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Le conflit israélo-palestinien

Mercredi 2 juin 2010 // Le Monde

Pourra-t-on jamais sortir de ce conflit israélo-palestinien qui dure depuis soixante ans et constitue une épine empoisonnée dans le pied de l’Occident ?

Pour bien considérer la situation au Moyen-Orient, il importe de remonter aux années soixante-dix qui ont planté le décor. Après la défaite face à Israël de l’Égypte et de quelques autres forces armées arabes, en 1967, le nationalisme arabe à la Nasser a fait long feu. Le Caire, pour sa part, avec la grande figure d’Anouar El Sadate, fit le choix du rapprochement avec l’Occident et de la paix avec l’État hébreu. Il devait le payer de sa vie. Quand les sociétés arabes ne l’ont aucunement suivi. C’est alors que les extrémistes islamistes reçurent, à Ryiad, en échange de la reconnaissance du pouvoir de la famille régnante saoudienne, en 1979, toute latitude pour partager à grande échelle à l’étranger le fondamentalisme sunnite wahhabite. À la même époque, la révolution iranienne portait au pouvoir, en la personne de Khomeiny, le chiisme fondamentaliste.

Désormais deux puissances islamiques allaient se disputer la prééminence au sein du monde musulman, l’une arabe, l’autre perse. Vint se greffer sur ce tableau, l’irruption soviétique en Afghanistan avec des moudjadhidin financés par l’Arabie Saoudite sur injonction de Washington. On connaît la suite : l’Afghanistan et le Pakistan devenus la proie d’un islamisme radical endémique, ennemi des États-Unis et de ses alliés arabes. Pour l’heure, le fragile état de droit amorcé en Irak et la tentative de « révolution verte » à Téhéran constituent de bien minces espoirs de voir le monde arabo musulman renoncer à ses démons et entrer dans l’âge adulte. Le problème, c’est que les jeunes réformateurs qui peuvent tenter ici ou là de faire entendre leur voix, celle de la raison et du progrès, n’ont guère de prise sur des foules constituées de millions de personnes fanatisées par un discours simpliste mais qui fait mouche, à savoir que les pays arabo musulmans sont victimes du complot impérialiste mené par les États-Unis et le sionisme israélien, complot cautionné par les régimes dictatoriaux du monde arabe. Un discours professé et martelé dans toute la sphère politique du monde arabo musulman, qu’il s’agisse de la gauche laïque ou de la droite islamiste.

Une vision des USA modifiée

Voilà bien le contexte dans lequel s’inscrit l’épineux problème entre l’État hébreu et les Territoires palestiniens. Un problème que les erreurs et les bévues de la droite israélienne et son aveuglement autosatisfait compliquent dangereusement. C’est ainsi que l’annonce par le gouvernement Netanyahou de la construction de 1600 logements à Jérusalem-est, le jour de la visite du vice-président US Joe Biden, au moment où s’engageaient des négociations indirectes avec les Palestiniens, constitue une provocation imbécile et un camouflet pour le grand frère américain.

Au demeurant, pour Michaël Oren, ambassadeur d’Israël aux États-Unis, les relations entre les deux pays traversent « leur plus grave crise depuis trente-cinq ans » Historien de profession, ce dernier ne méconnaît évidemment pas l’ampleur des difficultés. Il faut, en effet, remonter aux suites de la guerre israélo-arabe du Kippour (octobre 1973) pour trouver un aussi grand différend entre Washington et Tel-Aviv, quand le président Gérald Ford avait forcé la main à Israël pour parvenir à deux accords successifs de désengagement partiel du Sinaï avec l’Égypte. Un retrait, qui avait ouvert, la voie aux accords de Camp David, en 1979.

L’actuelle crise diplomatique entre les deux alliés n’est pas la première du genre. Toutefois, alors que Barack Obama avait exigé l’arrêt complet de la colonisation, le sabotage délibéré par le gouvernement Nétanyahou de tant de mois d’efforts pour renouer les fils du dialogue israélo-palestinien, semble avoir pour conséquence un changement significatif de la vision américaine du Proche-Orient. C’était la première fois en 2003 que les États-Unis embarquaient leur armée en Irak, dans un de ces pays d’un Orient, ô combien compliqué. Si l’on peut dire que, dans cette aventure, la Maison Blanche aura commis toutes les bévues possibles et même les inimaginables, il n’est pas interdit de penser que l’Oncle Sam commence à tirer la leçon de ses erreurs.

