Le Printemps, l’Eté, l’Automne, l’Hiver.

Vendredi 3 juin 2005, par Paul Vaurs // La France

La marche des saisons est une horloge où le coucou chante lorsque vient le printemps.

Il en est de même pour les humains : L’enfant grandis, il devient adulte, il éprouve des peines et des joies. Tout au long de sa vie, il doit être accompagné d’amour et de solidarité.

Gustave Flaubert écrivait : » Je n’attends plus rien de la vie qu’une suite de papiers à barbouiller de noir. Il me semble que je traverse une solitude sans fin, pour aller je ne sais où, et c’est moi qui suis tout à la fois le désert, le voyageur et le chameau.

 

La jeunesse et la Gérontologie.

C’est la fièvre de la jeunesse qui maintient le reste du monde à la température normale. Quand la jeunesse se refroidit, le reste du monde claque les dents. (Georges Bernanos)

La vieillesse, c’est quand on commence à se dire : » Un matin, au réveil, on s’aperçoit que tout est blanc. » (Jules Renard)

A Noël, un magnifique Cantique « Minuit Chrétien » glorifie la naissance du Christ. Dans ce cantique trois triptyques définissent la vie de Jésus : il naît il souffre et meurs. Entre la naissance et le voyage vers le paradis blanc, nous les humains avons des cycles de bonheur et des cycles de souffrances. Telle est le destin de chacun de nous

Non, notre jeunesse n’est pas contaminée par un mal inodore, elle souhaite être écoutée. Au moment précis de l’accouchement nous sommes tous égaux, ce n’est qu’ensuite que les différences apparaissent. Loin très loin de ses idéaux Marianne V pratique une politique communautariste. L’intégration passe par un mélange des différentes communautés au nivaux des logements. Des Gaulois avec d’autres citoyens du monde dans un même immeuble, et avec la possibilité d’être propriétaire de son appartement au bout de huit ans ; les loyers étant capitalisés. C’est à l’état, d’assurer à ses fils légalement reconnus, l’éducation et l’instruction. Certes il y a des parents responsables mais nous devons reconnaître que trop souvent ce n’est pas leur priorité. Si les Gouvernements de la France décident de mettre un terme à toutes formes de ghetto, nous pourrons commencer à espérer en une véritable Nation Citoyenne. La devise de notre démocratie est le reflet d’un idéal conforme à la quintessence de la sociabilité de l’amour et de la solidarité. En réalité les mots » Liberté Egalité Fraternité », inscrits sur les frontons de nos Mairies, ne sont que des pièges à abuser du bon peuple. Ces trois mots n’existent que pour les nantis de la république à commencer par nos élus, et par une certaine catégorie d’agents de la fonction publique. C’est nos anciens qui subissent le plus, cette déplorable injustice, c’est nos paysans qui ne perçoivent pratiquement rien au moment de prendre une retraite largement mérité, c’est toutes les professions « dites libérales » commerçants artisans, la liste des véritables » damnés de la terre » n’est pas exhaustive. De quel droit certains agents l’Etat partent à la retraite à 55 ans, et travaillent 25 heures par semaine. ? Quel droit autorise ces mêmes agents à se mettre en grève pour des motifs futiles, prenant le Pays en otage ? Les paysans ou les véritables damnés de la terre, eux, travaillent par tous les temps, en prenant des risques quotidiens pour maintenir hors de l’eau leur modeste outil de travail. Non, l’égalité n’existe pas dans la France de 2005.

Je ne vais pas développer ici les causes de la terrible catastrophe de l’été 2003, mais c’est la perte de tout respect pour l’ancêtre qui est responsable du malheur survenu dans une France que l’on dit civilisé. Ce n’est pas les Africains qui sont non barbares, qui sont inhumains, ce sont nous, Européens, qui sommes devenus irresponsables, qui manquons d’amour et qui refusons la notion de solidarité en dehors du fait de donner de l’argent. Nous ne respectons plus nos parents, nous n’acceptons pas de les garder auprès de nous lorsqu’ils sont malades ou (grabataires). La solution, « l’hospice ou les établissements hospitaliers » qui ne sont que d’horribles et terrifiants « MOURROIRS ». Voilà l’irresponsabilité des hommes blancs ; l’irresponsabilité d’un continent soi disant épris de morale et de justice. Il serait temps que les néo colonialistes cessent de donner des leçons aux peuples, qui eux, subissent l’horreur de la misère et les guerres fratricides orchestrés par d’infâmes Dictateurs.

La solidarité ne consiste pas à supprimer un jour férié (voir le lundi de pentecôte) Les jeunes comme les personnes âgés, ont besoin de sentir une chaleur humaine, de savoir qu’ils sont écoutés et respectés. Une main tendue vers un être qui souffre, une parole apaisante, une visite dans un hôpital, une contribution personnelle à la souffrance des autres, la fin de toutes formes d’égoïsme, voila des attitudes qui valent de l’or.

En France les populations qui souffrent d’un handicap, n’acceptent pas d’être considérés comme des « souffres douleur », elles doivent être totalement intégrés aux différentes composantes de la société. Pas de discrimination positive, mais une intégration au monde du travail. Leur donner des responsabilités, que leur handicap, légitime leur droit à s’épanouir. Si personne ne peut obliger les chefs d’entreprises à embaucher telle ou telle personne, l’Etat doit intégrée dans la fonction publique toutes personnes atteintes d’un handicap. Notre Démocratie doit respecter sa devise Nationale « Liberté Egalité Fraternité », cette devise est noble, encore faut-il mettre ces mots magiques en conformité avec le respect des droits des hommes, de tous, femmes ou hommes.

Y a-t-il une crise de la jeunesse moderne ? Assurément, ce thème est présent dans l’opinion publique et dans certains essais consacrés aux comportements des jeunes dans la société, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, aux États-Unis, au Japon, en Europe de l’Ouest et dans certains pays de l’Europe de l’Est. Toutefois, cette idée est souvent la résultante des limitations des instruments d’analyse utilisés par les observateurs au lieu d’être la formulation d’une connaissance scientifique des réactions, des modes d’expression, des formes d’intervention d’une série d’acteurs jeunes par l’âge, dans un contexte social déterminé. Les jeunes paraissent alors en crise aux yeux de la génération adulte parce que celle-ci ne se reconnaît plus en eux ou ne parvient plus à faire rentrer leurs comportements dans des schémas (conflit de générations, crise d’adolescence, par exemple) qui jusqu’alors rendaient compte des faits.

