements de mai 1968, l’élection d’un président de la République en 1981 et 1988). Cette dissolution surprise ne fut pas très bien comprise. Le président affirme vouloir donner un nouvel élan à la politique française, accélérer les réformes, placer la France en position forte en Europe avant le passage à la monnaie unique. Ces motivations assez générales apparaissent comme le prolongement de la politique suivie depuis 1995 alors que l’opinion attend avant tout un changement de gouvernement et de politique générale.

Les deux principales tendances de la droite, le R.P.R. et l’U.D.F., investissent des candidats uniques et la campagne électorale est conduite par le Premier ministre. Les partis de gauche n’avaient pas construit un programme de gouvernement mais les socialistes, sous la houlette de Lionel Jospin, avaient réussi à négocier en janvier 1997 un accord électoral partiel avec les Verts et le Parti radical, leur réservant certaines circonscriptions en échange d’un appui accordé par eux dans d’autres. La dissolution surprise permet d’obtenir un accord du même ordre avec le Mouvement des citoyens (M.D.C.) de Jean-Pierre Chevènement et d’adopter une déclaration commune avec le Parti communiste. Celle-ci présente quelques réformes sociales à mettre en œuvre, reconnaît les divergences sur l’Europe, ne prévoit pas de candidature commune au premier tour mais préserve entre les deux partis un climat pas trop oppositionnel, permettant de bons reports de voix au second tour. Les socialistes font campagne sur un programme social-démocrate de réduction des inégalités, avec quelques mesures phares, dont la création de 700 000 emplois-jeunes et la diminution du temps de travail à 35 heures sans perte de salaires.

Mal comprise par l’opinion, ces élections de 1997 seront peu mobilisatrices. L’abstention atteint 32,08% au premier tour, soit un taux très élevé pour un scrutin incertain, où la majorité peut basculer. Ce phénomène peut s’expliquer de deux manières. Il exprime la montée d’une déception à l’égard de la classe politique et de toutes les tendances politiques, un phénomène déjà observé aux élections législatives précédentes. Il montre aussi qu’il y a de nombreux déçus du chiraquisme ; la droite modérée mobilise moins bien que la gauche dans le contexte de cette consultation.

Les résultats du premier tour sont très mauvais pour les candidats de droite. Le R.P.R. et l’U.D.F. obtiennent ensemble 29,92% des suffrages exprimés ; avec les dissidents Villiéristes et les divers, la droite modérée n’atteint que 36,5%, en recul de 8 points par rapport à 1993. Les différentes forces de gauche et les Verts sont au contraire en progression nette, mais l’extrême droite aussi (de 12,7% des suffrages en 1993 à un peu plus de 15% en 1997). Cette dernière est en fait en position d’arbitre de l’élection, les scores obtenus permettant au Front national de se maintenir dans 132 circonscriptions. Pour essayer d’inverser le cours des choses, Alain Juppé annonce qu’il démissionnera à l’issue du second tour et la campagne de la dernière semaine est animée à droite par un tandem qui avait déjà appuyé Jacques Chirac en 1995 : Philippe Séguin, défenseur d’une droite républicaine et sociale, et Alain Madelin, au profil au contraire très libéral. Cela n’a pas l’effet escompté, d’autant que la dynamique d’une victoire possible a joué à gauche et que les reports de voix ont été bons. Au soir du 1er juin, le score du second tour est assez serré : environ 48% pour la gauche et 46% pour la droite. Ce faible écart en pourcentage se traduit par un fort écart en sièges, comme c’est habituellement le cas dans un scrutin majoritaire. Le Parti socialiste a 250 élus (190 de plus qu’en 1993), le Parti communiste 36, le reste de la gauche 25 et les Verts 8.

La dissolution se révèle donc être un cuisant échec pour le chef de l’État. Alors qu’il croyait s’assurer pour les cinq dernières années de son premier septennat une majorité lui permettant de mettre en œuvre son programme, il se voit contraint à une longue période de cohabitation, dans laquelle il perd l’essentiel de ses pouvoirs au profit de l’autre tête de l’exécutif... Jacques Chirac ne put que désigner, dès le 2 juin, Lionel Jospin comme Premier ministre. Celui-ci constitue un gouvernement dit de « gauche plurielle », avec l’ensemble des tendances qui l’ont au moins partiellement soutenu (P.C.F., Verts, Radicaux, M.D.C.). Martine Aubry obtient un grand ministère social et Dominique Strauss-Kahn un grand ministère économique. Laurent Fabius est élu président de l’Assemblée nationale. Lionel Jospin va profiter d’une période de croissance économique inespérée. Sa politique est plutôt bien perçue par l’opinion et sa cote de popularité reste très élevée dans les sondages jusqu’à l’automne de 2001.