C’est qu’une nouvelle génération d’officiers, intellectuellement aguerris, ont acquis une vision plus réaliste des subtilités du Proche-Orient qui ne se résument pas simplement à une opposition absolue entre un Israël, parangon de la démocratie et seul allié de l’Occident, et un monde arabe où ne régneraient que la dictature et le terrorisme. C’est le raisonnement auquel est parvenu le général Petraeus, à la tête du Central Command véritable proconsul militaire américain dans la région. Et que pense ce haut gradé militaire en accord total, semble-t-il, avec un Pentagone pesant lourdement sur la politique étrangère américaine ? Tout simplement que, si Washington désire se retirer sur la pointe des pieds du bourbier irakien et mettre un terme à la dégradation de la situation à Kaboul, il importe de ne pas indisposer les alliés arabes de la Maison Blanche et d’obtenir, en particulier, la coopération de Damas. L’intransigeance israélienne actuelle met en danger la politique américaine dans la région et notamment la vie des troupes qui combattent en Irak, en Afghanistan et au Pakistan. C’est le soutien inconditionnel d’Israël qui est la principale cause de l’antiaméricanisme frénétique dans le monde musulman.

Un allié ou un obstacle

Il n’est jusqu’à la solidarité instinctive de la gauche américaine notamment chez les démocrates et de nombreux juifs de gauche envers l’État hébreu qui ne soit sur le déclin. Un désenchantement dont font foi plusieurs sondages, en particulier celui de l’institut Gallup. Ce désamour progressif des gens de gauche, en particulier des juifs, envers Israël, s’explique avant tout par l’occupation israélienne de territoires arabes et par la politique de colonisation : Des décennies d’une occupation brutale sur des terres appartenant à des Palestiniens que l’expropriation transforme évidemment en victimes sympathiques. Reste que, si pour la plupart des juifs américains l’implantation de colonies est une stupidité, ce n’est nullement le cas pour la majorité des Israéliens. Si bien qu’à moins de l’amorce d’une avancée dans le processus de paix ou d’un changement dans le gouvernement israélien, tout laisse à penser que le fossé ne peut que se creuser toujours plus entre les partisans du Likoud, les extrémistes religieux et politiques, les républicains et l’AIPAC, le principal lobby inconditionnellement pro-israélien de Washington, d’un côté, et ceux de Kadima, des démocrates, des laïcs et de J Street lobby pro-israélien pacifiste fondé en 2008, d’un autre côté, Israël a certes le droit de se défendre face aux extrémistes qui dénient jusqu’à son existence. En revanche, comment ne pas voir que la politique israélienne actuelle conduit à un isolement de plus en plus grand de l’État hébreu ? Les relations avec l’Égypte sont froides. La Turquie lui tourne carrément le dos ; les Européens, à la fois premiers partenaires commerciaux d’Israël et premiers pourvoyeurs d’aide à l’Autorité palestinienne, sont exaspérés. À l’évidence, la Maison Blanche ne considère plus le Premier ministre d’Israël comme un allié mais plutôt comme un obstacle dont il exige qu’il choisisse entre les USA ou le Yesha (Conseil des colons de Cisjordanie). En témoigne la liste des dix exigences présentées par Barak Obama à Benyamin Nétanyahou.

Des demandes inacceptables

Des demandes ont été formulées dont la plupart sont inacceptables pour une majorité composée de formations très nationalistes, de fondamentalistes religieux et de « durs » du Likoud. Il s’agit d’arrêter les mises en chantier dans les quartiers israéliens de la partie arabe de Jérusalem, de « geler » la construction de logements dans les colonies de Cisjordanie, de retirer progressivement l’armée israélienne sur les positions qu’elle occupait en Cisjordanie à la veille de la deuxième intifada, en l’an 2000, de libérer plusieurs centaines de prisonniers du Fatah, de lever la dizaine de barrages routiers tenus par Tsahal en Cisjordanie, enfin de desserrer quelque peu l’étau du blocus imposé à la bande de Gaza sous le joug des islamistes du Hamas. De quoi, estime la Maison Blanche, être à même de relancer les discussions sur les questions-clés, « comme le tracé des frontières du futur État palestinien, l’avenir des réfugiés palestiniens, le sort des colonies de l’État hébreu en Cisjordanie et l’avenir de Jérusalem. » Une pilule particulièrement amère pour Tel-Aviv dont la majorité des ministres penche pour la fermeté, en particulier l’intransigeant ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, chef d’Israël Beitenou.

Un refus israélien entraînerait-il des sanctions économiques américaines ? Peu probable. D’autant que l’économie israélienne est en pleine croissance et n’a nul besoin des garanties bancaires du Trésor de l’Oncle Sam pour emprunter à l’étranger. Enfin, si l’aide militaire américaine, de l’ordre de quelque 3 milliards de dollars par an pouvait s’envisager à la baisse, cela ne ferait pas les affaires du business américain, car Israël est grand acheteur d’armes, ce qui entraînerait du chômage aux États-Unis.

