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Le Prince Jean : Au pays des Tadjiks.

Mardi 18 octobre 2011 // L’Histoire

Prince Jean chez les Tadjiks

Terre ancestrale de communication entre Moyen et Extrême Orient, l’Asie centrale est aussi un lieu d’affrontements, et l’un des points d’effervescence du monde actuel. L’engagement français en Afghanistan en est un signe tangible. Le prince Jean «  Héritié du Trône de France » souhaitait s’en faire une idée personnelle. Il savait pouvoir compter sur l’accueil de diplomates qui, ayant en charge l’image de la France à l’étranger, savent ce que peut lui apporter le témoignage personnel d’un prince français. Le prince Jean a accepté de nous expliquer sa démarche.

Comment s’est passé votre séjour en Asie centrale ?

Mgr le prince Jean : Le voyage a été passionnant. Deux avions, une escale à Istanbul, au total une douzaine d’heures de déplacement qui permettent de bien mesurer la distance parcourue : je n’étais jamais allé aussi loin à l’est ! Mais je voulais avoir une idée générale de l’Asie centrale. C’est à partir du Tadjikistan que j’ai abordé cette région hautement stratégique. J’ai pu voir le monde à partir d’un nouveau point de vue : la Chine n’est pas loin, l’Afghanistan est de l’autre côté de la frontière tadjike et le conflit afghan est bien sûr très présent puisqu’un détachement français de l’Armée de l’air est installé sur l’aéroport de Douchanbé. C’est de là que partent nos Transall pour Kaboul. Malheureusement, je nai pu emprunter un de ces appareils pour me rendre en Afghanistan comme j’en avais l’intention. Ce qui m’a permis de voir plus longtemps le Tadjikistan, grâce à l’ambassadeur de France, Henry Zipper de Fabiani, et aux représentants de l’Aga Khan.

Je dois dire que la surprise de la découverte n’a pas été complète pour moi car avant de partir j’avais pu m’entretenir avec des diplomates et des savants qui connaissent très bien l’Asie centrale : je veux tout particulièrement remercier Jean-Paul Guinhut, qui a été ambassadeur de France à Kaboul, Yves Manville, qui était avant l’été au Bureau Afghanistan-Pakistan du Quai d’Orsay et qui est maintenant conseiller à l’ambassade de France en Afghanistan.

Votre première impression, en arrivant à Douchanbé ?

Mgr le prince Jean : L’empreinte soviétique est manifeste : la ville a été dessinée par les architectes soviétiques à l’époque de Staline qui avait décidé de bâtir la capitale de la nouvelle république socialiste en un lieu dépourvu de toute histoire antérieure. Le
palais présidentiel, édifié voici peu, dit clairement que nous sommes dans un pays dirigé de manière autoritaire, mais avec une organisation qui n’est pas très rigoureuse, une police très présente mais qui recherche de menus avantages en arrêtant les automobilistes pour les contrôler. Le président fait actuellement construire une grande bibliothèque. Comme il n’y a pas assez de livres pour fournir ses rayons, chaque étudiant doit en apporter un ! On est à mi-chemin entre une République musulmane et un pays soviétique, avec des statues de Lénine et des rues qui portent son nom. C’est un composé tout à fait différent de ce que j’ai vu au Maroc ou au Libân. Il n’y a pas de classes moyennes, mais seulement des très riches et des très pauvres.

J’ai eu la joie de fêter le 14 juillet à l’ambassade de France. En présence du ministre tadjik des Affaires étrangères, j’ai pu exposer aux invités les raisons de mon séjour au Tadjikistan. J’ai pu m’entretenir avec les ambassadeurs de Grande-Bretagne, des États-Unis, d’Arabie saoudite et j’ai beaucoup parlé avec notre attaché militaire, avec le colonel qui commande le Détachement aérien français (DETAIR), les officiers français et la communauté française.

À Douchanbé, j’ai visité le centre d’accueil pour les enfants des rues qui est organisé par l’Association Karen Mane, présidée par Danièle Mane. Le travail accompli par cette association, très soutenue par l’Ambassade de France, est tout simplement admirable. J’ai eu la joie d’assister à la messe, à la mission catholique de Douchanbé qui est tenue par des religieuses indiennes de la congrégation de Mère Teresa et j’ai visité le nouveau centre ismaélien de Douchanbé en compagnie de M. Munir Merali, qui est le représentant résident de l’Aga Khan Development Network (AKDN) à Douchanbé.

Vous avez également visité le sud du pays...

Mgr le prince Jean : Je suis allé dans le sud du Tadjikistan avec l’ambassadeur de France, à trois heures de route de Douchanbé - plus précisément dans la région du Khatlon, à Pyandj, petite ville située au bord de la rivière du même nom qui sépare le Tadjikistan et l’Afghanistan.

