Cher(e)s ami(e)s internautes.

Merci pour votre fidélité ; les écrits quotidiens seront absents tout le mois de septembre. Vous pouvez cependant parcourir tous les dossiers créés depuis plus de 10 ans et qui figurent sur le site.

Dés le mois d’octobre il vous sera proposé un mensuel auquel vous pourrez participer en me faisant parvenir votre perception des affaires politiques, familiales, sportives ou autres.

Rien ne sera censuré, hormis des articles injurieux et calomnieux.

Je suis attaché aux valeurs chrétiennes, aux valeurs dites républicaines et à une monarchie parlementaire.

Vous pouvez nous contacter en cliquant sur ce lien >>

Le Niger, où la détresse de tout un Peuple.

Lundi 21 août 2006, par Paul Vaurs // Le Monde

Pays d’Afrique noire, le Niger appartient à l’aire saharienne pour une moitié de son territoire et à l’aire sahélienne pour l’autre moitié et pour 80% de sa population. Ancien lieu de rencontres et d’échanges commerciaux et culturels avec le Maghreb et le Moyen-Orient, il s’est trouvé délaissé par ces grands courants à partir de la pénétration européenne venue de la côte. Apparemment très islamisé, mais conservant les cultures de l’Afrique noire vers laquelle il se tourne davantage, le Niger cherche à concilier ses traditions, les nécessités du développement et l’obligatoire insertion dans les systèmes économiques et monétaires internationaux.

Le Drapeau du Niger.

Niger (1960). Trois bandes horizontales orange, blanche et verte, avec au centre un disque orange représentant le soleil. Les symboles chromatiques sont : Sahara au nord, bonté et pureté, prairies du sud.

Un vaste pays semi-désertique.

Le territoire de la république du Niger couvre une superficie de 1 267 000 kilomètres carrés. Immense pays plat parsemé de nombreuses dépressions et marqué par un ensablement important, il est dominé dans la partie saharienne par le massif de l’Aïr. Les plateaux, situés pour l’essentiel au sud du 16e parallèle,forment une bande de terrain longue de 1 500 kilomètres et couvrent à peine le tiers du pays. Leurs vallées constituent la zone d’habitat de la quasi-totalité de la population. À l’ouest, le fleuve Niger entaille un plateau découpé par ses affluents fossiles, le Dallol Bosso et le Dallol Maouri. L’Ader est un plateau rocailleux un peu plus élevé, entaillé par des vallées (majya) vigoureuses et fertiles.

Le régime des pluies est le principal facteur de différenciation climatique : l’isohyète de 350 millimètres suit approximativement une ligne qui va de Tahoua à Gouré. Cette ligne est considérée comme la limite nord du pays agricole. Les premières tornades apparaissent de mai à juillet, selon la latitude. La saison des pluies varie de cinq à deux mois du sud au nord.

Le Niger est l’une des plus chaudes régions de l’Afrique : les maximums diurnes (40 0C environ) se font sentir en avril-mai avant la saison des pluies, ils descendent de 10 0C pendant celle-ci, se relèvent en octobre pour redescendre de décembre à février.

Au cours des années 1955 à 1965, la pluviométrie abondante a entraîné le développement des superficies agricoles et des troupeaux. 1968-1969, 1972-1974 et 1984 ont été des années particulièrement sèches au cours desquelles la production agricole et pastorale, a été nulle. Dans les intervalles, la pluviométrie est restée globalement déficitaire par rapport aux chiffres antérieurs, compromettant le renouvellement du potentiel productif, végétal et hydraulique.

La population du Niger est estimée à 10 millions d’habitants en 2000, avec un taux d’accroissement naturel annuel de 29,7‰ ; 48% des habitants ont moins de quinze ans.

L’ensemble Haussa, constitue la majorité du peuplement. Son habitat s’étend du Dallol Maouri à la région de Zinder, et la langue réalise l’unité de groupes d’origine diverse, répartis au Niger et dans le nord du Nigeria. L’ensemble Songhay-Zerma (qui comprend les Wogo et les Kourtey des îles du fleuve) est établi à l’ouest. Les Kanouri vivent à l’est de Zinder jusqu’au Tchad. Les Peul, avec leurs anciens captifs Rimaibé, sont disséminés dans tout le pays, sédentaires ou nomades. Les Touareg d’origine berbère et leurs anciens captifs noirs Bella et Bouzou sont des nomades disséminés depuis le nord de Téra jusqu’au nord de Gouré. Refusant l’intégration pour conserver leur mode de vie, les Touareg, au début des années 1990, entrent en rébellion. Enfin, Toubou et Arabes sont en petit nombre dans l’extrême est, de, N’Guigmi au Djado.