La confirmation du malaise de la droite (1998-1999).  

Les élections régionales de 1998 confirment les mauvais résultats de la droite. Dans beaucoup de régions, il n’y a du coup pas de majorité de droite ou de gauche pour constituer l’exécutif régional ; dans ce contexte, certains élus de droite acceptent le soutien de l’extrême droite pour se faire élire ou réélire à la présidence d’une région. Il s’ensuit un véritable séisme politique qui montre que l’attitude à l’égard du Front national est devenu un enjeu politique majeur du débat national. Cet événement aboutit aussi à un éclatement de l’U.D.F. en trois morceaux : l’U.D.F. maintenue (derrière François Bayrou), affirmant une stratégie autonome à l’égard du R.P.R., résolument centriste et opposée aux compromis avec l’extrême droite ; Démocratie libérale (derrière Alain Madelin), adepte d’une droite affirmant les valeurs du libéralisme économique et sans ostracisme à l’égard du Front national ou des élus de droite qui collaborent avec lui ; La droite qui est un regroupement ad hoc pour les partisans de Charles Millon, président de la région Rhône-Alpes élu avec le soutien du Front national, et qui n’arrivera pas à avoir une véritable implantation nationale.

La division de la droite modérée est une nouvelle fois mise en évidence à l’occasion des élections du Parlement européen en 1999. Le R.P.R. n’arrive à faire liste commune qu’avec Démocratie libérale. Philippe Séguin, président du R.P.R., qui devait conduire la liste avec Alain Madelin, démissionne de ses fonctions à la tête du parti et renonce à se présenter deux mois avant l’échéance, ne se sentant pas assez soutenu par le président de la République. Nicolas Sarkozy le remplace. Charles Pasqua s’allie avec Philippe de Villiers pour présenter une liste eurosceptique et souverainiste. L’U.D.F. présente aussi une liste, emmenée par François Bayrou, sur un programme très européen. La liste R.P.R.-D.L., soutenue par le président de la République, veut mettre l’accent sur l’unité de la majorité mais elle est prise en tenaille entre les deux autres propositions de la droite. Le résultat est très mauvais puisque la liste souverainiste arrive en tête de la droite avec seulement 13,05%, la liste R.P.R.-D.L. obtenant 12,82% et l’U.D.F. 9,28%. Au total la droite continue à stagner avec 35,15% des exprimés, dans un scrutin qui favorise l’émiettement des suffrages et l’expression des mécontentements. La gauche est également divisée mais fait mieux que la droite. La liste emmenée par François Hollande (P.S., radicaux, M.D.C.) obtient 21,95% des suffrages ; les Verts derrière Daniel Cohn-Bendit font un excellent score (9,72%) ; le P.C.F. en revanche n’arrive pas à se renouveler et ne réunit que 6,78% des voix. Au total, l’ensemble de la gauche plurielle résiste donc plutôt bien et devance la droite avec 38,45% des voix. Ce scrutin manifeste cependant la montée d’une extrême gauche protestataire : la liste Lutte ouvrière-Ligue communiste révolutionnaire, conduite par Arlette Laguiller et Alain Krivine, réussit pour la première fois à avoir des élus (avec 5,18% des suffrages). À l’autre extrême, la division entre les partisans de Jean-Marie Le Pen et de Bruno Mégret conduit à leur recul provisoire (5,69% pour le premier et 3,28% pour le second).

Une présidentielle paradoxale, des législatives de confirmation (2002). 

La logique d’une élection présidentielle à deux tours est normalement de faire émerger du premier les deux principaux candidats qui s’affronteront dans le duel du second. Ce système est évidemment à haut risque puisque une coalition de gauche ou de droite très divisée éparpille ses voix et risque de se trouver éliminée de la compétition. Cela devrait inciter à rechercher des candidatures de rassemblement. Mais, en même temps, l’importance que la présidentielle a prise dans la vie politique française fait que toutes les tendances politiques, y compris parfois les plus marginales, cherchent à être représentées pour exister et se faire entendre.
 