Salam Fayzad : Une stratégie positive

Après un an d’efforts, l’envoyé spécial américain George Mitchell, a réussi, malgré tout, à convaincre Israéliens et Palestiniens d’engager « un dialogue de proximité ». Des équipes dirigées par Yitzhak Molho du Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, et celles de Saiëb Erakat, du côté palestinien, sont censées mener des discussions indirectes sur un règlement permanent de paix... Reste la question essentielle : à quand un État palestinien et de quel État parle-t-on ? L’urgence est d’aider le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à refaire l’unité palestinienne. Alors que les négociations entre le Fatah qui a la haute main sur la Cisjordanie, et les fondamentalistes du Hamas, qui tiennent Gaza sous leur botte, sont au point mort. Mahmoud Abbas et son Premier ministre Salam Fayzad ont rétabli la sécurité et la gouvernance en Cisjordanie. Ils méritent d’être soutenus.

Ancien expert de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), Salam Fayzad consacre toute son énergie depuis deux ans à construire, en Cisjordanie, un État palestinien, à partir de la base, du terrain. Une stratégie positive qui a entraîné une amélioration des conditions de vie de la population. Face aux préventions des caciques du Fatah, enfin des réalisations concrètes, l’abandon de la langue de bois et du fanatisme par un homme réputé pour son sérieux et son intégrité. Et ça marche : Les financements internationaux sont au rendez-vous et, petit à petit, les notables des villages palestiniens confortent la légitimité de Salam Fayzad. Déjà « 1000 projets » réalisés en deux ans, avec l’injection de 153 millions de dollars dans l’économie palestinienne, auxquels s’ajoutent des financements multilatéraux.

Quant à la France, elle a apporté, par la voix de Nicolas Sarkozy, un soutien important au président palestinien lors de son récent passage à Paris. Visiblement, elle cherche à être l’aiguillon du dialogue. Dès 2007, le chef de l’État avait précisé ses intentions. Pour lui, l’Union pour la Méditerranée devait faciliter les rapprochements avec les capitales arabes sur le dossier israélo-palestinien. La reprise de relations avec la Syrie participait de la même intention.

Paris : Aiguillon du dialogue

Depuis, Christian Estrosi, ministre de l’Industrie, qui était accompagné d’une délégation d’une trentaine de chefs d’entreprise, a inauguré, près de Bethléem, la première zone industrielle des Territoires palestiniens, créée avec le soutien de la France. Un projet qui devrait devenir opérationnel début 2011 et pour lequel Paris a d’ores et déjà mis au pot 10 millions d’euros. Une société mixte, à 50/50, avec des actionnaires privés palestiniens et des investisseurs français, la Bethleem Multi Purpose IndustrialPark, a été créée. Côté français, Renault, France-Télécom et Suez sont prêts à s’impliquer. Pour leur part, une trentaine de PME palestiniennes s’intéressent à des projets dans l’agroalimentaire, la pharmacie et l’industrie plastique. De quoi réduire un peu, à terme, la dépendance des Territoires palestiniens à l’égard de l’aide internationale et des importations. Mais également un projet en phase avec la politique du Premier ministre Salam Fayzad qui tente de donner naissance à un État palestinien indépendant en 2011. Projet qui a l’avantage de contrer l’influence néfaste des extrémistes du Hamas et d’engager quelque peu Israël sur la voie de la sagesse, le gouvernement Netanyahou ayant donné son aval à la zone industrielle de Bethléem.

En favorisant la création d’un véritable État palestinien, il s’agit de sauver Israéliens et Palestiniens d’eux-mêmes et de leurs démons, le grand Israël pour les uns, toute la Palestine aux Arabes pour les autres, afin, au-delà, d’entraîner un Proche-Orient malade dans un cycle vertueux de compromis et de raison. C’est, l’intérêt d’Israël, menacé dans son caractère d’État se voulant juif, par la bombe démographique arabe. Et qui ne pourra, à long terme, assurer sa sécurité par le seul rapport de forces. C’est évidemment une nécessité pour les Palestiniens, peuple sans avenir, privé de dignité, vivant dans l’insécurité tant physique qu’économique. Une proie facile pour toutes les tentations de l’extrémisme alors que l’espoir est la meilleure façon de faire prévaloir la modération. Enfin, faut-il rappeler que les économies israélienne et palestinienne sont naturellement complémentaires et le resteront encore longtemps, Israël demeurant de loin le principal partenaire commercial des Palestiniens.

Deux peuples, deux identités, deux nations également respectables, se disputent la même terre, une Terre sainte ou depuis des siècles trop de sang a coulé. Toutefois, il ne faudrait pas réduire ce problème de la Terre Sainte au seul conflit entre Israéliens juifs et Arabes musulmans. Pourquoi n’évoque-t-on jamais la présence des chrétiens, comme si le Christ n’était pas né sur cette terre ? Enfin, pourquoi Israéliens et Palestiniens ne pourraient-ils se contenter d’avoir pour capitale Tel-Aviv pour les premiers, Ramallah pour les seconds, ce qui aurait l’avantage de faire de la ville trois fois sainte de Jérusalem, une ville ouverte où cohabiteraient pacifiquement juifs, chrétiens et musulmans. Dieu n’en serait-il pas davantage honoré ?

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