Le chômage face à la fausse impuissance de l’Etat.

Avons-nous bien fait de voter OUI ?

Jeudi 3 décembre 2009 // La France

  • En votant OUI au référendum, nous démontrerons que le peuple de France veut aller de l’avant dans une Europe qui n’a plus connu des guerres épouvantables depuis 60 ans.
  • En votant OUI, vous exigerez l’abolition des privilèges dont bénéficient nos élus.
  • En votant NON vous exigerez que les agents de la fonction publique soient soumis aux mêmes devoirs, aux mêmes avantages que les travailleurs du privé.
  • En votant NON, vous ferez savoir que si un citoyen passe la frontière espagnole avec X paquets de cigarettes, il ne doit pas être pénalisé, puisque des produits en provenances d’Asie, d’Afrique, d’Europe de l’Est où, d’ailleurs de par le monde, peuvent être exportés sur notre sol détruisant au passage des milliers d’emplois, et qu’ils sont fabriqués par des esclaves.
  • En votant NON vous ferez savoir que vous en avez ras-le-bol des délocalisations, et au delà, d’un chômage qui ne cesse de croître. Oui, à une aide aux peuples en détresse ( En Afrique, en Asie, en Europe orientale) Non à des dictateurs qui bafouent les droits les plus élémentaires, des femmes, des enfants, et des hommes, des droits légitimes à vivre dans la sérénité et la quiétude.

Je suis comme beaucoup de Français déçu par nos dirigeants, notamment par ma famille politique. Oui, « La Droite » s’est déconnecté du peuple, ses dirigeants oublient, ils se comportent de façon que l’on pourrait qualifier de « mal élevé » contrairement aux nobles d’autrefois, ils n’ont ni leur éducation, ni la moindre reconnaissance.

L’oubli sera le vrai linceul des nouveaux populistes. Tel sera le sort de ceux que j’ai connu avant.

Si j’ai toujours, j’ai considéré la démocratie et ses valeurs comme étant l’idéal humain, j’ai de tout temps combattu l’institution républicaine. J’approuve Monsieur Montebourg lorsqu’il affirme qu’il faut changer de république. Vu que l’on prend pour référence les Nations d’Europe qui bénéficient de l’institution monarchique, étudions l’histoire de France, et l’on s’apercevra que la Monarchie a donné à notre Pays ce que les Etats-Unis d’Amérique possèdent aujourd’hui. En août 1789, nous avons assisté dans l’allégresse générale à l’abolition des privilèges. Aujourd’hui, ces privilèges sont légion, et personne ne dit mot. Les Français sont les cocus de la nuit du quatre août 1789. Remettons de l’ordre dans une France hypocrite, dans une Nation où la vérité a été édulcorée.

Le chômage endémique, qui frappe particulièrement notre jeunesse, sans épargner pour autant les autres tranches d’âge, est en complète contradiction avec les nombreuses offres d’emploi non pourvu et l’incompréhension de nos concitoyens lorsqu’ils tentent d’avoir recours à un ouvrier spécialisé (métiers de bouche, plomberie, électricité, réparations diverses ou entretien courant, …) ou lorsqu’ils envisagent un projet plus élaboré, de construction, par exemple.

Conséquences de l’absence de main-d’oeuvre

Cette carence de main-d’oeuvre spécialisée a plusieurs conséquences négatives.

Tout d’abord, économiques, c’est l’augmentation du coût de l’intervention, la main-d’oeuvre se faisant rare. Il suffit d’appeler un dépanneur et comparer ses tarifs avec ceux de la visite à domicile d’un médecin. Il y a une disproportion flagrante entre le prix de revient du déplacement et du temps d’intervention de l’un par rapport à l’autre. Faut-il croire que le bon fonctionnement de la machine à laver est plus important que notre santé ? Faut-il penser qu’un CAP a plus de valeur qu’un Bac + 7 ? Non, bien entendu, mais dans le jeu de l’offre et de la demande, ceci explique cela. Cette absence de main-d’oeuvre spécialisée a aussi des répercussions sur le marché de l’emploi et le taux de chômage, car, faute de formations adaptées aux secteurs qui pourtant souffrent chroniquement d’une pénurie de main-d’oeuvre spécialisée, le sans-emploi, dépourvu du savoir-faire demandé, reste chômeur. Résultat : le coût social et économique du chômage continue de s’aggraver. Par ailleurs, le moral du sans-emploi est en berne. Il considère qu’il ne sert à rien et qu’il n’a pas sa place dans notre société. Parallèlement, l’opinion d’une partie du grand public se dégrade vis-à-vis de la jeunesse et des chômeurs, soupçonnant ceux-ci de manquer de vigueur et de pugnacité pour trouver un emploi. Ils en déduisent que l’effort budgétaire consenti pour faciliter cette insertion par le travail est vain. Ceci revient à dire que le traitement politique et administratif du chômage est mal conçu et mal conduit. Or, si les plans de lutte contre toutes les formes d’exclusion peuvent être améliorés, car tout peut l’être, le désintérêt croissant de nos concitoyens pour les métiers manuels est, hélas, bien réel : il est pour l’essentiel, à l’origine de la situation paradoxale que nous venons de décrire. Et pourtant, aucun plan d’envergure ne s’en est jamais vraiment préoccupé.

Porter un autre regard sur le travail manuel

Certes, tout jeune peut revendiquer d’accéder aux plus hauts des sommets de l’échelle sociale : c’est la traduction même de l’égalité démocratique. Mais cette ascension se réalise suivant les moyens de chacun et l’effort accompli pour y parvenir. Dans notre conception démocratique, chaque citoyen a sa place et son utilité quelle que soit la position qu’il occupe, mais encore faut-il que nous ayons la sagesse de ne mépriser aucun travail essentiel à la vie de chaque jour. « Il n’y a pas de sots métiers, il n’y a que des sottes gens ». Ainsi, le simple bon sens nous oblige à avoir un autre regard sur le travail manuel. En effet, tout le monde ne peut être médecin, enseignant, chercheur, … cela n’aurait d’ailleurs aucun sens et serait catastrophique pour notre avenir, car la chaîne de ce qui est indispensable à notre vie quotidienne serait interrompu et entraînerait rapidement des catastrophes. Mais, revaloriser le savoir-faire, c’est aussi redonner ses lettres de noblesse au travail bien fait. Ceci est particulièrement vrai pour le travail manuel. Il est constant maintenant que devant le recul de la qualité du travail, les entreprises tentent d’y remédier en instaurant de plus en plus de prix, chartes et labels de qualité, alors qu’après tout, on est censé rechercher naturellement la qualité dans nos diverses activités et a fortiori dans le cadre d’un contrat de travail. Quoi qu’il en soit, le travail bien fait n’est plus forcément une généralité. En conséquence, tout ce qui va dans le sens de la qualité de nos productions et de nos prestations doit être encouragé. L’objectif principal des chefs d’entreprise de demain sera donc de recréer un climat propice à cette recherche de qualité bénéfique à tous et ainsi de rendre vivante la formule de Pascal « Il faut avoir l’enthousiasme de son travail pour y exceller ».

Ainsi, les conséquences d’une revalorisation intelligente du travail manuel seraient multiples.

C’est tout d’abord, l’intégration d’un grand nombre de jeunes par un travail durable. Avoir enfin un véritable métier et non plus occuper de petits boulots qui génèrent le stress, décourage et finisse par anéantir le goût du travail bien fait. C’est même l’intérêt pour la chose publique et la vie en société qui est atteinte, la montée des égoïsmes s’opposant à l’intérêt général et au-delà, à la morale et aux valeurs républicaines. Le citoyen n’est plus acteur de sa vie mais simple figurant. Il finit par y perdre sa dignité au profit de l’assistanat, cette aide perverse qui contente celui qui donne, rend veule celui qui reçoit et engendre une société de médiocres.

L’intégration par un véritable emploi, c’est aussi lutter contre la délinquance sous toutes ses formes (drogues, violences, etc...) mais c’est aussi redonner vie au préambule de la constitution sur le droit au travail ainsi qu’à la maxime de Ferdinand Buisson « Le premier devoir d’une démocratique, est de faire des Démocrates  ». Nous déplorons, de plus en plus, le désengagement de bon nombre de nos concitoyens pour nos institutions démocratiques, pour la Nation elle-même. Mais comment s’enthousiasmer pour quelque chose qui ne dit rien, et ressemble plus à une nature morte dans un beau cadre doré qu’à une force en mouvement ? La démocratie nous accorde des droits en contrepartie de nos devoirs. Certains exigent d’abord leurs droits, surtout individuels et sociaux, en oubliant leurs devoirs.

Les diverses politiques de lutte contre la délinquance et l’exclusion, de gauche comme de droite ont toutes été un échec et le demeureront tant que les hommes politiques n’auront pas compris la nécessité de relier la prévention à la répression lorsque la politique de la main tendue n’a pas été comprise et de précéder, accompagner et faire suivre le volet prévention répression d’une éducation à la citoyenneté, alliée à une formation professionnelle digne de ce nom. N’oublions jamais en effet que nous sommes toutes et tous des victimes potentielles, certes, satisfaites de voir notre agresseur arrêté. Quant à l’inéluctable mondialisation, celle-ci ne doit pas être sauvage, violente, source d’exclusion. La seule recherche de profit ne suscite que des conflits sociaux dont l’issue n’est pas satisfaisante. Il en est de même en ce qui concerne la construction de l’Europe : la réalité d’une citoyenneté européenne n’est plus contestée, mais celle-ci se développera-t-elle à l’anglo-saxonne où le profit est Président et l’exclusion présidente où, à la « française », où le principe de fraternité, associé à celui de liberté et d’égalité, replace le citoyen au cœur des débats. ? Certes, donner du travail à tout le monde constituera un pari difficile mais au moins, que l’emploi offert à ceux qui n’en ont pas, ne soit pas rendu inaccessible faute de formation adaptée. Par ailleurs, le problème de nos retraites serait en partie réglé par l’augmentation des actifs. Or, comme nous le savons, de nombreux postes de travail ne sont pas pourvus malgré nos deux millions de chômeurs ! Il est donc de notre devoir d’engager la bataille contre les a priori visant le travail manuel et de faciliter par tous moyens la formation dans les secteurs d’activité porteurs d’emplois durables. Mais comment revaloriser le travail manuel ?

D’abord, en modifiant son image. Pour cela, il faut utiliser toutes les techniques modernes pour attirer, encourager la jeunesse à se diriger vers ces métiers porteurs et surtout à en être fiers. Il faut, en un mot, « redorer le blason » des métiers manuels et redonner tout son sens à l’expression admirative du « riche ouvrier », sachant tout faire de ses mains, avec une qualité affirmée. Si cela passe par la technologie de la communication, cela doit aussi s’inscrire dans le cadre normal de la formation scolaire et professionnelle. Le rôle de l’éducation nationale sera ici primordial. Il faut renforcer, particulièrement en ce domaine, le rôle éducatif de l’Éducation nationale. Il s’agira d’abord de réinjecter de la morale afin d’inculquer à la jeunesse un véritable goût de l’effort et le rejet du travail facile et bâclé, en lui faisant comprendre que tout se mérite, que rien n’est acquis d’avance, en lui faisant savourer la joie d’un travail difficile mais finalement mené à bien. Et qu’on ne peut pas non plus compter que sur les autres, l’assistanat étant une aide perverse qui nuit à la dignité du citoyen. Si on ne peut se résoudre à être continuellement assisté, il est également illusoire d’imaginer de construire son avenir en s’investissant dans les jeux de hasard ou dans des combines délictuelles qui ne mènent à rien, sinon à la déception et à la détresse. Mais pour arriver à passer ces messages, il faut aussi que l’enseignant soit lui-même fié de ce qu’il est. Il est donc indispensable que sa fonction soit aussi revalorisée, qu’il soit investi d’une véritable mission « former l’élite de la nation sans oublier les autres ». Mais que cette « élite » tout à fait relative soit consciente que, sans les autres elle n’est rien, et, que son intérêt particulier se confond avec l’intérêt général. Ceci aussi doit s’apprendre à l’école. C’est la leçon de morale suprême de toute société civilisée et démocratique. Elle est volontairement oubliée, contestée parce que difficile à construire et à faire partager dans notre société permissive où la prise de responsabilité n’est plus encouragée, voire déconseillée au profit d’une hypocrite neutralité qui vire très vite à l’irresponsabilité. Pourtant, il faut enseigner la morale, car il n’existe pas de Société sans morale et, pour nous, c’est celle de la démocratie !