La règle imposant aux candidats 500 parrainages d’élus est apparu en 2002 très facile à remplir pour différentes raisons (importance du nombre de parrains potentiels, mécontentement de certains élus locaux à l’égard des grandes tendances politiques, stratégies de marketing très poussé des candidats auprès des maires de petites communes rurales, soutien donné à un petit candidat pour affaiblir un des grands candidats de la coalition adverse...). Seize candidats se sont donc disputé les suffrages des électeurs, avec beaucoup de divisions dans chaque camp : 3 candidats de l’extrême gauche trotskiste, 5 candidats de gauche, 5 candidats de droite, 2 d’extrême droite et un candidat représentant un enjeu thématique (la défense de la ruralité et de la chasse).

Les deux responsables de l’exécutif, candidats après cinq ans de cohabitation, apparaissent comme déjà présélectionnés pour le second tour. Tous les sondages attestent d’ailleurs que les autres candidats sont loin dans les intentions de vote, même si Jean-Pierre Chevènement a pu sembler à l’automne de 2001 pouvoir être un « troisième homme » et si la cote de Jean-Marie Le Pen est à la hausse dans la dernière semaine. Les analyses faites après le scrutin montrent qu’un certain nombre de gens, croyant la sélection des principaux candidats assurée, ne sont pas allés voter, se réservant pour le tour décisif : le 21 avril 2002, au soir du premier tour, l’abstention atteint ainsi un taux record pour ce type d’élection, 28,4%. D’autres électeurs ont profité de l’occasion d’un tour sans enjeu pour voter, non pour celui qu’ils voulaient véritablement voir élu (un des deux principaux candidats) mais pour un petit candidat dont ils savent qu’il n’a pas une stature de présidentiable, qu’il ne sera pas élu mais dont certaines idées leur plaisent. Jacques Chirac n’obtient que 19,88% des voix, un score très faible pour un président sortant mais cependant sensiblement meilleur que celui de Lionel Jospin (16,18%), devancé par le leader du Front national (16,86%), qui se qualifie donc contre toute attente. On peut bien sûr incriminer des erreurs dans l’orientation de la campagne socialiste, mais le principal problème est bien l’émiettement du vote et l’importance de l’expression protestataire. Celle-ci a des causes conjoncturelles (un premier tour paraissant déjà joué), mais elle correspond aussi à un désenchantement de plus long terme à l’égard des principales forces de gouvernement et à une orientation plus critique et moins conformiste de l’électorat. Le thème de la montée de l’insécurité dans les banlieues, fortement médiatisé, a probablement aussi favorisé le vote en faveur du leader de l’extrême droite.

La qualification de Jean-Marie Le Pen aboutit à un ralliement presque unanime des candidats et des forces politiques en faveur de Jacques Chirac, pour faire barrage à l’extrême droite. De grandes manifestations ont lieu pendant l’entre-deux-tours pour s’opposer au Front national. Elles culminent le 1er mai avec environ 1,3 million de personnes dans la rue. Dans ce contexte, Jacques Chirac n’a plus véritablement besoin de convaincre sur son programme, il incarne la défense de la démocratie et des valeurs républicaines, le rejet du racisme, de l’antisémitisme et de la xénophobie ; il refuse d’ailleurs le grand débat télévisé qui normalement oppose les deux candidats à quelques jours du scrutin, ne voulant pas discuter avec un tel candidat. Le 5 mai 2002, Jacques Chirac est réélu avec un score jamais atteint de 82,21% des suffrages (avec les voix de la droite et de la gauche), alors que l’abstention baisse de 8 points. L’élection la plus émiettée au premier tour est paradoxalement celle qui donne le résultat le plus massif au second.
 
Lionel Jospin se retire de la vie politique. Les socialistes doivent, pour les législatives qui suivent, faire campagne dans une situation difficile : ayant souvent expliqué que la cohabitation était une mauvaise solution pour la France, ils sont désormais amenés à dire qu’il convient d’équilibrer une présidence de droite par une majorité parlementaire de gauche. Ils cherchent en fait surtout à limiter leurs pertes.

Jacques Chirac choisit un Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, issu de Démocratie libérale mais depuis longtemps fidèle du président, qui annonce de premières mesures avant même les élections législatives (baisse des impôts, politique « sécuritaire »...). Le président parvient à imposer, le 23 avril 2002, la création d’un nouveau parti censé réunir toute la droite, l’U.M.P., Union pour la majorité présidentielle, qui se transformera quelques mois plus tard en Union pour un mouvement populaire. Celui-ci investit un seul candidat par circonscription. Seule va résister une petite partie de l’U.D.F., derrière François Bayrou.
 