Puisqu’il est impossible de trouver tout fait un ensemble unifié de connaissances scientifiques partielles sur les comportements des jeunes dans les sociétés où ils ont fait parler d’eux et sur la signification de tels phénomènes, la démarche ici proposée est différente : on présentera un résumé des faits passés qui, étudiés ou non à l’époque, ont marqué divers milieux, groupes, mouvements de jeunes, dans quelques pays, depuis l’après-guerre, en montrant les décalages fréquents entre les idées (naïves ou savantes) sur la jeunesse et les pratiques actuelles des jeunes, en soulignant les travaux scientifiquement importants et en dégageant les lignes de réflexion les plus utiles pour comprendre les rapports multiformes et mouvants qui se sont établis entre divers acteurs collectifs jeunes et les institutions, les systèmes de valeurs, les règles d’action établis dans les sociétés dont ils sont membres.

De la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 1956 et 1957, les comportements sociaux caractéristiques des milieux, groupes, mouvements de jeunes, n’ont rien de commun d’un pays à l’autre, à l’intérieur du monde « industrialisé », où ils commencent à poser un problème et à devenir objets d’études. En France, le phénomène le plus saillant n’est pas la persistance de petits groupes d’adolescents désorientés par les bouleversements sociaux et éthiques provoqués par la guerre et l’Occupation (les « J3 maudits »), ni l’émergence d’un milieu restreint de jeunes intellectuels marqués par l’existentialisme, mais l’intense politisation des mouvements de jeunesse dans le cadre des partis politiques existants jusqu’à l’instauration de la guerre froide, le maintien et le renforcement, après 1947, d’un fort potentiel d’engagement chez les jeunes communistes et les jeunes chrétiens de gauche (crise grave avec la hiérarchie catholique en 1957), la radicalisation progressive de l’Union nationale des étudiants de France (U.N.E.F.) marquée par la montée au pouvoir en 1956 des étudiants jusque-là minoritaires. En Allemagne, Helmut Schelsky dépeint une génération sceptique, dépolitisée, matérialiste, repliée sur la vie familiale et les valeurs privées.

C’est seulement aux États-Unis que naissent des « idées savantes », mais indûment généralisantes, sur les rapports de la jeunesse et de la société. Ailleurs, on parle ponctuellement, de façon passionnelle ou objective, de la « génération de l’après-guerre », mais, sauf exceptions, les jeunes intéressent plus les cinéastes ou les romanciers que les sociologues. En France et en Grande-Bretagne, les quelques études qui portent sur des jeunes sont des monographies explorant les attitudes de catégories socioprofessionnelles précises face à leur avenir professionnel ou à leur travail.

Des analyses sociologiques erronées

Une très grande partie de la littérature sur la jeunesse publiée pendant cette décennie (1957-1967) aux États-Unis et en Europe a finalement méconnu la réalité de ces phénomènes. Certains essais ou certaines études sociologiques témoignent principalement de l’impuissance dans laquelle se trouvent plongés les observateurs à comprendre les nouveaux comportements des jeunes (J. Rousselet). Nombre d’auteurs s’efforcent de trouver des instruments d’analyse adaptés, car les catégories traditionnelles (crise d’adolescence, conflit des générations en termes de lutte pour le pouvoir) se révèlent inadéquates (E. Friedenberg, B. Bettelheim).

De façon générale, dans les pays européens, la littérature sur la jeunesse a découlé le plus souvent d’interrogations ponctuelles sur les « visages de générations » (F. Giroud, J. Duquesne, C. D’Hoogh et J. Mayer, enquête de l’U.N.E.S.C.O.). Les études européennes ont peut-être moins déformé les faits qu’elles ne les ont noyés par la méthode des sondages : celle-ci ne permet pas de saisir les minorités agissantes, car elle ne livre que des sommes d’attitudes et d’opinions individuelles d’où ne peuvent émerger les courants d’évolution qui affectent spécifiquement certaines collectivités réelles de jeunes ; enfin, les réponses données par les jeunes ne sont pas replacées, sauf exception, dans l’ensemble des phénomènes mettant en jeu, à l’époque, des milieux, des groupes, des mouvements de jeunes. Faute d’une lecture complète du tableau d’une génération donnée, l’interprétation a été faussée par les catégories de pensée des observateurs adultes : cela est manifeste à propos des multiples constats touchant la « dépolitisation » des jeunes, leur manque d’idéalisme, leur esprit terre à terre et utilitaire. Ces thèmes ont été un véritable leitmotiv de l’idéologie dominante sur les générations des années soixante élaborée à partir des résultats de sondages.

Le nouveau pouvoir d’intervention des jeunes

Pour comprendre l’importance des réponses négatives à une question telle que : « Vous intéressez-vous à la politique ? », n’aurait-il pas suffi de tenir compte de la quête de nouvelles formes d’engagement et de lutte, envers du refus opposé par les minorités agissantes à la « politique » bureaucratisée ou de compromis en vigueur dans leur pays et dans les relations internationales.

G. Lapassade, prenant en compte non seulement les mouvements de « révolte sans cause », mais également les révoltes anti-hiérarchiques dans les mouvements de jeunesse politiques et religieux, est l’un des sociologues les plus perspicaces de l’époque : bien qu’il n’ait pas clairement situé ces phénomènes dans le contexte historique européen de l’Ouest, marqué par la décolonisation, la déstalinisation et la crise des systèmes politiques parlementaires, il a mis en lumière le pouvoir d’intervention croissant et de plus en plus admis par les autorités adultes des jeunes générations dans les sociétés modernes où, du fait de l’accélération de l’histoire et de l’innovation technologique, les modèles de l’« adulte » et de la « maturité » se sont évanouis, faisant place à celui de l’homme perpétuellement inachevé, de l’homme « adolescent permanent ». Cet ouvrage sapait par là-même les bases de tout le courant sociologique faisant des jeunes les produits passifs de systèmes de socialisation bien ou mal agencés.

Les jeunes, mobilisés au service de la révolution (1967-1970)

Les années 1966-1967 marquent un tournant : on a vu se développer massivement, aux États-Unis, au Japon et dans la plupart des pays de l’Europe de l’Ouest (en particulier en Italie, en Allemagne et en France), des mouvements mettant directement en cause et ébranlant les institutions politiques, les partis et les organisations traditionnels, les institutions culturelles et les systèmes d’éducation, mouvements visant, au travers de la lutte contre l’autorité, la légitimité même de l’ordre social établi sur le plan national et international. Rappelons pour mémoire les développements spectaculaires des mouvements étudiants révolutionnaires en Italie et en Allemagne, les incidents de la London School of Economics en 1966 et 1967, les manifestations des étudiants américains contre la guerre du Vietnam, en particulier à Columbia, et contre l’intrusion des grandes sociétés capitalistes dans l’université, notamment à l’Université de Wisconsin en 1967 et 1968, les violentes démonstrations des étudiants japonais contre la domination militaire des États-Unis en 1967, l’explosion du mouvement du 22 mars 1968 et l’influence croissante de groupes révolutionnaires nouveaux sur les milieux étudiants et lycéens depuis cette époque en France. Ces mouvements sont principalement animés par des étudiants ; néanmoins, des fractions importantes de la jeunesse ouvrière et des jeunes techniciens et employés y participent, au moins dans les phases de lutte aiguës tandis que le phénomène de « révolte sauvage » a pratiquement disparu. Les mouvements qui se sont produits dans certains pays de l’Est sont trop mal connus pour qu’on soit en droit de les assimiler à ceux que l’on enregistre dans les sociétés capitalistes avancées.