Cependant, on ne saurait ignorer le rôle des autres éducateurs, en premier lieu des parents, qui doivent participer activement au processus de la revalorisation du monde du travail. Il faut éduquer aussi les parents en ce domaine. C’est le devoir des enseignants de l’École Publique ou privé de remettre cette morale démocratique en exergue, quand elle est déjà souvent prise en compte dans l’enseignement privé. Lui redonner toute sa vigueur serait l’honneur de l’école publique ou privé et l’aiderait à mieux résister aux attaques lancées contre le principe de droiture. Forte de ces raisonnements basés sur le bon sens et sur les principes démocratiques, je propose la « revalorisation du travail manuel » en expliquant la nécessité de celle-ci, mais surtout en faisant quelques propositions concrètes qui seront mises en place dès la rentrée de septembre 2005. L’Association de prévention, pour une Meilleure citoyenneté des jeunes, a pour objet de promouvoir tous types d’actions tendant à la prévention de la délinquance et à la lutte contre l’exclusion, en développant, particulièrement chez les jeunes, le sens de la morale, du civisme, de la solidarité et des valeurs de fraternités, afin qu’ils deviennent demain des citoyens responsables. Mais la promotion des valeurs démocratiques serait vaine sans un volet formation/emploi, seul à même de permettre à ces jeunes de devenir acteurs de leur propre vie. En conséquence, dans le cadre de la revalorisation du travail manuel, deux critères constitueront les vectrices permanentes de nos initiatives. » L’acquisition de valeurs citoyennes, l’apprentissage d’un métier manuel pour insérer ces jeunes en difficulté et faire face aux carences inquiétantes de recrutement dans certains corps de métier. » Pour réussir cet ambitieux projet, il faut avoir un partenariat fort avec les diverses organisations professionnelles et syndicales intéressées, ministères, établissements scolaires, collectivités locales, … Dès à présent, de nombreux organismes nous ont assumés de leur intérêt et souhaitent s’associer à notre démarche.

Artisanat : mot récent, réalité ancienne. Si le terme n’apparaît qu’à la fin du XIX° siècle, sa racine étymologique, en révèle toute l’ambivalence. À l’origine il englobe, en effet, l’ensemble des activités manuelles extra agricoles, au point qu’on ne distingue pas l’artisan de l’artiste. Mise à part la distinction, selon la taille de l’entreprise et l’effectif employé, entre le « secteur des métiers » et la « manufacture », ancêtre de l’industrie, il faut attendre le XVI° siècle pour que la discrimination soit faite entre les « arts mécaniques » exercés par les « gens de métier » et les « arts libéraux » exercés par les artistes proprement dits, bien que l’on ait pris l’habitude de parler d’artisanat d’art pour certains métiers où la création et l’esthétique jouent un rôle essentiel (ferronniers d’art, vitriers d’art, métiers des arts graphiques). L’ambiguïté se maintiendra jusqu’au milieu du XIX° siècle. Le dictionnaire Poitevin, jouant sur les mots, affirme que « l’artisan exerce un art demandant un certain apprentissage », s’opposant en cela à l’ouvrier de l’agriculture ou de l’industrie. Si l’on englobe dans l’artisanat, à l’instar du décret français du 1er mars 1962, les activités de production, de transformation, de réparation ou de prestation de services, son histoire est aussi vieille que celle des techniques qu’il applique. Il a subi en outre les avatars des sociétés et des civilisations.

L’artisanat aujourd’hui

La législation actuellement en vigueur tend à délimiter un domaine artisanal, variable, parfois fondamental, d’un pays à l’autre. Il faut bien admettre qu’une définition recouvrant les réalités économiques précises est difficile dans un monde en rapide mutation. Aussi s’en tient-on généralement à une délimitation socioprofessionnelle que l’on apprécie selon des critères plus ou moins flous : mode d’exécution du travail (« à la demande » et largement « à la main »), qualification professionnelle de l’exécutant, faible dimension de l’entreprise, titres et qualités de son chef, voire ses traits psychologiques (esprit d’indépendance et de tradition), sa mentalité, son attitude face au travail (goût de la liberté, de la création, de l’ouvrage soigné et mené de bout en bout par le même homme). C’est pourquoi, si tant de formulations synthétiques ont été tentées, peu d’entre elles reçoivent l’assentiment général, péchant tantôt par leur rigueur, tantôt par leur libéralité. On a dit que l’artisanat recouvrait les activités manuelles, mais c’est trop restrictif lorsque la mécanisation, quoique sommaire, est passée dans tous les métiers. On a voulu également y voir l’apanage tantôt des travaux soignés, tantôt de la production et des services personnalisés. Or d’autres secteurs ont aussi cette prétention, savamment orchestrée par la publicité. Plus précisément, « l’artisanat se caractérise essentiellement par sa capacité et son orientation en vue de fournir des prestations nettement différenciées suivant le lieu et le temps, et commandé dans la plupart des cas par des désirs spécifiques individuellement exprimés », avec un cachet de particularité et d’authenticité que la production de masse ne permet pas. Mais n’oublions pas que l’évolution économique et technique conduit à la pratique de la sous-traitance à la grande industrie, qui, au moins pour les produits demi-finis, entraîne la fabrication en grande série.

Le plus souvent cette acception large est retenue dans les pays pour lesquels l’accès à la profession n’est limité ni qualitativement (par un brevet de maîtrise ou autre diplôme professionnel) ni quantitativement (nombre maximal de salariés). C’est le cas, par exemple, de l’Allemagne , et avec elle l’Alsace-Lorraine qui a gardé le statut local d’avant 1925 , de la Belgique, du Danemark, de la Suède et de la Finlande, où artisanat et petites et moyennes entreprises ne sont, faute de définition légale, distingués que de la grande entreprise. Le seuil se situe en général à 50 ouvriers ; il est de 20 en Suisse, dix au Royaume-Uni, dix en France où l’accès est libre, mais où l’arrêté ministériel du 12 octobre 1966 a fixé, selon un système de points, les conditions d’attribution du titre d’« artisan en son métier » et, pour les très hautes qualifications, attestées en outre par un brevet de maîtrise, de « maître artisan en son métier ». La législation française, bien qu’elle utilise le critère dimensionnel pour délimiter le secteur des métiers, fait jouer, en outre, notamment par le décret du deux février 1988, celui de la compétence professionnelle du chef d’entreprise. Celle-ci est absolument requise au Luxembourg et aux Pays-Bas, malgré, dans l’un et l’autre cas, l’absence de définition légale du secteur artisanal. Dans le système néerlandais, outre les références professionnelles attestées par le Conseil social et économique, la corporation économique qui prononce l’admission exige du postulant des connaissances commerciales et une preuve de solvabilité.

L’Italie est plus restrictive puisque la loi du 26 juillet 1956 exige non seulement que les risques soient entièrement supportés par le titulaire de l’entreprise ; mais que l’activité - surtout manuelle - soit exclusivement de production ou de prestation de services (hygiène, transport), que l’artisan exerce personnellement la direction et totalement la gestion de l’entreprise, que l’effectif soit, suivant le type d’activité (production en série ou non, métiers traditionnels ou artistiques, entrepris de transport), limité à un nombre plus ou moins restreint d’ouvriers et d’apprentis.

L’acte unique européen, signé en février 1986 et entré en vigueur en juillet 1987, fait désormais obligation aux autorités communautaires, ainsi qu’aux administrations nationales concernées, dans l’ensemble des États membres de la communauté économique européenne, d’harmoniser leurs législations respectives afin de rendre opérationnel, pour le 1er janvier 1993 au plus tard, un « marché unique » comportant notamment la libre circulation des personnes, des capitaux, des biens et des services. Eu égard à ces contraintes juridiques se pose d’ores et déjà la question des conditions d’exercice des professions artisanales au sein de la C.E.E. Dans l’avenir, en particulier en ce qui concerne la « liberté d’établissement » dans un autre État de la Communauté pour un artisan ressortissant de l’un quelconque un État membres, présents ou futurs (car l’élargissement à d’autres pays est possible et même probable). La « liberté d’exercice » implique incidemment de surcroît la « reconnaissance mutuelle des qualifications ». Cette harmonisation européenne devra-t-elle, un jour, aller jusqu’à l’uniformisation, avec « statut unique » du maître artisan ? Diplôme européen commun donnant accès spécifiquement à telle ou telle profession artisanale.

Les perspectives internationales

Outre la réunification, le trois octobre 1990, de l’Allemagne, ce qui renforce le poids économique de l’artisanat dans la C.E.E. -, les changements fondamentaux survenus en Europe de l’Est en cette fin de siècle ne sont pas sans quelques répercussions sur le monde artisanal. Le passage à l’économie de marché, dans le sillage de la perestroïka, a engendré en U.R.S.S. Le développement des professions sur le mode artisanal « libéral » (c’est le cas, par exemple, des métiers de coiffeur, de garagiste, de réparateurs « indépendants »), statut antérieurement interdit en Union soviétique. Par ailleurs, l’ouverture des frontières, entre les deux anciens blocs de l’Europe, conduit, de plus en plus à prendre en compte le secteur artisanal de l’Est, qui cherche à se développer et se dynamiser. Ainsi, en Hongrie, il existe déjà plus de trois cents organisations professionnelles artisanales, et il suffit d’avoir plus de dix-huit ans et une formation professionnelle (attestée par trois ans d’apprentissage ou bien un certificat d’ouvrier qualifié) pour devenir artisan, après un « examen de maîtrise » collationné par l’Organisation nationale de l’artisanat ; certes, la puissance économique de ce secteur est freinée par la limitation des effectifs de l’entreprise de six compagnons et trois apprentis, auxquels peuvent s’ajouter un maximum de six auxiliaires familiaux du maître artisan.

Dans les pays non européens, on découvre aussi de puissants groupes de pression sous la bannière de l’artisanat et/ou des P.M.E. C’est particulièrement le cas aux États-Unis et au Japon. Toutefois, les organisations professionnelles de ces deux géants économiques trouvent, face à elles, dans les administrations économiques ad hoc, des interlocuteurs compétents et efficaces comme le Small business Administration des États-Unis ou le M.I.T.I. Japonais, dont l’optique est gestionnaire avant d’être administrative, leur mission étant davantage de donner une impulsion plutôt que de réglementer, de stimuler la coopération - et donc la synergie, entre le secteur privé et le secteur public. On assiste, depuis quelque temps, à une réelle adaptation de l’artisanat, passant par une profonde transformation de l’image traditionnelle de l’artisan, autrefois confiné à l’échoppe et maintenant reliée par réseaux informatiques nationaux (Minitel), voire internationaux (B.C.net). Il doit désormais ajouter à son savoir-faire technique des qualités de gestionnaire dans une économie de production en série se substituant de plus en plus au travail à la commande. Or l’Union internationale de l’artisanat et des P.M.E. Regroupe des organisations professionnelles de trois continents (dans certains pays - tels les Pays-Bas, la Grèce et bien d’autres -, l’entreprise artisanale n’a pas de spécificité juridique ou économique susceptible de la distinguer d’autres P.M.E.). Et, pourtant, le trait commun à tout l’artisanat de par le monde, nonobstant son infinie variété, est qu’il entend rester le domaine de l’« entreprise à l’échelle de l’homme ». Cela suppose sur le plan technique que la division du travail ne puisse y être poussée au point de requérir des spécialisations extrêmes, que la mécanisation introduite ne remplace totalement le travail manuel, que la production de masse, enfin, n’élimine pas le contact humain direct qui, seul, permet la personnalisation des produits et des services. Ce n’est qu’à cette triple condition que pourra survivre ce qui, pour J.-J. rousseau, était « le métier le plus indépendant de la fortune et des hommes.