Les législatives de juin 2002 sont des « élections de confirmation » qui donnent une large majorité au président réélu. C’est un scrutin beaucoup moins mobilisateur (35,58% d’abstentions, un record à ce type d’élections), mais où les extrêmes baissent beaucoup par rapport au 21 avril, tandis que les partis de gouvernement enregistrent des scores plus confortables (25,65% pour les socialistes et radicaux, 33,3% pour l’U.M.P.). La droite gagne 10 points par rapport au 21 avril, la gauche en gagne 5, mais se trouve largement dominée. Il semble y avoir plusieurs types d’explications complémentaires des écarts entre les votes présidentiel et législatif. Un certain nombre de personnes, notamment chez les moins de quarante ans, ne se mobilisent que pour l’élection qui leur paraît la plus importante, la présidentielle. Les électeurs de gauche à la présidentielle se mobilisent un peu moins que ceux de droite, dans un contexte de défaite de leur camp. Certains votes protestataires du 21 avril se transforment en abstention lors des législatives. La protestation peut s’exprimer lors de la présidentielle à travers des personnalités connues, beaucoup moins aux législatives à travers des candidats inconnus représentant les mêmes partis protestataires. Il y a dans ce type de scrutin une prime aux candidats bien implantés dans une circonscription, ce qui favorise en principe les partis de gouvernement.
 
La baisse du Front national à 11,34% fait qu’il est beaucoup moins souvent qu’en 1997 en position de se maintenir au second tour. Il y a donc peu de triangulaires, la droite récupère des voix frontistes du premier tour et l’U.M.P. obtient une confortable majorité absolue à l’Assemblée avec 369 élus, le P.S. en conservant 141, soit une perte de plus de cent sièges.

La droite a gagné les élections de 2002, mais dans une conjoncture très particulière et pas complètement autour de son projet. C’est donc une victoire très fragile, comme les élections régionales et européennes de 2004 l’ont bien montré. La droite subit à deux reprises un sérieux revers. En mars 2004, le vote de mécontentement à l’égard du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin profite aux élus de gauche qui vont diriger vingt régions métropolitaines sur vingt-deux. Aux européennes de juin 2004, la sanction est à peu près identique, le Parti socialiste réalise un score inespéré (28,89%) et l’U.D.F. maintenue retrouve des couleurs, totalisant 11,95% des suffrages contre seulement 16,64% pour l’U.M.P. Celle-ci connaît d’ailleurs des soubresauts internes ; Alain Juppé, condamné par la justice dans l’affaire des emplois fictifs du R.P.R., doit abandonner la présidence du mouvement et ne semble plus en état de faire valoir sa candidature à la présidentielle de 2007. Le dynamique Nicolas Sarkozy, très populaire auprès des militants, lui succède en novembre 2004 mais doit quitter le gouvernement à la demande de Jacques Chirac. Ce dernier perd en fait largement le contrôle de son parti.

Le référendum perdu sur le traité constitutionnel européen (2005).  

L’année 2005 est marquée par un violent affrontement politique sur les questions européennes. Après beaucoup d’efforts, les chefs d’État de l’Union européenne avaient réussi à se mettre d’accord en juin 2004 sur un traité constitutionnel, qui devait être ratifié dans les vingt-cinq États membres. Ce traité comportait trois parties : deux assez courtes sur les grands principes démocratiques et l’organisation des instances européennes, la troisième sur les politiques économiques et sociales de l’Union.
 
Le président de la République avait annoncé dès le 14 juillet 2004 sa volonté de soumettre ce traité à un référendum plutôt que de choisir la ratification par les Assemblées réunies en Congrès. Cette solution pouvait offrir l’avantage de diviser l’opposition, comme cela avait été le cas lors des référendums européens antérieurs. Il pouvait surtout paraître démocratique d’organiser un grand débat national sur cette question, vu l’importance de l’enjeu, mais le référendum était à haut risque. Certes, les sondages effectués à quelques mois du référendum laissaient présager une confortable majorité en faveur du traité, mais il en avait été de même avant le référendum de 1992 sur le traité de Maastricht, qui n’avait finalement été approuvé que par 51% des suffrages exprimés. On sait qu’une campagne électorale sur les questions européennes risque toujours de mobiliser les mécontents. Le climat d’insatisfaction ambiant, à la fois contre le déficit démocratique européen et contre le pouvoir en place en France, pouvait donc aboutir à un résultat négatif.