Parallèlement, les communautés marginales refusant les valeurs de leur société apparaissent aux observateurs comme des mouvements moins coupés qu’auparavant des objectifs de lutte des mouvements révolutionnaires. Des traits communs, tels que la recherche de nouvelles valeurs communautaires désaliénant les individus, la sensibilité aux luttes du Tiers Monde, aux luttes raciales, le recours à des méthodes d’action collective directe, ont été soulignés par des auteurs américains.

Bien que de larges fractions de la jeunesse ne soient pas touchées par ces mouvements, auxquels participent de plus en plus des adultes, bien que les jeunes révolutionnaires refusent absolument la catégorie de « jeunes » et se définissent par les buts et les idéologies qui guident leurs combats, cette catégorie est loin d’avoir disparu de la nouvelle littérature sociologique consacrée à la « génération de la protestation ». Même si cette littérature s’efforce aujourd’hui de situer les comportements nouveaux, enfin aperçus, dans le contexte des luttes économiques, idéologiques et politiques traversant les sociétés, elle tend souvent à voir dans les jeunes des acteurs révolutionnaires d’avant-garde. On peut se demander, comme certains l’ont fait, s’il n’est pas plus fructueux, dans la période actuelle, de voir dans les militants jeunes des représentants (souvent plus lucides et plus capables de critique certes, mais engagés dans le même combat que leurs aînés) de groupes socioprofessionnels réels (ouvriers, étudiants, classes moyennes en voie de déclin, etc.) aux prises avec des systèmes institutionnels sclérosés, ou en crise, ou traversés par des contradictions aiguës. Cela conduirait à renoncer à la notion de « crise de la jeunesse moderne » et à parler de la mobilisation des collégiens, lycéens, jeunes intellectuels, étudiants et jeunes travailleurs lors de la crise qui a affecté, dans les années soixante-dix, les institutions économiques et culturelles des sociétés capitalistes « avancées », sinon de toutes les sociétés industrialisées.

Les jeunes objets et sujets, dans la crise économique mondiale

Les derniers soubresauts des grands mouvements contestataires (surtout étudiants) des années 1960-1974 coïncident à peu près avec le déclenchement de la grande crise qui déstabilise l’économie mondiale, détruit les anciennes filières formation-emploi, engendre un chômage de plus en plus massif dont les jeunes, en particulier les filles, sont parmi les principales victimes. Parallèlement se développent des tensions internationales et des conflits armés d’un nouveau type, qui ne sont pas sans rapport avec les dégâts entraînés par le redéploiement des grands groupes capitalistes occidentaux sur la plupart des continents, mais qui font aussi entrevoir des civilisations mal connues et des types de mouvements sociaux idéologiques et politiques irréductibles à nos catégories d’analyse habituelles. Véhiculés par le show business et par d’autres pressions ou modèles, se répandent et s’imposent, en Europe surtout, des produits musicaux (disques, concerts exportés), des styles vestimentaires et des modes de vie, des idoles porteuses de valeurs où dominent l’autodestruction, la terreur, l’irrationnel. Ces vagues idéologiques et ces modèles de comportement consommatoire, ludique, interpersonnel, prennent leur source à la fois dans la déstabilisation des équilibres politiques et culturels mondiaux et dans la décomposition idéologique, provoquée notamment aux États-Unis par le pourrissement de la guerre du Vietnam. Des fractions relativement importantes de jeunes s’en trouvent atteintes. Il est vrai que ce sont, la plupart du temps, des minorités de jeunes opprimées (en Jamaïque ou dans le sous-prolétariat des villes anglaises) ou rescapées et éclopées (à la suite des guerres néo-coloniales) qui ont créé le plus d’œuvres musicales nouvelles et inventées les modes de vie contestataires des années 1975-1980.

Mais il serait erroné de s’en tenir à ces crises déstabilisatrices et destructrices pour décrire les environnements nouveaux qui ont marqué les jeunes durant la décennie 1970-1980. Il faut aussi prendre en compte l’option des pays dominants en faveur d’une « révolution industrielle » originale (la troisième, après celle de la machine à vapeur au début du XIXe siècle et après celle de l’électrification à la fin du même siècle), qui se caractérise principalement par le recours aux énergies nouvelles (nucléaire et douces) et par une application élargie des technologies fondées sur la micro-électronique. Au sein de cette révolution, tout autant que dans les crises et bouleversements évoqués précédemment, les jeunes sont, encore plus que les adultes (puisque l’informatique commence à être utilisée à l’école, certains parlant même, à ce sujet, d’une « seconde alphabétisation »), à la fois des objets manipulés et des sujets innovateurs.

Parmi les premiers, José Rose, économiste et sociologue, écrit, en 1982, au sujet des jeunes demandeurs d’emploi : « On ne peut pas catégoriser la main-d’œuvre à partir de critères naturalistes et individuels. En effet, s’il y a catégorisation, c’est du fait d’un double mouvement affectant à la fois les caractéristiques des individus et celles des emplois et des entreprises : les mécanismes mêmes de la catégorisation et les agents la mettant en œuvre deviennent alors plus importants à étudier que les critères individuels. » C’est à ce même type de raisonnement que recourent ceux qui, méfiants à l’égard d’une sociologie fondée sur les vécus individuels des jeunes, se mettent à étudier, uniquement ou prioritairement, des phénomènes structurels : les mutations des institutions éducatives (démolition partielle de l’« école de Jules Ferry » ; développement des formations en alternance école-production ; progression de la pédagogie psycho-sociologique au détriment de l’instruction et des savoirs, dans le domaine de la formation initiale ou dans celui de la formation continue financée et de plus en plus contrôlée par les milieux patronaux en vertu de la loi de juillet 1971 ; les nouvelles caractéristiques du marché du travail et de l’emploi des jeunes ; les nouvelles institutions organisant la transition professionnelle, de l’école à l’emploi (voir Les Jeunes et le premier emploi, journées d’études, Association des âges, 1977) ; le chômage des jeunes ; la transformation des postes de travail accessibles aux débutants compte tenu de l’automation, de l’informatisation et des méthodes de gestion « rationnelle » du personnel ; les idéologies de légitimation qui accompagnent des phénomènes structurels (l’école est en crise ; il faut « déscolariser » ; le travail est une valeur du XIXe siècle, aujourd’hui démonétisée ; l’individu doit s’épanouir plutôt que se « bourrer le crâne » de savoirs et de savoir-faire bien vite obsolescents...).