Une histoire longue et riche.

Alors qu’aujourd’hui le pays n’est peuplé que dans sa frange méridionale, aux périodes préhistorique et protohistorique les zones désertiques étaient assez humides pour permettre des conditions de vie sédentaire, des activités agricoles, voire une organisation urbaine. Blancs et Noirs y étaient en contact bien avant que les Maghrébins berbères ou arabes traversent ce qui était déjà un désert aux tout premiers siècles de notre ère. Vers le milieu du IIe millénaire après J.-C., l’empire des Songhay de Gao étend son influence depuis l’Aïr jusqu’au fleuve Sénégal, c’est-à-dire sur toute la moitié occidentale du Niger, l’Est étant soumis au puissant empire du Bornou. À la fin du XV° siècle, les Marocains détruisent l’empire de Gao sans pouvoir le reconstituer : les Touareg venus du Fezzan (Libye) deviennent les nouveaux dominateurs.

Au début du XIX° siècle, un empire peul, fondé à partir de Sokoto (dans le Nigeria actuel), provoque des réflexes d’union et d’indépendance entre Zerma et Hausa du Nord, que la frontière artificielle établie au début du XX° siècle par les puissances conquérantes (France et Grande-Bretagne) ne fait que renforcer. Les langues officielles différentes, les spéculations commerciales, la contrebande font de cette frontière de 1 400 kilomètres une « barrière » plus ou moins perméable. Les autres limites du Niger (territoire militaire jusqu’en 1922) sont tracées à l’intérieur du vaste ensemble Algérie Afrique-Occidentale française - Afrique-Équatoriale française. Après la soumission des Touareg, le Niger devient colonie française et Niamey remplace Zinder comme capitale (1926). Le pays obtient en juin 1956 son autonomie interne ; il s’érige en république du Niger le 18 décembre 1958 et devient indépendant le 3 août 1960.

L’indépendance.

L’organisation politique est liée aux événements qui ont abouti à l’indépendance et dont le point de départ se situe en 1946 avec la création du Parti progressiste nigérien (P.P.N.), section locale du Rassemblement démocratique africain (R.D.A.). Après une période d’opposition à l’administration coloniale, le parti accepte les propositions d’accession à l’autonomie. Mais la loi-cadre de 1956 amène, par le jeu parlementaire et la conjonction des syndicalistes et des chefferies, le Parti de l’indépendance (Sawaba) à la vice-présidence du Conseil de gouvernement. Le Sawaba appelle à voter contre la Communauté au référendum du 28 septembre 1958. Il est désavoué par 80% des suffrages, puis interdit. Le P.P.N.-R.D.A. devient parti unique. L’Assemblée territoriale se transforme en Assemblée constituante le 18 décembre 1958, sous la présidence de Boubou Hama. Hamani Diori, élu président de la République en 1960, est réélu en 1965, puis en 1971. Le 15 mars 1974, un coup d’État militaire dissout l’Assemblée nationale, supprime le parti et porte à la tête de l’État le lieutenant-colonel Seyni Kountché et un gouvernement militaire. À sa mort, en novembre 1987, le colonel Ali Seibou lui succède, dans la continuité. Mais celui-ci est remplacé, le 27 avril 1993, par le social-démocrate Mahamane Ousmane.

Le Niger adhère aux grandes organisations internationales et aux organisations africaines et régionales. Il fait partie de la zone franc. La langue officielle est le français.

Une économie essentiellement agricole.

Resté longtemps à l’écart de la vie économique moderne, le Niger est un pays dont les activités agricoles et pastorales occupent 80% de la population, 15% étant de purs éleveurs. L’effectif du cheptel est de 10,6 millions de têtes environ en 1992, dont 88% d’ovins et caprins. Réduit par les sécheresses, le troupeau s’est chaque fois rapidement reconstitué et l’élevage se situe au deuxième rang des exportations en valeur, après l’uranium.