L’artisanat

Depuis le début des recherches sur le chômage, la définition du chômeur a présenté de grandes difficultés. C’est que le chômage n’est pas seulement le non-emploi ou le non-travail. Il fait intervenir les aptitudes et les tendances d’un individu, son statut, et aussi les institutions, notamment administratives, de la société dont il fait partie. On ne saurait donc s’étonner des approches successives et diverses d’un concept dont dépendent toutes les analyses qui peuvent être faites des populations de chômeurs et de la situation de chômage.

Le travail n’est pas une marchandise comme les autres. La capacité productive d’un pays dépend non seulement du stock de travailleurs physiquement et intellectuellement capables d’être utilisés, mais aussi du nombre de travailleurs qui désirent travailler, et qui ne seront connus que s’ils manifestent ce désir : la mesure de cette quantité supplémentaire disponible passe ici par la détermination de l’attitude des individus (les chômeurs et, éventuellement, une partie des inactifs). Encore faut-il que ce désir les amène à être présents sur le marché, d’où la double nécessité de la « démarche effective » et de la disponibilité. L’examen de la subjectivité des individus n’empêche pas de privilégier les situations de fait doter d’une certaine permanence.

  1. La population active occupée (P.A.O.) est une notion assez extensive. En effet, pour apparaître comme pourvu d’un emploi (salarié ou non), il suffit soit d’avoir travaillé « ne serait-ce qu’une heure » au cours de la semaine de référence, tout en « déclarant avoir une activité professionnelle effective », soit d’avoir « conservé un lien formel avec l’employeur » cette semaine-là (par exemple, continuation du contrat de travail).
  2. Les chômeurs sont les individus sans emploi, qui ont fait une démarche effective depuis un mois pour en rechercher un (l’inscription à L’A.N.P.E. Est considérée comme une démarche effective) et est « disponibles pour travailler sous quinzaine ». On obtient ainsi la population sans emploi à la recherche d’un emploi, à laquelle on ajoute les personnes actuellement sans emploi, mais qui en a « trouvé un commençant ultérieurement » pour obtenir les chômeurs « au sens du B.I.T. ».
  3. Les inactifs sont les personnes qui n’entrent dans aucune des deux catégories précédentes.
  4. Les réponses obtenues permettent donc ici de repérer une situation par rapport au marché du travail, définie par la personne elle-même ou matérialisée par ses actes, mais, dans un cas comme dans l’autre, l’origine de cette situation n’est pas prise en compte. En ce qui concerne le repérage des chômeurs, ce qui prime, c’est la volonté d’accéder au marché du travail, ce qui rend donc équivalents, de ce point de vue, la femme qui reprend une activité, le jeune qui sort du système scolaire, l’ouvrier licencié qui se réinsère. Une telle conception égalitariste et universaliste est difficile à appliquer quand se multiplient les situations intermédiaires diverses.

 L’agence nationale pour l’emploi est l’échelon national des agences local pour l’emploi ; celles-ci fonctionnent comme des agences de placement, recueillant offres et demandes. S’inscrire à L’A.N.P.E., pour chercher un emploi ou un autre emploi, résulte d’une démarche volontaire : il faut donc penser qu’on y a intérêt, et cela dépend de la réglementation en vigueur, en particulier du lien entre inscription et jouissance de certains droits (actuellement, le droit à la sécurité sociale est déconnecté de l’inscription, mais le droit aux allocations chômage lui est généralement lié). Les demandeurs d’emploi inscrits sur les fichiers à la fin de chaque mois (D.E.F.M.) sont répartis en cinq catégories, dont seules les trois premières peuvent être rapprochées des chômeurs au sens du R.G.P. ou du B.I.T., car les deux autres concernent des personnes non disponibles ou déjà pourvues d’un emploi. Les D.E.F.M. De catégorie 1 sont à la recherche d’un emploi à durer indéterminée à temps plein ; ceux de catégorie 2, d’un emploi à durer indéterminée à temps partiel ; et ceux de catégorie 3, d’un emploi à durer déterminée temporaire ou saisonnière. Tous sont donc, en principe, sans emploi et immédiatement disponibles. Le nombre des D.E.F.M. Des trois catégories sont publiées mensuellement, mais, quand on parle du « chiffre mensuel du chômage », c’est au total de la première catégorie que l’on fait allusion. La hausse rapide du chômage à partir de 1975 a incité l’État à prendre une série de mesures visant à rendre supportable le phénomène par la société. Les gouvernements se sont donc efforcés de soulager les effets individuels du non-emploi et d’en diminuer certaines causes en offrant à certaines catégories de personnes un statut plus valorisant que celui de chômeur (stagiaire en formation, préretraité, dispensé de recherche d’emploi, bénéficiaire de contrat de solidarité, d’insertion, etc.) : c’est ce que l’on a surnommé le traitement social du chômage. Les politiques de gestion des ressources humaines par les firmes ont aussi évolué : recours accru à l’intérim et aux contrats à durée déterminée, plans « sociaux » d’accompagnement des restructurations, utilisation des nouveaux statuts créés par les politiques de traitement social.

Ces mesures ont largement contribué à l’apparition d’un « halo » du chômage en multipliant la création d’emplois « hors norme » (ou « formes particulières d’emploi »), rendant ainsi imprécis, sinon aléatoires certains classements dans les trois catégories fondamentales, chômage, emploi, inactivité. Cela aboutissait également à diminuer le nombre de chômeurs officiellement recensés et donnait lieu à controverse sur le nombre des chômeurs, encourageant l’effort des statisticiens pour réduire les incertitudes du chiffrage ou, tout au moins, les cerner avec le plus de précision possible. Un effort d’autant plus nécessaire que la frange lui-même du chômage se modifient : ainsi, en France, de plus en plus de personnes s’éloignent du marché du travail, soit qu’elles déclarent chercher un emploi, mais ne sont pas disponibles, soit qu’elles n’aient pas commencé leurs recherches ou les aient abandonnées, souvent par découragement. Ainsi, la diversité des définitions et des sources est justifiée par le caractère protéiforme du phénomène. Encore convient-il de bien les connaître, pour savoir exactement ce qu’il est permis d’en tirer à l’analyse.

L’A.N.P.E., qui fait une application très souple des trois critères du chômage, « accueille quand à elle plus facilement des personnes aux marges de l’emploi et du chômage » (activité réduite ou « petits boulots ») ou aux marges de l’inactivité et du chômage (chômeurs découragés, personnes qui se contentent d’une recherche épisodique et peuvent conserver leur inscription puisque, en dehors de rares contrôles, une simple déclaration de maintien d’inscription en fin de mois suffit). Au contraire, la catégorie de chômeurs B.I.T. Accueille soit des personnes dont les efforts de recherche ont été couronnés de succès et qui commencent ultérieurement leur nouveau travail, soit des chômeurs qui semblent devoir se consacrer à temps plein à leur recherche, puisque les critères appliqués sont très extensifs en matière d’activité (au moins une heure) et plus exigeants en matière de recherche (démarche spécifique pour les non-inscrits, confirmation de la recherche pour les inscrits). Ainsi, les chômeurs B.I.T. Seraient les « personnes les plus actives sur le marché du travail et les plus employables ».

Les gouvernements qui se sont succédé depuis les « 30 Glorieuses » n’ont jamais voulu maîtrisé le chômage, ils ont même contribué à l’accentuer. Nous assistons en France à une destruction du travail, au nom de la venue de nouvelles techniques, au nom des délocalisations, à la fuite de nos « cerveaux ». Il y a de la part de nos responsables politiques, aucune volonté de revaloriser le travail manuel, mais par contre, la robotisation tue le travail de l’humain. Tout cela, nous, amènent à poser, d’une manière ou d’une autre, les questions de fond suivantes : « Avons-nous du travaillé à donner ? La réponse et OUI et rapidement, « Cherchez-vous un « emploi » ? », si oui, « Quel « acte de recherche » avez-vous fait ? », « Êtes-vous « disponibles » ? »

  1. Un chômeur coûte plus ne cher à rien faire qu’à travailler, encore faut-il qu’il soit rémunéré convenablement.
  2. Le coût mensuel d’un chômeur est de : 1402,53 €
  3. Les charges qui pèsent sur les entreprises sont pour une bonne part dans le non vouloir des chefs d’entreprises de créer des emplois. Les 35 heures obligatoires dans certains métiers, ont eu pour effet, de ne plus embaucher.
  4. Payons 50% plus chers les heures supplémentaires, celles qui vont de 39 heures aux 48 heures si le travailleur le souhaite. Exonérons ces heures de charges sociales.
  5. Taxons les « outils ROBOTS » qui désormais, primes sur les travailleurs.
  6. Nous manquons de mains d’œuvre dans le « tertiaire ». Pourquoi ne pas faire un inventaire des emplois qui dans ce domaine pourraient être créés.
  7. Créons des emplois payés au minimum à 1 250 € mensuel.
  8. Manque d’emplois dans les hôpitaux.
  9. Manque d’emplois dans certains services publics.
  10. Manque d’emplois dans le CHR « cafés Hôtels restaurants ».
  11. Manque d’emplois dans l’agriculture.
  12. Manque d’emplois dans l’ensemble des métiers de l’artisanat.
  13. « Électriciens, plombiers, menuisiers, maçons Etc…..…..la listé ne’sont pas exhaustifs. »
  14. Il n’y a pas de petits métiers, il n’y a que des gouvernements imbéciles et cruels pour ne pas revaloriser pléthores de « petits boulots », notamment de service. Faut-il encore les rémunérer convenablement pour qu’ils soient motivants.
  15. Si les Syndicats n’avaient pas mis autant de pression sur notre « compagnie maritime », le Paquebot France serait resté en France. Les Syndicats du Royaume de Norvège sont plus pragmatiques, et moins C que leurs collègues Français.
  16. Au Royaume uni, le chômage est pratiquement nul, il y a une raison !! le bon sens du Royaume uni prouve que l’on peut faire partie de l’Europe, et n’avoir que 3% de demandeurs d’emploi. Les Britanniques ne refusent pas « Les petits boulots », petit par une dialectique malvenue, grands pour respecter tout travail du moment qu’il est bien payé et que les chefs d’entreprise ne sont pas découragés par une fiscalité exorbitante, qui décourage les meilleures volontés.
  17. Lorsque des travailleurs constatent que leur usine ferme pour se délocaliser en Europe de l’Est ou en Asie, en Afrique ou ailleurs de par le monde qui pourrait accepter un tel machiavélisme au nom du profit ?
  18. Messieurs les dirigeants de notre Marianne, votre politique désastreuse vous conduit tout droit vers une Révolution, une révolte des masses populaires qui vous feront rendre gorges. Pire, vous cautionnez les politiques esclavagistes de dictateurs qui s’enrichissent au détriment des peuples qui vivent avec moins d’un Euro par jour.

 

La question de la pauvreté est une écharde dans la chair des sociétés riches. Comment tolérer que certains citoyens, faute de revenus suffisants, risquent de manquer de l’essentiel, logement, nourriture ou vêtements - tandis que la société dans son ensemble regorge de tout ? Longtemps, on a cru que la croissance économique suffirait à régler le problème. Produire davantage de richesses permettrait, pensait-on, d’en finir tôt ou tard avec la pauvreté, à la façon dont le flot, lorsqu’il monte, finit par recouvrir les îlots. C’était une illusion, car, dans une société où le revenu et les droits sociaux, pour l’essentiel, proviennent du travail et de la propriété, ceux qui sont dépourvus de l’un et de l’autre sont du même coup privé de revenus. Et, même si le droit au travail est inscrit dans la Constitution française (mais aussi dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948) en tant que droit fondamental de l’homme, dans la réalité, le chômage, les handicaps personnels ou tout simplement les circonstances de la vie (l’âge, par exemple, ou la nationalité) font que bon nombre de citoyens, même dans les sociétés riches, ne disposent pas de revenus personnels suffisants issus d’une activité professionnelle présente ou passée. Globalement, le flot (la richesse produite) monte, mais la pauvreté s’enkyste au sein même d’une richesse croissante.

