Le Roi... et la Reine.

Dimanche 11 novembre 2007 // L’Europe

Le divorce imposé au chef de l’État, Nicolas Sarkozy, par son épouse Cécilia, n’a pas manqué de devenir une véritable affaire d’État. Le triste épisode souligne la révolution des mœurs qui s’est accomplie en quelques décennies. Contrairement à ce qu’affirme la presse féministe, personne ni gagne, même pas les intéressés.

L’onde de choc atteint la respublica, la chose publique. Se trouve posé le problème de la représentation du pays au plus haut niveau. L’homme seul, sauf à être veuf, n’est jamais bien vu. Les peuples aiment à se retrouver dans une famille, à leur image.

Robespierre, Lénine, Staline, Hitler étaient des hommes seuls. Ils prétendaient être l’État, la République. Bonaparte a tenté de sortir de cette image dangereuse, sans vraiment y réussir.

Les démocraties européennes modernes, en proie aux luttes idéologiques des partis, ne peuvent se passer d’une institution inscrite dans l’histoire et dans la continuité, d’une légitimité autre que celle du versatile suffrage, et qui soit garante de l’unité du pays. Loin de diminuer le pouvoir de cette institution, il conviendrait au contraire de le revaloriser. Pour le bien de tous. La France en est malheureusement privée. Elle le ressent tous les jours.

En Grande-Bretagne, la monarchie est le gage de l’unité et de la pérennité du pays. Le pouvoir traditionnel et symbolique de la souveraine est loin d’être négligeable et permet un fonctionnement plutôt harmonieux des institutions. En Belgique, pays de 10,5 millions d’habitants, deux communautés, la flamande et la wallonne se parlent de moins en moins, en pratiquant le repli communautaire. En clair, les partis flamands entendent obtenir davantage de prérogatives régionales au détriment de l’échelon fédéral et se lassent de servir de vache à lait à une communauté francophone qu’ils accusent de vivre aux crochets de la Flandre. Les quatre formations politiques sorties des élections du 10 juin dernier n’arrivant toujours pas à former un gouvernement.

Le roi Albert II a dû prendre son bâton de pèlerin et s’entremettre entre les protagonistes pour mettre fin à cette hystérie politique. Garant de l’unité de la Belgique, le souverain a montré là toute son utilité et sa bienfaisance. Au demeurant, la très grande majorité des Belges est attachée à la monarchie et plus de 400 compatriotes célèbres, parmi lesquels des flamands connus — les écrivains Hugo Claus et Kriestien Hemmerechts, les chanteurs Arno et Axelle Red, l’athlète Kim Gevaert —, ont signé une pétition « pour la solidarité » et « contre la scission ». La Dernière Heure, le populaire journal bruxellois lançait une campagne « Aidez-nous à sauver la Belgique » qu’une multitude de Belges a relayé en affichant le drapeau national aux fenêtres.

En Espagne, au non du « socialisme citoyen », le Premier ministre, José-Luis Zapatero a réveillé les vieux démons hispaniques en lançant ces vieux terroirs catholiques dans une « libéralisation » des moeurs accélérée, en s’en prenant à l’Église, et en rouvrant les plaies de la guerre civile. De la même façon, il a accordé toujours plus d’autonomie aux Catalans et aux Basques, mais sans resserrer les liens de l’unité nationale ? C’est l’esprit d’anarchie et de révolution qu’il suscite par le fait même ; Ainsi le pouvoir socialiste a fragilisé la cohésion de l’Espagne. Si bien que les indépendantistes et les révolutionnaires qui menaient jusqu’ici leur combat dans l’ombre, s’en prennent maintenant ouvertement à la personne du roi et à celle de l’héritier de la couronne.

À travers le roi, c’est l’institution nationale qui est visée par une minorité active et bruyante. Il est navrant de voir une certaine droite donner dans le panneau, tant le démon de l’anarchie ravage tous les partis : comment un Federico Jimenez Losantos, présentateur vedette de la Cope, radio privée sous influence cléricale, peut-il se livrer à de pareilles attaques ?

Le souverain est la clef de voûte de l’Espagne. Celui, comme il l’a souligné, lui-même, à l’Université d’Oviedo, qui a offert à son pays trente années d’essor et « la plus longue période de stabilité et de prospérité en démocratie ».

C’est là qu’il faut dire : trop de démocratie tue la démocratie. Et encore faut-il s’entendre sur le mot ! Disons plus simplement que la liberté politique n’est possible que par l’existence d’une autorité régalienne. Tout simplement : royale.

Heureusement l’agitation en cours est circonscrite, car les Espagnols soutiennent à 85,3 % le rôle de la monarchie selon un sondage de Gesop publié dans la revue Tempo. Un autre sondage publié par le très sérieux quotidien ABC montre que 69 % des Espagnols sont favorables à l’institution telle qu’elle fonctionne.

Comme il serait dommage que l’Europe se prive de ces institutions séculaires et tutélaires qui sont ses meilleures garanties pour l’avenir.

Cela nous ramène à notre problème français.

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