Les productions vivrières, mil, légumes secs et sorgho, s’étendent largement dans la zone agricole ; le riz n’est cultivé que dans la vallée du fleuve. Les cultures commercialisables ont été introduites, l’arachide de Dosso à Zinder et le coton de Tahoua à Maradi, dans les régions Hausa où le concept de puissance est lié à celui de travail plus qu’à celui de propriété foncière, celle-ci étant relativement égalitaire. En revanche, les domaines importants, facteurs d’inertie économique, sont nombreux chez les Songhay et les Peul du fleuve. Depuis les sécheresses qui ont marqué les décennies de 1970 puis de 1980, les cultures commerciales ont régressé au profit d’un accroissement des surfaces consacrées à l’agriculture vivrière. Les rendements sont faibles, soumis aux aléas de saisons agricoles brèves et irrégulières. Comme partout au Sahel, la baisse des rendements, l’accroissement démographique et les enjeux fonciers qui en découlent engendrent l’accroissement des superficies mises en culture, y compris sur les sols médiocres et fragiles et au nord de la zone réellement agricole, où les pluies et les récoltes deviennent bien incertaines.

Les déficits pluviométriques répétés, cette progression agricole et l’accroissement de la charge pastorale empêchent par endroits la régénération du potentiel naturel (sols, végétation, eau). La désertification apparaît. Depuis plusieurs décennies, les Nigériens émigrent vers les pays de la côte, où leur travail est mieux et plus sûrement rentabilisé, et vers les villes nigériennes. Celles-ci ont grossi considérablement : 85 000 citadins en 1960, 600 000 en 1985 et 1 100 000 en 1988 (soit 15,3% de la population). La capitale, Niamey, compte 392 169 habitants au recensement de 1988. Le secteur industriel est peu développé : une trentaine d’entreprises mixtes et privées transforment ou conditionnent les matières premières locales (alimentation, cuirs et peaux) et les produits bruts importés (savonnerie et produits chimiques, brasserie, textile, petite construction mécanique). Pendant une douzaine d’années, l’uranium a suscité de grands espoirs. Il est exploité dans la région d’Arlit depuis 1974. En 1980, 4 400 tonnes de minerai enrichi ont été extraites et, malgré une production en baisse, le Niger reste, en 1988, le septième producteur mondial. Le ralentissement des programmes énergétiques nucléaires en Europe et aux États-Unis, la mévente de l’uranium sur les marchés internationaux ont interrompu, après 1980, les investissements nationaux de grande envergure et les espoirs de développement rapide. Le lignite est exploité à Anou Araren et la cassitérite à El Meki. Les gisements de phosphates du W du Niger et des indices de pétrole dans l’est sont encourageants, mais encore non exploités.

Les secteurs les plus dynamiques de l’économie nigérienne sont le commerce et les transports.

Une économie très assistée.

Les crises économiques internationales se répercutent durement sur ce pays enclavé où l’énergie est très coûteuse. Le Niger est classé parmi les quinze pays les plus pauvres du monde, avec un produit national brut par habitant de 310 dollars en 1992. Son endettement est considérable et un réaménagement de sa dette lui a été consenti par ses partenaires européens en 1988.

Cette situation ne doit pas faire oublier les réels efforts du pays et le prestige international dont il jouit. Le président Kountché s’est entremis avec succès à plusieurs reprises dans le conflit tchadien.

Les efforts de mise en valeur et de conservation se poursuivent, notamment par l’aménagement de surfaces irrigables et la gestion des pâturages, avec l’aide internationale et bilatérale et, depuis les sécheresses, avec l’assistance directe de nombreuses organisations non gouvernementales (O.N.G.). Les ressources énergétiques restent très restreintes depuis la mise en sommeil du projet de barrage de Kandaji sur le fleuve Niger. Les communications terrestres sont bien développées grâce à un réseau routier en bon état. Le voisinage de l’énorme Nigeria et la dépréciation de sa monnaie sont des atouts dont sait profiter le dynamique commerce hausa.

L’aide internationale demeure importante, avec une forte part des pays arabes. La France et les pays de l’Union européenne demeurent les principaux partenaires économiques.

Politique intérieure.