.Un revenu social pour tous

Sous des noms divers (allocation universelle, revenu d’existence, revenu de base, revenu de citoyenneté, dividende social, etc.), l’idée est toujours la même : au sein de la société, chaque personne doit avoir droit, de sa naissance à sa mort, à un revenu social garanti, indépendant de ses éventuelles autres ressources. Non, pour exister, mais parce qu’on existe, disait James Meade (Prix Nobel d’économie en 1977, et inventeur de la comptabilité nationale) : c’est un droit reconnu par la société à chacun, non un secours attribué aux nécessiteux. L’expression a été reprise, à satiété, par Yoland Bresson (1993, 1995), qui présente ainsi le revenu d’existence : « Il est, ou doit être, attribué à chacun de façon inconditionnelle, sans considération d’âge, de sexe ou d’activité.

Revenu alloué non pas pour exister, mais parce qu’on existe, que l’on est reconnu membre de la communauté, que l’on est susceptible potentiellement d’engendrer des échanges de temps, donc de participer à la création des richesses. » « Échange de temps », l’expression renvoie à l’analyse théorique sur laquelle Yoland Bresson appuie sa proposition : une partie de l’efficacité actuelle de la société provient du gigantesque effort d’accumulation de savoir, d’infrastructure et d’équipements effectué par les générations antérieures qui nous lèguent, en quelque sorte, des gains de temps grâce auxquels nous pouvons produire incomparablement plus qu’eux. Ce qui justifie que chacun de nous reçoive le revenu de ce patrimoine que nous possédons en indivision. Cette justification n’est d’ailleurs pas nouvelle. On la trouve déjà dans le Cours de philosophie positive d’Auguste Comte : « Le service humain » - terme sous lequel le fondateur du positivisme désignait le travail - résulte du legs des générations antérieures qui nous transmettent expérience, analyses et améliorations, si bien que ce que nous créons est pour partie leur œuvre ; aussi proposait-il de verser à tous, sans distinction, ce « revenu d’humanité ».
  
Une réponse à la diminution de l’emploi

La plupart des défenseurs du revenu d’existence ont toutefois une démarche beaucoup plus pragmatique : c’est parce que le ne travail manque, et manquera sans doute de plus en plus, qu’il faut bien trouver un autre moyen de distribuer la richesse produite. Sinon, on se dirige inévitablement vers une société globalement de plus en plus riche, mais où les exclus du travail - en nombre croissant - seront de plus en plus pauvres. C’est le point de vue de Jean-Marc Ferry (1995) : « Aujourd’hui, le travail conditionnel cesse d’être un facteur de production de premier plan, du fait, surtout, de l’automation rampante, et la puissance de l’appareil de production devient de plus en plus indépendante de la force et de la quantité de travail directement mobilisé pour la production (travail social). Il s’ensuit que la rémunération du travail ne pourra plus assurer le débouché de la production. » C’est le point de vue, également, d’André Gorz (1997), qui y voit le début d’une révolution sociale de grande ampleur : « Parce que la production sociale (celle du nécessaire et du superflu) exige de moins en moins de travail [salarié] et distribue de moins en moins de salaires, il devient de plus en plus difficile de se procurer un revenu suffisant et stable au moyen d’un travail payé. [...] Le remède à cette situation n’est évidemment pas de « créer du travail » ; mais de répartir au mieux tout le travail socialement nécessaire et toute la richesse socialement produite. [...] Le droit à un revenu suffisant et stable n’aura plus à dépendre de l’occupation permanente et stable d’un emploi ; le besoin d’agir, d’œuvrer, d’être apprécié des autres n’aura plus à prendre la forme d’un travail commandé et payé. »

Un substitut à l’intervention publique dans l’économie

Certains auteurs s’attachent à un autre argument. Ainsi, Béatrice Majnoni d’Intignano (1997, 1998) estime que, « en dissociant les revenus de subsistance des revenus d’activité, on permettrait aux entreprises de rémunérer les travailleurs selon leur valeur d’échange et leur productivité, d’embaucher et de débaucher librement ». En d’autres termes, pourquoi maintenir S.M.I.C., conventions collectives et tout ce qui s’ensuit, puisqu’un revenu minimum versé à chacun éliminerait le risque que quiconque puisse percevoir moins que le minimum vital. Le marché est donc analysé ici comme le meilleur des régulateurs économiques possible et qu’il faut laisser fonctionner sans entrave, le revenu d’existence venant s’ajouter dans tous les cas aux revenus du travail et aux revenus du capital, de sorte que ceux que le marché exclurait, ou qui trouveraient la rémunération proposée trop faible, puisse néanmoins vivre. Cela signifie en substance : au marché la fonction d’efficacité, à l’allocation universelle (ou revenu d’existence) la fonction de solidarité. D’où le succès du revenu d’existence auprès des économistes libéraux, qui y voient le moyen de libéraliser le marché du travail sans paupériser trop ceux qui sont en bas de l’échelle des revenus. En revanche, on peut imaginer des salaires totalement flexibles, le capital appartient à tous et les bénéfices des entreprises sont redistribués par le biais de l’intéressement : ce que les salariés du bas de l’échelle perdent en salaires, ils le récupèrent en bonne partie grâce aux participations aux bénéfices.

Ainsi, curieusement, le revenu d’existence joue sur deux registres opposés : pour les uns, il permet de dépasser le travail, pour les autres il permet de l’enraciner dans une problématique de marché. Les premiers ont fait leur deuil du plein-emploi, les seconds souhaitent y revenir par la flexibilité des salaires. Les premiers voient dans le revenu d’existence la condition d’un libre choix, les seconds une protection contre les fluctuations du marché. André Gorz, en 1987, avait déjà bien analysé cette opposition ou cette ambivalence. Il récusait alors l’une et l’autre conceptions, estimant que le droit au travail pour tous pouvait être assurés par le biais de la réduction du temps de travail. Toutefois, dans misères du présent, richesse du possible (1997), sans renoncer à l’idée que chacun ait droit au travail, celui qu’on vous donne à faire, précise-t-il -, mais estimant que cela prendra le plus souvent la forme de contrats précaires, il se rallie à l’idée que le revenu d’existence - revenu social, sous sa plume - doit devenir la base normale de rémunération pour chacun.

Avantages et inconvénients du revenu d’existence

Dans la société qui est la nôtre aujourd’hui, l’attribution d’un revenu d’existence aurait deux avantages incontestables. D’abord, comme l’avait bien vu Thomas Paine, en rendant automatique le versement d’un revenu à chacun, elle éviterait tous les phénomènes de « stigmatisation » ou d’assistance que souffrent aujourd’hui ceux qui doivent solliciter des aides ou des revenus sociaux faute d’autres revenus. Chacun de nous serait créancier de la société, alors qu’actuellement les plus démunis ont trop souvent le sentiment non d’exercer un droit, mais de demander la charité, ce qui va à l’encontre de l’autonomie et du respect de la personne. Ensuite, le revenu d’existence étant inconditionnel, tout autre revenu - issu d’un travail rémunéré, par exemple - viendrait s’y ajouter, alors qu’actuellement, le titulaire d’un minimum social voit ce dernier diminuer lorsqu’il retrouve du travail. Ce qui, pour certains, dissuade les personnes concernées de chercher activement un travail. Mais pas de médaille sans revers. Il s’agit tout d’abord du coût : deux francs (environ 305 euros) par mois et par personne, par exemple, chiffre maximal généralement avancé (mais André Gorz revendique « un revenu suffisant », donc bien supérieur, sans toutefois proposer de montant), représentent un coût de un milliards de francs (environ 213 milliards d’euros) pour la société française (un milliards de francs pour le projet de François Bourguignon et Pierre-André Chiappori, limitant la répartition aux seuls adultes, à raison de deux francs par mois). Ce n’est pas finançable par l’impôt : il faudrait quintupler le seul impôt sur le revenu !

Ensuite, la plupart de ses partisans avancent que le revenu d’existence viendrait se substituer à bon nombre de prestations sociales : minima sociaux, bien évidemment, mais aussi aides sociales (bourses, aide médicale gratuite, etc.), assurance chômage, prestations familiales (y compris les allocations logement) et peut-être même - sur ce point, ils sont moins précis - la retraite « sécu ». C’est-à-dire, justement, la partie la plus redistributrice des prestations sociales. Car, même si le système de redistribution d’un pays comme la France est complexe et laisse subsister bien des trous, il est quand même quelque peu redistributif. Ainsi, en 1995, avant redistribution, le dixième le plus favorisé des ménages gagnait, par unité de consommation (c’est-à-dire en tenant compte de la taille de chaque ménage) au moins 7,5 fois plus que le dixième le moins favorisé. Après impôts (sur le revenu, taxe d’habitation et taxe foncière) et cotisations sociales d’une part, prestations sociales d’autre part, l’écart n’était plus que de 3,9 (chiffres de 1995, détaillés dans le n° 19 de la revue de l’I.N.S.E.E., synthèses). Le revenu d’existence risquerait de coûter cher aux finances publiques, au détriment d’autres mesures, plus efficaces socialement ou économiquement, car mieux « ciblées » sur les couches sociales les plus défavorisées et donc plus redistributives.

Un revenu minimum pour les plus démunis

Contrairement au revenu d’existence, le principe du revenu minimum consiste à ne verser un revenu social qu’à ceux dont les autres revenus sont insuffisants, et pas à tous. Il s’agit, en outre, d’un revenu versé sans contrepartie. Toutefois, en France, la création du R.M.I. (revenu minimum d’insertion) en 1988, prévoyait la passation d’un contrat, (dit d’insertion) entre l’allocataire et la collectivité, contrat devant préciser les engagements de l’allocataire (recherche d’emploi, formation, soins, etc.) et ceux de la collectivité (revenu). Le versement de l’allocation, limité dans le temps et révisable, devait être subordonné à cet engagement réciproque. En revanche, les autres exemples de revenu minimum en Europe - le minimex belge, les supplementary benefits anglais, etc. - sont inconditionnels et automatiques, dès lors que les autres sources de revenus sont inférieures au plafond prévu. Il s’agit, enfin, d’un revenu différentiel. Lorsque l’allocataire voit son revenu personnel augmenter (par exemple, lorsqu’il retrouve un travail à temps partiel), la prestation sociale est réduite d’autant. Certes, ce n’est pas immédiat : dans le cas du R.M.I., par exemple, un système dit d’intéressement permet de cumuler R.M.I. et salaire intégralement durant trois mois, puis, durant un an (ou 750 heures de travail), de ne compter le salaire perçu que pour moitié, ce qui permet de conserver un « morceau » de R.M.I.

Depuis sa création, le R.M.I. A changé de nature. Il s’agissait au départ de boucher les trous d’une protection sociale principalement centrée sur ceux qui travaillent. Mais la montée du chômage de masse a peu à peu fait sauter les digues : avec les réformes successives de l’assurance chômage restreignant les droits à indemnisation en raison de l’énorme croissance du nombre des chômeurs, le R.M.I. Est devenu le lot d’un nombre considérable de chômeurs ne parvenant pas à retrouver du travail. Au lieu d’être une main secourable tendue par la société à ceux qui s’enfoncent, il est devenu une sorte d’assurance chômage au rabais pour exclus de l’assurance chômage, comme l’explique Marie-Thérèse Join-Lambert (1999) : « À partir de 1993, on a assisté à une montée spectaculaire des bénéficiaires du R.M.I. Il a fallu du temps pour réaliser que ce phénomène était lié non à un développement particulier des fraudes à la prestation ou d’une culture de l’assistance, mais à la montée du chômage et aux restrictions des systèmes d’indemnisation. » Ce qui avait vocation à n’être qu’une transition, le temps de reprendre pied dans la société, devient une source permanente de revenu pour certains, en raison de l’accumulation du chômage de longue ou de très longue durée, et de la dégradation de « l’employabilité » qui en résulte pour ceux qui en sont victimes. Enfin le caractère contractuel du R.M.I., qui se traduisait par un engagement réciproque - un revenu en échange d’un effort d’insertion, le plus professionnel - a cédé peu à peu le pas à une prestation automatique, subordonnée seulement au montant des revenus personnels. Reste que, officiellement, le R.M.I. demeure un contrat auquel il peut être mis fin à tout moment si l’allocataire ne tient pas ses engagements.