La gérontologie est la science du vieillissement.

Son objet est l’étude des modalités et des causes des modifications que l’âge imprime au fonctionnement des êtres vivants, sur tous les plans (biologique, psychologique et social) et à tous les niveaux de complexité (molécule, cellule, organe, organisme et population). Il s’agit donc là d’une approche particulière des problèmes de la vie plutôt que d’une discipline autonome : toutes les techniques des sciences biologiques et des sciences humaines peuvent et doivent contribuer aux progrès de la gérontologie. Aucun institut, ni aucun spécialiste, ne peut prétendre en dominer tous les aspects.

En pratique d’ailleurs, on distingue la gérontologie biologique (parfois qualifiée d’expérimentale), la gérontologie clinique (ou gériatrie), à laquelle on peut rattacher l’approche psychologique, et la gérontologie sociale. La première essaye d’identifier les raisons des altérations que le temps apporte aux structures vivantes ; elle mesure la baisse des performances physiologiques et psychologiques, et tente de faire la part de l’hérédité et du milieu dans les différences de vitesse de vieillissement constatées d’un individu à l’autre. La deuxième étudie les rapports entre le vieillissement physiologique et les affections intercurrentes, concentre ses efforts sur les maladies des personnes âgées et tente d’en perfectionner le traitement. L’approche psychologique prend en compte les modifications mentales ou effectives et les troubles psychiatriques propres aux personnes âgées. La gérontologie sociale s’intéresse à tous les changements que l’âge provoque dans les relations sociales de l’homme, ainsi qu’aux incidences économiques de la retraite et de l’invalidité progressive des grands vieillards.

Sénescence morphologique

C’est entre dix-huit et vingt et un ans que l’organisme humain atteint sa taille adulte, un peu plus tôt chez la femme que chez l’homme. Dès la troisième décennie de la vie humaine, la masse des tissus métaboliquement les plus actifs diminue (muscles, foie, rein). Ce phénomène s’accentue par la suite. Parallèlement les dépôts graisseux augmentent, ce qui masque la diminution des tissus nobles et donne l’illusion d’une phase de stabilité (la « maturité »). Passé la cinquantaine ou la soixantaine cependant, les pertes l’emportent sur les gains, la peau s’amincit et se ride, le squelette se « tasse » progressivement et l’individu s’achemine peu à peu vers le « troisième âge », la vieillesse. La précocité et la régularité de la diminution de la « masse maigre » de l’organisme peuvent être mises en évidence in vivo par des techniques telles que la mesure du potassium total ou celle du métabolisme de base.

Sénescence physiologique

La mise au point de tests fonctionnels de vieillissement a permis de mesurer, avec beaucoup plus de précision que ne le faisaient les méthodes anatomiques, l’importance et la vitesse des processus de sénescence au niveau des principaux organes dont certains paraissent plus sensibles que d’autres aux effets de l’âge. C’est le cas, en particulier, de l’appareil locomoteur, de l’appareil respiratoire et des récepteurs sensoriels. Le maximum de la force musculaire, quel que soit le muscle envisagé, se situe entre vingt et trente ans ; il est suivi par un affaiblissement continu, s’accélérant au fur et à mesure que l’on avance en âge. La diminution de la densité osseuse est régulière de vingt à soixante-dix ans. La baisse des performances ventilatoires est aussi très accentuée : les valeurs de la capacité vitale et de la ventilation maximale par minute diminuent respectivement de 40 et de 60% entre trente et quatre-vingt-dix ans. L’œil est un des organes les plus précocement touchés : l’amplitude d’accommodation du cristallin se réduit dès la deuxième décennie et devient pratiquement nulle à la soixantaine ; l’adaptation aux faibles éclairements décline régulièrement dès la vingtième année, tout comme le temps de récupération après éblouissement et la fréquence critique du papillotement ; il en est de même de la vitesse de constriction de la pupille. L’oreille vieillit presque aussi rapidement que l’œil : dès la quarantaine, il y a une notable diminution de la perception des sons les plus aigus. Les récepteurs du tact et du goût suivent une évolution analogue, quoique plus lente.

Homme : fonction physiologiques et âge

Involution de diverses fonctions physiologiques chez l’homme en fonction de l’âge. Les performances aux différentes épreuves fonctionnelles sont exprimées, pour chaque décennie, en pourcentage des valeurs normales de l’adulte jeune (20-29 ans). Excrétion et digestion vieillissent aussi de façon précoce et relativement rapide. Le déclin de la filtration glomérulaire, de l’excrétion tubulaire et des capacités de réabsorption du tubule avec l’âge est progressif à partir de la trentaine. Au niveau de l’estomac, la diminution du volume de suc gastrique sécrété après un repas « d’épreuve » va de pair avec une baisse de sa teneur en acide chlorhydrique et en pepsine.

Le système circulatoire vieillit également de façon progressive. Même dans les populations humaines ne souffrant pas d’un excès d’alimentation et d’un manque d’exercice physique favorisant l’athérosclérose, la pression artérielle systolique, la résistance périphérique et le temps de circulation tendent à augmenter avec les ans. Certaines glandes endocrines vieillissent d’une façon tout à fait analogue à celle des organes dont on vient de parler. La production des androgènes par le testicule et les cortico-surrénales décroît très régulièrement chez l’homme à partir de la vingtième année. La baisse du taux de fixation de l’iode radioactif par la thyroïde commence également à cet âge et se poursuit ensuite de façon linéaire ; il est possible qu’il y ait là une adaptation de l’organisme à la diminution de sa masse métabolique active.

Quelques fonctions résistent cependant de manière remarquable à l’épreuve du temps, notamment celles dont le rôle est de maintenir l’homéostasie de l’organisme et la constance de son milieu intérieur. Tel est le cas, par exemple, de la sécrétion des gluco-corticoïdes par la cortico-surrénale : ces hormones, qui jouent un rôle essentiel dans l’adaptation à court terme aux changements du milieu, paraissent sécrétées à un taux constant chez l’adulte sain, tout au moins dans des conditions basales. Il semble en être de même de certaines hormones anté-hypophysaires (l’hormone de croissance, par exemple). Quant aux gonadostimulines produites par la même glande, elles sont sécrétées en plus grande quantité après la ménopause chez la femme, et de quarante à soixante-cinq ans chez l’homme, comme pour répondre à la baisse d’activité de l’ovaire et du testicule.