Le 7 mai 1990, un groupe de Touaregs attaque la caserne et la sous-préfecture de Tchin-Tabaraden, au nord-est de Tahoua. Victime de traitements injustes de la part de l’administration nigérienne, une partie de la communauté nomade est en rébellion après les promesses d’aide non tenues par le gouvernement. La répression du coup de main par l’armée est sanglante. Environ deux cents Touaregs sont arrêtés et torturés avant d’être exécutés sommairement.

L’existence du Niger était connue depuis l’Antiquité, mais son cours n’a été reconnu qu’au XIX° siècle ; sa source fut découverte en 1879.

Troisième fleuve d’Afrique, après le Nil et le Congo, par sa longueur et la surface de son bassin (4 200 km ; plus de deux millions de kilomètres carrés), le Niger est de loin le fleuve le plus puissant d’Afrique occidentale ; il traverse quatre pays, son cours et ses affluents intéressent huit pays. L’énergie et les possibilités de mise en valeur qu’il représente font l’objet de timides tentatives d’exploitation. Les grands travaux d’aménagement sont peu nombreux et affectent des surfaces limitées où la population est encore peu importante. Leur rentabilité n’est pas assurée.

Un bassin hydrographique immense, mais saharien pour une grande part, le faible peuplement de la plupart des régions traversées, l’éloignement des centres actifs de l’Afrique occidentale sont les principales causes d’une sous-utilisation flagrante.

Le Niger prend sa source à 800 m d’altitude, sur le versant nord de la Dorsale guinéenne. Il coule vers le nord-est, et se présente comme un torrent de montagne sur 250 km, jusqu’à son confluent avec le Milo. Il devient alors navigable jusqu’à Bamako.

À Sotuba, il franchit, par une série de rapides, les grès durs du plateau Manding, puis s’étale dans l’immense plaine alluviale du Macina, delta intérieur de 30 000 km2 où s’entremêlent, entre les bourrelets alluviaux et les massifs dunaires, bras défluents, lacs, marécages, que les hautes eaux recouvrent : la pente, entre Mopti et Niafounké, est de 20 mm par kilomètre. À Mopti, le Niger reçoit le Bani, l’un de ses principaux affluents. Il est alors à 298 m d’altitude, et à 2 500 km de la mer.

À Tombouctou, le lit du fleuve, orienté jusque-là sud-ouest - nord-est, tourne brusquement vers l’est, se resserre au défilé de Tosaye et s’infléchit à Bourem vers le sud-est ; il rencontre à Gao la grande vallée sèche du Tilemsi, ancien cours supérieur de l’actuel Niger inférieur.

En aval, la vallée est divisée par des rapides successifs : Ansongo, Labbezenga, « W du Niger » où les méandres encaissés tranchent les quartzites de l’Atakora (site étudié en vue de la construction d’un barrage), Yelwa, Boussa. Parmi ses affluents, seule la Mekrou est pérenne. Ce n’est qu’après Boussa que le Niger reçoit des affluents permanents importants : la Kaduna, descendue du plateau de Jos, et surtout la Bénoué, puissante rivière venant du massif de l’Adamaoua, navigable dès le Cameroun.

 Le Niger se termine dans le golfe de Guinée par un delta marécageux de 20 000 km2.

Le régime est celui d’un fleuve tropical de l’hémisphère Nord, mais affecté de nombreuses variations car il tombe plus de 2 000 mm de pluie par an sur la Dorsale guinéenne, moins de 250 mm à Gao, plus de 3 000 dans le delta maritime. La crue est simple dans le Niger supérieur : les pluies commencent en avril en Guinée, en mai à Bamako, où le début de la crue se situe en juin. Le débit y est contrasté : à Sotuba, le débit moyen des basses eaux est de 54 m3/s et le débit moyen des hautes eaux de 6 200 m3/s.

Dans le Macina, les eaux s’étalent lentement dans les lacs et les défluents : la crue est retardée et atteint Tombouctou en décembre, Niamey en février ; dans le tronçon Tombouctou-Gaya, la crue a lieu en pleine saison sèche. À la fin de celle-ci, en juin, l’étiage, encore accentué par une intense évaporation, est très prononcé, et le Niger n’est guère alimenté au début de la saison des pluies que par ses affluents locaux.