Aussi suscite-t-il trois types de critiques, bien résumés par Alain Caillé (1996) : « Sa nature contractuelle en fait une prestation conditionnée à une obligation de comportement : il faut être un pauvre « méritant ». Le R.M.I. Est révocable, ce qui place ses « bénéficiaires » dans une situation d’incertitude et de précarité peu propice à l’insertion dans un projet de vie à moyen et long terme. Enfin, il n’est pas cumulable avec d’autres ressources : il l’est temporairement, mais pas structurellement, si bien que, lorsque des rmistes trouvent effectivement des sources de revenus complémentaires, ils sont confrontés à une alternative dramatique : soit - c’est le choix le plus fréquent - omettre de déclarer ces revenus, ce qui crée un climat malsain ; soit les déclarer, ce qui diminue d’autant leur allocation au titre du R.M.I., et entraîne à terme leur radiation. »

C’est surtout cette dernière critique qui, aujourd’hui, est au centre des débats. En effet, pour rendre attractive une reprise d’activité, le niveau du revenu minimum doit être moindre que celui du salaire minimum. Car même si l’on sait que, la plupart du temps, être écarté du travail, c’est aussi être écarté d’un statut, d’un ensemble de relations, bref d’une place dans la société et devenir un citoyen de seconde zone, même si l’on ne peut réduire l’aspiration à travailler au seul revenu espéré, il faut malgré tout que celui qui décide de travailler ait le sentiment qu’il est récompensé, et non pénalisé, par rapport à celui qui décide de ne pas travailler. Le problème est que, très souvent, les allocataires du R.M.I., surtout s’ils sont peu qualifiés (ce qui est le cas majoritaire), ont du mal à trouver des emplois à temps plein. Le plus souvent, l’expérience montre que, lorsqu’ils trouvent du travail, les allocataires du R.M.I. ne se voient proposer que des emplois à temps partiel, voire à temps très partiel (quelques heures de ménage ou d’entretien de jardin, par exemple).

L’État, lui-même, a donné le mauvais exemple en créant les contrats emploi-solidarité (loi du 19 décembre 1989), représentant 20 heures de travail hebdomadaire payées au S.M.I.C. Cela partait d’un bon sentiment : il s’agissait de laisser aux titulaires de ces contrats un peu de temps pour se former ou pour chercher un « véritable » emploi, de manière à revenir sur le marché du travail « normal » dans de bonnes conditions. Mais le résultat a plutôt été de contribuer à instaurer une norme d’emploi précaire, à temps partiel et mal payé réservé aux personnes en difficulté. Norme dans laquelle les entreprises de certains secteurs, la restauration, l’hôtellerie, les services aux personnes, la grande distribution notamment , se sont engouffrés, en multipliant les contrats de ce genre.

De ce fait, l’écart entre revenu social et revenu du travail s’est, en moyenne, considérablement réduit. Entre le R.M.I. Versé à un célibataire qui ne dispose d’aucun autre revenu (deux francs - 396 euros - par mois début 2001) et un salaire au S.M.I.C. Pour un mi-temps (deux francs nets - 434 euros - début 2001), l’écart est quasi inexistant. Une fois écouler la période d’intéressement (c’est-à-dire de cumul du salaire net et d’une fraction du R.M.I. antérieur), la personne concernée verra son revenu social réduit de 2 600 francs (396 euros) et son gain net, issu du travail effectué, réduit presque à néant. En outre, l’allocataire perd en même temps que le R.M.I. certains avantages annexes (le transport gratuit dans certaines agglomérations, par exemple, ou des réductions pour la cantine), tandis que l’emploi contraint à des dépenses supplémentaires (transport, garde d’enfant éventuelle, etc.).

Au total, c’est donc bien d’un double échec qu’il convient de parler. Le R.M.I. N’a pas réussi à éliminer la pauvreté : son montant est trop faible (et, en outre, il n’est versé qu’à partir de 25 ans, ce qui, pour certains jeunes, est une incitation forte à basculer dans la délinquance lorsqu’ils ne parviennent pas à trouver d’emploi). Quant à l’insertion, elle est aujourd’hui handicapée par le fait que la plupart des emplois offerts le sont à des conditions qui ne les rendent pas attractifs. Même si - l’expérience le montre - cela n’empêche pas bon nombre d’allocataires de préférer l’emploi, le ne risque existe que certains ne soient pas incités à revenir sur le marché du travail, tandis que beaucoup éprouvent un sentiment d’injustice. C’est pourquoi la troisième solution - celle du revenu social complémentaire - suscite un intérêt croissant.

Un revenu complémentaire pour ceux qui ne gagnent pas suffisamment

La troisième solution consiste à ne verser un revenu qu’aux plus démunis, en réduisant ce revenu toutes les fois qu’un autre revenu vient s’y ajouter (comme dans le cas du revenu minimum), mais avec une particularité. La réduction - le « taux de prélèvements » - ne porte que sur une fraction du revenu supplémentaire perçu selon un processus « en sifflet » : l’aide publique diminue en même temps que les revenus gagnés augmentent, mais à un rythme plus faible. Par exemple, le revenu minimum versé est de deux francs. Si l’allocataire, grâce à un emploi limité dans le temps, gagne un francs de salaire net, son revenu minimum n’est réduit que de 350 francs : le taux de prélèvements est alors de 35%. Mais on voit le problème : plus on réduit le taux de prélèvements (pour inciter les allocataires à reprendre une activité rémunérée sans qu’ils soient « taxés » trop lourdement), plus il faut subventionner des titulaires de revenus plus élevés. Exemple : si le taux de prélèvements est de 35% avec un revenu minimum à deux francs (396 euros), ce n’est qu’à partir de sept francs nets (un euros) par mois que l’allocation sociale est annulée (deux francs/0,35), si bien qu’il faut verser un complément social à tous ceux dont le salaire est inférieur à sept francs par mois. Inévitablement, cela amène à aider aussi des personnes qui, bien qu’en bas de l’échelle des revenus professionnels, ne peut pas être considéré comme pauvres. En outre, ce complément de revenu est réservé seulement à ceux qui travaillent, jusqu’à un certain niveau de revenu professionnel : le revenu minimum n’est pas modifié.

Pourquoi parler de « revenu complémentaire » (ou, comme est-ce le cas en France, de prime pour l’emploi) ? Pour des raisons principalement administratives. Le revenu minimum est une prestation qui relève de l’aide sociale. Lorsque l’allocataire perçoit des revenus professionnels, il ne relève plus de l’aide sociale. En revanche, il va percevoir une autre prestation, d’un montant moindre (égal au montant de la prestation d’aide sociale diminuée du taux de prélèvements). Si cette prestation est versée par les services fiscaux (et non plus par l’aide sociale), les règles de comptabilisation internationales l’assimilent à un remboursement d’impôt : cela réduit d’autant le « taux de prélèvements obligatoires », qui prend une importance grandissante dans le débat public. Le gouvernement qui choisit cette solution peut donc afficher un taux de prélèvements moindres, et affirmer que les impôts ont baissé (d’où le terme d’« impôt négatif » utilisé par les initiateurs de la mesure, Milton Friedman et James Tobin : en dessous de tel niveau de revenu professionnel, l’État vous donne de l’argent, au-dessus, il vous en prend). C’est pourquoi, indépendamment de son effet sur les revenus des « travailleurs pauvres », cette solution présente un intérêt politique certain.

Au fond, face au problème de la pauvreté persistant dans les sociétés riches, aucune réponse n’est totalement satisfaisante. Le revenu d’existence, en privilégiant l’égalité dans la redistribution, risque de sacrifier l’équité, c’est-à-dire le fait que les plus pauvres peuvent y perdre. Le revenu minimum, en privilégiant l’aide aux plus démunis, risque de sacrifier l’efficacité, c’est-à-dire le fait que gagner sa vie favorise à la fois l’autonomie de chacun et le niveau de vie de tous. L’impôt négatif, en privilégiant l’aide aux titulaires de faibles revenus professionnels à temps plein, risque de sacrifier l’égalité, c’est-à-dire le fait que ceux qui n’ont des chances de gagner leur vie en sont punis. Il n’existe pas de bonne solution, seulement des arbitrages entre des avantages et des inconvénients. Et, comme toujours, les arbitrages sont contestés, puisque les critères à partir desquels chacun mesure avantages et inconvénients diffèrent selon l’échelle de valeurs à laquelle on se réfère. Le choix final relève alors non de l’économique, mais du politique, c’est-à-dire du sentiment majoritaire. Il n’y a pas de bonnes politiques sociales. Il n’y a que des politiques sociales acceptées par le plus grand nombre.

Dans une Europe où les conditions sociales et salariales sont d’une disparité infamante, il faut calmer l’appétit des dix nouveaux venus, et de rétablir nos frontières. Nous devons empêcher l’entrée sur notre territoire de produits qui détruisent notre économie et augmentent le chômage.
 
Il est illusoire de croire en une parfaite égalité entre Français, tout doit être entrepris pour que la Liberté, la Fraternité et l’Égalité deviennent des réalités, et non des mots sans valeurs aucunes.

L’évolution de la thématique des inégalités économiques et sociales au sein du débat politique, mais aussi dans le milieu de la recherche universitaire et académique, offre un bon exemple du décalage qui peut s’instituer entre les discours et la réalité sur laquelle ils portent. Les années 1970 avaient vu les études sur les inégalités sociales se multiplier, alors que les politiques publiques de réduction des inégalités (en matière de revenu, d’accès au logement, de scolarisation, etc.), portées par le compromis fordiste de l’après-guerre, continuaient à produire leurs effets, même si ceux-ci n’étaient pas à la hauteur des promesses qui les accompagnaient. Au contraire, les deux dernières décennies du XX° siècle ont été marquées par une véritable rupture dans cette dynamique de réduction des inégalités ; et, simultanément, le thème des inégalités sociales a quasi disparu de la scène publique et universitaire, du moins jusqu’en 1995. Seule a continué à y faire implicitement allusion, au cours des années 1980, la thématique émergente, puis bientôt dominante, de l’exclusion, saisissant la pointe extrême du mouvement d’aggravation des inégalités qui s’était de nouveau emparée des sociétés occidentales, mais rejetant du même coup l’ensemble du phénomène dans l’ombre.

La légitimité même des discours antérieurs sur les inégalités sociales, assis sur le projet de leur réduction, s’est ainsi trouvée mise en cause. Maintenir que la réduction des inégalités est une question cruciale pour les sociétés passe nécessairement aujourd’hui par un débat contradictoire et argumentée, avec pour préalable une tentative de définition de son objet. Toutes les sociétés humaines offrent le spectacle d’un certain nombre de disparités, plus ou moins accentuées, entre leurs membres. Chacun convient immédiatement que le chômeur de longue durée est aujourd’hui aussi peu l’égal du P.-D.G. D’une grande entreprise que le serf du moyen Âge pouvait l’être son seigneur. Néanmoins, la définition de ce qu’est une inégalité sociale présente un certain nombre de difficultés, qu’il est indispensable de surmonter pour éviter que la notion ne reste floue et propice à des confusions.