À la fin de 2004, le débat fit d’abord rage à l’intérieur du Parti socialiste. Il fut tranché par un référendum interne auprès des adhérents : 58% se déclarèrent en faveur du oui au traité. Cette nette majorité ne désarma pas les oppositions des minoritaires socialistes, mais aussi de l’extrême gauche, du P.C.F., d’une partie des Verts, du souverainisme de droite et de l’extrême droite. Le camp du oui était animé par l’U.M.P. et les partisans du président, par l’U.D.F. et par une partie des socialistes et des Verts. Ils mettaient en avant la nécessité de créer une Europe-puissance, plus intégrée, plus efficace dans le concert des nations ; certains insistaient aussi sur la nécessité de développer l’Europe politique pour stimuler l’économie française et européenne. Ne pas adopter le traité aboutirait à la paralysie d’institutions qui n’étaient pas adaptées à une prise de décision entre vingt-cinq États. Les partisans du non ont surtout insisté sur l’orientation libérale de l’Europe qui sortirait renforcée du traité ; beaucoup rejetaient le traité au nom d’une Europe plus sociale, alors que d’autres le refusaient au nom d’arguments nationalistes.

Il faut noter que la campagne fut très active et a fortement mobilisé l’opinion. La courbe des sondages s’est inversée deux fois, en mars et avril, contribuant ainsi à dramatiser l’issue du scrutin. Cela se traduit dans la participation enregistrée le 29 mai 2005. Le taux d’abstention de 30,63% est en effet plutôt modeste, très voisin de celui de 1992 sur le traité de Maastricht. Le non l’emporte nettement avec 54,67% des voix. Si l’électorat de droite a majoritairement soutenu le traité, celui de la gauche l’a majoritairement repoussé, désavouant en quelque sorte la position officielle du P.S., qui n’a donc pas réussi à faire partager son combat européen. Mais le rejet tient aussi largement à des questions de politique intérieure. Le mécontentement à l’égard du pouvoir, les craintes concernant l’avenir du système social français, la peur d’un renforcement des problèmes sociaux en liaison avec l’intégration européenne ont certainement joué un rôle important dans ce résultat. La France des milieux populaires, mais aussi celle des classes moyennes, a boudé le traité, seuls les milieux favorisés et les centres des villes s’y sont montrés assez favorables. Le clivage par âge est aussi important, les personnes âgées étant plutôt favorables et les moins de soixant ans plutôt opposés. Un traité négocié entre chefs d’État est évidemment un compromis ; il est aujourd’hui très difficile de convaincre une population de voter pour un texte de cette nature. L’Union européenne s’en trouve durablement en panne. Les électeurs français ont désavoué leurs élites pro-européennes, et la position de leur pays dans le concert européen en est fragilisée.

À l’issue de cet échec, Jacques Chirac nomme un nouveau gouvernement, conduit par un de ses très proches, Dominique de Villepin, mais dans lequel Nicolas Sarkozy retrouve le ministère de l’Intérieur qu’il avait abandonné à la fin de mars 2004. La lutte entre ces deux hommes, et entre deux clans au sein de l’U.M.P., devient permanente. Jacques Chirac, affaibli politiquement, traverse à l’automne de 2005 des problèmes de santé et ne semble plus en état de pouvoir briguer un nouveau mandat présidentiel. Depuis lors, le Premier ministre, soutenu par l’Élysée, et le leader de l’U.M.P, se livrent à un duel fratricide pour imposer leur candidature comme représentant de l’U.M.P. à l’élection présidentielle de 2007.

La politique fébrile. 

Dans les démocraties occidentales, particulièrement en France, le conformisme et le respect à l’égard des élites laissent place à une attitude plus critique. Le mandat représentatif n’est plus un chèque en blanc donné à un élu. Le métier de représentant devient d’autant plus difficile à exercer. Comment conserver, lorsqu’on est au pouvoir, la confiance de ses concitoyens ? Comment prendre des mesures impopulaires ? Devant les très fortes demandes de bien-être pour tous, auxquelles les pouvoirs ont en général du mal à répondre par des mesures efficaces, la tentation est grande de faire une politique d’annonce et de multiplier les plans d’action et les lois. La politique semble de plus en plus affaire de communication, à défaut de pouvoir apporter des solutions adéquates. On est entré dans l’ère de la politique fébrile.

Mai 2007, ENFIN, la France retrouve l’espoir, un espoir que les trois derniers Présidents lui avaient fait perdre. Un renouveau vient réconforter les peuples de France ; Monsieur Nicolas Sarkozy devient Chef de l’État ; C’est la fin d’un cycle néfaste, et le début de la reconquête.

Ensemble tout devient possible. Signé Nicolas Sarkozy.

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