En aval, la crue est double : les pluies les plus importantes du Sud, en particulier l’apport considérable de la Bénoué, grossissent le fleuve à partir de décembre. La crue du cours supérieur arrive en février-mars. À Onitsha, le débit moyen annuel est de 7 000 m3/s, et la crue atteint en moyenne 30 000 m3/s. Depuis la fin des années soixante, qui marque le début d’une longue période de pluies moins abondantes qu’auparavant, le régime des crues a changé : l’irrégularité des pluies sur le massif guinéen (sa pluviométrie annuelle a diminué de près de 500 mm), les travaux d’hydraulique agricole dans la région des lacs maliens et des changements dans les organisations dunaires ont eu des conséquences sur l’abondance et la répartition saisonnière des débits du fleuve, transformations auxquelles les populations de riziculteurs, de pasteurs et de pêcheurs parviennent à s’adapter, non sans mal.

Un rôle rudimentaire dans les activités humaines.

Sur le plan humain, la vallée du Niger ne semble pas avoir joué de rôle important de pénétration ou de fixation : les capitales des grands empires soudanais se trouvaient à proximité du fleuve, mais leur influence n’était pas axée sur la vallée. Les densités de population ont beaucoup augmenté depuis les années 1960, à l’instar de la croissance démographique de toute la région sahélienne. Vingt ans plus tard, elles dépassaient 50 habitants au kilomètre carré dans quelques secteurs en amont de Tombouctou et dans la partie nigérienne de la vallée, et avoisinaient 250 dans la partie orientale du delta maritime.

L’utilisation des eaux du Niger s’est longtemps limitée à la navigation par pirogues (circulation de personnes et transport des marchandises traditionnelles pondéreuses), à la pêche, soigneusement organisée et pratiquée par des castes spécialisées, en particulier entre Ségou et Boussa, à la culture du riz flottant sur les terres inondées, et à quelques jardins maraîchers autour des villes. La culture du riz sur plan d’eau contrôlé est développée dans les parties malienne et nigérienne du fleuve. Le barrage de Markala (ou Sansanding), construit en 1947, détourne l’eau du fleuve vers les périmètres rizicoles et sucriers de l’Office du Niger ; cette opération gigantesque et coûteuse reste l’une des pièces maîtresses de la production alimentaire du Mali. Le delta intérieur est sous-peuplé, utilisé par les éleveurs comme pâturages, et ses immenses possibilités ne sont guère mises en valeur. Le maraîchage est important autour des grandes villes situées au bord du fleuve, suscité par la clientèle locale et dans une certaine mesure par les marchés européens d’hiver ; mais les surfaces cultivées sont faibles, les techniques rudimentaires, les débouchés extérieurs irréguliers.

Le fleuve est mal relié aux villes de la côte par voies ferrées : il n’est pas encore navigable quand la ligne Conakry-Kankan (600 km) le franchit à Kouroussa. Le Dakar-Niger (1 300 km) relie l’Atlantique à Bamako. La voie ferrée Cotonou-Parakou n’atteint pas le fleuve, mais les projets de prolongement restent d’actualité. C’est seulement au Nigeria que le réseau ferré est organisé en fonction du réseau navigable : la navigation commerciale est active jusqu’à Baro (terminus de voie ferrée) sur le Niger, jusqu’à Makurdi sur la Bénoué.

C’est aussi au Nigeria que les travaux d’aménagement les plus considérables ont été entrepris : le barrage de Kainji, mis en service en 1969, alimente en électricité les villes actives et très peuplées du sud-ouest du pays et une partie de l’État du Niger ; il fait partie d’un ambitieux projet d’escalier de barrages (dont celui de Jebba) qui permettrait aux chalands de fort tonnage de remonter le Niger jusqu’à Yelwa.

Le delta maritime renferme de très importantes réserves de pétrole qui sont exploitées par le Nigeria ; le brut est exporté par le port de Bonny. Port-Harcourt est désormais délaissé au profit de Sapélé et de Warri, où s’installe l’industrie lourde nigériane (aciérie, raffineries de pétrole).

Les pays du Sahel, dramatiquement dépourvus de ressources énergétiques autonomes, commencent à s’équiper sur le plan hydroélectrique : le Mali a inauguré en 1982 le barrage de Sélingué sur le Sankarani, le Niger envisage la construction d’un barrage à Kandaji.

La tendance climatique à la diminution des ressources en eau au Sahel depuis 1968, et notamment les sécheresses de 1972-1974 et 1984, a été l’occasion de reconsidérer les potentialités hydroagricoles et énergétiques du fleuve Niger avec des espoirs tempérés de prudence.

