Repères.

Le Maroc entre intégrisme et progressisme.

Vendredi 1er mai 2009 // Le Monde

Grâce à l’union du Parti authenticité et modernité (PAM) avec le Rassemblement national indépendant (RNI), le Parlement marocain vient de se doter d’une nouvelle majorité. Avec 75 députés, ce groupe devient la première force politique du royaume. Mohamed VI a été entendu : il avait insisté à plusieurs reprises sur la nécessité d’opérer des regroupements politiques alors que 33 formations étaient en lice lors des dernières élections générales. Cette constitution du plus grand groupe parlementaire au Maroc est l’initiative de Fouad Ali Al Himma, l’un de ces jeunes hommes politiques, amis d’enfance du souverain. Il n’a cessé de clamer depuis des mois qu’il voulait « réhabiliter l’action politique » et réconcilier les Marocains avec la chose publique, pointant les quatre plaies du royaume : « la pauvreté, le chômage, la corruption et l’émigration ». De fait, les anciens partis sont confrontés à l’usure du pouvoir et perçus comme incompétents.

L’istiqlal, parti conservateur, peine à se renouveler tandis que les socialistes de l’USFP sont moribonds. Faut-il voir la main du souverain dans cette réorganisation, le Palais voulant également faire obstacle à l’influence des islamistes dits « modérés », regroupés sein du Parti de la justice et du développement ? La lutte contre l’intégrisme religieux dans un pays travaillé par les salafistes depuis le 11-Septembre, demeure une priorité de Mohamed VI. Déjà, en 2004, avant les attentats de Casablanca, le roi, Commandeur des croyants et donc autorité suprême des musulmans, avait lancé la première étape de réforme religieuse : recensement des mosquées du royaume, fermeture des lieux de culte non autorisés, nomination d’un ministre des Affaires islamiques et création d’une école d’imams et de morchidates, des femmes capables d’encadrer la communauté des croyants. La seconde étape, création de 69 conseils locaux des oulémas chargés de contrôler l’orthodoxie des imams, est en marche. Reste à contrer les chaînes de télévision du Golfe qui diffusent largement des prêches aux accents intégristes, présentées comme « modernistes ».

L’intégrisme religieux n’est pas le seul défi posé à la monarchie alaouite. Des lobbys « progressistes », relayés par une partie de presse du pays, entament sérieusement la cohésion de la société marocaine traditionnelle. Entre le modernisme intégriste et progressisme droit-de-l’hommiste, Mohamed VI, souverain d’un des plus anciens royaumes du monde, a fort à faire. Le prix à payer pour un pays qui est entré de plein pied dans la modernité croissance économique remarquable - tout en restant ana dans ses traditions.

Italie : Berlusconi en position de force.

Porté par une majorité écrasante et une opposition aphone, Silvio Berlusconi a entamé les grandes réformes qui, espèrent ses partisans, sortiront l’Italie de ses blocages et de ses difficultés économiques. Après s’être attaqué à la justice, dans un pays où seuls 31% des citoyens croient en leur système judiciaire, le président du conseil a lancé la grande réforme de l’enseignement. Le texte prévoit le rétablissement du maître unique en primaire, le recentrage de l’enseignement sur trois disciplines essentielles - italien, mathématiques et langues - et le retour de l’instruction civique. La durée du travail de 27 heures par semaine sera revu à la hausse. Si les enseignants sont, dans l’ensemble favorables à la réforme, ils protestent contre la diminution des crédits, le gel des effectifs - 47 000 postes non remplacés d’ici à trois ans - et l’ouverture aux capitaux privés. Mais les syndicats sont profondément divisés tandis que le Parti démocrate (opposition) vient de rompre son alliance électorale avec Italie des Valeurs (IDV). Une dissension qui s’ajoute à celle des communistes...et ouvre la voie à un Berlusconi plus remonté que jamais.

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