Inégalités sociales, inégalités naturelles, inégalités individuelles

Une définition des inégalités sociales ne peut cependant se dispenser de se référer à ces structures comme à leurs causes déterminantes, pour éviter de faire de toute inégalité pouvant exister entre les membres d’une société une inégalité sociale. Car, pour qu’une inégalité puisse être qualifiée de sociale, il faut qu’elle soit l’œuvre de la société dans le cadre de laquelle on la constate, c’est-à-dire de ses structures fondamentales. Toute inégalité dans la société n’est pas une inégalité sociale. Il peut s’agir d’une inégalité supra-sociale, trouvant sa source dans la nature (nous laissons ici de côté la surnature : la providence, la volonté divine, ,tc.). Ainsi, une société n’est-elle pas directement responsable des disparités de fertilité des sols, qui ne risquent de manquer d’induire des inégalités de revenus entre ses différentes populations agricoles ; pas plus qu’elle n’est responsable de la maladie génétique qui fait de tel de ses membres un infirme à vie, incapable d’accéder aux ressources garanties à la plupart des autres membres. Par contre, les structures sociales pourront, selon le cas, aggraver ou au contraire réduire de telles inégalités d’origine naturelle.

Il existe aussi des inégalités infra-sociales. Là où l’un est cigale, travaille peu et gaspille tout son bien, l’autre est fourmi, qui s’échine du matin au soir et amasse sans relâche : il est logique que le premier se trouve dépourvu, quand le second sera à l’aise, sans que l’on puisse incriminer autre chose que les mérites et défauts personnels. Cependant, si l’on ne sait nier toute responsabilité individuelle dans les inégalités existant entre les individus, vouloir ramener ces dernières à ce seul facteur, c’est non seulement postuler une égalité des chances initiales, qui est proprement mythique, mais encore entériner toute la logique de reproduction sociale des inégalités une fois celles-ci acquises. Car l’enfant de la cigale aura beau se faire plus fourmi que la fourmi, victime de la transmission inégalitaire des patrimoines, il ne parviendra pas nécessairement à effacer le handicap que lui aura légué son père.

Égalité et inefficacité

Longtemps uniquement approchée en matière de défaut relatif ou absolus de ressources pécuniaires, la pauvreté constitue en fait une réalité multidimensionnelle englobant l’ensemble des aspects de l’existence individuelle ou collective. La pauvreté, ce n’est pas seulement le défaut d’avoir : des revenus insuffisants et/ou irréguliers, l’absence de réserves et de fortune (patrimoine). C’est plus fondamentalement le défaut de pouvoir : l’absence de maîtrise sur les conditions matérielles et institutionnelles de sa situation, la précarité (la faible capacité à faire face aux aléas de l’existence) et la dépendance institutionnelle (notamment à l’égard des organismes de protection sociale) qui en résultent, la fragilité voire l’inexistence de réseau de socialisation (famille, milieu professionnel, voisinage, association), l’absence surtout de capacité politique, c’est-à-dire de capacité conflictuelle, de capacité de transformer mon propre situation par la lutte collective et/ou les médiations organisationnelles ou institutionnelles.

La pauvreté, c’est enfin, lié aux éléments précédents, le défaut de savoir, par quoi il ne faut pas entendre seulement la disqualification scolaire ou le défaut de capital scolaire (l’absence de titres scolaires) ni même seulement le défaut de capital culturel (l’extranéité à la culture dominante), mais plus fondamentalement encore la faible capacité à symboliser, à se construire une représentation cohérente du monde, à s’y repérer et à s’y orienter de manière à pouvoir le transformer à son avantage. Si la pauvreté présente un tel caractère multidimensionnel, c’est qu’elle découle fondamentalement d’un processus cumulatif. Nous la définirons comme l’accumulation de handicaps (de défauts, de déficits) résultant d’inégalités faisant système, c’est-à-dire tendant (pour la plupart du moins) à se renforcer réciproquement.

Le cumul des handicaps, intuitivement perceptible, a pourtant jusqu’à présent été peu étudié. Pour l’instant, seules quelques monographies lui ont été consacrées, mais on ne dispose à son sujet d’aucune étude statistique. Cette carence peut s’expliquer en partie par la difficulté que présentent de pareilles études, qui nécessitent de recouper un grand nombre de données relevant d’enquêtes différentes, dont les champs et les cadres conceptuels ne sont pas toujours homogènes. Mais on peut aussi y voir l’effet de la spécialisation qui est de règle dans les sciences sociales et qui conduit les chercheurs à ne scruter que ce qui relève étroitement de leur champ disciplinaire, sans s’intéresser à ce qui figure au-delà.

Comme son contraire, la richesse est une réalité multidimensionnelle, procédant d’une accumulation d’avantages et de privilèges.

La richesse, c’est sans doute d’abord la fortune, non pas tant la perception de revenus élevés, assurant l’accès à une consommation somptuaire, sans commune mesure (en quantité et plus encore en qualité) avec la consommation moyenne, que la détention et l’accumulation de droits de propriété sur la richesse sociale, plus exactement sur les sources de cette richesse, la nature et le travail ; c’est la capacité de s’approprier de manière privative aussi bien l’une que l’autre. Tel est bien, en définitive, le propre de tout patrimoine de rapport. Cela signifie clairement que la richesse, c’est plus fondamentalement encore le pouvoir : la maîtrise sur les conditions matérielles et institutionnelles de reproduction non seulement de sa propre situation mais de la société ; la stabilité et la pérennité de sa propre situation et de celle des siens qui en résulte ; l’ampleur et la diversité d’un réseau de relations sociales, dans lequel on occupe plus souvent la position de dominant que d’obligés, par lequel on étend le champ d’exercice de son pouvoir personnel ; et, bien sûr, la capacité d’infléchir les décisions et les actions des pouvoirs publics dans le sens de ses intérêts propres.

C’est aussi le prestige : non pas seulement ni fondamentalement l’accumulation de titres culturels ou universitaires, simple procédure de légitimation des positions de pouvoir déjà occuper dans les champs économique et politique ; mais encore le contrôle sur les organes d’élaboration et de diffusion du savoir et de l’information (université, édition, médias) ; et surtout la possibilité d’imposer comme culture dominante (officielle) sa propre culture (ses goûts, son style, ses mœurs et ses valeurs), de diffuser comme allant de soi sa propre vision du monde au sein de l’ensemble de la société.
 
 La raison essentielle en est que les très riches ont le pouvoir d’ériger de multiples barrières destinées à les protéger de tout regard indiscret, à fortiori de tout regard critique. Si les plus démunis ne peuvent guère se dérober aux regards extérieurs, dépendants qu’ils sont d’institutions qui les soutiennent, les encadrent et les contrôlent à la fois, y comprises dans leur vie privée, les plus fortunés manifestent au contraire une farouche volonté de défendre leur intimité et en ont les moyens. Et ce n’est pas le moindre de leurs privilèges que de pouvoir ainsi masquer leurs privilèges.

  • Les inégalités de revenus : entre 1982 et 1992, la part dans le revenu national distribuable des revenus patrimoniaux (où revenus du capital) est passée de 9,9% à 17,2% (+ sept points), celle du travail indépendant est passée de 11,6% à 10% (- un point) et celle du travail salarié est passée de 65,1% à 61,6% (- trois points).
  • L’allongement de l’espérance de vie : entre la période 1960-1969 et la période 1980-1989, l’espérance de vie à 35 ans d’un manœuvre (qui était de 34,2 ans dans la première période) s’est accrue de un an, celle d’un chef d’entreprise de trois ans. L’espérance de vie des cadres et professions libérales, qui était déjà de loin la plus forte, a encore creusé le fossé qui les sépare du manœuvre, étant donné que de 41,7 ans dans la première période, elle est passée à 44 ans pendant la seconde période.
  • La représentation politique : entre 1981 et 1997, le pourcentage des ouvriers membres de l’Assemblée nationale est passé de 4,5% à 0,7% ; celui des cadres et des professions intellectuelles supérieures est régulièrement supérieurs à 70% tout au long de la période. D’une façon générale, les catégories populaires et moyennes (ouvriers, employés, professions intermédiaires, artisans, commerçants) sont largement sous-représentées ; alors qu’elles constituent 80% de la population active, elles ne fournissent que 6,6% de la représentation nationale en 1997. Inversement les chefs d’entreprise, les professions libérales et les cadres administratifs de la fonction publique (comprenant notamment les hauts fonctionnaires) sont fortement surreprésentés, puisqu’ils constituent moins de 3% de la population active, mais de 40 à 50% des députés selon la période.

Pendant la période de forte croissance de l’après-guerre (1950—1975), les inégalités ont eu tendance à persister ou à se déplacer, même si certains signes montraient qu’une réduction semblait engagée à certains moments (en particulier entre 1968 et 1975) sur certains plans (l’échelle des salaires par exemple). Depuis lors, l’évolution s’est nettement inversée, en particulier au cours des décennies 1980 et 1990. Cette inversion de tendance peut s’observer dans de nombreux domaines, qu’il s’agisse des revenus, du patrimoine, de l’emploi, du logement, de l’école, des usages sociaux du temps, de la maîtrise de l’espace public, etc.

Pourtant, le produit intérieur brut (P.I.B.) n’a cessé de s’accroître. Entre 1970 et 1996, déduction faite de l’inflation, il a augmenté de 90%. La France est donc aujourd’hui, en termes réels, presque deux fois plus riche qu’elle ne l’était avant l’ouverture de la crise. Dans cette société de plus en plus riche, le nombre des personnes pauvres, munies de ressources insuffisantes ou même démunies de toute ressource, n’a pourtant cessé d’augmenter. De ce point de vue, l’information statistique a confirmé, au cours de ces dernières années, ce que l’observation quotidienne pouvait apprendre à chacun. Ainsi, entre 1970 et 1995, le nombre de prestataires de l’un des huit minima sociaux a augmenté de plus de 40%, tandis que la population totale couverte par ces dispositifs a doublé, s’élevant à près de six millions de personnes, en gros le dixième de la population de la France ; alors qu’entre 1984 et 1994 le pouvoir d’achat moyen des ménages d’ouvriers non qualifié a baissé en termes réels, leur valant de connaître une paupérisation absolue.
 
 Cette contradiction apparente s’explique aisément par l’aggravation des inégalités de répartition de la richesse nationale. Ainsi, entre 1984 et 1994, l’écart entre le niveau de vie moyen d’un ménage de membres de professions libérales et celui d’un ménage d’ouvriers non qualifiés est-il passé de 2,9 à 4,2 ?

Métamorphose de certaines inégalités

Parallèlement, la façon dont certaines inégalités sociales opèrent s’est modifiée. C’est notamment le cas des inégalités face à l’école. Si les ressources économiques transmises par héritage jouent toujours un rôle primordial, en particulier parmi les grandes fortunes, l’école détermine de plus en plus les positions sociales futures. Jusqu’aux années 1960, on avait, pour l’essentiel, affaire à un système scolaire clairement ségrégatif permettant d’éviter le mélange social avec, d’un côté, une école pour les enfants des catégories populaires (école primaire et éventuellement professionnelle) et, de l’autre, l’école réservée aux enfants des catégories bourgeoises (lycée éventuellement précédé du « petit lycée », et enseignement supérieur). Depuis la mise en place du « collège unique » (1960-1975), qui a préparé et permis la montée de la « vague lycéenne » dans les années 1980, nous avons théoriquement affaire à un système scolaire qui permet l’accès de tous les enfants à tous les niveaux. Mais, de facto, un tri social massif continue à être opéré par le biais des nombreuses filières socialement hiérarchisées.

En mesurant les inégalités sociales devant l’école à trois niveaux du système scolaire (collège, accès au baccalauréat, études supérieures), Michel Euriat et Claude Thélot concluent à une stabilité ou, plus souvent, à une réduction d’ensemble des inégalités d’accès. Pourtant, au début des années 1990, dans les écoles d’ingénieurs et les écoles d’architecture, l’écart entre les chances d’accès des enfants d’ouvriers et de cadres va de 1 à 25. Il va même de 1 à 50 pour les écoles normales supérieures et de 1 à 73 pour les écoles de commerce. Michel Euriat et Claude Thélot notent aussi que la proportion des jeunes d’origine populaire dans une acception très large (père paysan, ouvrier, employé, artisan ou commerçant) au sein de quatre grandes écoles prestigieuses (École polytechnique, École normale supérieure, E.N.A., H.E.C.) a beaucoup diminué depuis quarante ans : 29% des élèves étaient de cette origine dans la première moitié des années 1950, seulement 9% aujourd’hui. L’élite scolaire est bien le produit d’une élite sociale, elle l’est même de plus en plus. Dans l’enseignement supérieur, les parcours et les filières des catégories privilégiées se distinguent nettement de ceux des catégories moyennes ou populaires. À la relative ouverture sociale des universités s’oppose le maintien voire l’accentuation des frontières sociales dans le secteur des grandes écoles.
 