Du 29 juillet au 3 novembre 1991, la Conférence nationale se réunit à Niamey en vue de préparer le passage à un régime démocratique. Elle met en place les institutions pour la période de transition qui doit durer jusqu’au 31 janvier 1993. Le général Ali Saibou est confirmé à son poste de chef de l’État, mais privé de la plupart de ses pouvoirs. Les délégués élisent André Salifou à la tête du Haut Conseil de la République, qui fait office d’Assemblée législative provisoire. Amadou Cheffou est nommé Premier ministre.

Le 27 août 1992, l’armée lance une offensive contre les Touaregs du Front de libération de l’Aïr et de l’Azawagh, qui n’est avalisée que le 11 septembre par les autorités civiles. Suspectées de complicité avec la rébellion dans le nord du pays, cent quatre-vingt-six personnes sont arrêtées.

Le 26 décembre, la nouvelle Constitution est adoptée par référendum.

Le 14 février 1993 se déroulent les élections législatives. Le Mouvement national pour la société de développement (M.N.S.D.), ancien parti unique, obtient 29 sièges sur 83 et reste le premier parti politique du pays. Mais, après le regroupement de neuf partis d’opposition au sein de l’Alliance des forces de changement (A.F.C.) au lendemain des élections, celle-ci totalise 50 sièges et détient ainsi la majorité au Parlement.

Le 27 mars a lieu le second tour de l’élection présidentielle, qui doit désigner le successeur d’Ali Saibou, président intérimaire nommé par la Conférence nationale. Mahamane Ousmane, chef de la Convention démocratique et sociale (sociale-démocrate), membre de l’A.F.C., crée la surprise en recueillant 55,4% des suffrages, contre 44,6% pour Tanja Mamadou, président du M.N.S.D. Le taux de participation est de 35%. En vertu d’accords passés au sein de l’A.F.C., le Premier ministre doit être Mahamadou Issoufou, président du Parti national pour la démocratie et le socialisme. Le nouveau président prévoit de relancer l’économie très dégradée.

En février 1994, malgré la rencontre entre des représentants du gouvernement et de la rébellion touarègue, celle-ci attaque les locaux d’une compagnie minière et tue deux militaires, le 23.

Le 28 septembre, Mahamadou Issoufou démissionne de son poste de Premier ministre. Il est remplacé par Souley Abdoulaye, membre de la Convention démocratique et sociale. Le Parti national pour la démocratie et le socialisme quitte l’A.F.C. et se rallie à l’opposition.

Le 17 octobre, l’Assemblée nationale est dissoute à la suite de l’adoption d’une motion de censure, la veille.

Le 12 janvier 1995, l’opposition remporte les élections législatives, avec 43 sièges sur 83 au Parlement, dont 29 pour le M.N.S.D., ancien parti unique, et 12 pour le Parti national pour la démocratie et le socialisme. Les partis présidentiels remportent 40 sièges, dont 24 pour la Convention démocratique et sociale du président Mahamane Ousmane. Le taux de participation est d’environ 35%. Le 8 février, Mahamadou Issoufou sera nommé président de l’Assemblée.

Le 7 février, le président Ousmane nomme Premier ministre Amadou Cissé, qui est membre du M.N.S.D., mais qui n’est pas le candidat officiel de ce parti pour ce poste. Le 8, Amadou Cissé est exclu du M.N.S.D. Le 20, il est renversé par une motion de censure. Il est remplacé le lendemain par Hama Amadou, chef du M.N.S.D.

Le 24 avril, à l’issue de la trêve décrétée en octobre 1994, le gouvernement et l’Organisation de la résistance armée, qui représente les six mouvements rebelles touaregs, signent, à Niamey, un « accord de paix définitif » qui met fin à quatre années de conflit. Le texte prévoit une amnistie générale, la création d’une unité spéciale, au sein de l’armée, pour accueillir les combattants touaregs, l’établissement d’un projet de loi de décentralisation et des mesures de développement pour le nord du pays.

