Le Président, la Marseillaise et l’Armée.

Jeudi 12 mai 2011 // La France

Le soldat n’est pas un homme de violence. Il porte les armes et risque sa vie pour des fautes qui ne sont pas les siennes. Son mérite est d’aller sans faillir au bout de sa parole, tout en sachant qu’il est voué à l’oubli ». (Antoine de Saint-Exupéry).

Conformément aux usages, après le discours de voeux du Président aux militaires, sur la base de Saint Dizier, on a joué la Marseillaise. Probablement pour afficher son patriotisme, le chef des armées s’est mis ostensiblement à l’entonner. Mais la scène avait quelque chose de burlesque : son voisinage, interloqué, est d’abord resté aussi muet que les joueurs de nos équipes de football, puis certains, visiblement gênés, ont essayé de l’accompagner, non sans mal car en France, si on connaît la musique et le refrain de la Marseillaise, on va rarement au-delà du 1er couplet.

LE COEUR ET LES TRIPES

Dans l’armée française, l’ardeur à chanter la Marseillaise ne mesure pas l’intensité du patriotisme qui est plus profond que cette dévotion républicaine si dure à inculquer à nos sportifs immigrés. D’ailleurs le cérémonial militaire ne prévoit pas qu’on la chante, on la joue seulement. Mais le coeur de chaque soldat se serre lorsqu’elle salue le drapeau (celui de la France, jusqu’à nouvel ordre) devant lequel il a fait le serment intérieur de son engagement et, dans des circonstances encore plus graves, face au cercueil d’un camarade tué au combat, la Marseillaise lui « déchire les tripes ». Car c’est bien ce drapeau et ces morts qui lui confèrent sa sacralité et non les paroles d’un chant de guerre né sur les cendres fumantes du premier génocide franco-français et imposé plus tard comme hymne national par un régime de passage, au seuil du siècle le plus meurtrier de notre histoire militaire.

LA GUERRE SANS HAINE

D’ailleurs, ses connotations racistes (« un sang impur »), xénophobes (« des cohortes étrangères ») et peu humanistes (« hordes d’esclaves »), devraient susciter bien des anathèmes de la part des censeurs patentés du politiquement correct. La diabolisation de l’ennemi (« féroces soldats mugissants », « traîtres », « égorgeurs », « vils despotes sanguinaires », « tigres qui déchirent le sein de leur mère ») évoque la violence des bandes armées, pas la force du soldat qui « n’est pas un homme de violence ». Le soldat respecte l’adversaire qui, lui aussi, « porte les armes et risque sa vie pour des fautes qui ne sont pas les siennes » et porte un uniforme qui le désigne comme cible pour épargner les non combattants. Se désigner comme cible... on en sait quelque chose en Afghanistan.
Ainsi, dans les circonstances graves, la troupe chantera plus volontiers La prière du para (qui ne s’adresse ni à la déesse Raison, ni au Grand Architecte) sur le texte d’un soldat de la France libre et l’air de la marche consulaire à Marengo, ou encore J’avais un camarade qu’on chante aussi outre-Rhin. Oui, vraiment, « le soldat n’est pas un homme de violence ».

LA PRINCESSE DE CLÈVES

Plutôt que la haine de l’étranger, ce sont des amours qui unissent les Français, amour d’une terre « peuplée de morts », d’un héritage commun, d’une patrie, d’une lointaine Ithaque, amour d’une femme mère, fiancée, épouse, amour d’une famille. Mais le Président, au-delà des discours barrésiens qu’on lui fait lire sur le Mont Saint-Michel dans des grandes batailles électorales, mesures sans doute moins que d’autres ce que représente la France ; il en aurait d’ailleurs fait la confidence à Philippe de Villiers. La France est une très vieille « famille de familles », une des plus vieilles d’Europe qui s’est construite en quinze siècles sur d’antiques fondations, une nation qui fut parmi les plus policées, c’est à dire où l’élévation des moeurs rendait la police moins nécessaire qu’elle ne l’est maintenant. C’était la France de la Princesse de Clèves qui peine à se reconnaître dans les invective du chant de marche pour l’Armée du Rhin.

LA RÉPUBLIQUE ET LA FRANCE

Paradoxe de la Marseillaise, le soldat français n’est pas un mercenaire, il ne sert pas un régime ou un parti, il ne meurt pas pour d’abstraites « valeur la République », pour une religion laïque révélée aux hommes par d’autres hommes « illuminés ». Le soldat français n’a pas signé de « pacte républicain dont personne n’a d’ailleurs jamais vu le texte. Non, l’engagement du soldat français est bien au dessus de tout cela. S’il accepte les blessures et la la mort, c’est pour des réalités chamelles et spirituelles d’un autre ordre qui ont lentement pénétré l’âme de son pays. A travers la Marseillaise, c’est cela qu’il salue et respecte. Mais, Monsieur le Président, plutôt par la musique que les paroles.

Paradoxe d’un hymne qui appartient à notre histoire mais qu’on aura toujours du mal à faire chanter à nos immigrés et à apprendre à nos écoliers, ce qui d’ailleurs ne les rendra pas plus patriotes. Tous se retrouveraient plus facilement autour de nos soldats, dans Auprès de ma blonde, Eugénie les larmes aux yeux, La piémontaise et... Vive Henri IV.

Répondre à cet article