Pourquoi les inégalités se sont creusées ?

Le retournement de situation a été l’œuvre de politiques néolibérales de gestion de la crise économique qui s’est succédé et aggravé, de manière quasi continue, à partir des années 1980, qu’elles aient été conduites par des gouvernements s’affirmant de gauche ou par d’authentiques gouvernements de droite. Élaborées en milieu universitaire anglo-saxon dès les années 1960 et 1970, ces politiques furent traduites en actes pour la première fois par le gouvernement de Margaret Thatcher (1979), puis sous la présidence de Ronald Reagan (1981-1989). Elles ont été depuis lors méthodiquement imposées à l’ensemble des États du monde. Politiques récessives, partant de l’idée que la crise est essentiellement due à une insuffisance de l’offre, du fait d’un coût salarial trop élevé, elles ont eu sinon pour objectifs du moins pour effets : le développement du chômage, de la précarité et de la flexibilité de l’emploi, la baisse des salaires réels, un démantèlement rampant des systèmes publics de protection sociale destinée à en alléger le coût ; mais aussi une évolution du partage de la valeur ajoutée plus favorable au capital, un envol des taux d’intérêt réels et des bénéfices spéculatifs, une déréglementation progressive ou brutale des différents marchés, favorable à l’épanouissement de la liberté des plus forts qui a pour contrepartie un asservissement accru des plus faibles. Avec pour conséquences contradictoires : un ralentissement de la hausse du pouvoir d’achat de la masse salariale globale, coïncidant avec une augmentation souvent importante des revenus non salariaux, notamment des revenus des placements financiers ; le développement des poches de misère dans des banlieues populaires, la multiplication des « nouveaux pauvres » - vivant de la mendicité et de la charité dispensée par les associations caritatives -, faisant pendant à la multiplication des goldens boys, opérateurs boursiers déployant leur génie spéculatif sur des marchés financiers rendus, par leur action, de plus en plus incontrôlable, enfin, un affaiblissement de la capacité régulatrice des États, en même temps qu’un renforcement du pouvoir de l’argent ou, plus exactement, du capital.
 
Comment réduire les inégalités ?

La réduction des inégalités économiques et sociales sont pour tout Français indispensables. C’est une œuvre politique toujours à reprendre, car les inégalités sociales ne sont jamais que des effets de surface résultant de l’action de structures profondes. Elles résultent en particulier des rapports de production, des rapports de classes ou de la division du travail. Une véritable politique de réduction des inégalités doit donc s’attacher à transformer ces structures profondes. Cela n’a, pour l’essentiel, jamais été le cas pendant les dernières décennies. L’inefficacité des politiques de réduction des inégalités qui ont été mises en œuvre dans un pays comme la France ne doit donc pas surprendre. Ces politiques n’ont donné que peu de résultats, même quand elles étaient présentées comme fondamentales. Par exemple, une plus grande socialisation du revenu national ne peut pas suffire à elle seule à réduire les inégalités : d’une part, la structure et la nature des prélèvements (impôts directs et indirects, cotisations sociales) sont en réalité fort peu progressives ; d’autre part, les allocations versées aux plus démunis restent dérisoires et les plus favorisés bénéficient davantage de cette socialisation qu’eux, notamment en raison de l’usage spécifique qu’ils font de l’école (et en particulier de l’enseignement supérieur) ou des institutions culturelles ; ils n’assument qu’en faible partie le coût de ces services publics et équipements collectifs, dont ils sont pourtant les principaux voire quelquefois les seuls bénéficiaires. Ainsi, d’après le dernier rapport de la cour des comptes, dans telle ville de province, chaque place d’opéra payés 200 francs, bénéficie d’une subvention publique de deux francs.

Aujourd’hui, une politique de réduction des inégalités devrait se déployer suivant quatre axes principaux. Nous nous contenterons de les indiquer, en signalant quelques-uns des problèmes qu’ils soulèvent et des débats qu’ils suscitent.

En premier lieu, il faut supprimer le chômage de masse. Les deux lois sur les 35 heures successivement adoptées en 1997, et en 1999, qui sont entrées définitivement en application en 2002, semblent marquer une rupture par rapport aux politiques antérieurement menés, qui, il faut le souligner, avaient toutes échoué. Cependant, compte tenu de la modestie des premiers résultats obtenus (au mieux quelques dizaines de milliers d’emplois créés ou conservés), il apparaît bien que la réduction du temps de travail ainsi pratiquée et programmée est insuffisante ; tandis que ses contreparties, notamment en matière de flexibilité accrue du travail, provoquent déjà le rejet ou le soupçon d’une partie des salariés. Ce qui s’impose par conséquent, c’est une réduction massive, rapide et générale du temps de travail. Une telle politique serait cependant confrontée à la délicate question de son financement. Ce qui nous renvoie directement à la question centrale du partage des richesses produites. Dans la perspective néolibérale, toute compensation salariale est évidemment exclue : en cas de réduction du temps de travail, le coût salarial doit baisser en proportion du temps de travail pour ne pas compromettre la compétitivité des entreprises et l’ampleur des profits. La réduction du temps de travail aboutirait alors en fait non pas à créer de nouveaux emplois mais à partager les emplois existants, autrement dite à partager le chômage et la pauvreté, par exemple sous la forme d’une généralisation du temps partiel contraint. Un mouvement déjà largement engagé d’ailleurs, mais une perspective inacceptable pour les salariés titulaires de salaires bas ou moyens, dont la situation s’aggraverait. Perspective qui tourne le dos à l’objectif de réduction des inégalités. Une autre solution passe par une politique de réduction des inégalités de revenus, ce qui permettrait de faire d’une pierre deux coups, en modifiant une répartition du revenu national qui s’est gravement déformée, au cours des deux dernières décennies, au bénéfice des revenus de la propriété et au détriment des revenus du travail, notamment salarié. Les modalités de cette réduction peuvent être diverses et sont en discussion parmi les tenants de la compensation salariale.

Transformer le travail

 Pour pouvoir travailler moins afin de résorber le chômage, il faut travailler autrement. La réduction du temps de travail suppose le réaménagement non seulement du temps du travail lui-même, mais celui de l’organisation du travail, partant celui des qualifications, des processus de formation professionnelle, initiale et continue, etc. Il s’agirait de réduire les inégalités quand au contenu concret du travail (des tâches à accomplir, de leurs rythmes et modalités, de leur complexité et de leur pénibilité) et plus encore quand au pouvoir dans et sur le procès de travail. Trois directions sont à explorer : celle du dépassement du taylorisme, celle d’une mutation dans les axes du changement technique, celle d’une réorientation et d’une réorganisation de la formation aussi bien initiale que continue. Seraient ainsi mis en débat le pouvoir même au sein des entreprises et ses manières de l’exercer. Enfin, la réduction des inégalités de pouvoir ne saurait se limiter au seul terrain du travail proprement dit. Toute réduction des inégalités sociales passe, en quatrième lieu, par la réorientation du procès social de production dans le sens de la satisfaction prioritaire des besoins collectifs élémentaires, en veillant à assurer les moyens pécuniaires et réglementaires d’accès aux équipements et services correspondants. C’est là l’un des moyens obligés de la réduction des inégalités en matière de logement, de santé, d’école ou de loisirs.

Améliorer l’habitat populaire en le rendant moins dense, plus spacieux et moins bruyant, le redistribuer dans l’espace en le rapprochant des centres-villes, densifier les réseaux des équipements collectifs et des services publics de proximité ; réorganiser le système de santé à partir de réseaux de dispensaires de quartier polyvalents, dont l’accès serait gratuit et qui seraient chargés aussi bien de tâches de médecine préventive et curative que de l’éducation sanitaire de la population ; abaisser sensiblement le nombre d’élèves par classe de manière à faciliter leur suivi pédagogique, améliorer l’architecture scolaire, enrichir le matériel disponible de manière à favoriser la rénovation pédagogique, etc. Autant de moyens de lutter contre les inégalités persistantes dans ces différents domaines, qui supposent cependant une réaffectation importante des ressources sociales (du revenu national) et par conséquent une rupture avec la logique néolibérale européenne.

Une telle réorientation supposerait la détermination, par une procédure démocratique, des besoins individuels et collectifs à satisfaire et des priorités en la matière ; mais aussi la participation directe des catégories populaire à la gestion des équipements collectifs et des services publics par le biais de leurs organisations associatives ou syndicales, ce que la réduction du temps de travail et l’élévation du niveau de formation générale rendraient possible. Ainsi se profile un élargissement du champ en même temps qu’un renouvellement des formes de la démocratie, ce qui ne manquerait pas de contribuer à la réduction des inégalités dans la participation à la vie publique.

L’Égalité de tous face aux moyens de maintenir la santé

L’état de santé moyen de la population française s’est considérablement amélioré depuis deux siècles. L’espérance de vie à la naissance est passée de moins de 30 ans au XVIII° siècle à environ 40 ans dans la première moitié du XIX°. Depuis 1870, elle progresse rapidement et régulièrement pour atteindre, en 2002, 75,6 ans pour les hommes et 82,9 ans pour les femmes. L’écart entre les sexes s’est réduit à la fin du XX° siècle, passant de huit ans en 1992, à sept ans en 2002. L’espérance de vie sans incapacité sévère (qui exclut les personnes placées en institution, confinées à domicile ou alitées en permanence) a également connu une forte progression : par exemple, entre 1981 et 1991, elle est passée pour les hommes, de 68,9 à 71,7 ans et pour les femmes, de 76,3 à 78,8 ans. La mortalité infantile a chuté spectaculairement durant ces dernières décennies pour devenir l’une des plus faibles du monde : elle s’établit à 4,2‰ en 2002.

Malgré ces progrès incontestables, le haut Comité de la santé publique notait en 1998, que « les inégalités en fonction du sexe, de la catégorie sociale ou de la région demeurent fortes et ne semblent pas avoir tendance à se réduire ». Ces inégalités tiennent à de multiples facteurs, comme les habitudes de vie et les inégalités d’accès au système de soins, mais aussi la qualité de l’environnement professionnelle. Globalement, un croissant de surmortalité couvre le nord du pays, de la Bretagne à l’Alsace. Sans surprise, on retrouve la même cartographie pour les deux premières causes de décès : les affections cardio-vasculaires et les tumeurs. Le même constat peut être établi en ce qui concerne les incidences de l’alcool. Par contre, la zone de surmortalité masculine par cancers bronchiques ou bronchite chronique obstructive en 1988-1990, est décalée et se superpose avec la zone de forte consommation de tabac en 1977 : les régions les plus touchées vont, ici, du Nord - Pas-de-Calais à l’Alsace, plus la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

Les écarts d’espérance de vie entre régions ne dépassent pas trois ans pour les femmes. Pour les hommes, en revanche, l’écart est plus important et atteint près de cinq ans entre les régions extrêmes (en 1990, 74,5 ans au Midi-Pyrénées contre 69,7 ans dans le Nord - Pas-de-Calais). Cet écart entre régions n’est pas sans rapport avec la structure sociale (la composante ouvrière est plus forte dans les régions à mortalité précoce comme le Nord - Pas-de-Calais ou la Picardie) et avec des paramètres comme la consommation d’actes médicaux, la densité en infirmiers et en médecins, notamment en médecins spécialistes (les régions du sud étant nettement plus favorisées au regard de ce type d’indicateurs). L’échelle régionale n’est cependant pas toujours la plus pertinente pour étudier les disparités spatiales de santé. Les facteurs et déterminants sociaux et environnementaux associés à telle ou telle affection peuvent dans certains cas mieux être cernés en changeant d’échelle : par exemple en s’attachant à la taille des communes ou aux bassins d’emplois.