Le 27 janvier 1996, l’armée, dirigée par le colonel Ibrahim Baré Maïnassara, renverse le président élu Mahamane Ousmane. Les institutions sont dissoutes et un Conseil de salut national est mis en place. Les putschistes justifient leur action par la nécessité de mettre un terme à la crise institutionnelle née du conflit entre le président Ousmane et son Premier ministre Hama Amadou, tous deux arrêtés. Il s’agit du premier coup d’État en Afrique francophone depuis le début du mouvement de démocratisation, en 1990. Le 30, le Conseil de salut national nomme un Premier ministre civil, Boukari Adji qui forme, le 1er février, un gouvernement intérimaire exclusivement constitué de civils.

Ibrahim Baré Maïnassara, 1996 Le chef d’État nigérien Ibrahim Baré Maïnassara en tournée électorale à Dosso, pour la présidentielle qu’il remportera le 8 juillet 1996. Porté au pouvoir le 27 janvier par l’armée aux dépens de Mahamane Ousmane, il sera lui-même victime d’un coup d’État et assassiné par sa garde personnelle.

Le 8 juillet, à l’issue des deux tours de scrutin, les militaires décident de remplacer la commission électorale indépendante par un organisme dont ils nomment les membres. Le 10, cette nouvelle commission proclame la victoire du colonel Maïnassara, candidat « indépendant », qui aurait recueilli 52,22% des suffrages, contre 19,75% pour le président renversé Mahamane Ousmane. Les manifestations des opposants qui dénonçaient les conditions du scrutin sont réprimées.

Le 23 novembre, les résultats des élections législatives, tout aussi contestés, confirment ceux de l’élection présidentielle, offrant ainsi une majorité au nouveau chef de l’État.

En février 1997, les parlementaires proches du président Maïnassara, élus sous l’étiquette « indépendants », fondent le Rassemblement pour la démocratie et le progrès. Au cours de l’année, la tension politique reste très forte entre le pouvoir et l’opposition qui conteste sa légitimité.

Le 9 avril 1999, le président Maïnassara est assassiné par les membres de sa garde personnelle. Le 11, un Conseil de réconciliation nationale composé de militaires, investi des pouvoirs exécutif et législatif, nomme le chef de la garde présidentielle, le commandant Daouda Mallam Wanké, à la tête de l’État. La Constitution est suspendue et les institutions dissoutes. Le 13, le Conseil de réconciliation nationale annonce que le pouvoir sera rendu aux civils au terme d’un délai de neuf mois. Le 16, la junte présente le nouveau gouvernement qui compte des membres de l’opposition.

Le 24 novembre, Tanja Mamadou, colonel à la retraite, remporte le second tour de l’élection présidentielle, avec 59,9% des suffrages. Il était opposé au président de l’Assemblée nationale, Mahamadou Issoufou. Lors des élections législatives qui se tiennent le même jour, le parti du nouveau président, le Mouvement national pour la société de développement - 38 sièges sur 83 -, allié à la Convention démocratique et sociale de l’ancien président Mahamane Ousmane - 17 sièges -, obtient la majorité absolue. Le Parti national pour la démocratie et le socialisme de Mahamadou Issoufou a 16 élus.

En juillet et août 2002, deux tentatives de mutinerie, à Diffa et à Niamey, illustrent l’absence de normalisation de la situation dans l’armée. Elles sont matées avec autorité par le président Tanja. Des officiers soupçonnés de complicité sont arrêtés, mais des journalistes et le président de la Ligue nigérienne des droits de l’homme sont également mis en cause.

Le 4 décembre 2004, Tanja Mamadou remporte le second tour de l’élection présidentielle, avec 65,5% des suffrages, devant le candidat de l’opposition, Mahamadou Issoufou. Le M.N.S.D. obtient 88 sièges sur 113 au Parlement lors des élections législatives.

En 1991, le gouvernement de transition hérite d’une situation difficile. Une des premières décisions du nouveau pouvoir consiste à prélever « un certain pourcentage » sur les salaires des fonctionnaires au titre d’un « impôt solidarité » nouvellement créé. L’initiative est destinée à financer un traitement social du chômage, alors que les caisses de l’État sont vides, et de donner un gage de bonne volonté aux bailleurs de fonds étrangers.

En 1992, l’économie du pays est menacée par la disette, en raison de l’irrégularité des pluies et de la destruction des récoltes par les oiseaux et les insectes, et par la chute du cours de l’uranium, le centre d’extraction se trouvant dans une zone touchée par la rébellion. La Banque mondiale refuse de financer le déficit budgétaire, tant qu’un cadre préalable à des réformes de structures n’aura pas été mis en place. Le cinquième Programme des Nations unies pour le développement du Niger (janv. 1992-déc. 1996) est rendu public en juin. Il prévoit une aide extérieure de 51,36 millions de dollars.