Il faut signaler à ce propos que l’arrêt brutal de la fonction reproductrice, qui caractérise la ménopause féminine, est particulier à l’espèce humaine et ne se rencontre chez aucun autre vertébré. Au niveau du système nerveux, et malgré la diminution du nombre des neurones, les divers tests physiologiques ne mettent en évidence que des modifications mineures chez l’adulte vieillissant mais indemne de troubles pathologiques : légère baisse de fréquence du rythme de base à l’électroencéphalogramme, réaction d’arrêt visuelle de moins en moins bonne, épreuve de l’hyperpnée de plus en plus active, faible diminution de la vitesse de conduction des nerfs périphériques, augmentation du temps de réaction.

Ce sont donc essentiellement les performances des organes et des tissus effecteurs qui baissent avec l’âge, du fait probablement de la réduction du nombre de leurs « unités fonctionnelles », alors que les organes intégrateurs continuent à maintenir la constance du milieu intérieur, mais réagissent de moins en moins efficacement aux agressions du monde ambiant. La marge d’adaptabilité de l’organisme va, en conséquence, se réduire progressivement. Les tests « dynamiques » de vieillissement, dont le rôle est de mesurer la réaction de telle ou telle fonction à un effort ou à une surcharge d’intensité constante mettent bien en évidence ce processus. L’injection d’une même quantité de glucose dans la circulation entraîne une hyperglycémie plus forte et plus durable chez les sujets ayant dépassé soixante ans.La résistance de l’organisme au froid ou au chaud se fait plus difficilement à mesure que les années passent ; il en est de même de l’adaptation cardio-vasculaire à l’effort.

L’analyse des réponses données par un groupe de sujets sains à une « batterie » de tests explorant de nombreuses capacités, est censée mesurer de ce fait l’« intelligence globale » (l’échelle d’intelligence de Wechsler, par exemple), montre déjà d’impressionnantes différences entre quinze et soixante-dix ans : les meilleures performances sont réalisées entre vingt et trente ans, puis le déclin est linéaire jusqu’à soixante-dix ans. Mais de telles échelles composites sont formées de tests inégalement sensibles aux effets de l’âge et il est plus intéressant de considérer séparément les résultats d’épreuves mesurant des aptitudes plus spécifiques.

Vieillissement différentiel

Si l’allure générale des phénomènes de sénescence est plus ou moins semblable chez tous les individus, quel que soit leur niveau socio-économique, il n’en demeure pas moins que tous les membres d’une population donnée ne vieillissent pas au même rythme. Pour une même fonction physiologique ou une même aptitude intellectuelle, on constate de grandes différences interindividuelles de vitesse de sénescence. Il y a, à cela, deux sortes de raisons : génétiques et écologiques. Dès l’enfance, il existe, quelle que soit la fonction ou l’aptitude considérée, des sujets bien doués et d’autres qui le sont moins. Cela est, en particulier, évident sur le plan intellectuel ; or, tous les psychologues s’accordent à penser que le déclin des capacités est d’autant moins marqué que les performances initiales sont meilleures.

Mais ce sont néanmoins les facteurs écologiques qui paraissent jouer le rôle principal. D’une façon générale, toute condition de vie qui entraîne l’absence d’usage, ou le mauvais usage, d’une fonction ou d’une aptitude accélère le déclin de celle-ci ; cela se vérifie aussi bien de la force musculaire que de la mémoire. Les conséquences de certaines maladies de l’enfant et de l’adulte des toxicomanies de masse (alcool, tabac) et des déficiences nutritionnelles (qualitatives comme quantitatives), peuvent s’ajouter aux effets de l’âge et entraîner le vieillissement accéléré de certains organes.

Gérontologie clinique

La gérontologie clinique reste la base la plus solide de nos connaissances biologiques sur la vieillesse humaine, car le modèle animal est peu éclairant. Aucune espèce animale autre que l’homme n’a, en effet, réussi à allonger sa vie. Chez les homéothermes, les « longévités animales » ne sont constatées que sur l’animal « humanisé » (domestique ou de laboratoire). En fait, l’observation de l’homme parcourant les années reste le fil conducteur le plus solide de toutes les études sur le vieillissement biologique. De plus, ni l’expérimentation animale, ni l’expérimentation sur cellules isolées, ni les progrès de la biologie moléculaire ne nous ont apporté jusqu’ici des données utilisables pour le diagnostic ou le traitement des sujets âgés. Par contre, les remarquables progrès de la longévité, le fait qu’un nombre croissant de personnes de plus en plus âgées ont une vie normale et sans handicap sont à mettre au crédit de l’ensemble des progrès des sciences médicales. Il est à peine besoin de rappeler qu’aucune cure de jouvence n’a pu être validée selon les règles normales du contrôle scientifique. On ne saurait trop s’en étonner car les infirmités et les causes de mortalité sont dans l’ensemble assez bien connues et de natures multiples : on imagine mal le traitement unique qui préviendrait ou guérirait à la fois athérome, tumeur bénigne, cancer, démence, arthrose, etc. Finalement la médecine préventive, les traitements précoces et l’épidémiologie constituent l’essentiel de la gérontologie pratique.

Le vieillard est une résultante. Une tranche d’âge plus avancée se déduit de la tranche d’âge précédente par deux opérations : élimination de certains individus (morts prématurées), acquisition d’une pathologie nouvelle ou aggravation de troubles latents. On invoque volontiers les agressions spécifiques (infections, par exemple) ou non spécifiques (le « stress »). Distinguons bien : l’agression spécifique peut faire l’objet d’une étude rigoureuse rétrospective, ou mieux prospective, et conduire, avec l’aide parfois d’une expérimentation animale, à des mesures visant une nuisance individualisée ; la notion d’agression non spécifique, quant à elle, reste en clinique du domaine du discours : on ne peut ni mesurer ni dénombrer, donc on se situe en dehors du domaine scientifique. Toute fois, tout ce qui se développe au cours de la vie n’est pas exogène : ainsi des malformations congénitales évoluent au cours du développement et leur nocivité peut n’apparaître que tardivement.

