Le Vénérable Pie XII face au nazisme.

Vendredi 8 octobre 2010 // L’Histoire

Alors que le procès en béatification de Pie XII fait scandale auprès d’une certaine intelligentsia, retour sur ses actes qui ont subi un révisionnisme des plus misérables.

EN ce 9 octobre 1958 où meurt le pape Pie XII, l’opinion et le monde politique sont unanimes. À titre d’exemple, on peut lire dans la chronique juive de New York :« Les hommes de toutes confessions se rappelleront comment Pie XII a fait face aux responsabilités de sa charge élevée avec courage et dévouement. Confronté aux atrocités monstrueuses du nazisme, du fascisme et du communisme, il ne cessa de proclamer les vertus d’humanité, de compassion et cette attitude eut son illustration durant l’occupation de Rome par les nazis alors que des centaines de juifs traqués trouvèrent refuge au Vatican à l’abri des massacres. De tels faits ne seront jamais oubliés. »

Des personnalités comme Albert Einstein, Léonard Bernstein, Ben Gourion, Golda Meir lui rendent hommage. Cette dernière déclare : « Pendant les dix années de la terreur nazie, quand notre peuple a souffert un martyre effroyable, la voix du Pape s’est levée pour condamner les bourreaux ». Mais en 1963, quand sort à Paris la pièce Le Vicaire, elle obtient d’emblée un succès de scandale par le retentissement que lui donne tout ce que l’Église compte d’ennemis. Sa thèse centrale, est que, face au malheur ayant frappé les Juifs dans l’Europe occupée, Pie XII, symbolisait par excellence la lâcheté présumée de la chrétienté vis-à-vis du national-socialisme, et s’est tu.

UNE MISE EN GARDE PRÉCOCE.

Cette accusation est une calomnie absolue, diamétralement contraire à la réalité. Pie XII a parlé le premier d’extermination, avant les Juifs, avant les Alliés. Mieux renseigné, grâce aux réseaux catholiques, il a compris avant tout le monde ; il a averti et il a agi. Il n’a cessé de mettre ses forces au service des persécutés. Il n’y a de place, ici, que pour l’évocation de certaines des déclarations et actions pontificales dont les travaux historiques sont remplis. La plus célèbre déclaration est le radio-message de Noël 1942 sur le thème de la dignité de la personne humaine.

Pie XII s’y indigne à la pensée des « centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une extermination progressive ». L’impact international de cette déclaration est immédiat et considérable.

Dans toutes ses interventions publiques le pape évoque le thème de l’impossibilité de discrimination en raison de la classe, de la race ou de la nationalité. Cette fraternité universelle, chère en son temps à Charles de Foucauld, le pape Pie XII va la proclamer pendant les cinq ans de la guerre, avec une force qui dépasse tout ce qu’ont fait les autres. Il proclame la doctrine catholique de façon plus solennelle encore avec l’encyclique Mystici corporis du 29 juin 1943.

Pie XII s’est aussi efforcé d’agir. D’abord en exhortant les catholiques à ne pas céder à la fascination du nazisme. Plus de 130 lettres personnelles du Pape aux évêques d’Allemagne portent sur ce thème, et sur la façon dont les évêques doivent organiser le secours à tous ceux qui sont persécutés par le régime, particulièrement les Juifs. Il fait tout ce qui est en son pouvoir pour soulager lui-même le sort des victimes du nazisme. Lorsque le 27 septembre 1943 les Allemands envahissent Rome et réclament aux autorités juives 50 kilos d’or sous peine de déporter tous les Juifs de la ville, Pie XII promet sans hésiter au grand rabbin Zoli, qui s’est précipité auprès de lui, de réunir le complément d’or demandé. Le pape fait fondre les vases sacrés du Vatican. Les nazis n’en ordonnent pas moins la rafle d’un millier de Juifs. Prévenu aussitôt, Pie XII fait convoquer l’ambassadeur d’Allemagne et intervenir un archevêque auprès du général allemand commandant à Rome. La rafle s’arrête le jour même.

Pie XII fait alors ouvrir les maisons religieuses pour accueillir et protéger les sept autres mille Juifs de Rome. Conquis par cette charité du Saint-Père, le grand rabbin Zoli se convertira en 1945, et prendra comme prénom de baptême celui du pape, Eugène, en filiale admiration et respect pour Pie XII.

L’EXEMPLE DU VATICAN.

Ce qui s’est passé à Rome se reproduit dans d’autres pays, où agissent partout des épiscopats, des nonces et des prêtres, sur ordre exprès de Pie XII qui suit tout cela personnellement. Et il crée la plus grande entreprise de faux papiers et de faux certificats de baptême pour assurer le salut et l’émigration de ceux qui en ont besoin. Dans le même temps, le Saint-Siège ne cesse d’adresser à Berlin des protestations diplomatiques. Ribbentrop dira au procès de Nuremberg : « Nous avions des tiroirs pleins des protestations du Vatican mais Hitler ne les acceptait plus ! ». À l’officier supérieur allemand missionné pour lui « conseiller » des attitudes pour chaque situation particulière, Pie XII déclare : « Dites à vos supérieurs que le pape n’a pas peur des camps de concentration ! ».

Tel fut le prétendu « silence » de Pie XII, également co-auteur avec Pie XI de l’encyclique Mit brennender Sorge, l’un des manifestes anti-nazis les plus fermes et les plus éloquents. Honte à ceux qui entretiennent l’outrageante calomnie !

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