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Le Royaume-Uni a-t-il raison de snober l’Europe ?

Lundi 2 janvier 2012 // L’Europe

Oui ! David Cameron n’a aucune raison d’engager son pays dans un projet voué à la faillite intellectuelle, morale et démocratique, estime le maire de Londres, Boris Johnson.
The Daily Telegraph Londres

Je sais que certaines personnes sont perturbées de voir tous ces puissants Européens tellement fâchés. Partout sur le continent, les journaux débordent de gros titres courroucés sur l’arrogance et la bêtise générale des Englanders/Anglais/Inglesi. La réalité, c’est que David Cameron n’est pas le premier de nos dirigeants à bloquer quelque chose qui n’était pas dans l’intérêt de notre pays, d’autres ont agi de la sorte. De Thatcher, sur le budget de l’UE, à Tony Blair, sur le prélèvement à la source. Et beaucoup d’autres Premiers ministres se sont montrés nettement plus rétifs que les Britanniques :on pense à l’Espagnol Felipe Gonzàlez, qui avait coutume de paralyser les sommets de l’UE jusqu’à ce qu’il ait le sentiment d’avoir mis la main sur assez de cabillauds et de haddocks irlandais.

Non, ce n’est pas notre opposition au nouveau traité sur la mise en place d’une union fiscale qui les dérange. Si nos frères et soeurs européens sont si chroniquement furieux contre les Britanniques, c’est parce que le temps a montré que nous avions absolument raison au sujet de l’euro.

Depuis plus de vingt ans, les ministres britanniques se rendent à Bruxelles pour répéter à quel point ils adorent toute cette histoire de marché unique, mais aussi pour dire qu’ils doutent qu’il soit très sage de vouloir se doter d’une union monétaire. Et, depuis plus de vingt ans, certains d’entre nous rappellent qu’une union monétaire ne peut pas marcher sans union politique - et que cette dernière n’est pas envisageable sur le plan démocratique. Nous vous avions prévenus qu’il faudrait une sorte de gouvernement central européen pour contrôler les budgets nationaux et la fiscalité, et que les peuples d’Europe ne l’accepteraient pas. Allons, voyons. Ce ne sont pas les banquiers anglo-saxons qui ont causé les problèmes de la zone euro, Sarkozy mon ami.

C’est l’incapacité totale des pays de la zone euro (à commencer par la France, soit dit en passant) à respecter les critères de Maastricht. C’est le refus des Grecs de juguler leurs dépenses ou de réformer leur système de sécurité sociale. En Grèce et en Italie, les dirigeants démocratiques ont été littéralement débarqués dans l’espoir d’apaiser les marchés et de sauver l’euro. Et ce qui exaspère encore plus les responsables de la zone euro, c’est qu’apparemment ça ne marche pas.

Ils reprochent à David Cameron d’avoir opposé son veto à un nouveau traité de l’UE, alors qu’en réalité il n’a rien fait de tel. Les autres pays de l’UE peuvent tout à fait aller de l’avant et mettre en place leurs propres nouvelles réglementations fiscales. S’ils le veulent, ils peuvent décider de créer un gouvernement économique européen. Ils peuvent décréter que le moment est venu - même si leur électorat a déjà le sentiment d’être exclu du processus politique - de confier à des bureaucrates non élus les décisions stratégiques sur la fiscalité et le budget. Et je doute fort que cela fonctionne, puisque les gouvernements nationaux ne sont pas tenus de respecter un train de nouvelles règles "contraignantes" pas plus qu’ils ne l’ont fait avec les critères "contraignants" de Maastricht - à moins qu’il n’existe quelque projet secret prévoyant de les imposer par la force à l’aide d’une "euro-armée". David Cameron n’a aucune raison d’engager notre pays dans un projet voué à la faillite intellectuelle, morale et démocratique. Et si les autres sont furieux contre Londres, c’est parce que cette querelle leur permet d’occulter le véritable échec du sommet : son incapacité à proposer une solution aux problèmes de l’euro.

Reste à espérer désormais que tout le monde se calme et se penche sur ce que les citoyens européens attendent véritablement de leurs institutions. L’Union européenne aurait une myriade d’autres choses à faire pour ses peuples en difficulté. En janvier, le "marché unique" fêtera son vingtième anniversaire ; or toutes sortes de barrières non douanières subsistent encore. Nous planchons sur la création d’un gouvernement économique européen, or nous n’avons toujours pas adopté la directive sur les services [dite aussi "directive Bolkestein’], qui permettrait à tous, de l’opticien à l’agent immobilier, en passant par le courtier en assurances, de s’établir plus facilement dans d’autres juridictions européennes. Nous disons aux Grecs que c’est Bruxelles qui, de facto, doit diriger leur économie ; or nous n’arrivons même pas à nous mettre d’accord sur un modèle européen unique de prise électrique. A supposer que nous ayons besoin d’affirmer notre attachement à l’Europe, le moment est venu de proposer une vision positive d’une Europe qui soutienne réellement ses hommes et ses entreprises.

La prochaine fois que tous ces chefs d’Etat se retrouveront pour un sommet, enfermons-les à double tour jusqu’à ce qu’ils aient approuvé la directive "services" et se soient mis d’accord sur une prise électrique européenne.

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