Ce qui apparaît au cours de la vie n’est donc pas purement et simplement acquis. Et tous les intermédiaires existent entre l’accumulation spontanée des inconvénients liés aux affections congénitales et l’association de facteurs endogènes et exogènes dans la construction d’une maladie. Dès la formation de l’œuf, le capital génotypique est fixé ; à chaque tranche de vie (y compris la vie intra-utérine), apparaissent des anomalies, qu’on appelle maladies lorsqu’elles diminuent la longévité ou les performances de l’individu. Il y a ainsi une chaîne continue entre maladies génotypiques fixées, génotypiques évolutives et pathologie due à l’action spécifique d’une nuisance externe définie (virus, toxique, carence, traumatisme) sur une constitution génotypique déterminée. L’accumulation de processus pathologiques conduit à des interactions, raison suffisante de ne pas espérer l’immortalité. On sait aussi que certaines maladies nécessitent la révélation, par un facteur spécifique d’environnement, d’un caractère génétique, lui aussi spécifique : l’obésité acquise et un facteur génétique concourent ainsi au diabète de la maturité.

L’incessante évolution de la clinique

La clinique des personnes âgées, dans une société donnée, intègre les conditions épidémiologiques qui ont régné depuis leur conception, les progrès techniques de la médecine durant la même période et les modifications sociales qui ont rendu la médecine accessible à ces populations. C’est pourquoi les problèmes cliniques ne cessent de changer, et il n’est pas vraisemblable qu’à trente ans de distance, la pathologie, disons des sexagénaires, n’ait pas bougé : effet d’âge et effet de génération.

Depuis qu’on opère les cardiopathies congénitales on voit vieillir les sujets ainsi opérés ; on voit encore que les premiers diabétiques insulino-dépendants qui ont bénéficié dans les années vingt de la découverte de l’insuline atteignant 60, 70 et 80 ans. Jusque-là, on ne savait pas comment vieillissait le sujet porteur de ce type de diabète et notamment s’il comportait les mêmes angiopathies que les diabétiques de la maturité. On commence à voir des sujets âgés atteints de drépanocytose homozygote et cela sans qu’un traitement spécifique ait été découvert, par simple amélioration générale des soins médicaux. Quant aux cardiopathies rhumatismales valvulaires, elles ont décrit tout un cycle. Les anticoagulants et les diurétiques ont d’abord amélioré leur décompensation, puis la chirurgie cardiaque les a corrigées. Dans les pays développés au moins, la pénicilline et la corticothérapie les ont fait disparaître. On méconnaît davantage encore un phénomène plus élémentaire : le nombre des hypertendus, des diabétiques, des obèses, des rhumatismes inflammatoires ou dégénératifs, d’affections la prostate augmente avec chaque tranche d’âge. La thérapeutique les compense et ne les guérit pas. Leur proportion dans la morbidité augmente ainsi constamment parce que ces affections bénéficient de traitements efficaces.

Progrès de l’épidémiologie et prévention

La gérontologie clinique mesure en fait les régressions d’une collectivité sur le plan médical, depuis la conception des individus qui la composent. Jusqu’à présent, le vieillissement des populations, c’est-à-dire le pourcentage des personnes âgées de cette population, n’a été que le reflet de la chute de la natalité et de la diminution du nombre des jeunes. Dès maintenant, il est augmenté par l’allongement moyen de la vie humaine. On évolue même dans les pays où le niveau de vie est élevé vers une population à natalité stationnaire ayant abouti à un vieillissement « équilibré ». L’augmentation de la longévité résulterait en ce cas d’une diminution de la mortalité des sujets plus jeunes cependant que la morbidité mesurerait la diminution de leurs handicaps. La gérontologie clinique permettrait alors de retrouver ce qui, dans le parcours des âges, n’a été ni prévenu, ni guéri. L’étude cas par cas sera fondamentale pour le progrès médical de demain : que s’est-il passé ? Refus de soins, négligence ou indiscipline d’une famille ou d’un malade, difficultés d’accès aux soins, retard dans la diffusion d’un progrès, faits antérieurs à une découverte récente ? Peut-on expliquer le présent par un facteur génétique familial, professionnel ou par un mode de vie ?

Cette forme d’enquête est la seule base d’une étude épidémiologique véritablement scientifique : celle-ci, l’homme étant mortel et vivant de plus en plus vieux, ne saurait être seulement fondée sur des études ponctuelles portant sur une maladie isolée. En fait, lorsqu’on compte (morts ou vivants) des diabètes, des obésités, des hypertensions artérielles, des infarctus du myocarde, des accidents cardio-vasculaires, diverses formes de cancers,des tumeurs, des syndromes dépressifs, des atrophies cérébrales, des hépatites, des glaucomes, des adénomes de la prostate, on compte dans chacune de ces catégories les mêmes sujets. Tout travail statistique (épidémiologique ou à caractère préventif) fait sur un diagnostic artificiellement isolé néglige ce caractère essentiel, à savoir que chaque malade est porteur d’une polypathologie.

Données psychologiques

Il est difficile et peut-être hasardeux de vouloir dégager des traits psychologiques spécifiques du troisième âge. Il existe, certes, des constats concernant les comportements, les attitudes, les difficultés, les aspirations régulièrement rencontrés chez les personnes âgées : on aurait tort de les considérer directement comme inhérents au processus du vieillissement. Il est nécessaire de situer le problème dans la perspective d’une dynamique entre la personne qui vieillit, du point de vue physique et psychologique, son entourage plus ou moins immédiat et les images et conception de la vieillesse sécrétées par la société. L’intrication de tous ces facteurs est telle que les facteurs socioculturels, encore mal cernés, peuvent induire les traits de certains comportements que l’on aurait tendance à considérer à première vue comme objectivement spécifiques du troisième âge. Toutes ces données doivent donc être envisagées dans une perspective d’interrelations dynamiques et tenues pour constamment mobiles.

Du point de vue social, la notion de personne âgée est mal dissociée de celle de « retraité », et l’influence de cette confusion est grande, d’une part, quant au statut et au rôle possible de la personne âgée dans la vie sociale, considérée désormais comme non engagée, d’autre part, quant à sa réaction à l’égard de l’arrêt du travail, qui peut être prise, par l’individu et par son entourage, comme un effet du vieillissement lui-même. Dans ce cas, la perte des principaux rôles sociaux assumés et valorisés durant la vie de travail entraîne un sentiment d’humiliation et de diminution de la personne, qui tend à accélérer sous forme de crise (on a pris un « coup de vieux », comme on dit dans le langage populaire) le processus linéaire du vieillissement.

En ce qui concerne la vie affective et sexuelle, il faut situer l’évolution d’un individu, dans son ensemble, à partir des premiers mois de la vie. Il est maintenant admis, grâce aux découvertes de Freud et de ses successeurs, que les facteurs les plus déterminants se jouent dans la prime enfance et qu’ils marquent de leur sceau le déroulement de la vie affective et relationnelle ultérieure. Le déroulement des stades décrits par Freud (oral, anal, phallique, génital) a donc une influence capitale sur la personnalité de l’adulte et un retentissement accentué chez la personne vieillissante qui, voyant diminuer ses possibilités, peut éprouver un véritable sentiment de castration accompagné d’angoisse plus ou moins intense selon les sujets.