Le 11 janvier 1994, sous la pression de la France et du F.M.I., les dirigeants des quatorze États africains appartenant à la zone franc (Bénin, Burkina, Cameroun, Centrafrique, Comores, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée équatoriale, Mali, Niger, Sénégal, Tchad, Togo), réunis à Dakar, annoncent la dévaluation de 50% du franc CFA et de 33,33% du franc comorien. Destinée à assainir l’économie et à relancer la croissance dans ces pays, cette décision a été rendue nécessaire par l’absence de politique d’ajustement interne de leur part après l’effondrement des cours des matières premières. Paris promet de participer à l’allègement de la dette, au financement des programmes conclus avec le F.M.I. et à l’« accompagnement de l’ajustement » dans les pays de la zone. À la suite de la dévaluation du franc CFA, le Niger ne dépend plus que de l’aide internationale.

En 1995, le Niger, qui était le dernier pays africain à ne pas avoir passé d’accord avec les institutions de Bretton Woods, signe une lettre d’intention avec le F.M.I. qui lui ouvre la voie à l’octroi d’une facilité d’ajustement structurel renforcé. La cohabitation tendue entre le président Ousmane et son Premier ministre ne favorise pas l’essor économique du pays. L’aide extérieure continue à pourvoir à 80% des besoins de l’État.

En 1996, le déblocage, par la force, de la crise institutionnelle qui entravait la restructuration de l’économie après la dévaluation du franc CFA ne provoque aucune amélioration rapide de la situation. La production d’uranium, seule ressource d’exportation, pâtit des cours en baisse de ce minerai. L’agriculture souffre des mauvaises conditions climatiques. Et l’aide internationale, un moment suspendue à la suite du putsch, reste indispensable au fonctionnement de l’État.

En 1997, les mauvaises récoltes et la faiblesse des prix de l’uranium, ajoutées à la crise politique, pèsent sur les résultats économiques.

En 1998, les bonnes conditions climatiques permettent des récoltes abondantes. Mais le cours de l’uranium, principal produit d’exportation, demeure bas. Le pays reste dépendant des aides internationales.

En 1999, le retour de la démocratie devrait favoriser l’accroissement de l’aide internationale dont dépend le pays.

En 2000, l’amélioration de la situation financière de l’État n’empêche pas de multiples conflits sociaux. En septembre, un nouveau programme de réformes est conclu avec les institutions financières internationales.

En 2001, le déblocage des financements des institutions internationales, la reprise de l’aide extérieure et l’allègement de la dette publique permettent aux autorités d’engager un programme d’équipement. L’agriculture pâtit de la sécheresse et de l’avancée du désert. Aussi les cultures irriguées sont-elles encouragées. Les mouvements de mécontentement sociaux s’apaisent, excepté dans le secteur de l’éducation.

En 2002, les événements qui secouent la Côte d’Ivoire perturbent l’activité au Niger, pays enclavé. Les transferts financiers en provenance des Nigériens émigrés dans ce pays baissent également.

En 2003, les bonnes récoltes céréalières et la stabilisation des cours de l’uranium contribuent au redressement de l’économie.

En 2004, les invasions de criquets pèlerins et la sécheresse pèsent sur les résultats agricoles. Le gouvernement doit faire appel à l’aide alimentaire internationale. Les productions d’or et d’uranium alimentent seules la croissance. Les États créanciers réunis dans le Club de Paris annulent la dette publique du pays. La dette totale se trouve ainsi allégée de plus de la moitié. Les revenus dégagés doivent financer les services sociaux et la lutte contre la pauvreté.

Relations internationales

Le 22 juillet 1992, le Niger reconnaît Taïwan, ce qui a pour conséquence la rupture, huit jours plus tard, des relations diplomatiques avec la Chine.

Le 17 janvier 2003, quelque cent soixante-dix soldats nigériens sont envoyés en Côte d’Ivoire pour participer à la mission de maintien de la paix orchestrée par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (C.E.D.E.A.O.).

Le 23 octobre, le président de la République française Jacques Chirac effectue une visite au Niger.

Répondre à cet article