Les inégalités sociales devant la maladie et la mort

Grâce aux enquêtes de l’I.N.S.E.E. et de l’I.N.S.E.R.M., les inégalités sociales de mortalité sont bien connues. Elles sont très importantes chez les hommes. Les écarts de mortalité entre femmes de milieux sociaux différents sont nettement plus faibles. Ainsi, dans la période 1980-1989, entre 35 et 60 ans, le rapport entre la probabilité de décès d’une femme ouvrière spécialisée et celle d’une femme cadre est de 1,7. Il va de 1 à trois entre les hommes actifs les moins exposés (ingénieurs, professeurs et assimilés) et les plus exposés (manœuvres). En somme, plus le niveau social et culturel est élevé, plus la probabilité de décéder tôt est faible, et, par conséquent, plus la durée de vie moyenne est importante.
 
En vingt ans, de 1980 à 2000, l’espérance de vie s’est accrue en moyenne de façon significative : deux ans supplémentaires contre un an pour les vingt années qui ont précédé. Mais l’augmentation la plus forte a concerné les ingénieurs, les cadres moyens et les agriculteurs, et dans une moindre mesure l’ensemble des cadres supérieurs, tandis que la moins forte a été celle des employés et des manœuvres. Les instituteurs, catégorie qui arrivait en tête de la hiérarchie de l’espérance de vie dans la période 1955-1960, ont connu un recul relatif. On peut faire une observation similaire pour les professeurs dont la mortalité a régressé plus lentement que celle des ingénieurs, des techniciens ou des artisans. De manière globale, l’écart entre l’espérance de vie des cadres moyens et supérieurs et celle des ouvriers et employés s’est accrue. Des années 1960 aux années 1980, l’écart, à l’âge de 35 ans, entre les ingénieurs et les manœuvres est passé de six ans à neuf ans, et à 60 ans de 3,9 à cinq ans.

L’examen des causes des décès permet d’éclairer ces résultats et d’évaluer l’ampleur des inégalités sociales face aux maladies. Pour les tumeurs, les maladies de l’appareil circulatoire et celles de l’appareil digestif, les écarts sociaux sont considérables. Ainsi, en 1989-1991, le taux de mortalité des hommes de 25 à 64 ans dû aux tumeurs des voies aéro-digestives supérieures est-il plus de dix fois plus élevés chez les ouvriers et les employés que chez les cadres et professions libérales ? L’écart est très grand aussi pour les maladies dues à l’alcoolisme. Pour la plupart des autres maladies, il va de 1 à trois environ. Entre 1954 et 1981, la mortalité masculine due au cancer du poumon a été multipliée par trois alors que la mortalité due au cancer de l’œsophage est restée stable et que celle qui se rapporte au cancer de l’estomac a baissé de moitié. Plus tard, entre les années 1980-1984 et les années 1988-1992, elle a diminué chez les cadres supérieurs, qui ont plus fréquemment arrêté de fumer, alors qu’elle a augmenté dans les autres catégories. Pour la plupart des causes de décès, la diminution a été plus forte pour les catégories aisées que pour les autres.

France : Causes de mortalité masculine par catégorie sociale. « Taux de décès (pour 100 000) des hommes âgés de 25 à 64 ans par catégorie sociale de 1989 à 1991 (source : I.N.S.E.R.M.,) « état de santé et inégalités en France », Prévenir,...

Les morts violentes (accidents ou suicides) sont une cause de décès un peu moins inégalement répartie. Les disparités sociales n’en sont pas moins fortes. On observe par exemple que l’écart entre le taux de suicide des catégories les plus fragiles (agriculteurs exploitants, salariés agricoles, ouvriers spécialisés) et celui des plus protégées (professeurs, ingénieurs, contremaîtres, techniciens) va de 1 à 3,5. Les maladies infectieuses, dont le poids relatif par rapport à l’ensemble des causes de décès est aujourd’hui très faible, sont les seules à ne pas être étroitement corrélées avec la hiérarchie sociale. Avec l’apparition du sida qui frappe davantage les catégories supérieures, la mortalité causée par les maladies infectieuses, longtemps décroissante, a connu une progression importante entre 1988 et 1996. Les progrès enregistrés dans le traitement ont permis depuis lors d’inverser radicalement la tendance. La recrudescence de la tuberculose a été associée à juste titre à l’épidémie de sida. Les chercheurs soulignent cependant avec force, l’influence d’autres causes : en particulier l’aggravation de la précarité (revenu, logement) et du chômage qui constituent d’importants facteurs de risque.

Santé et travail

Pour l’ensemble des affections que nous venons d’évoquer, les facteurs sociaux de risques tiennent à la fois au mode de vie et à l’environnement. Sans pour autant vouloir minimiser les effets de certains comportements comme le tabagisme, une corrélation peut aussi être établie entre probabilité de mortalité et conditions de travail, comme le montre le vieillissement prématuré des ouvriers. Les travaux des gérontologues montrent que le vieillissement est plus ou moins rapide selon l’origine sociale. Le vieillissement des ouvriers est accéléré tant sur le plan intellectuel que physique et physiologique par rapport à celui des groupes sociaux plus favorisés. Les troubles auditifs, les perturbations du sommeil et de divers métabolismes, de même que des problèmes de la vision sont nettement plus fréquents chez les ouvriers. Cette corrélation se confirme en prenant des catégories plus restreintes : par exemple, le taux de mortalité des plombiers n’est deux fois plus élevé que celui des outilleurs. Pourtant les deux professions, qui font partie de la catégorie des ouvriers qualifiés, ont à peu près les mêmes revenus et les mêmes conditions de vie. Par contre, contrairement aux seconds, les premiers sont exposés au cours de leur activité professionnelle à des substances dont la nocivité est établie. Le travail, l’exposition au bruit, aux toxiques ou les multiples formes de fatigue qui y sont associées ne provoquent que rarement une mort ou même un accident du travail ou un syndrome pathologique brutal. L’effet est différencié et le résultat est plutôt un vieillissement prématuré en raison d’une usure générale et, au bout du compte, une mort précoce. À ces phénomènes anciens s’ajoute l’intensification contemporaine du travail. Les conditions de travail dans tous les secteurs économiques (industrie, construction, services, agriculture) sont marquées par une pression de plus en plus forte sur les salariés (cadences élevées, flux tendu, nécessité de travailler dans l’urgence), une flexibilisation du temps de travail (travail en équipe, horaires variables) et une précarisation croissante. Cette intensification du travail, véritable « dictature du temps », a des conséquences indéniables sur la santé des travailleurs concernés : morbidité augmentée, risque accru d’accidents du travail, mortalité précoce.

Les statistiques de la sécurité sociale ne mettent en évidence qu’une partie des maladies professionnelles et des accidents du travail. Le nombre de maladies reconnues est dix fois plus faible qu’en Allemagne. Les procédures de reconnaissance officielle sont souvent longues et complexes. En outre, le taux de reconnaissance peut varier selon les régions : par exemple, pour les cancers provoqués par l’amiante, notamment le mésothéliome, ce taux varie de 1 à dix quand on compare la caisse régionale d’assurance-maladie de Nantes et celle de Montpellier ou de Clermont-Ferrand. Ces statistiques ne rendent donc que très partiellement compte du rapport entre santé et travail. En outre, elles négligent toute une série d’autres problèmes pourtant bien réels : fatigue diffuse, stress, tension nerveuse, frustrations découlant directement des conditions concrètes de travail. Or ces phénomènes contribuent pour une large part aux douleurs vertébrales, aux douleurs articulaires, à la consommation d’alcool et de tranquillisants et constituent une fraction non négligeable des problèmes de santé liés au travail.

Les prestations de santé, et l’inégal accès aux soins

Un autre facteur concourt aux inégalités face aux maladies et à la mort : l’inégal accès aux soins. L’ampleur est variable en fonction du type de praticien consulté. Assez réduites pour les consultations de médecins généralistes, les inégalités sont plus importantes dès que l’on examine certaines catégories de praticiens, surtout quand ceux-ci pratiquent les honoraires surtarifés « libres ». Par exemple, la part des séances de spécialistes dans l’ensemble des consultations de médecins atteint près de 50% pour les cadres et à peine plus de 25% pour les agriculteurs et les ouvriers. Cet écart entre cadres et ouvriers s’est accru depuis 1980. Les cadres dépensent deux fois plus pour les consultations de spécialiste que les ouvriers qualifiés et 2,6 fois plus que les ouvriers non qualifiés.

Le critère de comparaison le plus éloquent semble être la fréquentation des dentistes. Ces disparités se sont accrues depuis 1980, notamment entre le groupe des cadres et ceux des ouvriers, employés et agriculteurs. En 1991, l’écart atteint en moyenne près de 50% entre les cadres d’un côté et les ouvriers et les indépendants de l’autre. Il est probable que l’attention portée à l’état de la denture personnelle ou familiale est inégale d’un groupe social à l’autre, et elle est sans doute moins soutenue dans les milieux populaires. Même si l’examen des motifs avancés par les personnes interrogées pour expliquer le non recours au dentiste montre que les questions de coût et de remboursement sont peu mis en avant par les individus, qui insistent davantage sur la gêne ou la négligence ; Il est parfaitement clair que les frais élevés auxquels peuvent conduire les soins dentaires, notamment en matière de prothèses, et la part souvent importante qui reste à la charge du patient peut restreindre fortement les consommations des ménages les moins aisés. En examinant le nombre de personnes équipées d’une prothèse dentaire selon le milieu social, cette hypothèse est largement confirmée : les moins appareillés sont les ouvriers et les agriculteurs, et le port d’une prothèse croît avec la position sociale jusqu’aux cadres. En moyenne, les cadres dépensent cinq fois plus pour les soins dentaires que les ouvriers qualifiés. Pour les soins mal remboursés, et par là même chers, les disparités de recours au système de soins sont les plus grandes et, en plus, elles s’accroissent.
 
 Ces disparités ne découlent pas du seul source de coût. Les différences de culture du corps sont aussi à prendre en compte. Les pratiques et les représentations sociales du corps, de la maladie et de la mort varient selon les milieux socio-culturels. Ainsi, les cadres accordent en moyenne plus d’importance à la pratique sportive que les ouvriers. Ces représentations de la maladie qui diffèrent fortement selon les groupes sociaux se traduisent par un recours plus ou moins précoce au système de soins.

La prévention.  

Ces facteurs culturels jouent aussi un rôle dans les différences d’attitude en ce qui concerne la prévention. Les disparités entre cadres et ouvriers se sont accentuées depuis 1980 pour la prévention au détriment des seconds. Les études du C.R.E.D.E.S. Confirment ces tendances. Plus de 25% des personnes interrogées en 1996 - contre 21,7% en 1993 - ont déclaré avoir renoncé au moins une fois à se soigner pour des raisons financières. Ce sacrifice est significativement avoué par 51,8% des rmistes, 48,8% des chômeurs, 33,5% des employés, 27,8% des ouvriers, 25,7% des professions intermédiaires et 15,7% des cadres. Certaines catégories, comme les allocataires du R.M.I., pourtant pris en charge à 100% pour l’ensemble de leurs soins, semblent manifestement ignorer leurs droits. Les soins dentaires arrivent très largement en tête des renoncements (42,6%) suivis des consultations chez le médecin et des examens (29,1%). Ces éléments, ajoutés aux différences dans les modes de vie et les conditions de travail, permettent d’expliquer la hiérarchie inversée que l’on obtient concernant les hospitalisations. Les fréquences d’hospitalisation sont cette fois minimale pour les cadres et maximales pour les ouvriers. Comment agir pour lutter contre les inégalités sociales de santé ? L’ouvrage de référence, publié en 2000, à l’initiative d’une équipe de chercheurs de L’I.N.S.E.R.M., privilégie cinq pistes :

  1. D’abord, réduire plus généralement les inégalités dans la société.
  2. Assurer l’égalité devant les soins.
  3. Assurer l’égalité dans la prévention.
  4. Evaluer les politiques de santé du point de vue de leur impact sur les inégalités sociales.)
  5. Enfin, faire porter le débat public sur cette question essentielle.

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