Quant aux réactions au vieillissement, elles peuvent être tout à fait diverses, selon les antécédents personnels de chaque individu et les événements qui ont pu jalonner son existence. D’une façon générale, le sentiment de vieillir est vécu comme une perte, l’ultime perte étant la mort. Il peut intervenir à n’importe quel âge. Les réactions au vieillissement et le vieillissement lui-même dépendront du retentissement personnel profond de l’angoisse occasionnée par ce sentiment ou cette crainte de la perte. Mais il faut remarquer que ce sentiment, à mesure qu’un individu avance en âge, est renforcé par des événements tels que les deuils, la diminution du pouvoir d’achat, la perte d’une activité productrice et valorisée, l’exclusion de la part des plus jeunes, refusant l’image d’une vieillesse qui leur fait peur ; tout cela entraîne l’individu dans une lutte contre la perte de l’estime de soi et contre la culpabilité d’être. Les réactions peuvent être adaptées et équilibrées si la personne a de bonnes ressources compensatrices de cette angoisse. Mais elles sont aussi capables de la conduire à une situation d’échec qui peut glisser insensiblement vers une évolution psychopathologique, voire psychiatrique.

Touchant les exercices ou les activités susceptibles de contribuer à prévenir le vieillissement, on se bornera à signaler que n’importe quel choix est valable, s’il a pour signification le maintien de satisfactions dans les centres d’intérêt, les relations familiales ou amicales, de manières que l’individu vieillissant garde confiance et estime de soi.

Problèmes psychopathologiques

La psychopathologie de la vieillesse traite des troubles mentaux directement en relation avec le phénomène du vieillissement et avec ses conséquences sur le plan physique, psychologique et social. Elle ne peut donc se comprendre que par une approche de la personne « totale » au cours du troisième âge. Il s’agit de troubles qui peuvent être graves, mais, beaucoup plus souvent, légers et curables ; le seuil d’« anormalité » du comportement dépend en fait du degré de tolérance de l’entourage.

 Les écoles classiques de psychiatrie attribuaient les perturbations mentales du troisième âge à des lésions organiques atteignant le système nerveux. Lorsque ces lésions étaient discrètes et diffuses, on parlait d’involution pour désigner l’usure des organes. L’attention des praticiens et des chercheurs est maintenant de plus en plus attirée par les conditions de vie des personnes âgées et les réactions psychologiques qui s’ensuivent. Ainsi en est-on arrivé, et l’expérience le prouve, à considérer que la plupart des perturbations mentales de cet âge peuvent être évitées ou traitées. Il y a lieu de distinguer les maladies mentales qui existaient avant la vieillesse - et qui parfois s’aggravent avec le vieillissement mais dont certaines peuvent se trouver améliorées (Muller) et les maladies qui surviennent pour la première fois dans le cours de la vieillesse et sont donc spécifiques de cette période de la vie. C’est le domaine de la psychopathologie de la vieillesse à proprement parler.

Les troubles d’origine psychologique peuvent avoir des manifestations graves : délire de persécution ou délire de préjudice en relation avec des pertes de mémoire (le vieillard oublie l’endroit où il a placé un objet et croit qu’on le lui a volé). Ces délires, plus facilement curables que chez l’adulte, sont souvent en relation avec un état de solitude aggravé par une surdité ou une diminution importante de l’acuité visuelle. À côté des délires, les dépressions graves sont assez fréquentes (la classique « mélancolie d’involution », qui apparaît vers l’âge de 55 à 60 ans) et plus encore des dépressions plus tardives consécutives à une atteinte de la santé physique ou à des changements importants de l’existence (retraite, deuils, expulsion de son logement). Ces dépressions conduisent parfois au suicide. Beaucoup plus souvent, les troubles d’origine psychologique revêtent des formes atténuées, consistant en des manifestations névrotiques : ce sont les obsessions ou manies, et les phobies, telles que la classique peur de la personne âgée à sortir dans la rue. Les états de dépression légère sont extrêmement fréquents et s’accompagnent d’anxiété, d’hypochondrie. Toutes ces perturbations affectives, graves ou légères, sont en relation avec le phénomène psychologique fondamental de la vieillesse, représenté par la perte de l’estime de soi, la perte de la confiance en soi et le sentiment d’abandon. Contre ces sentiments douloureux, la personne âgée peut réagir par des troubles du caractère (le classique autoritarisme des vieillards), ou en régressant au niveau des manifestations infantiles (jalousie, gourmandise), ou encore des troubles de comportement (fugue, exhibitionnisme).

Les affections psychiatriques des vieillards ont bénéficié de la découverte de nouveaux médicaments durant les deux dernières décennies, encore qu’il n’existe pas de traitement pouvant agir au niveau de l’atteinte organique dans le cadre des démences. Les soins, en service hospitalier, se sont considérablement améliorés : techniques de nursing, disparition de l’ambiance carcérale dans les hôpitaux psychiatriques, humanisation et instauration d’un milieu psychothérapique.

L’accroissement de la proportion des personnes âgées (vieillissement démographique), accompagné à un rythme différent par l’accroissement de leur nombre, soulève des problèmes dont l’ampleur et la complexité sont encore mal perçues du grand public, mais dont l’étude se développe rapidement depuis la guerre grâce à l’action d’universités, d’instituts, de fondations spécialisées, ainsi qu’à l’impulsion des organisations internationales et de l’Association internationale de gérontologie. Dans les pays à fort degré de vieillissement, les gouvernements se tournent de plus en plus vers les chercheurs de cette discipline afin de leur demander les éléments dont ils ont besoin pour asseoir leur politique de la vieillesse.

L’apparition puis l’extension d’une nouvelle catégorie sociale, les retraités, entraîne un nouvel examen de la place du travail et des loisirs dans la vie de l’homme, dans le système des valeurs et dans l’organisation économique.

Démographie et vieillissement

La proportion des personnes âgées de soixante-cinq ans et plus dans les pays industrialisés, qui est de 14% en 1990, est estimée à 22% en 2040. L’I.N.S.E.E. prévoit qu’elle atteindra, en France, 26% de la population à cette date. Ces modifications démographiques sont dues à l’augmentation de l’espérance de vie à la naissance et, surtout, à l’âge adulte et à la diminution ou à la stagnation de la fécondité dans les pays industrialisés. La France apporte une caution historique : sa population a « vieilli » avant toute autre population européenne ; dans les années cinquante, la France enregistrait le plus fort degré de vieillissement avant d’être rejointe par des pays comme l’Angleterre où la limitation des naissances remonte seulement à la fin du XIXe siècle. En revanche, les Pays-Bas, où pourtant l’espérance de vie à la naissance était sensiblement plus forte qu’en France, avaient une population beaucoup plus « jeune ».

