Le Non des oligarques.

Vendredi 22 août 2008, par Bertrand Renouvin // L’Europe

Les sentiments de gratitude et de revanche que nous avons éprouvés au soir du 13 mai ne changent pas les données politiques. Le rejet du traité de Lisbonne par les Irlandais ne provoquera pas la moindre réflexion salutaire dans l’Union européenne : ni sa refondation sur un mode clairement confédéral, ni la révision des dispositions juridiques et de la dogmatique ultra-libérale qui a été rejetée par le peuple français, par le peuple hollandais, par le peuple irlandais. L’usine à gaz installée à Bruxelles, Francfort et Strasbourg, continuera de dysfonctionner avec le traité de Nice comme elle aurait continué de dysfonctionner avec le traité de Lisbonne sur le mode d’un despotisme pas même éclairé.

Toute l’Union est placée sous le signe de la négativité. Les salariés rejettent les directives européennes qui nient les protections auxquelles ils ont droit. Les petits entrepreneurs, les artisans, les agriculteurs se révoltent contre la Commission européenne qui ne veut pas organiser la protection de l’Union contre la concurrence sauvage et la spéculation. Les grandes entreprises, comme les petites, s’insurgent contre la Banque centrale européenne qui refuse de lutter contre la surévaluation de l’euro. Et le Non des oligarques tente maintenant d’effacer le Non des Irlandais.

Sur ce dernier point, le referendum du 13 juin ne révèle rien. Il confirme le fait avéré depuis juin 2005 en France comme dans toute l’Union, il y a consensus des élites de droite et de gauche dans le parfait mépris de la démocratie et du droit. Cela s’est vérifié à la lecture des éditoriaux rédigés avant et après le vote irlandais et dans les déclarations des dirigeants politiques français et européens. Entre le 10 et le 15juin, cinq thèmes prédominaient

Le mépris du peuple en général, qui est réputé ignorant, bête, inconstant, vindicatif et incohérent dans ses réactions et ses votes. Et l’intelligence des élites se mesure à l’opacité des textes qu’elles produisent à leur propre usage...

Le mépris du peuple Irlandais en particulier. Avant le vote, il a été accusé d’ingratitude et menacé par Bernard Kouchner tandis qu’Alain Duhamel s’indignait que le traité de Lisbonne puisse dépendre « de la mélancolie de quatre millions d’irlandais aussi imprévisibles que sympathiques, aussi irrationnels que changeants, aussi téméraires que soupçonneux  ». La psychologie des peuples dispense de l’analyse politique et des conclusions désagréables qui pourrait en être tirées quant au rejet massif des oligarques et de leurs chiens de garde.

Le recours à la technique du mensonge concerté. La grande presse a informé ses lecteurs que la Commission gardait le silence sur certaines décisions et que la publication du livre blanc français sur la défense avait été retardée pour ne pas inquiéter les Irlandais assurément incapables de lire les journaux et de comprendre ce qu’est un mensonge par omission.

Le rejet du principe référendaire. On lit que le peuple ne répond jamais à la question qui lui est posée. On récuse le résultat du référendum comme addition de fantasmes et de mécontentements catégoriels. On dénonce son caractère « imprévisible », fortement souligné par Jean-Claude Junker, président de l’eurogroupe. On conteste même son caractère démocratique au motif que des dictatures se sont installées par voie de plébiscite. En somme, on accumule les contrevérités, le « traité constitutionnel » et le traité de Lisbonne ont été disséqués article par article par leurs opposants, et l’on ressort l’argumentaire maurrassien. Plus jamais ça plus jamais la souveraineté populaire telle que le général de Gaulle l’a mise en pratique.

Le viol ou la tentative de viol de la règle juridique posée par les « professionnels » dont on nous vante par ailleurs la rationalité et la compétence. Avant même leur défaite du 13 juin, les oligarques ont cherché le moyen de contourner ou d’annuler le principe de la ratification des traités européens à l’unanimité. « Avancer » comme si ce n’était qu’un « incident », selon le mot de Nicolas Sarkozy, faire revoter les Irlandais comme le voudrait Jean-Pierre Jouyet : c’est toujours par la ruse et la contrainte que les oligarques cherchent à parvenir â leurs fins.

Ils s’exposent à des répliques de plus en plus violentes.

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