Là, les Français sont très impliqués dans l’agriculture grâce à l’Agence de coopération technique et de développement (ACTED) qui est active depuis de nombreuses années : il y a des coopératives agricoles qui marchent très bien de même que la laiterie ; on produit des fruits, des pastèques, des graines de céréales et de pommes de terre. J’ai également vu le barrage de Nurek, à deux heures de route de la capitale, qui est actuellement en cours de réhabilitatioo avec la participation des Français d’Alstom. Vous savez que la question de l’eau et la production hydroélectrique sont des enjeux très importants pour le Tadjikistan et pour l’ensemble de l’Asie centrale - où les conflits sur l’eau sont anciens et très sérieux. Le barrage est d’ailleurs sous la haute surveillance d’unités spéciales de la police.

C’est l’organisation de l’Aga Khan qui m’a permis de connaître le Pamir. Nous sommes partis de Douchanbé en hélicoptère, j’ai vu l’université d’Asie centrale qui est en construction au-dessus de Khorog, selon un projet qui m’a beaucoup impressionné. J’ai vu aussi le travail réalisé dans le domaine des adductions d’eau et pour la canalisation du Pyandj afin que les terres ne soient plus inondées. J’ai vu également le barrage situé au-dessus de Khorog, qui a été en partie financé par l’Aga Khan et qui a été achevé voici peu : il alimente en électricité la capitale du Badakhshan et c’est là un progrès très important dans une région où les températures hivernales sont glaciales.

J’ajoute que j’ai beaucoup aimé le Pamir : les paysages sont superbes, la montagne est magnifique, les femmes en habit traditionnel donnent beaucoup de charme aux rues de Khorog. J’ai pu traverser le Pyandj sur le pont construit par l’AKF en compagnie de militaires tadjiks et j’ai passé un petit moment en territoire afghan. Le Badakhshan est une région très sensible : la frontière avec l’Afghanistan s’étend sur des centaines de kilomètres et elle est difficile à surveiller car la rivière Pyandj n’est pas très large. Pour les trafiquants de drogue, les points de passage sont innombrables. Il faut également sécuriser la frontière sur le plan militaire.

L’organisation de l’Aga Khan m’a beaucoup impressionné. Il dirige une fondation, il construit, il a ses propres banques et cette organisation multinationale est présente dans de nombreux pays : le Canada, la Grande-Bretagne, l’Afrique de l’Est et bien entendu l’Asie centrale, tout particulièrement le Tadjikistan car la population de la région autonome du Haut-Badakhshan - le Pamir - est chiite ismaélienne alors que les sunnites sont majoritaires dans les autres régions qui composent le Tadjikistan.

Descendant direct du Prophète, le prince Karim Aga Khan entretient un lien mystique avec les Ismaéliens et développe une conception à la fois traditionnelle et moderne de l’Islam. Sa fondation est très appréciée par les autorités tadjikes car sa contribution au développement du Pamir est décisive pour l’avenir de cette région et elle s’effectue sans aucun sectarisme. Ses réalisations pratiques sont remarquables - qu’il s’agisse de l’enseignement, de l’architecture, du développement rural, de la production d’énergie.

Et la présence française ?

Mgr le prince Jean  : Il y a une présence française au Tadjikistan mais elle est encore trop modeste car l’Asie centrale est très importante pour l’avenir : il y a de nombreux domaines dans lesquels les entreprises françaises pourraient investir. Bien sûr, il est important que les futurs investisseurs comprennent bien les spécificités du Tadjikistan : la diversité des différentes régions et des populations, il y a l’enclavement du pays car les frontières administratives dessinées à l’époque de Staline ne sont pas faciles à franchir depuis que les Républiques d’Asie centrale ont pris leur indépendance depuis vingt ans.

J’ai aussi constaté que la Russie continuait d’attirer les Tadjiks, qui vont y travailler en très grand nombre - ce qui est une source importante de revenus pour le Tadjikistan. Mais l’absence de nombreux hommes pose des problèmes familiaux et humains qui sontmalheureusement très sérieux. Il faut aussi bien comprendre que le Tadjikistan vu de Paris paraît être un tout petit pays sans importance alors qu’il est à un point central : proche de la Chine, de l’Iran, du Kazakhstan, pas loin de la Russie, profondément marqué par sa double culture persane et russe... Les héritages culturels sont complexes et d’une grande importance pour l’histoire qui est en train de se faire dans cette partie du monde.

Bien entendu, il est important, pour les industriels et les commerçants français, de connaître les autres anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale : le Kirghizstan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan et aussi le Kazakhstan qui est le pays le plus riche de la région grâce à ses ressources naturelles. Pour la France, qui jouit d’un grand prestige dans cette région du monde, il y a des belles et grandes tâches à accomplir dans le domaine de la coopération pour le développement !

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