Les progrès indéniables de la médecine, de l’hygiène et du niveau de vie ont évidemment augmenté les effectifs âgés et l’on note même une augmentation rapide des effectifs très âgés (au-delà de 80 ans) qui posent déjà des problèmes sociaux particuliers.

Les personnes âgées dans la société

La mobilité professionnelle (les adultes travaillent de moins en moins avec, ou pour, leurs parents) et la mobilité géographique limitent et parfois suppriment l’une des principales sources d’autorité de ces derniers qui, ainsi, ne peuvent même plus invoquer leur expérience professionnelle ou le partage des risques de l’entreprise.

Dans une société qui met l’accent sur le travail et la réussite matérielle, « le rôle de retraité, c’est de n’en plus avoir ». On a même parlé d’un phénomène de « rejet » qui contribue à renforcer chez l’individu le sentiment, fondé ou non, de son inutilité sociale. Ce sentiment le pousse à fréquenter souvent des contemporains avec qui il a des points communs (l’ancien métier, la guerre, les souvenirs locaux...) et encourage une attitude de repli qui nuit à une bonne adaptation.

Ce passage de la situation d’actif à celle de retraité sera d’autant plus difficile que le travail antérieur aura été intéressant et intensif et que la transition aura été brutale. On a souvent parlé d’une surmortalité au cours de l’année ou des deux années qui suivent la mise à la retraite, mais, malgré l’intérêt du sujet, aucune étude scientifique n’a encore vérifié la réalité de ce phénomène ni la liaison de cause à effet ainsi avancée. Une réduction progressive de l’activité professionnelle paraît souhaitable, de même que son remplacement par une occupation conforme aux goûts et aux dispositions de l’intéressé. Dans nos sociétés complexes, les possibilités d’une participation utile sont nombreuses et méritent une exploration systématique. Pour être couronnée de succès, cette formule appelle une préparation à la retraite dont certains organismes se sont préoccupés, notamment en Angleterre.

En étudiant l’individu, membre du corps social, les gérontologues soulignent les modifications souvent insidieuses qu’entraîne le vieillissement. En effet, la transformation du rôle commence bien avant le cap des soixante-cinq ans. Comme parents, comme travailleurs, comme conjoints, comme amis même, les personnes qui dépassent quarante-cinq à cinquante ans voient diminuer leur rôle (ou l’idée qu’ils en ont), leurs revenus, leur mobilité, leurs espérances et le domaine de leurs relations : ce phénomène peut être précoce dans le cas des personnes de santé fragile ou souffrant de handicaps physiques.

 La société et les personnes âgées

Comment la société s’adapte-t-elle à son propre vieillissement ? Le contraste est grand entre le petit nombre qui, détenant soit le pouvoir, soit la fortune, fait courir un risque de gérontocratie, et la grande masse de personnes âgées qui, inactives et dotées de moyens modestes, sont réduites à une condition passive. Leur nombre a pourtant des conséquences économiques, financières et sociales. L’importance des « transferts sociaux » entre actifs adultes et inactifs âgés a certes une base démographique, mais elle dépend aussi de l’histoire sociale : tel avantage accordé antérieurement pour résoudre une crise peut, de longues années après, peser d’un poids singulier sur l’ensemble de l’économie. Bien souvent, l’engagement pris aux dépens des générations suivantes n’a tenu compte ni des modifications de la technique, ni de l’évolution différentielle de la longévité.

Par ailleurs, les institutions créées en faveur des personnes âgées, telles les caisses de retraite, disposent de capitaux considérables et, n’était le contrôle de l’État, elles pourraient influencer de façon excessive le marché financier. Le niveau des pensions servies a une incidence directe sur le niveau de la consommation d’une fraction notable de la population et, par conséquent, sur le volume de la demande de certains produits et services. À ce titre, l’étude des budgets de consommation des ménages âgés présente un intérêt indiscutable. Enfin, l’allongement de la vie modifie le calendrier de transmission des biens (capitaux et entreprises) ; c’est particulièrement vrai en agriculture où l’âge moyen des exploitants s’élève d’autant plus que, du fait de l’exode agricole, la proportion et le nombre des jeunes adultes diminuent. C’est aussi la raison pour laquelle un nombre relativement limité des veuves peuvent, dans certains pays, détenir une part exceptionnellement élevée des capitaux privés. Cette évolution peut être positive dans la mesure où elle encourage les générations plus jeunes à ne pas faire dépendre leur niveau de vie d’une succession hypothétique.

Conditions de vie des personnes âgées

Les conditions de vie des personnes âgées sont, en général, très inférieures à celles du reste de la population. Le niveau de vie baisse de 30 à 50% lors du passage à la retraite : cette baisse est d’autant plus ressentie que les besoins, réels ou subjectifs, ne diminuent pas à la même cadence. La forte proportion d’anciens travailleurs à qui il faut verser une aide sociale montre l’insuffisante couverture du risque « vieillesse ». Le développement des régimes de retraites complémentaires permet d’espérer une amélioration et montre, en tout cas, que les salariés admettent la nécessité d’un prélèvement plus fort sur leurs revenus pour s’assurer une vieillesse moins médiocre. Le thème de la « protection du niveau de vie » revient constamment dans les congrès de gérontologie comme dans les colloques de politique sociale.

L’activité, encore sensible entre soixante et soixante-cinq ans, procure quelques ressources, mais on note une baisse rapide des taux et si, pour des raisons psychologiques et économiques, il paraît souhaitable de ne pas décourager cette activité, il est préférable de ne pas fonder trop d’espoirs sur cette solution.

La détérioration de l’état de santé, liée à une progression de l’isolement, soumet le vieillard à un risque particulier. La rapidité de l’intervention en cas d’accident, la fréquence et la qualité des soins pendant une maladie courante peuvent diminuer de beaucoup le recours à l’hospitalisation, solution qui déclenche souvent un traumatisme psychologique. L’accroissement du nombre des grands vieillards et des « séniles » pose des problèmes ardus aux pouvoirs publics, ainsi qu’aux familles qui abritent un invalide ou un impotent. Les recherches sociales aident à dégager les facteurs psychologiques et sociologiques qui aggravent ou qui, au contraire, allègent cette situation. Elles aident aussi à tester la valeur des formules proposées.

En définitive, le vieillissement de la population pourrait bien être le phénomène contemporain le plus lourd de conséquences.

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