Le Sud-Soudan mise sur les découvertes du géant français Total.

Mardi 1er mars 2011, par Ahmed Cissé // L’Afrique

Le géant pétrolier français Total est assis depuis 30 ans sur la plus vaste concession pétrolière du Sud-Soudan, une manne que le pouvoir sudiste souhaite exploiter pour développer cette région appelée à devenir un Etat indépendant.

Total détient depuis le début les années 1980 des droits sur le « bloc B », une concession de 120.000 kilomètres carré concentrée dans la région de Jonglei, l’une des plus touchées par la guerre civile Nord- Sud qui a pris fin en 2005 et les combats tribaux sporadiques.

Or la sécession du Sud-Soudan, vaste région sous-développée dotée de plus de réserves pétrolières dépassant les cinq milliards de baril, pourrait mettre en marche les opérations de Total paralysées entre autres par les sanctions économiques américaines.

« Les sanctions économiques affectent Total car le groupe compte plusieurs actionnaires américains », explique Garang Diing, ministre de l’Energie du gouvernement sudiste : « Lorsque le Sud deviendra indépendant, je pense que les sanctions vont être levées ». Washington avait promis de lever les sanctions si Khartoum signait la paix avec la rébellion sudiste en 2005, mais celles-ci sont restées en place en raison d’un autre conflit au Soudan, dans la région de Darfour.

Les Sudistes se sont prononcés du 9 au 15 janvier sur leur indépendance dans un scrutin qui devrait mener à la partition du Soudan, plus grand pays d’Afrique divisé entre le Nord musulman et en grande partie arabe, et le Sud afro-chrétien. Or, plus de 95 % du budget du gouvernement sud-soudanais provient des royalties sur le pétrole. Et la région a soif d’or noir afin de financer la construction du nouvel Etat.

« Notre production pétrolière est actuellement d’environ 450.000 barils par jour et nous allons commencer rapidement l’exploration sur deux concessions, le bloc B, le plus gros du Sud-Soudan, de Total, et le bloc E de l’Espagnol Star Petroleum », dit le ministre.

« Ces deux blocs ont de grandes réserves qui pourraient nous permettre de faire passer notre production à près de deux millions de barils par jour vers 2014-2015 », souhaite-t-il.

« Nous sommes prêts à reprendre nos opérations sur le bloc B après confirmation de nos droits miniers si l’indépendance du Sud-Soudan est déclarée », assure un porte-parole de Total à Paris.

« Mais il y a des préalables qui sont une sécurité garantie pour les opérations sur le terrain, ainsi que l’application de nos standards en matière environnementale, d’éthique sociétale, de transparence et une réorganisation du consortium pétrolier après le départ volontaire de Marathon », poursuit-il. La société Marathon avait retiré en 2007 ses billes du consortium avec Total. Aujourd’hui, 20% des parts du consortium ne sont pas attribuées, un trou qui devra être rempli pour que les activités du groupe décollent.

Des découvertes de Total sur le bloc B pourrait redonner de l’intérêt pour le projet, jugé pour l’instant non viable économiquement, d’un oléoduc reliant le Sud-Soudan au port de Lamu, au Kenya. Le Sud-Soudan exporte actuellement son pétrole via un oléoduc traversant le nord du pays jusqu’à la mer Rouge. Cette situation est considérée comme un facteur de paix entre le Nord et le Sud après la partition, car les deux régions auront intérêt à maintenir la production afin de toucher les royalties et les frais d’utilisation de l’oléoduc.

« Le bloc B est très loin de l’oléoduc. Si de grosses découvertes y sont faites, nous devrons peut-être considérer le besoin pour un autre oléoduc vers l’Afrique de l’Est », explique Diing.

Or, la construction d’un tel pipeline « affecterait considérablement les relations Nord-Sud » car cela priverait Khartoum de revenus précieux, selon un analyste.

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